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22 février 2010 1 22 /02 /février /2010 10:55
DSC00257.JPG- Il faut que tu te forces à descendre en carving, Ophélie, laisse tes carres tranquilles et cesse de déraper! C'est dangereux dans ce couloir étroit , avec ta planche tu occupes un tiers de la piste! David t'a mis une couche de parafine hier soir, profite, tu peux rider plus vite maintenant!


- Mais justement, depuis qu'elle est fartée de neuf, je prends beaucoup trop de la vitesse, ça fait peur, bougonnait-elle les fesses  une fois de plus au sol, les jambes immobilisées dans la poudreuse et tentant désespérément de sortir de ce "sable mouvant" neigeux.


Backside, Frontside, backside, frontside...elle s'appliquait toujours comme DSC00249.JPGune élève consciencieuse à le suivre, étonnée...ravie qu'un si brillant freerider ait la patience de l'attendre. Cette amoureuse des mots l'entendait bavarder de techniques de glisse avec d'autres snowboarders expérimentés avec une admiration non feinte. Goofy, Regular, Alley oop, trick, flex, Canting, Peuf, Percheman, Run, Spot, Stance, Shapeur, Grinder....l'univers familier de son homme …. Il était né avec des fixs au pied, se plaisait à dire son père, guide de montagne passionné qui avait un faible pour la douceur du regard d'Ophélie et avait, elle l'avait su, ronchonné lorsque Romain lui avait annoncé leur séparation . Cette DSC00468.JPGnourriture sportive était son essence profonde et sa raison d'être.


Elle était heureuse, là, parce qu'il la faisait entrer dans son jardin préféré et désirait de surcroît ,en l'initiant, à en faire une V.I.P à part entière.


Romain la forçait à se dépasser, à aller partout , à switcher. Il faisait exprès de choisir les montées de téléski les plus ardues durant lesquelles Ophélie DSC00451.JPGpriait pour ne pas tomber en sentant ses cuisses brûler douloureusement , contractées au maximum. Il l'amenait au Boardercross et lui apprenait à prendre le half-pipe, riait de ses gamelles répétées. Et puis, il y avait aussi les parenthèses en télécabine ou en télésiège où elle laissait sa jambe venir se coller contre la sienne et sa tête dodelinante ronronnait sur son épaule prêtée généreusement. Ces journées la laissaient dans un état de fatigue heureuse indescriptible. Les jambes alourdis, les muscles raidis, le plaisir d'ôter un à un ses vêtements et de boire un chocolat chaud dans une pièce chaleureuse et chauffée, ses joues rosies ,augmentaient encore son bien-être post-effort.
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24 janvier 2010 7 24 /01 /janvier /2010 15:26

http://www.lacombecafe.com/blog/wp-content/uploads/2009/06/the1.jpg- Ophélieeeeee! Que prendras-tu à boire? s'exclama nath en riant. Tu rêvais?

- Il était là...pardon d'avoir pris congé....je n'arrive pas à l'expulser de mon jardin. Ma volonté y résiste, s'extasie de cette mauvaise herbe qui envahit et empêche toutes mes belles plantes de s'épanouir.

- Tu y arriveras, on le sait. Tu en as l'ambition et c'est déjà un grand progrès, voulut la rassurer Laetitia, une main sur la sienne.

- Ce soir, je mange avec ma mère...ça doit être ça qui me rend fragile...C'est épidermique dès lors que je la vois , je réalise l'absurdité de sens des dernières années de ma vie.

- Parce qu'elle est un modèle?

- Non, parce que sans cesse, cette situation de jeune femme célibataire névrosée, elle me la rappelle.

- Elle te harcelle!

- Non, ces conseils m'ensorcellent...ils me poussent à agir sans réfléchir parcehttp://www.iteabio.com/Web/Tpl/Admin/Club/Photo/080913135732_1.gif que je refuse de la décevoir, parce que je ne réalise qu'après coup que l'on ne progresse pas dans l'impulsion d'un sursaut spontané et irréfléchi.

- Ta mère est une vieille bigote, pâlote aux quenottes d'huguenote, qui radote, se moque et provoque l'équivoque, scanda nathalie.

- Non, tu es dure avec elle. Il y a de la maladresse dans sa façon d'agir et de la stupidité dans mon obstination anesque à écouter ses plaintes, certes. Je reste trop attachée au passé, mes liens fusionnels avec elle me le balancent en plein visage chaque jour. J'ai peur d'avancer, de couper. C'est pour cela que, dans mon quotidien, au travail, en famille, en couple,  je cherche toujours la discussion....parce que s'expliquer, c'est reculer le moment de voir le réel. On tournicote autour du sujet, on évite les conflits, on recule.

http://dumielauxepices.net/images/icones/caycay.JPG- Alors entre en conflit avec ta mère: crie, hurle, trépigne, râle! dit Nath avec ferveur.

- Je l'ai déjà fait maintes fois...La dispute est une autre fuite, l'espérance d'une réconciliation. L'ultime volonté de réparer les pots cassés. Pourquoi se dispute-t-on? pour communiquer sa colère, donc pour entrer dans une discussion, animée oui, mais une discussion. Non, la solution , pour entrer enfin dans la sphère de son avenir, c'est le retrait et la fuite en silence; c'est la disparition.

- Il n'est pas facile de s'évaporer comme ça...

- Le passé nous enchaîne: cette idée n'est pas neuve. Il faut donc apprendre,  http://www.le-japon.com/images/japon17.jpgnon pas d'une façon brutale et  drastique, mais  sans traumatisme, à couper avec certaines relations d'autrefois et à se détacher de ce qui est derrière . Je suis comme dans une pièce surchauffée , je suis en train de suffoquer, j'ai besoin d'air neuf et frais.

- Avoir un passé est ce qui nous différencie de l'animal....

- Oui, mais cette possibilité d'avoir des souvenirs est un fardeau pesant. Le passé me fait marcher avec lenteur. Si je porte avec moi toutes ces choses, je fléchis et stagne. En m'allégeant, je pourrais progresser plus vite.

http://www.palaisdesthes.com/images/lethe/classif_img1.jpg- T'alléger d'humains comme tu retirerais des épaisseurs de vêtements inutiles?

- Le passé est collant, poisseux...Il se colle à nos semelles et nous retient au sol.... Il faut que je me décolle...

- Je crois que c'est surtout le psittacisme permanent de ta génitrice qui te rend folle et dont il faudrait te débarrasser en  formulant posément mais clairement ton ras le bol.

- Oui, cette manie qu'elle a de remettre toujours sur le tapis les mêmes débats usants sur lesquels vous ne trouverez aucun compromis...

- Peut-être avez- vous raison...si je réussissais à tordre le cou de son http://www.magazine-avantages.fr/data/photos/F0/7d8b12a1429the.jpgimagination ennuyeusement cyclique, je respirerais mieux.

- Erreur: elle ne fait pas preuve d'imagination lorsqu'elle te décrit ta probable vie future: elle te renvoie simplistement des modèles préexistants de femmes qu'elle croise et auxquelles elle ne veut surtout pas te voir ressembler.

- Elle imite et combine des stéréotypes de situations féminines et tâche de te prouver qu'elle te colle à la peau....et ça te consume à petit feu.

Le temps passait vite entourée de ses deux amies qu'elle avait connues à l'université. Elles avaient le don bénéfique pour Ophélie de la faire décrocher de ses turlupinations intérieures. Parce que même lorsqu'elles débattaient et faisaient leurs introspections respectives, Ophélie ne se sentait plus dans la détresse de la confrontation à soi-même. La discussion évolua vers des sujets plus futiles et heureusement nécessaires au bon fonctionnement d'un tercet de filles gagnant: le dernier petit ami en date de Manon la collectionneuse, les conflits avec le beau-père de Nathalie, le choix de la robe du gala médecine pour Laetitia, Le dernier film de Brad Pitt et la note attribuée à sa sortie de http://2.bp.blogspot.com/_z7qHP9jwzRg/Sm0Q-JT6_rI/AAAAAAAAHVk/k1nBq8-1OUw/s400/Th%C3%A9+glac%C3%A9+02+%5B1600x1200%5D.JPGlit, le dernier restau tenté par Ophélie et la nouvelle marque de capotes à la mode.....

Déjà 19h....Ophélie avait tant à faire. Elle se sépara de ses deux amies , les manteaux secoués par un mistral montant, les joues vite rosies par la fraîcheur de la nuit qui s'avançait. Et elle fit comme souvent lorsqu'elle prenait congé d'êtres chers , elle se retourna et stoppa là, quelques secondes, dans l'immobilité rassurante d'un instant que l'on fixe. Et l'oeil attentif d'un passant curieux aurait pu lire un merci imperceptible sur ses lèvres rieuses et tremblantes de froid.


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13 janvier 2010 3 13 /01 /janvier /2010 13:55

http://rafaelle-.joueb.com/images/bougie.jpgEt puis, le silence autour d'elle, comme la magique atmosphère de la contemplation des monts enneigés qui absorbent tout bruit .

Ophélie se perdit dans un souvenir tiède et doux.

Un soir, presque le premier, accoudés à un bar tous les deux et charriés par les habitués, ils se regardaient un peu gênés et partageaient des réflexions badines sur la vie et l'amour lorsque la lumière avait été coupée. Et ils s'étaient retrouvés dans une enveloppante obscurité que quelques bougies lointaines venaient à peine troubler. Il lui avait murmuré alors:

  - Pourquoi ont-ils tout éteint?

- Un geste symbolique pour la planête, contre le réchauffement climatique...pour montrer les économies d'énergie faites en cinq minutes...pour mesurer combien l'humanité gaspille à chaque cliquement d'interrupteur.....

Il l'avait regardée, le regard caressé par la danse d'une bougie qui s'était rapprochée, lui avait imperceptiblement souri ....et ses yeux bruns, sa peau mate, sa machoire carrée lui avaient manifesté une attraction animale et comme irrésistible. Tout le dos d'Ophélie n'était devenu qu'un frisson d'émotion.

- Et bien, ce serait  le moment d'en profiter alors....J'veux bien que ça dure une heure si c'est près de toi, lui avait-il confié, en buvant une gorgée de sa bière pour se donner une contenance.

- Oui...ce serait une idée, avait-elle murmuré...

Et ces quelques secondes s'étaient étirées dans une électricité heureuse, un malaise agréable où les regards volettent , ne sachant où se poser...et le coeur augmente ses pulsations à l'infini en espérant que la main de l'autre viendra bientôt apaiser sa tempête intérieure.

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8 janvier 2010 5 08 /01 /janvier /2010 17:24

Charlotte_aux_Fraises_et_ses_Amies_au_chaud_sur_le_canap.pngSes deux accolytes, amies, confidentes, mamans inquiètes,complices de  virées nocturnes écervelées, étaient déjà assises dans le fond du salon de thé où elles s'étaient donné rendez-vous.

Nathalie, frileuse jeune femme gracile, était encore emmitouflée dans son manteau de laine et enlevait son écharpe multicolore en racontant d'une voix forte qui laissait à l'ensemble des occupants de la salle la possibilité de participer à la conversation - tous les amis de professeurs savent que par déformation professionnelle ils ne savent pas être discrets- la punition collective qu'elle avait été obligée de mettre en place à sa classe de terminale .

Laetitia , qui l'écoutait en faisant tourner machinalement son bracelet tressé, portait un pantalon souple et confortable à rayures grises et un pull en cachemire rose qui ressortait avec ses cheveux longs bruns et ses yeux noisette.

- Alors, avec Ben, ça ne l'a pas fait non plus? s'exclama dans un rire http://citronelle.c.i.pic.centerblog.net/9nbnby10.gifNathalie, sa piquante amie blonde aux yeux turquoise.

- Tu as raison, entrons  immédiatement dans le vif du sujet! plaisanta Ophélie en ôtant sa veste.

- Tu ne nous as pas appelées pour dévider ton trop plein de colère? Qu'est-ce qui a cloché cette fois? Il semblait pourtant mignon et drôle pour le peu que je l'ai vu, entama Laetitia.

- Pédophobique, agnostique agressif , hypocondriaque pleurnichard à l'égocentrisme exacerbé, mysogyne dragueur de blondes écervelées, asociable organisateur de réunions de footballeurs lourdingues, insatiable amant aux horaires limités, infatigable sportif aux tendons à ménager.....insupportable connard de compagnie à éviter!

http://www.fotosearch.fr/bthumb/UNN/UNN117/u10774561.jpg- Tu vas rester seule éternellement ma belle,  si tu restes aussi exigeante!

- Tu as entendu le portrait que je viens de te dépeindre; c'est avec ce genre de gars que tu me vois finir ma vie? Plutôt finir vierge et solitaire que de supporter la compagnie d'un australopithèque musclé de ce genre!

- Pour la question de la virginité, je crois que tu n'as pas à t'inquiéter...

- Est-ce ma faute moi si je ne vis que des contrats à durée extrêmement limitée? On se rencontre, on tisse des liens, on s'essaie et hop, changement de décor , d'humeur, retour à la case départ! Je suis lasse si vous saviez de ces interminables ruminations auquelles mon âme se livre mensuellement pour faire le deuil d'une nouvelle relation achevée et se préparer psychologiquement à entendre pour la 250 fois les mêmes compliments initiaux, préludes simiesques des chimpanzés que nous sommes à la collision de deux corps qui savent déjà eux qu'ils vont s'y frotter.....Avec Romain, c'était pas pareil. Je ne m'ennuyais pas.

- Haaaaaaaa, on n'a rien entendues Laeti et moi..... tu parlais de qui là?

- Arrêtez les filles, je sais , j'ai promis.... je l'ai oublié mais je fais un constat, http://wallpapers.boolsite.net/srv13/Images/Wallpapers/Cinema/BridgetJones/BridgetJones20.jpgc'est tout. Vous ne pourrez pas m'enlever la sensation désagréable que tous ceux que j'ai croisés depuis lui ne m'intéressent pas.

- Tu es assez prétentieuse pour les trouver sans intérêt?

- Non, évidemment non. J'ai juste été tellement vampirisée que mon intoxication romaine m'empêche de me réextasier aux charmes d'un autre. Romain était une âme-soeur.

- Romain était un salaud égoïste aux ambitions limitées et aux opinions impersonnelles, empruntées à d'autres qu'il admire pour leur capacité à parader. Excuse-moi cette brutalité langagière mais il ne te méritait nullement.

http://www.casafree.com/modules/xcgal/albums/userpics/38023/images~18.jpgEclaire, éclaire encore! Allume tes yeux! Je veux avoir chaud partout où tes regards se poseront....je désire ton corps en pleine lumière resplendissant d'amour. C'est tellement doux cette caresse visuelle, vague d'ondes qui nourrissent ma peau addictive d'énergie régénératrice. Je me sens pure quand je m'effeuille peu à peu face à ton torse essouflé et attentif. Je vais au devant de toi, mon amour, j'inonde l'atmosphère protectrice qui rayonne autour de tes larges épaules d'une teinte rose pâle de douceur étoffée. Tienne est cette lèvre mordue chastement en un dernier sursaut de pruderie touchante. Tien est ce bassin tendu vibrant contre ta virilité en émoi. Tienne toute entière.


- Passons, vous voulez bien? Alors qu'avez-vous fait de vos week-ends?

- Shopping, Passage express et poli chez Beau-papa , Epilation totale, Trois paquets de copies corrigés.

- Initiation à l'oenologie avec mes parents,  samedi,  dans les caves d'un de leurs amis. Calins et compagnie avec Olivier dimanche. Et toi?

- Copies reluquées samedi mais non touchées, tentative échouée de jogging envisagé, deux sourires au nouveau voisin tentés, Mauvais choix de DVD pour une soirée pijamas ratée. Et dimanche...de merde....pour ne pas changer.

- C'est maladif, cette aversion obsessionnelle du dimanche. tu devrais peut-être consulter, risqua Laetitia.

http://gauchedecombat.files.wordpress.com/2009/07/mon-dimanche-j-y-tiens-2.jpg- Dimanche, c'est le jour des autres, de ceux qui ont une vie qui se déroule en un sens précis, qui avance, qui se construit. Le dimanche, moi, je vois le bilan d'une semaine agréable mais identique dans ses enjeux que la précédente et la perspective d'une nouvelle sans surprise. C'est un jour de confusion, trop d'heures d'inactivité où l'on a le temps de végéter, de faire son introspection, de se dire plein de fois " j'en ai marre, j'en ai marre, j'en ai marre" et de réaliser que l'on est impuissant face à ses désirs et que l'acceptation passive est une nécessité humaine pour ne pas sombrer dans la folie.

- Mais tu as avancé....Ton livre en est une preuve.

- Mon roman est un calmant, le résultat d'un remède avalé chaque fois que la mélancolie me guette. C'est un compagnon de ma déprime, un filet solide sous mes pulsions irraisonnées . J'ai besoin de plonger dans un monde imaginaire où toutes les tentatives romanesques, tous les possibles sont tentés.

Je crève face à l'impassibilité des gens qui laissent glisser leurs heures dans la quotidienneté de leurs gestes, je suffoque sans cette folie que l'imagination nous offre. Pourquoi être humain si l'on vit comme des bêtes? Si l'on reste cantonné à une existence de besoins - boire, dormir, manger, évacuer ses énergies-?

Je veux vibrer , faire des actes sans sens....c'est le cadeau que Dieu nous a donnés, cette possibilité de transcender, de  sortir de la contingence. De faire quelque chose et de ne pas avoir de raison valable de le faire. Et l'amour est une incarnation de cette divinité, l'Art, la Musique aussi. Quel amant m'a donné l'opportunité d'entrer dans un vertige, de plâner, d'oublier qu'il est une heure , un lieu et que nous sommes reliés à quoi que ce fût? N'appartenir à plus rien sauf à soi, c'est le cadeau que l'amant parfait  fait à son partenaire. Avec moi, tu vas te découvrir autrement, tu vas explorer tes possibilités de monter un peu vers le ciel. J'ai besoin de cet espoir-là, qu'un jour, je vais rencontrer quelqu'un qui jouera avec moi à oublier qui l'on est. Avec qui nous deviendrons deux atomes en mouvement dans un univers infini qui nous dépasse et , humbles devant les étoiles qui nous souriront, nous remercierons le ciel de nous permettre le luxe de n'avoir  plus besoin de rien.

- C'est de toi tout ça? siffla Nathalie, admirative.

- Vous savez, hier, je suis allée voir une pièce de théâtre....la mise en scène http://membres.multimania.fr/cigale76/picto/noir/CRIER.gifétait géniale, le comédien époustouflant de vérité et de charisme, et soudain baignée de l'obscurité apaisante de la salle attentive, j'ai eu envie d'écrire et d'écrire encore. La simplicité des mots qui étaient proférés me criait la nécessité de parler moi aussi. J'ai besoin d'être entendue; j'ai besoin d'être reconnue. Face aux artistes de talent, je  ressens toujours une antithétique impression: une tristesse stimulante. Le talent me taraude à tenter de montrer ce que j'ai au fond de moi. Je me sens parfois honteuse de cette prétention de mériter d'être écoutée, d'être lue. C'est dur de ne pas savoir si les bourgeons d'idées qui ont été semés dans nos plaines psychiques ne vaudraient pas la peine d'être cultivés, non?

- J'adore ce que tu écris, Ophélie, soutint Laetitia d'un sourire doux.

- Oui, mais lui?!! J'aimerais tellement qu'une fois il soit scotché, face à moi, arrêt sur image, épaté.

Je crois que toutes mes ruades littéraires, toutes mes lignes se bousculant sur mon ordinateur saturé ont l'ambition de lui plaire. Des phrases frissonnantes qui naissent pour frétiller sous ses yeux,  des phrases-zébulon  qui espérent surprendre son âme surprise.Tout ça, c'est pour lui...


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29 décembre 2009 2 29 /12 /décembre /2009 11:09

http://www.nightangel.fr/wp-content/uploads/2007/saint-valentin.jpgUn 14 février. Un ciel étoilé sur un plateau drapé d'une neige fraîchement tombée. Deux mains liées par - 15 degrés. Une retraite aux flambeaux superbe sur le thème de l'amour. Un coeur enflammé se déplaçant sur le flanc d'une montagne endormie. Deux cents mains illuminées qui sillonnent avec une vitesse similaire et métronomée . Cris réjouis de garçonnets cagoulés aux lèvres gercées et aux nez coulants. Une fillette tient la main gantée de son papa avec ferveur et lui adresse des onomatopées pétillantes en désignant le serpent lumineux qui progresse sous ses yeux candides. Grognement fatigué de l'amoureuse oedipienne qui enserre de ses bras rassurés le cou du premier homme de sa vie qui accepte de la porter. Regard intense de Romain parfois qui caresse le visage d'Ophélie de profil. Brûlure douce de ses pommettes http://lh6.ggpht.com/_l4ENKKIonPc/SXjvJwcKE2I/AAAAAAAAAFE/yGd6XBoScX4/s400/retraite%20aux%20flambeaux%20mezenc%20neige.jpgravies d'être ainsi adulées.

 Soudain des bégonias, des fushias, fleurs artificielles tournoyantes de lumière dans l'horizon sombre. Rouges, roses, vertes, bleues. Comètes pailletées montant vers les cieux, serpentins de couleur éphémères, rosaces ocres qui se fânent. Ballet pointilliste d'étoiles artificielles. Bouquet final qui chatouille l'oreille et donne aux pupilles ravies des éclats de couleur alternatifs.

 Ils restent  immobiles quelques secondes dans l'agitation de la foule qui se presse, une chevelure blonde reposée sur une épaule fière. De ses mains , il réchauffe son dos en le frictionnant, puis, les laisse descendre sur ses reins empaquetés sous une triple épaisseur de laine polaire, damart et autres dessous sexy.  Mais il se défait d'elle un instant , prétextant un brutal éternuement. Il se munit rapidement d'un mouchoir et Ophélie fait mine de s'intéresser aux mouvements humains  que l'on devine en contrebas, laisse son regard s'attarder pour lui  laisser une intimité.

http://www.fond-ecran-image.com/galerie-membre,feu-artifice,feu-d-artifice-bouquet-6338-waterloo-08-7-21-cpf-257.jpgEn effet, Ophélie n'aime pas partager la trivialité de certains gestes quotidiens. Elle en est gênée, trouve qu'ils ôtent toute magie au couple qui les partage. Elle a ainsi des amis qui discutent porte ouverte lorsque l'autre est aux toilettes, se mouche avec des bruits de glaire écoeurantes, discutent de leurs selles respectives. Elle tolère,  ne juge pas de telles pratiques. D'ailleurs elle pourrait faire le plaidoyer de ces couples: soudés parce qu'acceptant l'autre dans ses visages les plus ingrats et les moins beaux.  Mais un peu Emma Bovary , un peu Ariane Deume, elle ne saurait transgresser certains tabous de pratique conjugale. Sans aller jusqu'à refuser de voir l'autre comme un être humain passible de faiblesses corporelles aussi bien que physiques, elle avait besoin d'une part de mystère pour rêver et peut-être, se l'avouait-elle honteusement, pour respecter l'autre.

 Tout à coup ,elle se retrouve bombardée d'une pluie aveuglante de boules de neige. http://a6.idata.over-blog.com/0/05/92/49/vger/vger-bataille-de-boules-de-neige.gifLe traître, l'incorrigible vilain , en tapinois, a profité de son dos tourné pour lancer une bataille improvisée. Elle tente de riposter mais il a pris de l'avance; alors, une main devant les yeux pour se protéger des projectiles, elle se rue dans sa direction, lui saute dessus et le fait basculer sur le sol froid et humide. Ces deux gamins ne s'en préoccupent pas et se roulent dans la neige avec des ahan suggestifs. Elle  déclenche un jeu de chatouilles: c'est à qui fera le dernier guillis qui obligera l'autre à supplier que cela s'arrête. Duel asphyxiant de rires de bonheur.  Néammoins elle finit par perdre à ce jeu-là aussi, le corps plaqué sous celui de Romain, les jambes immobilisées. Et dans l'obscurité d'une station de ski qui rentre dans ses pénates, près d'un tire-fesses sommeillant, deux corps exécutent une parade houleuse de baisers et de calins tendres.

http://www.estelle-meens.be/images/bain-bulles/bain-bulles.jpgEnvie de ton sourire complice encadré des carreaux blancs de ma baignoire, tes jambes glissantes emmêlées aux miennes trop longues, la mousse crépitante de senteurs doucement capiteuses, effluves d'amande douce, tes doigts recouverts de nuages de savon effilochés, envie d'être avec toi et de te raconter des histoires, je m'ennuie tant avec les autres...ou plutôt je ne suis pas libre comme avec toi, envie de plaisanter les épaules dorées frissonnantes de froid et de plaisir mêlés de mon succès futur, envie d'être lu par quelqu'un....par toi...par un lecteur enthousiaste qui me rassurera sur ces années d'inspiration folle, envie de tressaillir et d'agiter mes mains expressives pour te communiquer mes doutes et mes espoirs, envie de partager, de sentir tes yeux se féliniser, quand mes propos se dévêtissent de tout intérêt pour toi et que ta langue incitatrice au péché se faufile sur mes phalanges, mes poignets, mon avant-bras, mes épaules ,  j'oublie alors le fil de ma pensée qui vient s'écraser haletante en une plainte heureuse sur ta clavicule oppressante.

                Envie encore d'être face à toi sur une terrasse de restaurant empreinte des http://www.lafourchette.com/Table-en-terrasse-de-nuit-avec-vue-du-restaurant-Les-Terrasses-de-Lyon/o_4697.jpghululements silencieux des noctambules étudiants, portrait de toi au fond noirci par une façade vieillie de cathédrale majestueuse, des touches de jaune orangé qui parfont l'atmosphère endormie d'une vieille ville renaissante, envie de saisir ces regards vifs, ces sourires là juste pour moi, création éphémère et exclusive que m'accorde ton visage radieux sur une phrase de moi surprenante qui te laisse pantois, envie de t'étonner toujours plus, d'être celle dont tu ne vois pas de miroir, dont tu t'offusquerais d'une comparaison, forcément trop fade vis à vis de la divinité du modèle....Envie d'être l'unique pour personne si ce n'est toi...et davantage même de ne pas être remarquée des autres pour sentir combien tu es persuadé de leur aveuglement. Envie d'être ce que tu es pour moi, même une minute....juste pour ne plus être sur le bord de la rive … te regarder passer...Être la péniche qui progresse et que tu cherches à atteindre , dont tu tenterais de capter l'attention pour me faire changer de cap.

                Envie de ce verre trinqueur au prétexte facilement renouvellé, d'une salade composée aux poivrons nostalgiques qui se laisse négliger, de ton appêtit insatiable et de tes anecdotes englouties par mon rire conquis. De la magie d'un silence ou d'un regard pudiquement abaissé soudain. Envie de ma taille ceinte par ton bras nonchalant, de nos pas qui cheminent vers un même cinéma, de ton menton qui chancelle dans l'engourdissement et ta tête qui se pose ravie sur mon épaule passionnée par l'écran que tu délaisses, de m'endormir dans le creux de tes bras sur un canapé trop étroit, d'avoir peur de te perdre comme une enfant peu sûre d'elle, envie de revivre ces bonheurs trop vite envolés.......

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26 décembre 2009 6 26 /12 /décembre /2009 12:08

http://scally.typepad.com/photos/uncategorized/creme_chantlly_vue_1.jpg               Des crèmes qu'elle appliquait à contre-coeur depuis peu essayaient de pallier les rides naissantes sous ses yeux cernés : Ophélie n'arrivait pas à se coucher tôt.

Le coucher était une sorte de punition, un moment que tout son être s'évertuait à reculer...comme une peur enfantine de se retrouver seule dans le noir.

L'obligation quotidienne aussi d'accepter sa solitude. Depuis quelques mois , la prise de conscience après reluquage d'adolescentes aux peau de bébé dans la rue et à la mine éclatante d'insouciance qu'il fallait agir: du moins...essayer. Et elle accomplissait là un effort surhumain à son échelle, contre-nature pour une adepte du naturel et surtout du vite-fait bien-fait résumé par sa chère mère par un adjectif péjoratif charmant: feignante.

Non...elle n'était pas paresseuse, flegmatique oui... dotée d'une nonchalance http://www.miroir-grossissant.com/miroir-grossissant-accueil.jpgchevillée à la langueur de ses gestes et de sa voix .   

         Ophélie, un peintre talentueux l'aurait représentée ,assise  à même le carrelage ,contre son sofa, la jambe gauche fléchie au sol  tandis que la droite ,posée sur son pied, donnerait son genou en appui à son bras droit tendu et au repos. Sa tête légèrement penchée sur la droite exprimerait la satisfaction d'un moment de paix  silencieuse, le regard perdu dans des pensées fugacement heureuses. Une mèche de cheveux viendrait recouvrir la partie gauche de son visage et l'envelopperait ainsi d'une once de mystère.

Oui, elle ne prenait pas beaucoup soin de sa petite personne ; les paupières fardées, les cils colorés, la bouche soulignée d'un rouge à lèvres vif étaient pour elle un déguisement de femme élégante qu'elle revêtait avec beaucoup de gaminerie et rires pouffés...c'était juste que se maquiller, faire de l'oeil à son miroir, se chouchouter l'épiderme, elle trouvait ça ridicule, inutile, dénué de toute spiritualité... et donc manquait de coeur à l'ouvrage quand l'occasion hebdomadaire du samedi soir toquait à sa porte.

Deux cicatrices verticales  au dessus de son nez, vilains plis d'expression pour une demoiselle grimacière qui fronçait trop souvent les sourcils. Une peau qu'elle jugeait imparfaite, crevassée de vestiges de points noirs disparus, petits vers sournois qui creusaient de fines galleries dans votre épiderme et partaient en laissant un souvenir indélébile. Quelques rougeurs boutonneuses bourgeonnaient encore à son âge sur ses tempes, et sur le bas de son visage. On la voyait souvent passer une main rageuse sur la surface de ses joues en poussant un soupir exaspéré. Un nez épaté qu'elle détestait et dont sa mère attribuait l'écartement disgracieux des narines à sa façon  peu délicate de se moucher - histoire de la faire culpabiliser un peu plus-.

Le même nez que sa grand-mère.... ça promettait! ....parce qu'avec l'âge, chez l'aieule, ça s'était considérablement empiré. Des yeux marron. Désespérément inexpressifs et qui se couvraient de paupières honteuses dès lors que des concurrentes émeraudes ou turquoises croisaient son chemin. Des lèvres épaisses et charnues, maigre lot de consolation. Sa chevelure blonde et longue , coupe trés dégradée qui lui encadrait savamment le visage, venait un peu cacher ses joues poupardes qu'elle aurait adorées http://www.habitatmalin.com/blog/wp-content/uploads/2009/01/plate3.jpgcreusées. Un décolleté inexistant , une poitrine ridiculement légère en comparaison de sa taille élancée.

Enfin, ça, c'était avant les dix kilos gratifiants qui avaient accompagné sa descente aux enfers sentimentale: une jolie bouée disgracieuse était à la fois une cause de plaintes hebdomadaires et paradoxalement le résultat d'une capacité salvatrice à compenser par la nourriture au lieu de sombrer dans la dépression psychotique.

http://imblog.aufeminin.com/blog/D20080702/236778_745078682_hpim3753_H182752_L.jpgAh! Des doigts de mains boudinés aussi...et il ne fallait pas aborder la question des orteils qui étaient soigneusement cachés toute l'année sous des chaussures fermées. Sujet glissant sur lequel il ne fallait pas plaisanter sous peine de vexation .

D'ailleurs, Ophélie n'aimait pas grand-chose d'elle, ce qui l'handicapait dans les moments intimes de ses relations de couple. Complexée, honteuse de sa peau d'orange sur ses fesses, de ses seins microscopiques, de ses genoux cagneux, de son ventre relâché, elle devenait pudique....et oui on peut le dire: coincée.

                  Un charmant jeune homme qui s'impatientait dans la voiture voisine , compagnon forcé dans une queuehttp://www.brionautes.com/vignettes/embouteillage.gif interminable,  lui fit une moue de connivence, instant de complicité avec un inconnu qui extrait d'une réalité pénible et fait voleter le coeur, l'espace de deux sifflets intempestifs d'un gendarme qui s'agite pour améliorer un trafic inextricable de fourmis à moteur agacées.

Plutôt mignon, ce garçon...des yeux verts coquins, un teint diaphane pointillé de tâches de rousseur, un sweat-shirt à capuche vermillon et un patch imprimé sur le devant qui représentait un snowboarder....du moins, c'est ce qu'elle crut voir...ce qu'elle voulut deviner...car elle put replonger spontanément dans ses rêveries avec lui, l'éternel et inavouable péché d'amour.

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22 décembre 2009 2 22 /12 /décembre /2009 10:44

http://a8.img.v4.skyrock.net/a8f/tamarik/pics/1232172876_small.jpgLe temps filait pendant ces heures, le professeur devenait un enseignant  et non plus un éducateur.

Elle faisait découvrir un univers , oubliait toute nécessité de discipline.

Le respect n'était pas à remettre en place systématiquement.

Ces filles avaient choisi d'être là, rien d'obligatoire à leur présence. Leur investissement était donc total , unanime. Combien de fois avait-elle raconté à Romain toute la félicité de ces moments?

Encore Romain?...oui....il était là, à nouveau dans un recoin de ses pensées, il arrivait toujours à l'improviste, mais il se savait toujours invité alors....il ne se gênait plus. Lui souriait, venait glâner un de ses clins d'oeil amusés qu'il emportait on ne sait où et s'évanouissait. Elle avait appris à accepter sa présence invisible, à l'adopter comme une souffrance indolore maintenant qui la maintenait dans un état d'espoir et d'attente irraisonné.

- Nous allons maintenant reprendre la mise en scène de vos pièces. Qui ne connaît pas encore son texte? Stéphanie! Il faut l'apprendre, je ne travaille pas correctement avec des comédiennes qui ont des papiers à la main. Et puis un texte appris n'est pas un texte assimilé. Il faut du temps avant que vous vous appropriez un texte et qu'il colle à vos lèvres comme s'il vous appartenait.

 

IL FAUT ALLER AU THEATRE....

....pour frissonner en un soupir commun de la prise de risque de l'acteur, pour trembler d'émotions vivaces et jouïr de l'éphémérité d'un instant...

L'extraordinaire du théâtre, c'est ce pont imaginaire tendu entre le comédien et le spectateur qui risque à tout moment de s'effondrer, cette illusion qu'il faut entretenir sans cesse pour que la magie opère.

Et puis entrer dans une salle aux fauteuils cultivés, se laisser pénétrer par la pénombre du silence demandé et regarder avec ses oreilles...

 

17 heures. Il fallait qu'elle se presse, elle avait rendez-vous avec Nathalie et Laetitia dans moins d'une heure. Elle vivait toujours dans l'urgence. Ophélie n'aimait pas n'avoir rien à faire, c'était synonyme de "possibilité d'avoir le temps de penser" et ça, c'était un luxe qu'elle tâchait soigneusement d'éviter. Aussi elle bougeait bougeait du matin au soir, éternelle course destinée à la laisser plonger dans un vertige d'urgence.

 

http://www.leportaildelabd.com/images/figurines/P61930.gifAu volant de sa voiture grippée, génération troisième âge, elle réfrèna ses envies d'insulter les chauffards nombreux qui pullulaient dans sa ville natale et qui avaient la facheuse manie d'être daltoniens durant la première minute où les feux de circulation marquaient le rouge. Puis ses doigts s'agitèrent et glissèrent sur le volant de cuir usé , exaspérés des embouteillages permanents au niveau du Corum.

Un coup d'oeil malencontreux à son rétroviseur gauche, accessoire inutile qui ne lui servait que peu. 

Elle s'offusquait toujours de l' acharnement sadique que ces oreilles d'automobile avaient eu à lui faire repasser trois fois le permis simplement parce qu'elle les négligeait!...Décidément les objets n'avaient rien à envier aux humains: mêmes réactions immatures  devant l'inintérêt marqué d'une courtisée .

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12 décembre 2009 6 12 /12 /décembre /2009 10:59

http://www.web-libre.org/medias/img/articles/e9257036daf20f062a498aab563d7712-2.jpgDes étincelles d'incisifs et fugaces picotements sonores. Un bourdonnement lancinant et éternel qui susurre à ses oreilles épuisées leur détermination à n'arrêter jamais leurs ondes stridentes.

 Larmes invisibles qui coulent sur son visage fatigué et las, effort sur elle-même pour tâcher d'en faire abstraction et de se concentrer sur les mines concentrées de ces petites disciples adorables.... Hurlement sourd itératif qui la harcèle arbitrairement.

 Elle trépigne de rage, de désespoir, d'impuissance. Elle refuse sa condamnation à ne plus connaître le silence. Comment est-il possible d'accéder à la sérénité si l'on est privé de l'une des clefs majeures qui en ouvrent le jardin? Elle se voit, les doigts agrippés à la grille , les yeux implorants, regrettant le bonheur d'entrer dans ce paradis inaccessible....Elle pleure les rives douces du Calme où se baignait avant son esprit au retour des grandes batailles de la vie et où se ressourçait son pouls chaque soir après le travail. S'est infiltré dans ses veines la tourmente , l'obsession, la permanence . Une présence sournoise, tapie dans on ne sait quel coin de son crâne et qui lui rappelle perfidement son imprudence d'un soir....Une nuit où tout a basculé dans l'irrémédiable, au milieu de tant d'autres possibles et irréalisées.

Elle sanglote et se recroqueville un peu plus sur elle-même et elle crie....non! elle a tout essayé...rien n'y fait.....elle a massé ses oreilles et sa machoire , elle a fui les bruits et ces lieux de défoulement dont elle se prive, elle fait couler des bains pour que le bruissement de l'eau couvre comme un leurre ses habitants sonores, elle tâche d'occuper son esprit, de le distraire....et elle aimerait, oui, elle aimerait tant , une fois, écouter le silence.

Seuls ceux à qui ce droit est refusé peuvent réaliser le prix du silence....pas celui de la http://www.editions-tredaniel.com/upload/Image/illustrations/Soulager-les-acouphenes.jpgnon-parole, du désir d'être muet....non...le non-bruit, l'absence d'existence,de mouvement, la transparence de la vie, l'immobilisation du temps...le moment magique où l'on peut oublier où l'on est, ce que l'on est et où l'on va.

Avec ses acouphènes, Ophélie sait que le temps ne s'arrêtera plus, qu'elle n'a plus le pouvoir de le mettre entre parenthèses, de le figer ...Respirer profondément, aller au plus profond de soi-même, s'oublier, se dématérialiser et reparaître plus fort.

Ses acouphènes, c'est une Volonté perfide qui lui refuse l'Oubli. Une condamnation à rester lucide, à ne pas s'échapper....Elle est comme une prisonnière qui a, à  l'intérieur d'elle-même,  une bombe prête à exploser qui la condamne à rester dans sa géôle. Sans solution. Sans Echappatoire.

C'est sans goût alors qu'elle redevient la jeune femme enjouée et disponible , rôle qu'elle a toujours endossé avec plaisir et qui lui pèse maintenant: devoir embrasser d'un regard bienveillant son groupe d'amis de toujours, trentenaires infatigables et farouchement célibataires , lors d'un pot en ville...s'entretenir gaiement avec sa petite soeur  et s'enthousiasmer de ses découvertes de la vie maternelle , feindre la sérénité et l'acceptation courageuse auprès de ses parents inquiets...Masque menteur qu'elle revêt .... Mais elle persévère et insiste à garder une image de statue indestructible. Cette faiblesse, cet handicap, c'est sa force,  qu'elle impose à son coeur d'accepter.

D'ailleurs, Ophélie ne saurait pas se plaindre vraiment. Même lorsqu'elle s'avoue vaincue, son regard conserve une retenue, une sorte de courage peut-être...non,  plutôt une pudeur visible vis à vis  des épanchements trop manifestes. Elle ne cesse jamais de relativiser et une pudeur immaîtrisable l'empêche d'accepter la compassion. Après des confidences qui la mettent mal à l'aise, elles trouvent toujours une pirouette amusante et amusée pour glisser hors des filets de la pitié consolatrice des bonnes âmes http://images03.olx.fr/ui/1/90/82/8138882_1.jpgécoutantes.

...il en est un dont l'oreille serait précieuse. Un dont chaque mot confié serait un exutoire. Un à qui elle n'a toujours osé  que peu de confessions mais dont chaque regard, chaque réaction rendait Ophélie plus attentive à ses propres douleurs. Un seul. Un unique.

Et de même qu'il l'entendait, elle l'entendait aussi.Dans le silence. Et ses pouvoirs merveilleux de baume apaisant lui confèraient un statut de dieu à vénérer. Et il n'est pas une nuit, un matin, un soupir , où elle ne  murmure une prière muette pour lui.

Un seul , oui, lui fait entendre le silence et elle saigne de savoir qu'elle ne peut pas lui imposer d'être son remède quotidien. Alors elle attendait chaque nouveau rendez-vous avec une patience triste et résolue d'enfant désoeuvré et fragile. Et pendant quelques heures qui n'avaient pas de prix, elle n'était plus malade, ses joues rosissaient de plénitude, ses yeux se chargeaient d'étoiles rieuses, ses lèvres goûtaient ses paroles apaisantes et elle arrivait enfin à oublier l'innommable présence insinuée.

Comment son corps arrivait-il à y renoncer aujourd'hui?

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9 décembre 2009 3 09 /12 /décembre /2009 15:02

La sonnerie retentit et la sortit de sa torpeur. Vingt-cinq mains qui déposent sur le coin de son bureau leurs copies appliquées, vingt-cinq aurevoir, vint-cinq timbres familiers.

                C'était le moment de la semaine qu'Ophélie préférait: deux heures d'atelier artistique avec ses quinze disciples férues et passionnées de théâtre et d'improvisation. Elle n'ignorait pas le rôle de modèle qu'elle représentait. Ces adolescentes venaient trouver ici une brèche où la liberté était en marche, où tout était permis dans un cadre pourtant trés limité.

Ophélie avait appris cela trés vite: plus l'on trace des limites précises, rigides et infranchissables, plus un groupe a des règles strictes de fonctionnement, plus la liberté est mesurable et appréciable pour l'individu.

- Qu'allons-nous faire aujourd'hui, madame? demanda Laureleen, petite blondinette bouclée aux yeux clairs, au teint diaphane et à la voix fluette.

- Nous allons expérimenter notre capacité à exprimer les quatre principales émotions: en effet, vous savez que toute action, tout pas, tout verbe , au théâtre,  doit être motivé par un sentiment vif. On entre, on s'exécute, on se manifeste avec une intention. Comme dans la vie de tous les jours, nos mouvements sont motivés, nous réagissons à des stimulis nerveux et nous en créons d' autres. Dialoguer est un éternel échange de vibrations émotives.  Citez-moi ces quatre émotions.

- La peur, la colère, la joie et la tristesse, s'écria Imane , deux tresses sages acajous qui encadraient un nez busqué et des yeux profondément noirs en amande.

- Trés bien jeune fille. Voici l'espace sur lequel vous allez travailler aujourd'hui. Délimité par ces quatre chaises, il symbolise votre scène. Dès que l'on pose le pied dans ce lieu délimité, ce n'est plus Imane, Océane, Mathilde ou Marie que je dois voir...mais déjà un personnage , un être concentré qui n'est plus vous. Cela permet toutes les fantaisies. Ces quatre chaises représentent les quatre émotions: lorsque vous entrez sur scène, l'exercice se faisant l'une après l'autre, vous vous placez au centre dans la position la plus neutre possible, bras le long du corps. Puis je vous annoncerai une émotion et vous irez vous placer à côté de la chaise qui la représente . Je vous annoncerai une phrase et vous devrez ne répéter que cette phrase pour l'exprimer. Vous avez compris? Qui souhaite commencer?


          Océane, longiligne adolescence aux mains fines et à la chevelure rousse interminable leva la main et vint se placer au centre de la scène.

-  La phrase sera: Je ne veux pas.....Tu vas te placer sur.... la peur! 

Mains crispées, yeux vides, bouche ouverte en une grimace béante, buste en perte d'équilibre vers l'avant,  elle hurla " Je ne veux pas, je ne veux pas!"

- La peur à nouveau....

Assise, les bras rampants derrière elle, les yeux implorants, la respiration saccadée, elle murmura " je ne veux pas, je ne veux pas"

- Retourne au centre, respire, et dirige-toi maintenant vers la joie.

Elle se mit à sautiller, les mains sur les hanches, la mine amusée et provocatrice: " je ne veux pas, je ne veux pas"

- C'est bien, au centre à nouveau, maintenant la colère!

Elle s'approcha du devant de la scène, se figea , croisa ses bras , le regard noir et la mine renfrognée et prononça en articulant lentement: "Je    ne    veux    pas"  puis elle releva son regard et les bras le long du corps, les mains agitées dit plus fort: " je ne veux pas" , se mit à faire des va et vients fébriles en jetant des regards fusilleurs au public et vociféra enfin: " Non! je ne veux pas"

- Et tu vas terminer par la tristesse, prends ton temps.

Océane se recroquevilla , genoux ceints par des bras fatigués, laissa un long silence s'installer ,  se mordit plusieurs fois les lèvres, et soudain avec un voix éteinte annonça avec lenteur: " je ne veux pas"

- Reviens au centre. L'exercice est fini. C'était bien. Dans quelle émotion t'es -tu sentie le plus à l'aise? et le plus inconfortable?

- J'ai aimé la peur, la joie a été plus difficile.

- C'est intéressant de se poser la question car nous avons tous des émotions qui nous effrayent plus que d'autres et que nous avons davantage à travailler en tant que comédien.

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3 décembre 2009 4 03 /12 /décembre /2009 18:19
Expériences multiples, à contre-regret, plongeon assourdissant dans des peaux aux reflets variées, velues, grasses, sèches, douces, rêches...
Envie enfantine capricieuse de compulser des expériences diverses, joie des surprises déstabilisantes, espoir  de l'inespéré à chaque chaussure de rendez-vous enfilée.
Impression de devenir unique par l'échantillonnage croissant de ses conquêtes éclectiques, envie subite d'être enfin quelqu'un au travers de son patrimoine émotionnel et sexuel.
Le corps: elle avait passé un pacte avec le sien. Un troc où chacun des partis tâchait de s'y retrouver et d'éviter les compromissions.
Il fallait qu'elle accepte d'être touchée, câlinée, embrassée. Recevoir les hommages de son enveloppe charnelle comme une indirecte thérapie pour son âme blessée.
Cesser de rejeter en se dissimulant derrière de faux prétextes  de non compatibilité.
 Il n'était plus là et elle devait poursuivre sa quête d'identité cellulaire, ne pas être systématiquement cérébrale. C'est par le cri des gorges ouvertes, mentons de supplication fiévreuse, yeux mouillés d'invisibles larmes miroitantes de spasmes que son bas-ventre rejetterait d'un coup violent toutes ses appréhensions et son effacement volontaire des grilles du plaisir.

Lire cette nouvelle depuis le début, cliquez ici: Nouvelle en ligne: Qu'est-ce qu'il aurait dit?
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Décalée par Julie

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