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27 décembre 2012 4 27 /12 /décembre /2012 15:35

salome-leclerc-400.jpgPar Julie Cadilhac - BSCNEWS.FR / Salomé Leclerc est une jeune femme québécoise de 26 ans, auteure-compositrice et interprète. Sous les arbres est son premier album, réalisé en grande partie par Emily Loiseau. Sa voix rauque et fragile et ses mélodies folk&pop accompagnent des textes délicats où la nature est omniprésente. Rencontre en mots et en notes avec la voix élue en 2012 "découverte francophone" par les radios francophones publiques !

Si vous deviez raconter en quelques mots à nos lecteurs l'endroit où vous avez grandi, vous diriez…?
J’ai grandi où tous les enfants rêvent de grandir ; dans une maison de campagne avec beaucoup d’espace autour, des arbres, la forêt, un lac où aller patiner l’hiver. J’ai quitté la maison familiale en 2003 pour m’installer à Montréal, mais j’ai toujours ce besoin d’y retourner assez souvent pour me ressourcer.
 
La musique, c'est d'abord une passion familiale?
Totalement. J’ai commencé à faire de la musique avec mes deux grands frères alors que j’avais 10 ans. Si eux n’avaient pas été là à ce moment, je ne sais pas si je ferais carrière là-dedans aujourd’hui. Mes parents quant à eux étaient et sont toujours de grands consommateurs de musique. C’est très familial.
 
Vous avez choisi la batterie comme premier instrument, pourquoi?
Par hasard ! Un de mes frères jouait de la basse, l’autre de la guitare et il manquait des percussions… Du Led Zeppelin, ça prend des percussions ! ( sourire). Il y a aussi qu’un de mes cousins avait une batterie chez lui et lorsqu’on le visitait, j’étais fascinée par cet instrument. Mes parents ont alors accepté d’acheter une batterie usagée pour voir si j’aimerais ça. J’ai eu la piqûre assez vite !

 

Aujourd'hui, de quel (s) instrument(s) jouez-vous sur scène?
La majeure partie du temps je suis à la guitare électrique. J’ai aussi avec moi un harmonica et une tambourine au pied pour agrémenter. Un de mes objectifs -à court terme - est de jouer des percussions sur scène. J’aimerais qu’il y ait dans mon spectacle un clin d’œil à mes débuts.
 
C'est lors des rencontres d'Astaffort organisées par Francis Cabrel que vous avez fait connaissance d'Emily Loizeau, quels souvenirs de cette rencontre ?
Les soirées aux rencontres d’Astaffort servent à échanger, « jammer », tisser des liens. Je me souviens qu’un petit groupe, dont je faisais partie, s’était rassemblé dans une salle de travail après le souper. Emily y était aussi. Elle m’a alors demandé de lui chanter une de mes chansons, histoire de cerner l’univers musical dans lequel je me trouvais. J’ai joué Je tomberai, un titre plutôt sombre de mon répertoire. Je me souviens d’avoir été assez intimidée de chanter cette chanson très personnelle devant autant de grandes pointures. Mais il faut croire, en se fiant à la suite des choses, que j’ai malgré tout bien fait ça ! ( sourire)
 
Si vous deviez citer une chanson de cette artiste que vous aimez particulièrement, laquelle serait-ce?
Tyger. Une chanson qui me fait voyager. La musique est superbe, la mélodie l’est tout autant. J’adore l’ambiance.

De nombreuses références au milieu naturel dans vos chansons, est-ce pour rester proche de vos racines?
Ce n’était pas une volonté comme tel mais ,avec le recul, je me rends compte que je n’aurais pas pu faire autrement. Je n’ai pas l’habitude d’analyser mes textes lorsque je les écrits, ce sont les mots qui me guident. Et comme la nature est tout près de moi, les mots en ont décidé ainsi.
 
Quels sont vos mentors en matière de musique?
Feist, PJ Harvey, Richard Desjardins, Portishead, Radiohead, Philippe B, Jean-Pierre Ferland.
 
En amour, vous préférez guider ou vous laisser guider…? êtes-vous du genre à plutôt "souffler les mots" ? Dans quelle mesure ces textes sont autobiographiques et révèlent une jeune femme forte et déterminée?
Je m’inspire de mon vécu mais j’adore aussi créer des histoires à partir de ce qui m’entoure. C’est comme si le détachement personnel et la vision extérieure de certaines situations me permettaient d’aller plus loin dans l’imagerie. Malgré tout, je ne laisse pas un texte aller sans qu’il me touche et me rejoigne.
 
Enfin, c'est un album que l'on imagine écrit sur l'herbe, les cheveux dans le vent, l'âme romantique, on se trompe?
Oui !(sourire) J’ai du mal à écrire ailleurs que chez moi. J’ai besoin de mes repères, mes instruments. J’ai aménagé une pièce de travail où je peux enregistrer mes idées quand elles viennent. Il faut que je sois seule et que je sente une bulle hermétique autour de moi.

Salomé Leclerc  "Sous les arbres"  ( Label Tôt ou tard) - ( Photo de presse Pacifique Barrette)

Le site officiel de Salomé Leclerc

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2 décembre 2012 7 02 /12 /décembre /2012 17:38

AV-et-Harrison-Ford-ss-la-neige.jpgPar Julie Cadilhac - BSCNEWS.FR / Agnès Varda a été photographe de Jean Vilar à la création du Festival d'Avignon en 1948, puis de la troupe de TNP. En 1954, elle réalise sa première  exposition personnelle rue Daguerre à Paris avec des reportages photo-graphiques faits en Chine et à Cuba. Réalisatrice de "Cléo de 5 à 7", "Sans toit ni loi", "Les glaneurs et la glaneuse" ou encore "Le bonheur", elle a tourné aussi beaucoup à Los Angeles ( "Black Panthers", "Mur Murs", "Documenteur"…). Depuis 2003, elle est aussi artiste-plasticienne. En 2008, Les plages d'Agnès, auto-documentaire qui a circulé partout dans le monde, a reçu le César du Meilleur Film Documentaire, le Prix du Meilleur Film Français (Syndicat français de la Critique de Cinéma), l'Etoile d’Or du Documentaire, le "Mostra de Venise" et enfin, en 2009, le Prix Henri Langlois . Le 21 novembre 2012, les éditions Arte font paraître 22 DVDs qui donneront l'occasion à tous les cinéphiles et docuphiles de voir tous ses travaux réunis dans un même coffret intitulé "Tout Varda".
Julia Fabry est docteur en Arts Plastiques depuis 2006 et pratique la vidéo depuis une dizaine d'années. Suite à sa collaboration avec Agnès Varda lors du tournage des Plages d'Agnès, elle continue à l'assister sur de nombreux projets d'expositions ( LA MER ETSETERA en 2009 et ses deux dernières expositions en Chine). Lors du Festival des passeurs de lumière ( du 19 nov au  9 déc 2012) qui se déroulera dans le Finistère ,à Bannalec , aura lieu une exposition de clichés de tournages d'Agnès Varda et le 27 novembre, après la projection des " plages d'Agnès" à 21h, Julia Fabry participera à Bannalec à une rencontre à propos du documentaire dans lequel elle a été assistante-réalisatrice et directrice de la photographie. Plaisir de partager avec vous son expérience formidable auprès de la réalisatrice dont l'oeuvre, en 2002, a été récompensée par le prix René Clair de l'Académie française.

 

Comment et quand a débuté votre travail auprès d'Agnès Varda?
J’ai commencé à travailler avec Agnès Varda sur le film Les plages d’Agnès.  Je terminais un doctorat d’Arts plastiques qui portait sur des questions d’autoreprésentation en art et au cinéma et qui évoquait largement des questions liées à l’autobiographie. J’étais allée la voir pour qu’elle prenne part à ma soutenance de thèse, sans savoir qu’elle préparait ce film, répondant aux mêmes enjeux.


Si vous deviez citer une oeuvre de l'artiste qui vous a donné envie de travailler avec elle, laquelle serait-ce et pourquoi?
J’aurais du mal à citer une œuvre en particulier car j’étais touchée par son cinéma et très inspirée par son œuvre en général. Le film Documenteur représente pour moi le film le plus personnel et inspirant car il traite des questions de réalité et de fiction qui traversent tout son travail. Sur la question de l’autobiographie également il est très élaboré et la manière dont Agnès s’implique à différents niveaux est passionnante. Concernant son travail de plasticienne, je répondrais que l’œuvre qui fut l’élément déclencheur pour moi est Les veuves de Noirmoutier (14 vidéos de témoignages de veuves de l’île filmées par Agnès et un écran central filmé en 35 mm des veuves évoluant sur la plage). Une œuvre qui m'a inspirée car je travaillais également beaucoup sur la question de la mélancolie et du deuil dans mon mémoire.

 

Si vous deviez donner trois qualités de cette photographe, réalisatrice de cinéma et plasticienne française, lesquelles serait-ce?
Innovante, curieuse et déterminée.

 

Paraîtra le coffret DVD intitulé "Tout(e) Varda " le 21 novembre 2012, qu'y trouvera-t-on?
22 DVD : 20 longs métrages, 16 courts et des suppléments : les fameux « boni » d’Agnès qu’elle soigne particulièrement ! Il y a de nombreuses surprises également : des inédits, des films inachevés, un DVD sur son travail de plasticienne et plein de petites choses drôles qu’elle aime comme la recette du gratin de côtes de blettes !

 

Agnès Varda a pu dire lors d'une conférence de presse: "A chaque fois qu'on fait quelque chose sur soi-même, c'est une occasion de parler des autres." Dans quelle mesure pouvez-vous ressentir cela en travaillant à ses côtés?
Je suis tout a fait d’accord avec cette phrase. Nous ne pouvons exister sans les autres. Parler de soi c’est aussi parler de tout ce qui nous mobilise chez les autres, nous passionne, nous interpelle et que l’on a envie de partager. Agnès est tournée vers les autres, cherche à les comprendre, à dialoguer avec eux car d’une certaine manière je pense qu’elle sait que c’est ce qui nous fait progresser dans la vie, avancer personnellement. Et je crois que c’est lorsque l’on est vraiment personnel que l’on peut tendre à l’universel.

 

Lors du festival des passeurs de lumière aura lieu une exposition intitulée "Agnès Varda en tournage"…. avec notamment des photographies du tournage des Plages d'Agnès? Comment a été imaginée cette exposition?
Michel Dupuy qui s’occupe du festival avait contacté Ciné-Tamaris pour nous demander si des documents - en rapport avec les films américains d’Agnès qui allaient être diffusés - pouvaient être exposés. C’est Agnès qui a pensé à proposer ces tirages photographiques en noir et blanc de photos de tournages. Une manière de montrer son travail de cinéaste de façon plus générale, « in situ », au milieu de ses équipes. J’ai trouvé que c’était une très bonne idée car les photos sont belles et très rarement montrées.

 

En quelques mots, comment qualifieriez-vous le travail en tournage d'Agnès Varda? Une anecdote à raconter?
Impossible en quelques mots car c’est passionnant ! C’est une marche permanente pour concrétiser ses idées, les mettre en images, les mettre à jour, avec, comme elle aime à le dire « Le hasard comme meilleur assistant ». Il faut donc être capable de la suivre dans tous les sens du terme et je peux vous dire que ça va très très vite ! J’aurais beaucoup d’anecdotes à raconter car ce qui est très agréable avec Agnès c’est qu’elle ne se prend pas au sérieux, elle est capable d’avoir de la distance et a beaucoup d’humour donc les épisodes drôles ne manquent pas.

 

Les plages d'Agnès est un film documentaire autobiographique. A quelles exigences doit se plier ce genre de film selon vous? A quelles difficultés se heurte-t-on? A quelles problématiques?
C’est une question très complexe à laquelle il est difficile de répondre en quelques mots… c’était déjà l’objet de ma thèse. Si l’on se place du point de vue du réalisateur, le plus important est justement que ce genre ne peut pas se plier à des exigences, sinon celles d’être au plus près de ce que l’on souhaite dire de soi. Il s’agit d’être sur sa propre longueur d’ondes et d’utiliser les médiums qui vont nous permettre de mettre en images ce que nous souhaitons mettre à jour également sur le plan esthétique. Il est toujours très compliqué de parler de soi et passer par les autres, fonctionner par projection, peut être une solution. Tout le reste n’est que théorie a-posteriori.

 

> Le site officiel du Festival Les passeurs de lumière

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22 novembre 2012 4 22 /11 /novembre /2012 17:48

bobin-lettres2.JPGSuite aux questions envoyées par Julie Cadilhac - Bscnews.fr à M. Christian Bobin à propos de son livre L'homme-joie, l'auteur a répondu de façon épistolaire. Touchée par cette lettre, notre journaliste a rédigé une réponse. Arnaud Taeron a lui aussi illustré les mots de Christian Bobin avec trois dessins que vous pouvez découvrir ici et également dans le  magazine de novembre 2012.

 

 

 

Chère Julie Cadilhac,

Les questions que vous m'envoyez sont tombées sur mon crâne comme une grêle. J'ai d'abord pensé me mettre à l'abri sous un silence, puis je me suis dit qu'il était plus juste de vous écrire cette lettre, inspirée par vos questions mais non captives d'elles.
Par où commencer. Par ceci peut-être: je ne sais pas pourquoi j'écris. Je sais juste que je ne peux faire autrement. Un premier mot lancé sur la page blanche - et c'est l'infini qui arrive à toute allure. J'ai une joie d'ogre à écrire. Le langage est un verre de cristal. J'aime le son qu'il rend lorsque je le heurte du bruit des doigts. Les mots sont la vibration heureuse du silence. Ecrire rafraichit les atomes de l'air, ouvre le coeur comme au matin de Pâques. Pardonnez-moi de ne parler que par images. Je suis incapable de répondre raisonnablement à des questions sur cette manie d'écrire. Je ne peux pas, comprenez-le, aller plus loin que la phrase imprimée: la commenter, ce serait l'étouffer. Somme toute, je fais confiance au lecteur : il en saura plus que moi, simplement en me lisant. Et peut-être découvrira-t-il aussi quelque chose de lui, dans le miroir de papier blanc.
Vous me dîtes que mon regard sur le monde est pessimiste. Je ne crois pas. Le constat est simple et nous le faisons tous dans le secret de nos lassitudes : l'humain s'éloigne du monde à bas bruit. L'humain est comme une bête sauvage et douce, blessée par nos manières. Elle se tient de plus en plus à l'écart de nos terribles réjouissances - et elle a bien raison.
Ce que j'appelle l'humain c'est un visage en clairière, ouvert, fraternel, sensible. Ce visagebobin.jpg est la seule preuve admissible de Dieu. Nos sociétés sont si possédées par le rien de l'argent et de la puissance que le visage de l'humain - de Dieu aussi bien - baisse désormais les paupières. Une nuit monte de ces yeux baissés, qui ne veulent plus nous regarder. Est-ce du pessimisme que de parler ainsi? Non, sûrement pas. Il n'y a qu'une seule chance de vivre, et c'est de regarder ce qui vient, en face. Ecrire est cet essai de voir ce qui existe, le terrible comme le doux. Parfois, quand on le regarde longtemps en silence, le terrible se met à fleurir. Les fleurs sont des propositions du néant. Oui, même le néant aspire à la lumière, au coloré et au clair.
Le bleu dont parle mon livre est ce que je vois de plus réel dans le monde. Ce n'est pas une consolation. C'est la vérité maltraitée par nous: vivre est une splendeur. Les religions en parlent mal. Il faudrait revenir à la distinction du spirituel et du religieux. Elle est simple à exprimer : le spirituel c'est un homme qui marche sur les eaux, sans même y penser. Le religieux, c'est le même homme à qui on a coulé les deux pieds dans le béton.
Mais je reviens au monde : nos techniques ont supprimé le temps, en supprimant le temps, elles suppriment le coeur. Le coeur a besoin de lenteur, de secret, d'attention, de patience - toutes matières qui sont aujourd'hui plus rares que l'or, et enfouies bien plus profondément. Les livres, certains livres ressuscitent ce que le monde dans son inconscience allègre efface.
Les livres en papier et les lettres manuscrites ne sont pas du passé : ils sont l'avenir. Par eux la lumière concrète reviendras dans un monde que les écrans bleutés enténèbrent en douceur. Je ne sais qui lira cette lettre si vous la publiez. A cette personne sans visage connu - et pour que son visage s'éclaire, prenne forme et grâce, je recommanderais la lecture des féériques récits de Jean Grosjean. On peut dire de lui ce qu'il dit d'Abraham : sa science était de ne pas savoir.  Cette phrase n'est-elle pas une belle fin pour cette lettre? Merci d'avoir eu la patience de me lire,

 

Amicalement,

 

Christian Bobin.

 

 

 

BOBINWEBE.jpgCher M.Bobin,

 

Touchée par vos mots dont la fluidité transperce de part en part, je voulais appréhender mieux les mystères du poète.  Votre "joie d'ogre à écrire" est communicative , voici donc l'explication à mes questions diluviennes. La lecture est votre compagnon obsessionnel alors j'ai d'abord interrogé le lecteur, souhaité connaître le nom d'un  livre "dont les pages sont imbibées de ciel bleu" pour le lire ensuite avec la même confiance que le vôtre, découvert sur le conseil d'un ami qui m'avait confié "on lit Bobin un stylo à la main" et après on a envie de l'offrir à tous ceux qu'on aime.
 La force admirable de votre plume et sa sagesse incitent en outre à comprendre la genèse de phrases qui "sourient parce qu'elles sortent du noir". J'avais l'occasion de demander si cet homme-joie qui trône "dans la grande salle de notre coeur" est un roi capricieux et arbitraire ou si l'on peut provoquer ses sorties. Le bonheur est-il selon vous une aptitude?
C'est vrai, j'ai perçu votre regard sur le monde actuel comme pessimiste mais le sens d'un livre n'effectue que la moitié du chemin avec l'auteur et le lecteur s'en fait maître quand il lui prend la main. Sans doute est ce moi qui veut lire dans vos mots mes inquiétudes et déceptions, en guerre sourde contre mon prochain qui a choisi de laisser à la consommation frénétique et à la vanité de posséder le podium des vainqueurs.L'Homme a oublié toutes les vérités superflues mais nécessaires, comme dirait le précieux Voltaire, que contient le parfum d'une fleur.
Il y a dans vos doigts qui saisissent chaque lettre de cette machine à écrire (dont je veux imaginer le tintement désuet lorsque la fin de la ligne pointe le bout de sa marge), plus d'amour que de sang, un étourdissement de vie qui s'impose et balaye d'un coup d'aile tous les  "assassins blancs comme neige" : ceux qui tuent à force de faux semblants et de générosité calculée, ceux qui prospectent sur nos vies et font de la singularité une fragilité .
Forcer l'interviewé à un numéro de funambule, ne lui laissant que le choix  d'exécuter des pirouettes gracieuses qui pallient l'inutilité en postulat de toute réponse, est le paradoxe du journaliste. Un écrit se suffit à lui seul... mais il est prétexte à échanges et votre réponse aura eu pour moi la magie de ce "bleu" qu'il faut savoir cueillir comme une aube en déshabillé.


Bien sincèrement,


Julie Cadilhac

 

 

Titre: L'homme-joie

Auteur: Christian Bobin

Editions: L'iconoclaste

Prix: 17€

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29 octobre 2012 1 29 /10 /octobre /2012 15:32

oliviercostes.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr/©  RICHARD SPRANG / illustrations Arnaud Taeron/  Olivier Costes est un "auteur pour grands, pour enfants et pour grands enfants". Il est également compositeur, auteur et interprète dans quatre albums musicaux sous le pseudonyme Olive et moi. Suite à ses expériences d'écriture pour des livres-cd jeunesse dont la narration a été prise en charge par deux fois par le comédien François Morel, il a imaginé un roman satirique sur le dictateur Adolf Hitler qui, on vous l'assure, séduira autant les adolescents que les adultes. C'est une petite histoire qui ressemble à la Grande dans laquelle on découvre un adolescent despotiquement charismatique qui devient le petit protégé d'une proviseur Maréchale dont la devise est "Travail, Famille, Poterie". Vous y croiserez la belle France qui oscille entre fascination pour le jeune Adolf et résistance, le grand Charles très doué en football, l'intègre et déterminé Jean et un attroupement d'ados antipathiques qui cherchent à satisfaire à tout prix les folies d'un Führer en puissance. Historiquement passionnant puisqu'y sont insérés des anecdotes méconnues sur le dictateur et farcies de calembours et d'humour joueur, voilà un livre coup de coeur! Rencontre avec un auteur montpelliérain aussi sympathique que talentueux dont on vous conseille de suivre les parutions de près! 


Quel est le point de départ de ce « roman hystérique » ?
Tout part du principe que la grande leçon de l’histoire, c’est qu’on ne tire jamais assez les leçons du passé et que quand l’histoire nous repasse ses plats, ils sont souvent empoisonnés. L’éternel recommencement, c’est fascinant. Avec Adolf, c’est « fascisant ». Ça m’a donné envie d’écrire une histoire de fantômes où les revenants sont des personnages historiques qui se réincarnent en adolescents d’aujourd’hui et qui revivent, à leur échelle, les événements tragiques qu’ils ont provoqués dans une vie antérieure. Des personnages avec un corps de jeune, mais une cervelle de vieux. Pour que le récit soit fort, il me fallait des créatures d’épouvante à visage humain. Hitler et sa clique de crétins sanguinaires, y’a pas mieux. Ensuite, le jeu a consisté à superposer trois « couches » pour provoquer des télescopages et des grincements de dents entre le passé et le présent, la fiction et le réel, le collectif et l’intime. Ce qui est troublant, c’est que ces morts-vivants ont quelque chose d’actuel. « Mein Kampf » va tomber dans le domaine public fin 2015, soit soixante-dix ans après la mort d’Hitler. En Inde, en Indonésie ou en en Turquie, c’est un best-seller dont la plupart des lecteurs sont des jeunes... La bête immonde bouge encore. J’aurais bien titré le livre « Le ventre est encore fécond », mais c’était déjà pris…


Brosser le sale portrait d'Adolf, c'est un acte d'écriture défouloir ?adolfcouv.jpg
Oui parce qu’on a tous en nous un petit Adolf prêt à bondir. Se confronter à lui, c’est prendre conscience de notre côté obscur, de notre part d’inhumanité que des circonstances particulières peuvent faire surgir. Des drames personnels ou des tragédies collectives. J’ai essayé d’en rire parce que je ne vois pas d’autre façon de le rendre supportable.


Avant d'imaginer cette satire délicieuse, y a-t-il, à part des ouvrages encyclopédiques ( hum enfin je suppose…?), des fictions qui vous ont donné envie de  réécrire la tragédie de la Shoah et de son maître à orchestrer ( Je pense à La part de l'Autre, Maus, Le nazi et le barbier... )?
J’ai failli abandonner plusieurs fois le projet justement à cause de la question de la Shoah. Je ne voyais pas comment en parler avec humour dans un récit parodique. J’ai fait un refus d’obstacle, je voulais me concentrer seulement sur la personnalité d’Hitler et sur ses proches. Mais l’éluder aurait été une faute. Alors, je l’évoque avec des moyens détournés, au travers de la phobie obsessionnelle d’Adolf pour les rats. J’ai pensé au « Rhinocéros » de Ionesco, à « La peste » de Camus, à « Maus » de Spiegelman où les Juifs sont des souris et les nazis des chats. Pour le personnage d’Adolf, j’ai visionné beaucoup de documentaires et bien sûr « Le Dictateur » de Chaplin. Quand on voit les meetings filmés d’Hitler et  la gestuelle d’Adenoid Hinkel incarné par Chaplin, on se demande lequel des deux singe l’autre. C’est un personnage tellement grotesque qu’il offre un grand éventail de possibilités comiques sans qu’on ait à forcer le trait, car il est lui-même une caricature. Il paraît qu’Hitler a vu plusieurs fois « Le Dictateur », il n'a sûrement rien compris au film.


Adolf, roman hystérique, est une petite histoire qui ressemble à la grande : elle a des fins pédagogiques souhaitées?
Le livre est plus hystérique qu’historique, mais c’est une farce documentée où beaucoup de choses sont à la fois vraies et invraisemblables. J’ai essayé d’être sérieux sur le fond et divertissant sur la forme. Évidemment, si ma petite histoire pouvait donner envie de se replonger dans la grande, ce serait formidable ! Je suis récemment tombé sur les résultats d’un sondage effectué en 2009 par une association d’anciens combattants écossais auprès de 2000 enfants âgés de 9 à 15 ans. D’après les résultats, 10% pensent que les SS sont des personnages de la série « Le clan des sept » de Enid Blyton, 21% sont persuadés que Goebbels était un Juif célèbre qui a publié son journal intime et 15% qu’Auschwitz était un parc d’attractions…  Pour ne pas participer à la confusion des esprits, il y a un tableau de correspondances entre les personnages fictifs et les personnages réels à la fin du livre, ainsi qu’un rappel des dates des grands événements de la Seconde Guerre mondiale.


Olivier Costes aimait-il l'Histoire à l'école ?
J’ai toujours aimé les histoires dans l‘Histoire et préféré la récré à l’école.


hitler.pngRègle-t-il ses comptes avec une Maréchale quelconque qui aurait servi ( et sévi) il y a quelques années dans un établissement qu'il fréquentait ?
Non.


Bref - j'y viens!-  comment est venue l'idée de transposer cette Grande Histoire dans une école ?
Le nazisme embrigadait la jeunesse dans les Hitlerjungend. Avec les lebensborn, il les prenait même au biberon pour en faire les « élites » de la race aryenne. Ce sont des éléments qui m’ont décidé à transposer mon récit dans un lycée, pour confronter les démons d’hier à la jeunesse d’aujourd’hui. L’adolescence est une période où on est manipulable, perméable à la pression du groupe. On se cherche des idoles, des repères. On est la proie idéale de tout système de conditionnement.


Sur la quatrième de couverture, on lit que ce bouquin s'inspire d'anecdotes méconnues de l'Histoire…pourriez-vous nous en citer deux parmi celles dont pourraient passer à côté les ignorants que nous sommes ?
J’ai tout découvert de la personnalité d’Hitler en me documentant pour le livre. Je suis tombé de ma chaise plusieurs fois, car quand on met tous les détails de sa vie bout à bout, on arrive à une accumulation de faits incroyables, le plus souvent terrifiants, mais aussi romanesques et grotesques. Je ne savais pas qu’Hitler était le fruit d’un mariage consanguin et que son père le battait, qu’il se destinait aux Beaux-Arts, qu’il a vécu comme un clochard et vendu ses aquarelles pour survivre, qu’il adorait à ce point Wagner, qu’il était végétarien, qu’il a lui-même choisi la croix gammée comme emblème en s’inspirant du pacifique svastika hindou qu’il a détourné,  que six des sept femmes qu’il a connues intimement se sont suicidées ou ont tenté de le faire, qu’il eût sans doute la maladie de Parkinson pendant la campagne de Russie et qu’il se savait condamné à un horizon de quatre ou cinq ans (ce qui peut expliquer sa précipitation)… L’un des épisodes les plus tragiques qui illustrent bien la fascination qu’il provoquait à son époque, concerne la famille Goebbels. Magda, la femme de Joseph, a eu avec son mari six enfants. Elle leur a tous donné un prénom qui commence par un H comme Hitler. Après le suicide de son führer, elle les a tous empoisonnés au cyanure avant de se tuer elle aussi…


Vous êtes un adepte des jeux de mots et clins d'oeil espiègles : ça se travaille ou c'est de nature chez Olivier Costes ?
Jouer avec le son et le sens des mots, ça fait partie du plaisir d’écrire et j’espère aussi, du plaisir de lire. Après, tout est une question de dosage. Il ne faut pas que ça tourne à l’almanach Vermot. Comme j’ai toujours peur que le lecteur s’ennuie, j’essaie de faire des  phrases vivantes qui ont du rythme et une certaine mélodie. C’est pour ça qu’il y a beaucoup de dialogues dans le livre, ça donne un côté théâtral. En plus, ça correspond bien à Hitler qui croyait à la supériorité de l’oral sur l’écrit.


En haut de chaque chapitre, on trouve des phrases énigmatiques...énoncées réellement àsourisfoot.png la radio par les résistants? Vous avez poussé le souci du clin d'oeil jusque-là ?
Oui ce sont d’authentiques « messages personnels » de radio Londres. J’adore leur côté absurde et leur poésie surréaliste. Ils ont une douceur étonnante qui contraste avec la dureté de la période. Leur humour était porteur d’espérance. Ne pas sombrer dans la gravité, c’est aussi une forme de résistance. Mes préférés sont ceux avec des animaux : « La vache saute par dessus la lune », « Le cheval bleu se promène sur l’horizon », « Les girafes ne portent pas de faux-col » ou « Le chimpanzé est protocolaire ». Ceux avec les personnages sont bien aussi, il raconte des petites histoires très visuelles : « Tante Amélie fait du vélo en short », « Grand-mère mange nos bonbons ». Il y a également le très beau « L’acide rougit le tournesol » et bien sûr le célèbre « Les sanglots longs des violons de l’automne » qui annonçait le débarquement des Alliés. J’ai gardé « Bercent mon cœur… » et non pas « Blessent mon cœur »comme l’avait écrit Verlaine, car les Résistants faisaient référence au texte de la chanson de Trénet qui présente quelques différences avec le poème original.
Beaucoup de ces messages s’adaptaient très bien à des chapitres où je me moque des marottes d’Adolf : « Le musicien est enthousiaste !» pour la partie qui parle de sa passion pour les opéras de Wagner, « Pierrot ressemble à son grand-père »introduit un passage sur sa généalogie, « Frédérick était roi de Prusse » permet d’évoquer sa fascination pour Frédéric le Grand, « Véronèse était un peintre » pour se moquer du petit talent d’aquarelliste d’Hitler et « Je n’aime pas la blanquette de veau » pour railler son régime végétarien.  « La secrétaire est jolie » était parfait pour parler d’Eva (Braun)… J’ai aussi appris que le pom-pom-pom-pom d’introduction des messages signifiait le V de « Victoire » en morse.


Le STO (Serviettes et Torchons Obligatoires) aussi bien que le Ratzkiller sont tout bonnement effrayants…la soumission béate des élèves et du personnel administratif à Adolf fait froid dans le dos… c'est un effet que vous avez travaillé à ménager d'arrache-stylo ?
C’est l’un des grands mystères d’Hitler. Comment ce pervers paranoïaque a-t-il pu entraîner dans sa folie tout un peuple dont la grande majorité était a priori sains d’esprit ? Pourquoi personne n’a réagi à temps ? Quand on le voit aujourd’hui, on ne lui reconnaît aucun charisme, on le trouve idiot, laid, ridicule, pathétique. Mais à son époque, on admirait son génie. Il hypnotisait les foules et avait toutes les femmes à ses pieds. En France, cette soumission à Hitler s’appelait la collaboration. Soumission incarnée par le héros de la Première Guerre mondiale, le Maréchal Pétain. Il envoûtait totalement ses supporters et paralysait ses adversaires. Il a quand même été consacré « Homme de l’année » par le Time Magazine en 1938 ! C’est incompréhensible. Ma seule explication, c’est que dans un monde de dingues, les fous furieux ont une bonne chance de prospérer.


Adolf, roman hystérique, va être augmentée et enrichie pour  un public adulte dans une nouvelle version qui paraîtra en janvier 2013: la violence du cercle d'Adolf va-t-elle être décuplée? Allez-vous évoquer les déportations de rats? Les tortures des résistants? bref, que comptez-vous ajouter dont la version adolescente ne dispose pas ?
Le nazisme c’est une salamandre, on a beau couper ses membres, ça repousse toujours. Tous les mois, on fait de nouvelles découvertes. La dernière en date, c’est cette statue bouddhique portant un svastika (croix gammée), que les nazis étaient allés chercher au Tibet en 1938 où ils espéraient trouver les origines de la race aryenne. Déjà cette expédition est rocambolesque, on dirait une aventure de Tintin. Mais ce n’est pas tout. Les scientifiques viennent de découvrir que la statue est faite en matériaux extraterrestres. Elle a été taillée dans une météorite qui s’est écrasée à la frontière de la Sibérie et de la Mongolie il y’a 15 000 ans. Ça vaut Indiana Jones ! Des trucs comme ça, il en sort tout le temps. Je les guette, je les trie et j’essaie de les intégrer dans la nouvelle version du livre. Mais la trame sera la même. Je vais développer quelques détails sur la mystique nazie, le profil psychanalytique d’Hitler, les soins du sulfureux docteur Théodore (Morrell), et ajouter un chapitre économique, car le contexte de crise actuel ressemble un peu à celui que connaissait l’Allemagne entre les deux guerres. L’hyperinflation en moins. Mais des parallèles sont possibles. Par exemple, au mois de mai dernier, les néo-nazis de l’Aube dorée ont profité du chaos et de l’instabilité du pays pour faire leur entrée au parlement grec.


Olivier Costes aime le foot, non? On se souvient de son morceau Champion d'Immonde et de ses métaphores footballistiques : "Fais-moi une passe, je ne peux pas vivre sans but"….Naturellement, vous avez donc  imaginé le débarquement en Normandie comme une méga-raclée des "nazillons" par  les potes américains et anglais du Grand Charles?
Oui j’aime le foot, mais comme tout le monde, depuis quelque temps, j’ai du mal avec ce sport. Même si l’équipe de France a beaucoup de vertus… soporifiques. Certes, c’est le plus cher des somnifères, mais, depuis que les Qataris ont acheté le championnat, ce sont eux qui payent ! Pour en revenir au livre, le foot se prêtait bien aux instincts guerriers de mes personnages qui n’ont pas vraiment le goût des rencontres amicales. En plus, les stades sont toujours des réservoirs de fanatisme. Adolf, c’est le pire des hooligans, il se sert du sport à des fins de propagande et bafoue toutes les règles. Il est tout le temps hors-jeu. Heureusement, il n’atteindra pas son but. Staline et les Alliés lui mettront un carton rouge.


Aujourd'hui on pense aux matchs de la ligue 1 réservés à ceux qui ont envie de se ruiner en chaînes câblées, l'équipe de France qui ne court pas beaucoup sur le terrain et se met en grève lors des grandes rencontres, les scandales et affaires pas nettes, etc. Une satire du foot en bonne et due forme, décapante et bien salée, où seraient croquées les dérives de l'institution et ses abus, les joueurs et leur peopolisation … ça vous tenterait? ( Nous oui….!)
Peut-être… mais je crains qu’aujourd’hui ce soit plus dangereux de se moquer du foot que d’Hitler.


Vous êtes également l'auteur de deux albums jeunesse : Le Stylo à cancre et le Zarbi Zoo  (racontés par François Morel).Qu'est-ce qui vous séduit dans le public enfantin ?
Ce qui me plaît chez les enfants c’est leur cruauté, leur indiscipline et leur immaturité. Qu’est-ce qu’ils sont puérils ! En plus, ils sont très influençables. Du coup, je me sens totalement en phase avec eux, plus libre, plus à l’aise. Non, sérieusement, écrire pour la jeunesse c’est un remède contre la vieillesse. C’est une crème antiride, un lifting pour l’esprit, mais sans bistouri.


Pourriez-vous nous parler de votre prochain livre jeunesse, un livre-CD intitulé "Allo Docteur Ludo (narrateur: François Morel encore)?
C’est une comédie médicale dont le héros est doudoutologue : il soigne les jouets, les poupées, les peluches.  À cause d’un oiseau de malheur (Nocébo), il doit faire face à une terrible épidémie de peur bleue dans sa salle d’attente.  Le remède se trouve au fin fond d’un abîme très, très, très profond : « le Gouffre de la Sécu ». Il est gardé par un monstre sanguinaire qui s’appelle le « Médiataure ». Il faut être complètement malade pour oser l’affronter ! C’est un livre qui se lit aussi avec les oreilles, car il y a un CD dedans. L’histoire est racontée par François Morel en super forme, les chansons sont arrangées par le talentueux Cyril Douay (The Chase et les Acrobates), le tout est illustré par Arnaud Boutin. Le docteur Ludo consulte à partir du 7 novembre dans toutes les librairies.


Enfin des signatures prévues fin 2012 et en 2013 ? Où pourra-t-on vous rencontrer?
Je serai au salon du livre jeunesse à Montreuil et participerai à beaucoup d’autres. Je ferai aussi pas mal d’interventions en milieu scolaire. Le planning n’est pas encore défini, ce sera surtout en 2013 avec la sortie de la version « enrichie » d’Adolf.



Titre: Adolf (roman hystérique) d’Olivier Costes - Oskar Editeur - 14,95€


Mais aussi:

"Allô docteur Ludo" comédie médicale ( livre CD pour enfants )
Narrateur François Morel
Actes sud junior/ New track
sortie le 7 novembre

"Adolf, roman hystérique" version "adulte" augmentée et enrichie
collection Osaka
Sortie janvier 2013

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30 mai 2012 3 30 /05 /mai /2012 20:42

begag.pngInterview d'Azouz Begag/ Propos recueillis par Julie Cadilhac - Bscnews.fr/ Photos Rea Tünuel/ Dessins Arnaud Taeron/  Né dans un bidonville et devenu ministre" délégué à la Promotion de l'égalité des chances pendant deux ans sous le gouvernement de Dominique de Villepin, Chevalier de La Légion d'Honneur et de l'Ordre national du Mérite, Azouz Begag est également un écrivain prolixe dont le Gone du Châaba en 1986 a rencontré un vif succès. Adepte de la métaphore et d'une prose sincère et mêlée d'humour, il a écrit une quinzaine d'oeuvres à destination des adultes, une dizaine pour la jeunesse et il vient de publier sa première bande-dessinée, en compagnie de Djillali Defali, intitulée Leçons coloniales. Aux Editions Albin Michel, paraît un nouveau roman dont le nom fleure bon le métissage heureux des contraires «Salam Ouessant». Il y est question d'un père divorcé et de ses deux filles qui partent dans le Finistère pour passer leurs premières vacances à trois. Tensions, incompréhensions, maladresses réciproques, la semaine ne s'annonce pas aussi douce qu'un fleuve tranquille… Une aventure familiale où le réalisme flirte avec la fantaisie et la poésie, où l'on croise une Mme Pourquoi au caractère bien trempé et une Circé cavalière et où l'amour - on l'aurait deviné!-  triomphe malgré tout. Une histoire avec des adultes dont les souvenirs sont au bord des lèvres et du coeur, un récit avec des enfants qui comprendront plus tard et ce sera bien assez tôt. Rencontre avec un écrivain généreux et sensible à qui l'on souhaite d'enthousiastes nuits de méditation sous les étoiles lyonnaises...


L'identité est un thème littéraire qui vous inspire tout particulièrement?
Je ne sais pas pourquoi soudainement je pense à Ulysse. J'ai été marqué très tôt par l'Odyssée de Homère, c'est , je trouve, un des livres cultes sur l'émigration, sur l'exil. C'est le mythe du retour au bled. Voilà ce type, Ulysse, qui est prisonnier dans ce cheval de Troie, en train de faire cette guerre stupide et qui transpire pendant des heures et des heures au milieu de camarades dans ce beau cheval de bois et qui pense à son pays d'origine, à sa terre, à Ithaque, à sa femme, à son enfant, à tout ce qu'il a laissé tomber pour se retrouverfamille.png dans cette situation stupide. C'est un livre qui a trait à la question de l'identité. L'identité, c'est un jour se poser la question " qu'est-ce que je suis en train de faire ici?", "est-ce que cela a du sens que je sois là?", et "quel sens?". Le deuxième thème qui m'intéresse beaucoup, c'est la terre d'origine et ,ce qui lui est associé directement, la nostalgie. La nostalgie qui vient des deux mots grecs "Nostos" , le nid, et "Algos" , la douleur. La nostalgie, c'est donc la douleur d'être éloigné de son nid, de son foyer. Chez tous les êtres humains, la nostalgie est différente parce qu'elle a à voir avec l'enfance, c'est la douleur d'avoir quitté le monde de l'enfance, le monde de l'éternité, de l'innocence mais aussi de l'immortalité. Et quand les êtres humains quittent ce monde de l'immortalité, ils entrent dans celui de la finitude alors la question de l'identité se pose encore plus parce que cette culture de l'identité dit: "que vais-je laisser derrière en héritage? dans mon sillage?". C'est la question que traite mon roman finalement…

 

Dans ce roman, le narrateur est confronté à de multiples remises en question identitaires en tant que père, qu'homme, qu'autochtone…
Le fait d'être père de famille fonde en partie ce que l'on appelle la carte d'identité. La carte d'identité se compose de choses multiples: je suis un homme, je suis né à Lyon, je suis basané, je suis enfant d'une famille nombreuse, je suis issu de l'immigration maghrébine, je suis intellectuel…et cela fonde une carte d'identité multi-dimensionnelle et finalement ce livre traite de ces questions d'identité multidimensionnelles que porte un homme ou une femme tout au long de son existence.

 

Ce titre: Salam Ouessant ….en 1986, on se rappelle d’un autre: le Gone du Chaâba: des titres à la sémantique forte qui semblent révéler votre intérêt pour le métissage culturel …Le nom d’un roman, c'est important pour Azouz Begag?
phare.pngOui, le titre, c'est comme le prénom d'un enfant qui va l'accompagner tout au long de sa vie. Par conséquent, c'est un choix fondateur qui va marquer l'identité d'un bouquin et j'y prête une grande attention parce que le titre a toujours une sonorité aussi puissante que la première phrase qui ouvre un livre. Salam Ouessant: j'aime cet assemblage de mots qui n'ont rien à voir l'un avec l'autre et qui rappelle l'épopée de ce pied-noir qui quitta l'Algérie en 1962, qui n'a rien compris à ce qui s'était passé et qui se retrouve sur l'île d'Ouessant qui est situé sur le fin-istère, c'est à dire à la fin de la terre. En me voyant ,au départ, il me laisse dériver dans mes difficultés de père avant de me déclarer -une semaine après -sa flamme. Il me dit " de quel pays êtes-vous?", je réponds " de Lyon". Il me dit "mais avant", je dis " Avant, je n'étais qu'un spermatozoïde." Il me dit "Arrête de te jouer de moi, dis-moi tout" et je réponds " Algérie". Cet homme alors m'explique qu'il avait aussi quitté son pays quand il était jeune, qu'il avait du laisser tomber une fille qu'il aimait tellement là-bas au bas de la Casbah à Alger, qu'il a dû tout oublier et tout recommencer…il me dit: "devine quel métier j'ai fait? j'étais gardien du phare d'Ouessant pendant vingt cinq ans pour reconstituer la lumière de là-bas, pour essayer d'allumer le rail d'Ouessant, pour éviter que les bateaux ne se fracassent sur les récifs et sur les écueils qui bordent le passage de l'île d'Ouessant." En gros, c'est l'histoire d'une existence humaine; il y en a parmi nous qui sont là pour éclairer le chemin, pour nous empêcher de tomber sur des obstacles qui sont connus, qui essaient de nous donner une carte des récifs et des écueils à éviter dans la vie pour s'en sortir. C'est ce que le père essaie de faire avec ses enfants ( rires). Ce M. Le Bihan et moi, on est dans la même galère! Il y a des croisements littéraires dans ce livre qui m'ont beaucoup amusé…

 

Ce roman montre le père dans une situation souvent inconfortable et pas toujours à son avantage tant il accumule les maladresses avec ses filles. Vous vouliez, comme Rousseau dans ses confessions, vous montrer tel que vous êtes vraiment? Le pacte de sincérité avec le lecteur est pour vous indispensable lorsqu'on écrit une autobiographie romancée?
Exactement! Il y a pas longtemps, j'ai demandé à un de mes neveux qu'est-ce qui avait plu dans le roman Le Gone du Chaâba. De suite, il m'a répondu: la sincérité. C'est quelque chose de difficile à trouver quand on est romancier et qu'on essaie de créer des personnages avec des psychologies particulières; ce sont des personnages artificiels dans la fiction mais il faut néanmoins  donner au lecteur ce sentiment de sincérité totale. C'est ce sentiment que j'ai laissé ressurgir lorsque je me suis laissé aller à quelques confidences; elles sont, je crois, d'une grande humanité mais je les ai mâtinées avec une dose humoristique pour pouvoir leur donner encore un peu plus de légèreté. Quand un écrivain va au bout de son émotion, il est obligé de se mettre à nu; il devient vulnérable bien entendu, mais tellement sincère qu'il emmène avec lui le lecteur dans son chemin. De plus en plus, je cherche à faire cela maintenant. Ne plus tricher, ne plus rien cacher et puis aller dans la lumière du phare, fût-il le phare d'Ouessant, pour essayer de montrer au lecteur que nous sommes finalement à peu près tous foutus de la même manière, avec, à l'intérieur, les mêmes sentiments, les mêmes besoins d'être aimé et d'aimer et que c'est bon de partager le plus petit dénominateur commun entre les êtres humains qui est celui de la recherche d'amour pendant la traversée du rail d'Ouessant, c'est à dire pendant la durée de l'existence. Je crois qu'on touche les gens en faisant ça. Le lecteur est étreint, en tournant les pages, soit par des éclats de rire, soit des sanglots, qui font du lecteur et de l'auteur des êtres humains fabuleux parce qu'ils se rendent compte de leur statut commun d'être humain.


Quels conseils donneriez-vous à un auteur qui souhaiterait écrire une autobiographie SALAM_OUESSANT.jpgromancée?
Il faut être soi et essayer, avec toute la complexité qui nous forge, d'aller vers la sincérité la plus totale. Il faut aussi, bien entendu, une construction, c'est à dire partir d'un point jusqu'à un autre....emmener le lecteur de Brest jusqu'à Ouessant. Il faut faire une traversée et ,si ça part dans tous les sens, si le bateau sur lequel on embarque tourne sur lui-même, revient, repart…ce sera très difficile de retenir l'attention du lecteur . On fait partager aux lecteurs toutes les qualités et les turpitudes de cette traversée, qui , vous l'avez compris, est une métaphore….


Ouessant, l'Algérie, deux paysages si contraires et en même temps qui réussissent à se mêler dans l'imagination et le destin du narrateur...
Oui, j'aime l'harmonie des contraires. Je suis attiré par les antipodes parce qu'entre elles, il y a des énergies qui circulent, des questions, des affrontements, des altérations qui sont tout à fait riches en découvertes de soi. C'est un passage d'électricité, d'un point A à un point b, et qui allume des lampes, qui éclaire. Je préfère aller vers ce qui n'est pas pareil, ce qui est différent : partir de Lyon pour aller à Ouessant plutôt que d'aller en Algérie. Je me dis qu'en allant Ouessant, forcément,  il va se passer des choses.

 

Ce récit cherche-t-il à expliquer qu'on ne peut pas tout partager avec ses enfants? En effet, si le père est touché par Le Bihan et comprend  ses douleurs enracinées , les filles ont d'autres problématiques qui les perturbent et ne sentent pas concernées...
Evidemment, les adultes ont conscience de tous ces ratés, de tous ces échecs, de toutes ces nostalgies et il serait vraiment absurde de  les faire partager aux enfants. Ils devront vivre leurs propres échecs, en tirer profit et élaborer leur propre nostalgie c'est à dire donner du sens à leur propre existence. Nous, notre rôle et notre obligation, c'est de leur donner pleine confiance en eux-mêmes pour pouvoir prendre le risque de bâtir tout ça, leur laisser produire le sens de leur existence, ne pas leur infliger les nôtres. Mon père était comme ça, d'une culture méditerranéenne ; il disait qu'il ne fallait partager avec les gens qu'on rencontre , avec ses amis, que le meilleur de soi-même et que si, avec les autres, on ne partage que le pire qui est le dénominateur commun entre les êtres humains, cela n'a aucun sens. Il n'y a aucun intérêt à partager notre pessimisme avec les enfants; il est utile et hautement nécessaire de les laisser croire en l'humanité, en l'impossible même si nous savons que nous sommes proches de la frontière. Par exemple, à titre personnel aujourd'hui, le monde dans lequel nous vivons m'effraie beaucoup; je suis assez pessimiste sur les évolutions économiques, culturelles, sociales de notre pays- de l'Europe et du Monde aussi - mais je ne le dis pas aux jeunes et aux enfants, je leur dis d'y aller, de foncer, de produire, de vivre leurs émotions et de ne surtout pas se laisser impressionner par le discours pessimiste des adultes. Ce roman montre un père qui essaie de rentrer avec ses deux filles dans une logique d'accompagnement et non dans une logique d'affrontement. C'est ma façon de voir l'éducation: accompagner, c'est tout. Désigner à ceux qui viennent derrière nous, les récifs et les écueils,  de les éclairer….tout en sachant que les enfants iront directement sur les récifs et les écueils qu'on leur a éclairés parce que ça les intéresse. ( rires) Il faut donc être humble et prendre ça avec humour.

 

On trouve dans le roman cette phrase: "J'ai hérité la maladie de l'immigration et son effet secondaire, le soliloque"….
Je reviens vers Ulysse; je l'imagine rongé par l'idée de son retour à Ithaque et devant l'impossibilité de partager ses choses intimes et profondes avec les soldats avec lesquels il vient d'en découdre avec les Troyens…alors il soliloque, il parle tout seul, il remue les lèvres et fait dialoguer entre eux plusieurs personnages qui sont en lui et qui l'appellent et l'informent de ce qui se passe ailleurs. Nous sommes des êtres extrêmement complexes et tous ceux qui en sont conscients, et en particulier ceux qui sont partis de leur ville ou de leur village, pour aller dans un autre pays, une autre culture, sont contraints au soliloque. Bon, aujourd'hui, c'est vrai, il y a les téléphones portables ou les CallCenter où ils peuvent appeler à moindres frais leurs bouts d'eux-mêmes qui sont restés là-bas, de l'autre côté de la mer....


Yvon le Guen a vraiment existé?
Non ! mais un de mes meilleurs amis - le plus grand poète de France et du Monde-, lecons_coloniales_une_bande_dessinee_sur_les_premices_de_la.jpg s'appelle Yvon le Men , il est breton, il vit à Lannion et c'est lui qui m'a remis, il y a une quinzaine d'années, sur le chemin de la poésie parce que je l'ai entendu à plusieurs reprises en public, les yeux fermés, remuer ses lèvres et dire quelques poémes, les siens ou ceux des autres; et cela donne une telle énergie, c'est tellement humain que j'ai eu envie de revenir sur ce terrain. C'est pour cela que lorsque le personnage central de mon roman voit cette belle rouquine sur son cheval roux, il dit: " Jamais chemisier en soie n'avait en moi provoqué pareil émoi"…c'était pour rigoler avec mon ami poète! Les poètes sont des immigrés aussi, tous sont des exilés; ils se sont trompés de monde; partout où ils vont, ils soliloquent, ils s'inventent des vies, des mots et ils les racontent au vent mauvais…Ah!les poètes qui murmurent au vent au bord des falaises.


Ce roman parle du prix des rencontres..
 En évoquant le vent,  on est contraint -encore!- de revenir à  Homère et au récit de l'outre et du dieu Eole. Cet outre dans laquelle Eole a emprisonné tous les vents contraires qui empêcheraient Ulysse de revenir à Ithaque. Lorsqu'Ulysse est sur le point de retrouver son bled, les marins commencent à se plaindre" toi, tu vas rentrer chez toi les bras chargés d'étoffes et de cadeaux et nous, on a rien, montre-nous ce que contient cette outre". ET malgré les non d'Ulysse, l'outre est ouverte et les vents contraires les emportent à mille lieux d'Ithaque. Il n'y a pas longtemps, j'ai rencontre sur le fleuve mékong un homme richissime qui, un jour, me voyant dans un état psychologique peu réjouissant me dit: " de quoi as tu besoin dans la vie?" Il voulait m'aider et enfermer dans une outre quelques vents contraires pour faciliter ma vie. Et, pendant plusieurs minutes, j'ai été bouleversé par sa question parce que je n'avais pas de réponse: qu'est-ce qu'on veut dans la vie? J'avais un magicien d'Oz, là, qui me disait avec sa baguette "dis moi ce que tu veux". En fait, on ne sait pas ce que l'on veut, on cherche. Alors plutôt que de parler d'identité, je préfère toujours parler d'identification; c'est un mot plus ouvert, plus conciliant avec les rencontres que l'on fait, les gens qu'on croise dans la rue…et finalement, c'est ça notre destin. Faire des rencontres et se laisser altérer par les rencontres, se laisser porter par les courants fondateurs de ces rencontres . A chaque fois qu'on fait des rencontres, on échange des morceaux de soi avec des morceaux de l'autre. C'est ainsi qu'on forme les morceaux du puzzle de soi-même; je suis sûr qu'à la fin d'une existence , lorsqu'on dépose à terre tous ces morceaux  issus de ces rencontres, alors on sait qui l’on a été sur terre. L'identité, c'est pas du tout quelque chose dont on hérite et qu'il faut à tout prix préserver, le refus de toute altération…c'est exactement le contraire! L'identité qu'on acquiert, il nous est donné de l'enrichir , de la laisser altérer au contact de tous les autres êtres humains merveilleux que l'on rencontre dans une existence. Un exemple? Aucun de nous n'oublie le nom de ses enseignants de l'école maternelle, n’est-ce pas?

 

Le personnage principal de votre roman raconte qu'il passait ses étés avec ses frères en Algérie. Il a pourtant des réticences à amener ses filles là-bas. Est-ce que c'est pour la même raison que celle qui empêche Le Bihan d'y retourner? A-t-on peur d'être déçu, de ne pas y retrouver ce qu'on y a laissé?
Il est vain de vouloir retourner en enfance parce que l'enfance ne passe qu'une fois. ( Il chante) "Il suffisait de presque rien,Peut-être dix années de moins, Pour que je te dise je t'aime"….J'ai écrit une fois dans un livre " je ne reviens jamais là où j'ai été heureux" . Voilà ce dont j'avais peur avec mes enfants. Cette Algérie des années 70 telle que je l'ai connue dans laquelle il y avait des odeurs, des fleurs magnifiques, des ânes dans les rues, des marchands ambulants, des trains qui roulaient si lentement mais qui nous donnaient à voir des paysages si magnifiques au crépuscule, une solidarité, une humanité tellement grandioses parce que les gens sortaient de la guerre et de la domination coloniale. Toutes ces belles choses qui ont bâti mon identité à ce moment-là n'existent plus. Et donc je ne voulais pas ou j'avais peur de construire pour mes enfants un mythe d'une Algérie qui n'existe plus alors que c'est à elles de faire la démarche, d'aller chercher…et en même temps, peut-être que mes filles sont plus espagnoles qu'autre chose, elles adorent l'Espagne et la langue espagnole; elles l'ont apprise toutes les deux aussi. Elles parlent aussi l’anglais parfaitement, l'arabe et le français. Ce sont des navigatrices elles aussi. Je pense qu'elles ont senti pendant ce moment de solitude paternelle, quand j'étais avec elles, toutes les choses qui me rongeaient, toutes ces photos qui me faisaient soliloquer. On sent parfois dans le regard des enfants, sans qu'il soit besoin de mots, qu'ils ont compris, que quelque chose passe; ça suffit pour être rangé dans un coin de mémoire intime et précieux de l'enfant et qu'il puisse s'en servir vingt, trente ans plus tard. Ce sont des moments indicibles et insaisissables qui sont les moments les plus importants dans une vie et qui remontent à la surface…des années et des années plus tard. Cette énergie dans le regard reste en mémoire et revient plus tard se manifester avec des images que l'on comprend enfin. Tout ça , c’est philosophique. (rires)

 

Un bon roman doit avoir un socle "philosophique", non? sinon il sonne creux…
Je suis membre du jury du Prix Marcel Pagnol en ce moment et justement cela me fait réfléchir. J'ai l'impression d'écrire des choses qui ne sont pas superficielles, qui ont un sens profond pour moi dans cette vie étrange que j'ai vécue. Né dans un bidonville et devenu ministre un jour…tous ces voyages, ces déplacements, entre des pôles tellement différents, ont créé chez moi des profondeurs que j'explore. J'aime bien rentrer dans les crevasses, les sous-terrains et y trouver de la lumière alors que je vois beaucoup de romans extrêmement légers , où les auteurs n'ont pas forcément grand chose à dire mais ils ont acquis une technique de narration qui fait qu'ils peuvent écrire des livres comme ça...

 

Pour quel dernier livre avez-vous eu un coup de coeur?
En ce moment, je travaille sur le personnage de l'émir  Abd le-Kader, j'y consacre tout mon temps , je lis tout ce qui me passe sous la main à ce sujet. Il est né en 1808 en Algérie, il a combattu la colonisation française jusqu'en 1848; Il a résisté pendant quinze ans. C'était un jeune homme érudit, très brillant, connu en France pour la smala d'Ab Le Kader. Un être qui amenait toujours toute sa bibliothèque avec lui, partout, même avec ses combattants…et qui , finalement, s'est rendu aux français parce qu'il avait été abandonné par tout le monde. Il a quitté son pays, sa terre natale et a promis de ne jamais y revenir et de ne plus jamais se confronter aux français. Il a fini sa vie à Damas en Syrie où il a été connu en 1860 pour avoir sauvé des milliers de chrétiens lors de massacres perpétrés par des musulmans. L'émir Abd Le Kader a une réputation mondiale aujourd'hui mais dont les français ignorent à peu près tous. Je suis en train de travailler sur lui, de rentrer dans sa peau…


Dans l'objectif d'écrire après…
Une bande -dessinée. Deux en fait. C'est en projet pour 2013. Je viens d'ailleurs de faire une bande dessinée chez Delcourt qui s'appelle Leçons coloniales. Elle est dans les librairies depuis mi-mars.


D'autres projets?
Il y aura un moment aussi où je crois que j'aurais tout dit, tout écrit. Je vais devenir contemplatif. Je vais m'installer au milieu de mes plantes, sur la terrasse et je vais regarder les étoiles, écouter le bruissement et le tumulte de la vie des hommes dans l'avenue en bas de chez moi…( éclat de rire).

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1 mai 2012 2 01 /05 /mai /2012 17:36

21 Loic Lantoine 1 © Clara DelessertInterview de Loic Lantoine/ Propos recueillis par Julie Cadilhac-Bscnews.fr/ Crédit-photo: Clara Delessert/ Héritier d'une écriture à la Léo Ferré, poète ayant fait ses armes dans les bistrots, Loic Lantoine fut d'abord parolier pour d'autres avant que la scène ne s'impose à lui comme une évidence.Ce conteur ne chante pas; tantôt il clame tantôt il susurre, avec un timbre rocailleux délicieusement singulier, des textes aussi percutants qu'esthétiques. Entouré de quatre musiciens, il accorde sur scène une grande place à la liberté, à l'improvisation et au partage. Loic Lantoine est un poète, assurément, même s'il est trop modeste pour l'affirmer, et l'occasion vous est donnée, encore pour quelques dates, de laisser les vers de cet aède contemporain vous caresser l'oreille...

 

Vous êtes cinq sur scène: pourriez-vous nous présenter le groupe Loic Lantoine?
Il y a d'abord mon compagnon historique, François Pierron, à la contrebasse; on a démarré l'aventure tous les deux. On a ensuite été rejoint par Fil ( Eric Philippon), guitariste et ancien membre de la Tordue. Il y a aussi un instrumentiste ( violon, clarinette, basse, guitare, banjo…), musicien irlandais, qui se nomme Joseph Doherty et enfin Thomas Fiancette est à la batterie et aux percussions.
Quand on observe la succession des trois titres de vos albums " Badaboum", "Tout est calme" et ensuite "A l'attaque", on sourit et on se demande si c'est une manière d'exprimer que vous prenez toujours le contrepied de l'album précédent?
Non, ce n'était pas du tout réfléchi cette succession qui fait sens:ces titres se sont imposés d'eux-mêmes et effectivement cette succession est marrante mais je n'attache pas beaucoup d'importance aux titres des albums parce que c'est dangereux. Je me souviens d'une phrase d'Umberto Eco qui, en référence à son bouquin Au nom de la rose, disait qu'il ne fallait pas exposer dans le titre ce qui allait se passer dans le livre - comme c'est le cas pour ce roman d'ailleurs. Umberto Eco voulait que son titre n'éclaire pas son oeuvre. Alors après , moi,j'avais cette idée en tête et malheureusement j'ai fait tout le contraire parce que ce sont des titres évocateurs mais ce n'était pas voulu…
Comment naît un album? d'une humeur persistante? d'un thème obsessionnel? des21-Loic-Lantoine-3-c-Clara-Delessert.jpg surprises de votre plume?
Un peu de tout ça. L'idée d'un album naît au moment où l'on considère que nos chansons ont vécu et que l'on a envie de passer à autre chose. On s'arrête et on réfléchit avec les copains à ce qu'on a envie de faire. Les thèmes évoluent forcément puisque, évidemment, je ne suis plus le même gars qu'il y a dix ans et un album reflète un peu quand même ce que je suis, qui j'ai envie d'être et qui j'ai été et puis ça concerne aussi  ce qui se passe autour de moi à ce moment précis où je recommence à écrire.

Les portées musicales précèdent les mots?
C'est pas systématique. Pendant longtemps, avant, j'écrivais sans musique mais de plus en plus j'ai besoin de la musique. Après ça ne veut pas dire qu'une musique qui m'a aidé à écrire un texte est définitive, parfois on part après sur autre chose. J'ai travaillé de toutes les façons en fait: parfois la musique et les mots sont créés en même temps à partir d'une improvisation musicale, parfois la musique pré-existe, parfois c'est le texte…il n'y a pas de règle.
Texte et musique sont-ils indissociables?
Un peu plus maintenant. Toutefois, même maintenant, c'est vrai qu'on se garde la possibilité de faire habiter les textes avec des musiques différentes...et d'ailleurs si quelqu'un veut reprendre un de mes textes et le jouer sur une musique différente, je lui en laisse la possibilité puisque texte et musique sont la plupart du temps dissociés.
Sur scène, les musiciens improvisent?
Les musiciens sur scène sont des improvisateurs…même s'il est vrai qu'on a de plus en plus de morceaux qui sont très "écrits" ; mais à chaque concert, on se laisse un morceau sur lequel on prend bien soin que personne n'ait réfléchi avant et  chacun balance une piste et apporte son inspiration. Certains morceaux sont aussi plus libres, de par leur construction, et, chaque soir, les copains apportent leur son du soir.
Vous avez pu dire que vous écriviez des textes pour qu'ils soient entendus et pas lus….pourquoi? par modestie?
Je suis mal placé pour parler de modestie parce que ce serait déjà foutu si je l'affirmais(rires). La lecture s'inscrit forcément dans une durée, le fait d'être entendu non. Être lu signifie être décortiqué et cela m'impressionnait beaucoup. Au début j'avais dans l'idée d'écrire pour les autres mais je n'étais pas capable de lier une feuille de papier à un interprète parce que justement il y avait cette idée que ce que j'écrivais n'était pas inscrit dans la durée...c'est pour ça que ça m'a un peu catapulté sur scène. Une chanson, c'est du langage oral et l'idée de me retrouver dans un bouquin, c'est quelque chose qui me panique un peu et qui me fait pas envie non plus...
21-Loic-Lantoine-2-c-Clara-Delessert.jpgDans la chanson "j'ai chanté aux étoiles" par exemple, vous utilisez l'alexandrin et vous rajoutez là-dessus des expressions familières (ex: " j'en rajouterais trois louches") qui fait un pied de nez à la structure classique...est-là le mode d'emploi de votre écriture?
Ce n'est absolument pas réfléchi. L'alexandrin, ce n'est pas moi qui l'ai inventé, c'est un vers très musical et en même temps, j'aime entendre les gens parler; je n'aime rien tant que d'entendre du patois, des expressions tordues...et donc l'explication à cette association, c'est juste une histoire de goût.
Vous ne vous donnez donc pas de contraintes d'écriture?
Ce qu'il faut comprendre, c'est que la contrainte d'écriture est à l'origine de l'inspiration. Il n'y a rien de plus difficile que de se retrouver devant une feuille blanche avec une vague émotion. Au bout d'un moment , décider d'une forme, d'une façon de faire, d'une rime qui va intervenir à tel ou tel endroit, ça permet d'avancer. La contrainte permet de regarder les choses autrement et de faire entrer son inspiration dans des cadres . Même s'il est vrai que ce à quoi il faut faire attention, c'est de ne pas perdre l'émotion qui motive tout cela.
Avez-vous des poètes qui vous ont guidé?
Il y en a beaucoup et ils sont très différents. Je suis un grand admirateur de Jules Supervielle, d'Henri Michaut et de Norge...Je lis moins de poésie maintenant mais j'en ai beaucoup lu et je suis toujours épaté des vers cristallins de Supervielle ou, à l'inverse,  de la prose plus rêche de Norge dont l'humanité me bouleverse.
En ce moment vous avez un album en préparation..
Oui, d'ailleurs les morceaux du prochain album seront en partie joués à Montpellier puisque on est sur la fin de la tournée.  Tardi ,qui se plaçait alors dans la catégorie des "anciens", disait à ce propos :" vous êtes marrants ,vous les jeunes, nous avec Brel et d'autres ,quand on faisait un album ,on allait tourner, on testait les chansons et ,quand on passait en studio après, on cartonnait parce qu'on les connaissait bien". Et c'est vrai que c'est toujours délicat quand on va s'enfermer en studio et qu'on joue des chansons sans savoir comment on va les animer sur scène devant un public. Pour ces chansons, on en sait un peu plus et quand on va les jouer en studio, on imaginera mieux les réactions du public qui va les écouter.,



Dates des concerts:

-03/05/2012 Montpellier (34) Théâtre Jean Vilar
-10/05/2012 Rouen (76)
-11/05/2012 Calais (62) Le Channel

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20 janvier 2012 5 20 /01 /janvier /2012 18:58

11-Daphne-1-cGassian.jpgInterview de Daphné ©Gassian/ Propos recueillis par Julie Cadilhac-Bscnews.fr/ Qui a vu Daphné en concert n'ignore plus la magie qu'elle distille sur scène..Dans son nouvel album, elle s'improvise Marquise de Venise avec la même grâce délicate que dans son album Carmin, elle colore le monde de poésie et de fantaisie et sa voix ailée et tremblée offre un moment d'intimité fragile qui désarçonne autant qu'il séduit.

Daphné pétille, Daphné enchante et transporte l'auditoire dans une parenthèse d'émotions diaphanes. En concert,c'est une fée dont les doigts et les bras par leurs valses fascinantes invitent au rêve. Embarquez à bord de sa gondole, elle vous racontera au delà des palais qui trônent au bord du Grand Canal, bien au dessus du vol des pigeons de la place Saint Marc, les tendresses d'une nuit aux yeux de tigre, le charme de l'homme à la peau musicale; elle improvisera pour vous une chanson pour trapézistes et vous croiserez en sa compagnie des chats persans en chocolat, des mots qui font les cent pas, un cigarillo paradis et comme vous viendra la délicieuse envie de vivre cette romantique aventure - et parce qu'on n'est pas égoïste, notez-bien!-  on vous a laissé toutes les dates de la demoiselle! On l'écoute!

Bleu Venise.... pourquoi ce titre?
J'ai toujours aimé cette ville depuis la toute première fois où j'y suis allée, j'avais alors 11 ans. C'est une ville dans laquelle je me ressource, je ne sais pas trop pourquoi mais je me sens bien là-bas.

L'album a-t-il été écrit là-bas? Quelle a été l'impulsion de l'écriture?
L'album n'est pas né à Venise. Ce titre, c'est un peu comme lorsqu'on parle des choses queDaphne-Gassian8063_BD.jpg l'on aime... j'ai du écrire une chanson sur place mais je me sens toujours reliée à cette ville alors il n'était pas nécessaire que j'écrive mes textes à Venise même.

Au dos du cd, sur la quatrième de couverture, on lit ainsi "Veni Etiam"... Comme dans l'Éloge de Venise, de Luigi Grotto Cieco d'Hadria, prononcé pour la consécration du Doge Sérénissime de Venise Luigi Mocenigo, le 23 août 1570 où est expliqué le nom de Venise : "De ce désir d'y retourner qui pèse sur tous ceux qui la quittèrent elle prit le nom de Venetia, comme pour dire à ceux qui la quittent, dans une douce prière: Veni Etiam, reviens encore " ?
Oui, le mot Venise signifie "reviens encore" et c'est une façon de dire que lorsqu'on est vraiment attaché à quelqu'un ou à un lieu, on a tout le temps envie d'y revenir. C'était surtout cette idée-là qui est développée dans le disque parce que je ne parle pas tant que ça de Venise dedans. C'est plutôt l'ambiance en elle-même qui m'intéressait.

Un album nostalgique?
Il n'y a pas que la nostalgie. Il y a la curiosité aussi, comme lorsqu'on a envie de revenir dans un port ou dans une ville. Trouver des lieux ou des gens qui nous ressourcent, c'est très positif, non?

Vous avez une écriture très poétique pointillée d'images fantaisistes...la poésie est-elle un genre qui vous est cher? Avez-vous des poètes de chevet?
J'aime beaucoup Boris Vian, Pablo Neruda, Arthur Rimbaud. Il y a aussi Jean-Michel Maulpoix qui est un poète actuel que j'apprécie énormément. Boris Vian m'a beaucoup marquée quand j'étais jeune. Brassens aussi, même si là on rentre dans le domaine des chanteurs: son écriture m'a toujours bouleversée.

Comment naissent vos images? Les mots précèdent-ils la mélodie... ou le contraire ?
C'est souvent en même temps que naissent la mélodie, l'image et le mot. Après je retravaille le texte et pour certaines chansons, cela peut prendre du temps...

Votre écriture, déjà sans la mélodie, est très musicale...on y repère de nombreuses allitérations et assonances. Est-ce réfléchi ou instinctif?
Un peu les deux. C'est surtout ludique pour moi l'écriture; j'aime bien les sons qui chatouillent le tympan. La langue française se prête à ça et j'affectionne cet exercice depuis que je suis petite. J'écrivais des poésies comme beaucoup d'enfants et je me suis toujours amusée avec les mots, le son surtout des mots.

Dans cet album, vous avez choisi une ambiance sonore très élégante, avec des cordes notamment...
Ce sont les émotions de la chanson qui me font décider si je veux des cordes ou pas. Ces cordes ne sont pas précisément liées à Venise, elles apparaissaient aussi dans mes précédents albums. Une fois que la chanson est terminée, j'imagine les arrangements que je vais mettre, des fois les cordes s'imposent, des fois je n'en entends pas et parfois ce n'est pas à la fin mais dès le départ d'un morceau que j'imagine des cordes dessus.

daphne-bleu-venise.jpgL'amour est un de vos thèmes de prédilection... est-ce le choix d'une grande romantique? ou est-ce tout simplement le thème qui stimule le plus votre imagination?
Pour moi, ce n'est pas un thème mais davantage une manière de voir, une manière d'être. Je ne sais pas si c'est du romantisme; c'est vrai que j'ai une tendance naturelle à voir les gens, la vie avec amour; ça m'inspire. Je n'ai pas envie de parler de choses désastreuses, on en est entouré. Si je m'exprime de cette façon , c'est que j'ai envie d'amener de l'espoir, de la douceur aussi et de la fantaisie. Il y a une chanson ou deux dans l'album qui sont plus tristes ... L’objectif n’est pas  d’être mièvre:  c'est malheureusement souvent mis en adéquation alors que ce n'est pas du tout la même chose! - c'est juste que lorsqu'on écrit des chansons, on ne sait pas toujours pourquoi elles nous viennent ainsi. C'est un besoin et  c’est  mon métier aussi. Par contre, on a le choix de décider de ce que l'on va partager avec les gens et c'est vrai que dans mes trois albums, j'ai fait souvent le choix de parler d'amour, et on me dit même souvent que j'ai un peu de mélancolie dans la voix. Je vois ce choix comme une intention d'espoir vis à vis des auditeurs ; je me dis qu'ils n'ont pas besoin d'être accablés davantage avec des choses très douloureuses.

Il y a effectivement deux chansons, "Portrait d'un vertige" et "L'un dans l'autre" qui sont plus tristes, où l'on entend en toile de  fond que l'Autre déçoit...elles ont été imaginées à 4 mains?
J'écris tous mes textes seule. Je n’imagine pas de faire autrement. C'est la composition que je fais parfois à deux. Je suis mélodiste et par moments je fais appel soit à un guitariste, soit un pianiste. «L'un dans l'autre», c'est le constat d'une séparation. «Portrait d'un vertige», c'est l’évocation de la difficulté d'avoir un port d'attache quand on a l'esprit un peu nomade, un peu tzigane comme c'est un peu mon cas. J'y dis "J'habite toujours en vacances". Dans l'esprit de voyages et de déplacements réguliers, c'est souvent dur de  tout concilier. Cela fait partie de mon métier. Mais la plus triste de l'album assurément, c'est L'un dans l'autre...

Dans vos textes, il y a aussi cet amour du verbe... vous décrivez vos mots "qui font les cent pas", votre chanson devient «trapéziste»...
Dans mes chansons, je parle de mouvements, d'émotions. La musique, c'est un mouvement énergétique, un mouvement vers l'autre. C'est une vibration en fait. Mon travail, c'est une adéquation entre les mots et la musique donc j'essaie de trouver des mots qui bougent... d'où "ma chanson pour trapéziste".

Dans vos remerciements, vous évoquez Isadora Duncan, Jacques Prévert, Philip Starck, Conan Doyle et Sherlock Holmes... Sont-ce les "Muses" de cet album?
C'est vrai que ce sont des gens dont le travail m'accompagne depuis que je suis toute petite. Muses, je ne sais pas, j'ai l'impression plutôt que ce sont des anges gardiens.. et pour ne pas entrer dans le côté mystique du mot " ange", je dirais que ce sont des gardiens. Je me dis aussi que lorsqu'on fait des remerciements, ça peut donner envie aux gens de replonger dans les oeuvres citées . J'avais aussi remercié dans mon premier album Jules Verne. On a un fil conducteur lorsqu'on fait un album et ces personnalités-là sont un peu des «veilleurs». Ce sont des ressources; des gens ayant vraiment existé , des personnages ou des lieux...qui nous nourrissent. on est tellement dans une société où souvent les choses nous vident, soit par leur vitesse soit par un manque de sens, que du coup lorsqu'on peut se raccrocher à des gens qui ont des choses passionnantes à dire, ne serait-ce que par la forme dans le cas de Philip Starck, il ne faut pas s’en priver!  Ce sont des gens que je remercie - même s'il y en a qui sont décédés!- parce que, pour ne citer que lui, Jacques Prévert, toute son oeuvre fait du bien, elle fait rire, c'est une chance quoi...

Sur vos trois albums, L'Emeraude (2005), Carmin (2007), Bleu Venise (2010) il y a une couleur annoncée... Pourquoi?
Quand je vois la musique, je vois des couleurs en même temps. C'est une teinte dominante à un moment donné dans mes chansons et ça correspond à une période. J'ai toujours fonctionné ainsi même avant de faire de la musique. Pendant deux, trois ans, j'ai une couleur qui m'appelle, plus qu'une autre...ça peut se traduire par la décoration d'une pièce, l'attirance pour des objets ou des vêtements d'une couleur particulière. Mais après je n'ai pas l'impression d'abandonner ces couleurs. C'est aussi une façon de dire que l'on est multiple, on n'est pas que d'une seule teinte dans la journée ou d'un jour à l'autre, on est vraiment fait de différentes lumières.

Cet album a suscité de belles rencontres avec le public en 2011 et cela se poursuit en 2012...
La tournée a commencé en janvier 2011. Il y a eu une pause cet été et depuis septembre on a repris et ce jusqu'à fin mars 2012. Je vais davantage, maintenant, à la rencontre des gens à la fin de mes concerts parce qu'avant j'étais trop intimidée. Je le  suis toujours mais j'aime bien cet échange; ça me fait plaisir et ça me porte pour continuer. Ce qui est génial, c'est qu'il y a beaucoup d'enfants et ça je ne m'y attendais pas. Sur l'Emeraude et surtout sur Carmin que j'ai davantage tourné, il y avait des hommes, des femmes, des couples et là il y a des familles entières avec des enfants, le papa, la maman, les amis!  Et tout ça m’émeut de voir que ça touche tous les âges...des tout petits enfants jusqu’aux personnes très âgées parfois aussi. Ce n’est pas recherché quand on écrit une chanson mais quand on voit des enfants fredonner un de vos textes, c'est vraiment émouvant...

 

Daphné en concert en 2012:

20/01 Sotteville-Les-Rouen(76)-Trianon Transatlantique

21/01 Fougères (35) -Centre Culturel Juliette Drouet

22/01 Carhaix (29) -Espace Glenmor

31/01 Ajaccio (2A) -Espace Diamant

02/02 Montpellier (34) - Théâtre Jean Vilar

03/02 Montbrison (42)- Théâtre des Pénitents

09/02 Bouguenais (44) - Centre Culturel Piano'cktail

10/02 Lèves (28) - Espace Soutine

14/02 Armentières (59)- Le Vivat

24/02 Gonfreville (76) - Espace culturel de la Pointe

09/03 Villefontaine (38) - Théâtre du Vellein

10/03 Lempdes (63) -  La 2Deuche

15/03 Saint Chamond (42) - Salle Aristide Briand

16/03 Bourg en Bresse (01)- Théâtre

29/03 Saint Cloud (92)- Centre Culturel des 3 Pierrots

30/03 Charleville Mezières (08)- Théâtre

31/03 Rombas (57)- Nouvel Espace Culturel

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23 novembre 2011 3 23 /11 /novembre /2011 14:04

patrice-leconte-light.jpgInterview de Patrice Leconte/ Propos recueillis par Julie Cadilhac - Bscnews.fr/ Illustrations Arnaud Taeron/Photos: Alexis Bonnaire/  Parrain du festival breton des Passeurs de Lumière 2011, Patrice Leconte nous a confié les secrets de réalisation de son film Dogora, le plaisir simple et enivrant de tourner "Voir la mer", son dernier long-métrage pour lequel il a reçu le Swann d'or du meilleur réalisateur au festival de Cabourg en 2011, et son amusement à concocter une adaptation animée du roman de Jean Teulé, le magasin des suicides, devenu un incontournable en librairie.

Entretien avec un réalisateur et scénariste aussi engageant que passionné, aussi impliqué que curieux de tout, aussi pointilleux que sensible. Rencontre avec un grand classique du cinéma francophone qui sait tout aussi bien diriger les plus grands acteurs que les jeunes premiers pleins de fougue et sait faire rire aux larmes autant qu'émouvoir le public français.

Vous êtes le parrain du festival cette année: qu'est-ce qui vous a donné envie d'endosser ce rôle pour quelques jours?
Il y avait de nombreux éléments disparates (dont la démarche de Michel Dupuy,la Bretagne etc...) qui, associés les uns aux autres, me tentaient beaucoup. Pour tout vous dire, je connais très mal la Bretagne mais j'y suis heureux chaque fois que j'y viens. Alors lorsque Michel dupuy m'a annoncé qu'il avait programmé Dogora cette année, cela a achevé de me convaincre et de me décider car Dogora est un film assez particulier dans ma filmographie et j'ai besoin de l'accompagner plus que n'importe quel autre.

Michel Dupuy souhaite faire un festival qui ne soit pas réservé au seul public cinéphile mais qui s'ouvre au plus grand nombre; il lui donne une ambition pédagogique...
Faire un festival populaire est la démarche la plus noble et la plus remarquable qui soit, bien entendu, parce qu'on ne fait pas un festival pour s'adresser à des spécialistes. Le cinéma est un art populaire et c'est très bien ainsi. Quant au fait qu'il y ait une dimension pédagogique, si cela se concrétise et que ce ne sont pas que des mots et des volontés, c'est une démarche pertinente.


Êtes-vous familier du milieu des documentaristes?attach-copie-3.jpg
Je suis familier de ce monde documentaire dans le sens où j'ai toujours été très curieux par nature et à la télévision, les documentaires, c'est ce que je regarde le plus. Je regarde peu la télévision, je ne regarde pas les fictions mais les documentaires peuvent m'intéresser car ils traitent souvent de sujets captivants dont je suis très curieux. D'ailleurs que la télévision devrait être faite pour ça:c'est son essence même...

Quelles qualités, selon vous, sont nécessaires pour faire ce métier?
J'ai l'impression que cela pourrait se résumer en deux mots: humilité et curiosité. Il faut être curieux par nature pour s'intéresser au monde qui nous entoure et il ne faut se sentir supérieur à rien: quand on fait un documentaire, il faut se mettre dans la position de celui qui ne sait pas et qui a envie de comprendre.

Durant le festival a été diffusé votre film Dogora, que l'on qualifie d'impressionniste mais aussi d'humaniste. Peut-on qualifier cette oeuvre de documentaire?
C'est une question de vocabulaire. Un reportage est destiné à transmettre une information, un documentaire a forcément de près ou de  loin une ambition pédagogique.Or ce film Dogora s'éloigne un peu de tout cela car il n'a rien d'autre à transmettre que de l'humain et des émotions. Il souhaitait simplement sensibiliser sur l'idée qu'il y a sur cette terre des êtres qui vivent dans  des contrées où l'on n'a pas la chance de pouvoir s'épanouir  dans un pays équilibré, stable, en paix. La démarche n'est évidemment pas de dire aux occidentaux qu'ils ont tort de se plaindre mais simplement de faire prendre conscience qu'il y a des hommes, des femmes et des enfants surtout qui n'ont pas la chance que nous avons.

 

Ce film est né du mariage de deux émotions que vous avez ressenties coup sur coup...
En effet, j'ai beaucoup voyagé dans ma vie mais je n'ai jamais autant été bouleversé par le voyage que j'ai fait au Cambodge. Et,peu de temps avant, un musicien ( Etienne Perruchon)  m'avait fait cadeau d'une suite musicale sublime qui s'appelait Dogora - d'où le titre du film- et il avait ajouté " j'espère qu'un jour elle vous inspirera des images". Et je suis allé au Cambodge sans penser réunir les deux choses mais ça a été le court-circuit positif entre cette musique qui me ratatinait d'émotion et ce pays qui me bouleversait comme ce n'est pas permis. Cette musique n'a rien d'oriental: c'est pour cela que Dogora n'a rien d'un documentaire sur le Cambodge. C'est un télescopage entre des émotions visuelles, musicales et humaines.

La bande son n'est pas synchrone, il n'y a pas de son direct....
C'est parce que je tenais à faire un film dans les conditions de liberté les plus grandes aussi quand on l'a tourné , on était quatre simplement, on tenait tous dans un break. Si on avait du enregistrer les sons ( bruits, bruissements, brouhaha, voix etc...), il y aurait eu plus de personnes, plus de matériel et l'on aurait été moins discret, plus lourd. J'ai donc tourné le film sans aucune prise de son et j'ai envoyé ensuite sur place un ingénieur du son qui a fait le même périple que nous dans les mêmes rues, marchés, usines etc...et on a mixé tout cela au montage.
Ces sons sont donc utilisés comme une deuxième musique avec celle de la suite musicale d'Etienne Perruchon.
En effet, la musique et les bruits du quotidien cohabitent tout le temps et au niveau de la bande sonore, c'est assez formidable.

Dans Dogora, l'orchestre apparaît flouté: pourquoi?
J'avais besoin que lors de ce petit prélude, on oublie notre monde et la réalité. Au moment où l'on rentre dans le cinéma, on vient de garer sa voiture, on prend ses billets, ça s'éteint et là on a besoin - me semble-t-il - d'un petit sas de décompression, de "décontamination" qui passe par la musique...et pourquoi flou?  parce que ce n'est pas la tête des musiciens qui m'intéresse, c'est cette musique...c'est une façon un peu abstraite de prendre les gens par la main pour les embarquer dans ce qui va suivre. Je n'ai pas osé démarrer ce film bille en tête par des images du Cambodge;  il fallait d'abord déconnecter.

Envisagez-vous de refaire un film comme Dogora? Pensez-vous que la genèse d'un film de ce genre doit être forcément précédée d'une émotion forte ?
Absolument, il faut quelque chose de très fort et d'impérieux, que l'on a même du mal à déterminer bien souvent. C'est une démarche qui ne peut pas être raisonnable ou raisonnée. Quand j'ai fait Dogora, je ne savais pas trop où j'allais, il y avait quelque chose qui me dépassait un petit peu. Aujourd'hui, bien sûr , j'ai envie de refaire des travaux de ce genre mais il n'y a pas eu encore d'évidence qui me soit tombée dessus. Pour l'instant, Dogora est un film à part, unique dans ma filmographie et peut-être que ça le restera.

visuel-leconte-copie-1.pngEn 2011, on a pu voir sur le grand écran " Voir la mer": quels souvenirs gardez-vous de la réalisation de ce film?
Je voulais faire un  film léger, libre, lumineux, sensuel et j'avais envie de raconter une histoire d'amour. Je voulais revenir à un cinéma léger dans son inspiration, dans ce qu'il raconte et dans la manière dont il a été fabriqué. On l'a tourné avec de jeunes acteurs; on constituait une toute petite équipe de 14 personnes, on était sur les routes tout le temps...il y avait une liberté folle. C'est un peu bizarre de dire cela mais j'avais l'impression de faire un premier film, avec peu de moyens et  de l'insouciance. L'époque ne nous porte pas beaucoup à l'insouciance, vous l'avez remarqué, du coup, par esprit de contradiction, j'avais envie de liberté, de sensualité, de désir, d'amour, de choses simples mais essentielles.

Actuellement vous travaillez sur une adaptation du roman "Le magasin des suicides" de Jean Teulé...
Absolument, nous concevons un film d'animation.

 

Pour vous, c'est un nouveau challenge?
Un peu oui! ce n'est pas moi qui ait eu l'idée, c'est un jeune producteur qui est venu me trouver. Je connaissais déjà le roman de Jean Teulé parce que j'adore son écriture. On m'avait déjà proposé de l'adapter et je lui ai donc répondu " oubliez ça, on ne peut pas adapter  ce bouquin, c'est impossible" mais lui m'a expliqué que son idée était d'en faire un film d'animation. J'ai trouvé l'idée brillante parce que  l'animation permet un univers moins réaliste, décalé, hirsute...j'ai donc plongé dans ce projet illico presto.Il y a un maître d'oeuvre qui, avec moi, co-gère l'équipe technique et les dessinateurs.

Vous avez été scénariste de bandes dessinées par le passé...
Absolument, le dessin ne m'est pas étranger du tout. Je suis en terrain de connaissance.

Comment avez-vous donc choisi d'adapter le roman?photo-copie-2.JPG
Délibérément j'en ai fait un film musical pour qu'il y ait une espèce de gaieté décalée vis à vis de ces gens qui ont  un charmant petit commerce pour vendre de la mort. Alors ça chante beaucoup mais pas que...et en faisant l'adaptation, je me suis beaucoup amusé en m'écartant pas mal du bouquin mais sans le bouquin, évidemment, je n'aurais jamais écrit ça. Quand j'ai fait lire l'adaptation à Jean Teulé, il m'a dit qu'il trouvait ça formidable , que c'était à la fois mon film et son bouquin. Au lieu de faire une illustration bébête  de ce livre, j'ai pris beaucoup de liberté même si les personnages sont les mêmes et la base de l'histoire est la même. Je me suis régalé parce que l'animation offre une liberté incroyable " on peut inventer ce que l'on veut!". C'est un film qui est basé sur une belle provocation pleine de santé.

Quand sortira le film?
Cela représente trois ans et demi de travail et le film sortira au printemps 2012.

Un grand merci Patrice Leconte.

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10 mai 2011 2 10 /05 /mai /2011 11:44
MarekHalter-JmPerier.JPGINTERVIEW MAREK HALTER- Photos J.M Perier/ Propos recueillis par Julie Cadilhac- Bscnews.fr/ 1983: Marek Halter publie aux éditions Robert Laffont La mémoire d'Abraham qui devient un best-seller vendu à plus de 25 millions d'exemplaires dans le monde entier. 2011: Parution des deux premiers tomes de l'adaptation en bande dessinée du roman. 
De la genèse du roman à la publication de la bd, l'auteur revient sur cette formidable aventure littéraire, historique et personnelle et nous explique les enjeux de son ambitieux projet: brosser la vie d'une famille juive sur deux millénaires, raconter l'enquête d'un homme d'aujourd'hui qui souhaite remonter l'Histoire en suivant la trace de ses ancêtres depuis l'an 70 après J.C.  Une rencontre pleine de sagesse au coeur de l'Histoire et de la Littérature qui ne manque ni d'humour et ni de modestie. 
Plus que jamais dans une société pressée et empêtrée dans une technologie aux progrès galopants, l'être humain a besoin de se rattacher à son passé, garde-fou des comportements égoïstes qui génèrent les mouvements nationalistes. Connaître son histoire, c'est renouer avec l'Histoire universelle des peuples qui  ont dû apprendre à vivre ensemble  depuis toujours. Transmettre cette vérité, partager sa culture, découvrir l'Autre et l'accepter avec ses différences, c'est le credo de Marek Halter,  non seulement écrivain mais aussi président d'universités françaises et d'associations humanitaires, médiateur pour la paix au Proche-Orient,  philosophe. Sa participation enthousiaste et passionnée à un projet de bande dessinée illustre une nouvelle fois sa volonté de lier le passé et l'avenir et prouve toute la modernité de ce conteur d'exception dont les récits sont  parfumés d'horizons lointains, les personnages pétris d'humanité et le message empli de tolérance qui résonne tant dans nos âmes contemporaines  que nous sommes extrêmement honorés de le recevoir  dans La Grande Interview. Invitation à déchiffrer le passé pour rendre intelligible l'avenir, manuel de survie à l'usage des sages d'aujourd'hui.


Au départ, La mémoire d'Abraham est née de l'envie de retracer les origines de votre nom de famille? l'envie de La mémoire d'Abrahamperpétuer une mémoire, la mémoire du peuple juif?
Les deux. Vous avez presque répondu à votre question. Circulait toujours dans ma famille une légende qui disait que nous appartenions à l'une des plus anciennes familles juives. Dans la famille, existait un manuscrit qui retraçait notre histoire -  manuscrit que je n'ai jamais vu bien entendu - et je trouvais cette légende extrêmement attrayante sur le plan littéraire et je me suis dit qu'au fond, n'ayant pas d'enfant - en général les parents racontent l'histoire familiale aux enfants, Grand-Papa, Grand-Maman etc...- oui, je me suis dit que si je pouvais retrouver les traces de cette famille à travers l'Histoire, je pourrais déjà partager avec les autres, juifs ou pas, le sens de l'histoire juive et  la faire comprendre. En poursuivant la même interrogation que Chateaubriand dans un petit texte écrit en 1810, il y a deux siècles, qui se demandait,  après avoir visité Jérusalem, pourquoi ce petit peuple, le plus petit peuple de l'antiquité, seul, a survécu à travers des millénaires.. en gardant ses traditions, sa langue, son alphabet etc...
Un jour, Max Gallo est venu nous rendre visite alors que nous étions, avec Bernard-Henry Lévy avec qui j'étais alors très proche, à la campagne; il travaillait à l'époque pour les éditions Robert Laffont et m'a demandé si j'avais un projet. Je lui ai dit : "Oui, j'ai un projet peut-être irréalisable: c'est raconter l'histoire d'une seule famille à travers deux mille ans." Il m'a dit que l'idée était formidable et m'a demandé si j'accepterais de venir avec lui voir Robert Laffont. Deux jours plus tard, il est revenu avec deux billets d'avion et on est allé voir Robert Laffont qui était un peu surpris de mon idée parce que je n'avais encore rien écrit à l'époque. J'avais en effet deux livres derrière moi mais pas extrêmement connus. Robert Laffont trouvait l'idée géniale et m'a demandé: "Pourquoi pensez-vous être plus à même de faire ce livre que d'autres écrivains d'origine juive qui ont plus d'expérience que vous?" Alors je l'ai regardé et lui ai répondu: "A cause de mon accent."...ça l'a fait rire et il m'a demandé de revenir le lendemain pour faire un contrat. C'était un contrat assez courageux puisqu'il savait que j'allais prendre plusieurs années pour écrire ce livre et il fallait me payer en plus. Et en effet, six ans après des recherches - des recherches policières d'une certaine manière - j'ai pondu ce livre de presque huit cents pages qui est devenu un énorme best-seller ( plus de cinq millions vendus à travers le monde sans parler des adaptations, des livres de poche etc...).

Vous avez donc fait à la fois un travail d'historien et de biographe...

Historien, biographe et un travail littéraire! vous savez, même si vous retrouvez les traces d'un des vôtres qui a travaillé avec  Gutenberg, l'inventeur de l'imprimerie, en 1435 à Strasbourg, vous n'avez aucune information le concernant, vous avez seulement  son nom. C'était un certain Gabriel dit le Halter ( halter c'était un métier: le  scribe, le gardien des registres; ça vient d'un mot allemand Halt, en anglais "to hold", qui signifie garder, les gardiens). Il fallait faire donc tout un travail littéraire pour donner à ce nom un visage, un destin. D'une certaine manière, on peut appeler mon roman un docu-fiction et ça a été reçu comme une innovation dans la littérature puisque ce n'était pas tout à fait une histoire et pas tout à fait un roman. C'était un documentaire revu par le conteur que je suis.

Couverture AbrahamPensez-vous qu'avoir vécu au coeur de l'Histoire vous a permis, plus qu'à un autre, de pouvoir écrire l'histoire d'une famille juive sur deux millénaires?
C'est possible. Je n'ai jamais été à l'école par conséquent jamais à l'université - encore que je dirige aujourd'hui des universités françaises ( en Russie). J'ai appris tout sur le tas, dans la rue et d'abord à partir des histoires de l'Histoire juive. Je pars du principe que quand on connaît l'histoire d'un groupe, on connaît aussi l'histoire universelle. Nous sommes tous les mêmes et surtout les Juifs, éparpillés dans les nations ,car leurs histoires sont mêlées, liées, collées, entremêlées à l'Histoire des autres. C'est ainsi que François Mitterrand a pu écrire, un jour, qu'il avait découvert la France différemment à travers mon livre: il a découvert les juifs mainiers en France, ceux de Narbonne, les vignerons en Champagne - les gens ne savent pas que la plupart des Champenois qui produisaient le vin au 9ème, 10ème, 11ème siècle étaient juifs - les juifs pendant la révolution française et ainsi de suite...Du coup les gens ont découvert les juifs différemment, ont appris que les juifs étaient comme eux et qu'ils n'étaient pas des gens enfermés dans des synagogues et que la plupart d'entre eux ne  sont même pas pratiquants...et pourtant ils sont juifs. Cette recherche-là a joué un rôle important dans ma vie car j'ai appris énormément.
Une anecdote extrêmement émouvante? Je voyage beaucoup à travers le monde et j'étais il n'y a pas si longtemps en Californie pour promouvoir mon dernier livre sorti en Amérique "The jews' Odyssey" et il y avait des gens qui venaient vers moi en me disant  " c'est grâce à vous que nous avons découvert notre propre histoire", comme pour prouver que c'est à travers la fiction que on découvre peut-être le mieux l'Histoire. Au fond, dans Guerre et paix, on découvre mieux l'Histoire des guerres napoléoniennes  que dans les bouquins d'Histoire car justement Tolstoï a mis en scène aussi bien Napoléon que le Tsar Alexandre ou le général koutouzov et ce sont des personnages qui nous  sont devenus tout d'un coup familiers alors que lorsque vous lisez l'Histoire, ce sont des personnages abstraits dont vous parlez à l'école et que vous oubliez aussi sec.

Deux visions s'opposent constamment dans cette fresque familiale: ceux qui souhaitent se battre et offrir leur sang et ceux qui pensent que négocier et rester en vie est l'ultime résistance vis à vis de l'oppresseur. Est-ce deux postures entre lesquelles vous vous êtes toujours senti tiraillé?
Ce sont deux tendances qui ont toujours traversé le peuple juif. Mon grand-père Abraham, quand on l'insultait, il avait plutôt pitié de celui qui l'insultait parce qu'il trouvait minable quelqu'un qui n'avait trouvé pour seul moyen de s'affirmer que d'insulter un vieux juif ; et puis il y a ceux qui ne se laissaient pas insulter, qui disaient " il n'y a pas de raison" et qui cassaient la gueule à celui qui les insultait. Il y a donc deux cultures qui coexistent et qui ,peut-être , sont une des raisons de cette survie miraculeuse ,comme le disait Chateaubriand, de ce petit peuple à travers l'Histoire. Dans ces deux tendances, l' une a préservé une lignée universaliste et, contre ces valeurs universelles on ne peut rien : " tu me tues , d'accord, pourtant mon fils continuera à croire que tous les hommes sont égaux" et une autre ,la lignée plutôt nationaliste, qui affirme: " moi, j'appartiens à un groupe humain et je ne me laisserai pas faire; tu veux me faire la guerre, je te ferai la guerre", qui représente aujourd'hui Israël et la diaspora.  Les gens qui sont en Israël répondent naturellement aux exigences d’un Etat avec des frontières, une armée et ils font la guerre car tu dois gagner les guerres parce que sans la guerre cette nation n'existerait plus... mais, d'une certaine manière, ils développent certaines tendances antinomiques aux valeurs mêmes qui ont préservé et qui entretiennent la diaspora.Abraham

La bd, est-ce un genre qui vous était familier lorsque l'on vous a proposé de scénariser votre roman?
C'est très amusant, moi je ne connaissais pas la bande-dessinée, j'étais toujours très admiratif quand je rentrais dans une librairie de voir les mômes assis par terre et plongés dans leurs bulles; je me disais: " c'est quand même fabuleux; vous pouvez crier, chanter...rien ne peut les détourner tant ces bulles les absorbent". Et puis, un jour, j'ai reçu un coup de fil d'Amérique d'un Monsieur qui s'appelait Art Spiegelman  et qui m'a dit: "je suis un peu l'enfant de La mémoire d'Abraham, j'ai lu tout jeune votre livre, The Book of Abraham, il a joué un rôle important dans ma vie. Ma bande dessinée, Maus, va sortir en France, est-ce que vous accepteriez d'en écrire la préface?" Du coup, je me suis plongé dans cette bande dessinée. D'abord, j'étais flatté, bien entendu  car, comme tout le monde, j'ai mon ego; j'ai parcouru sa bande dessinée et j'étais impressionné parce que j'ai vu qu'à travers une bande dessinée on pouvait raconter quelque chose qui était  difficile à raconter avec des mots: la Shoah, le génocide du peuple juif. Voilà ce qui m'a fait découvrir la bande dessinée. Des années plus tard, j'ai reçu un coup de fil d'un Monsieur qui s'appelle Moïse Kissous qui travaille chez Casterman - un nom prédestiné! - et qui voulait me proposer de transposer mon roman La mémoire d'Abraham en bande dessinée. Il a amené toute l'équipe de scénaristes, de dessinateurs et je me suis passionné pour cette entreprise. Les deux premiers volumes sont parus, on en prévoit 14, nous n'en sommes donc qu'au commencement.

Lorsqu'on vous a proposé cette adaptation en bande dessinée, avez-vous pensé que c'était un projet trop ambitieux?
Ah oui! c'était un projet ambitieux mais il y a deux choses qui sont intervenues. Un jour- comme quoi il y a toujours des hasards- j'étais à la FNAC en train de signer un livre et un de mes voisins de dédicace était un dessinateur bd qui signait ses albums. Il se tourne vers moi et il me dit: " Marek c'est un prénom polonais" et j'acquiesce et c'était Grzegorz Rosinkski, je ne savais pas mais il paraît que c'est un très grand de la bd .Je lui ai raconté la proposition qui m'avait été faite et il m'a demandé de lui envoyer mon roman mais en polonais.J'ai accepté puisque le roman était publié dans 25 langues. Je lui ai envoyé en polonais et quelques jours plus tard, il m'appelle et me dit qu'il a passé une semaine à lire mon livre et qu'il est prêt à participer en faisant la couverture et , quand on arriverait au passage concernant la Pologne, à dessiner l'album. Et là, j'étais déjà emballé et  déjà engagé, je ne pouvais plus reculer, j'avais déjà un premier dessinateur et de surcroît un des plus connus!
Il a fallu , bien sûr, découper le roman, on ne pouvait pas raconter toutes les histoires et évènements qui ont touché 80 générations.. Il a fallu en choisir, disons, une quinzaine de générations, les plus marquantes. On a donc fait le découpage et puis on a eu l'idée de me transformer en un personnage de la bande dessinée.

Vous apparaissez, en effet, dans la bande dessinée en tant que narrateur-auteur qui fait le lien avec le monde contemporain et ce passé lointain. Etait-ce déjà présent dans le roman?
J'étais dans le roman pour que le lecteur ne perde pas l'intérêt, pour le tenir en haleine puisqu'il y a des histoires qui se suivent et qu'entre les histoires dans le roman, j'interviens en italiques et je raconte comme un détective, comme dans les premiers grands romans de détective de Perry Mason en Amérique qui va sur les traces de sa propre histoire. Il y a donc des aventures qui m'arrivent: je trouve des documents, on me les vole, je vais à leur recherche etc...L'idée est donc apparue tout de suite évidente, même s'il fallait prendre un dessinateur spécialement engagé pour me dessiner en tant que personnage...et là je me suis souvenu de ces fameux grands films américains comme Jesse James, le brigand bien-aimé ou Liberty Wallace où il y avait toujours un journaliste qui racontait l'histoire qui se déroulait devant nos yeux. On voyait le journaliste, au moment où Jesse James attaquait une banque avec sa bande, qui, lui, était au milieu en train de prendre des notes. Pendant tout le film on entendait sa voix, un petit peu comme une ballade, comme les chants de Country Music américains et j'ai proposé à la bande de Casterman de faire la même chose..et ils l'ont fait.

marek Halter - ArnooLe dessin a-t-il  plus de force, plus d'impact que le texte auprès de la nouvelle génération selon vous?

C'est difficile à dire. Nous vivons avec les images d'abord avec la télévision, internet etc...ce qui modifie le langage. Le langage devient plus rapide puisque vous utilisez votre téléphone portable , iphone ou autre,  et que si vous voulez contacter votre copain ou votre copine, vous n'allez pas faire un roman, vous écrivez au plus rapide. Vous écrivez: A et vous rajoutez un +: A+ et vous n'écrivez même pas le mot "plus" parce que ça prendrait une seconde de plus...et ça, bien sûr, ça influence la littérature d'aujourd'hui, on n'écrit plus comme Flaubert, bien entendu, mais on lit encore Flaubert. Alors on nous dit que les bibliothèques risquent de disparaître parce qu'on a maintenant sur les tablettes un, dix , vingt livres et que c'est plus facile à transporter dans un train, un avion etc...et alors? l'image est là, les mots sont toujours là! D'ailleurs ces images que l'on voit dans les bandes dessinées ne seront pas compréhensibles ,ou lisibles, sans les bulles, dans lesquelles il y a... des mots! Je sais qu'il y a un débat à savoir si c'est la fin de la littérature et des bibliothèques mais  pour ma part je ne le crois pas.

Vous montrez des enfants qui perpétuent la tradition de leurs pères, sont pleins de gratitude vis à vis de leurs parents ( à l'exception d'Arsinoé)...pourtant la jeunesse d'aujourd'hui ( sans trop caricaturer) se démarque souvent de celle de ses parents et dénigrent même la façon dont ils vivent. Pensez-vous que ce soit le sentiment de piété qui rendent vos personnages plus respectueux de leurs ancêtres?
Il y a d'abord la révolte. Freud disait qu'il faut tuer le père, pas avec un revolver bien entendu, mais se détacher pour prendre son destin entre ses mains. Puis il y a toujours, dans la plupart des cas, le retour. D'ailleurs, à la télévision vous avez des reportages , on voit bien que les plus malheureux, les sans abri etc... ce sont souvent ceux qui n'ont pas su revenir à la cellule familiale et n'ont pas su renouer les liens avec la famille. La famille reste quand même. Alors bien sûr la télévision a remplacé les petits vieux qui, le soir, nous racontaient leurs histoires et qui nous donnaient le sentiment que nous n'étions pas nés d'hier, que nous étions là déjà il y a un siècle, deux siècles, que nos ancêtres étaient en Russie avec Napoléon, étaient peut-être à Marignan aux côtés de François 1er etc...A mon avis, dans un monde de plus en plus désordonné, on s'accrochera de plus en plus à notre histoire propre, familiale ou de groupe. D'ailleurs parfois c'est dangereux parce qu'apparaissent les nationalismes. Quand on voit tous les mouvements chauvins qui renaissent dans toute l'Europe: il y a l'extrême-droite qui prend le pouvoir en Hongrie, qui rentre dans le parlement finlandais, qui entre en France et qui est présente en Italie. Sur quoi s'appuient-ils? sur ce sentiment qui est "revenons vers notre propre histoire, apprenons ce que nous sommes" pour ne pas se fondre dans cette mondialisation dont on ne comprend pas très bien où elle nous mène. Sauf que moi j'ai décrit ce respect des ancêtres et de sa communauté de manière positive alors que les autres essaient d'entraîner les français, les italiens, les hongrois, les finlandais sur des sentiers de guerre parce que si vous vous repliez sur vous-même, en même temps vous avez tendance à rejeter les autres qui se replient aussi sur eux-mêmes au lieu de dire: "j'ai une histoire et nos histoires en commun font les civilisations." Un repas entre amis, c'est simplement que chacun amène quelque chose et du coup le repas devient un festin....mais tout ça, c'est un débat trop long...( sourires)

Rester en lien avec notre passé est-il le secret d’un avenir serein ?
Je pars d'un principe simple: un individu qui ne sait pas d'où il vient, il ne sait pas où il va.

Votre credo, cela pourrait-il être: transmettre c'est ne jamais mourir?
Vous avez très bien résumé. Il y a à ce propos un philosophe chrétien français, Paul Ricoeur, qui m'a appelé, un jour dans Le Monde, "Le passeur" et je trouvais ça magnifique, c'est le meilleur des compliments que l'on m'ait jamais donné.

A l'heure d'un débat médiatique (et politique) obnubilé par les conflits entre les religions et la notion de communautarisme, votre ouvrage doit-il se lire comme un message porteur de fraternité?
C'est possible. Il y a aura un album qui parlera des juifs et des musulmans à l'époque des califats à Cordoue ; c'est eux ensemble qui participent à la création de ces califats parce que les berbères qui viennent du Maroc - des juifs convertis à l'Islam ( le plus drôle!) - arrivent seulement à 12 000 mais  réussissent à construire un empire dans la péninsule ibérique parce qu'il y a là les juifs qui les aident à créer ces califats dans lesquels juifs, chrétiens, musulmans vivent ensemble jusqu'au jour où les Almohades, les islamistes de l'époque, arrivent et commencent à brûler les livres y compris les livres d'Averroès,  ce grand philosophe arabe qui a traduit Aristote. Donc,dans cet album, chacun apprendra une part de son histoire, bien sûr.

Vous qui avez oeuvré au rapprochement pacifiste du peuple palestinien et du peuple israélien, êtes-vous fataliste vis à vis de cette situation conflictuelle qui s'enlise? Lorsqu'on lit la mémoire d'Abraham, on revit toutes les violences qu'ont provoqué les guerres de religion depuis des siècles et on s'interroge sur le progrès de l'humanité à cet égard....

Vous avez raison...ce qui progresse, c'est la connaissance, pas le comportement. Aujourd'hui nous apprenons plus vite qu'avant ce que se passe au bout du monde et nous sommes sommés à réagir. Autrement l'homme ne change pas. l'homme , comme disait Freud , est toujours mu par les mêmes pulsions: pulsions de mort , pulsions de vie..et ce qui change en vérité, c'est la technologie, la communication. Mon arrière grand-père n'a jamais connu ni le téléphone, ni l'avion; Aujourd'hui nous avons des portables, en six heures nous sommes en Amérique et en gagnant six heures nous prenons un second petit déjeuner avec nos copains à New-York. C'est ça qui change. 
Est-ce que nous avons tiré quelques éléments d'enseignement grâce à ces changements? Peu. 
Pour ce qui est de la guerre Israélo-palestinienne, il faut se rendre compte : nous sommes impatients et nous avons raison. Nous sommes impatients parce que nos vies sont courtes:  soixante-dix ans, c'est une vie! Or une guerre de 70 ans sera résumée dans nos manuels scolaires en trois lignes, un petit paragraphe. La guerre de religions par exemple, cent ans, des millions de morts chez nous en Europe, ça ne fait même pas un chapitre donc il faut relativiser les guerres d'indépendance ou qui opposent deux peuples. L'Inde et le Pakistan par exemple. Les pakistanais et les hindous, ce sont les mêmes, vous lisez Kipling, ce sont les mêmes. La seule différence, c'est la religion et cette différence de religion a causé vingt millions de morts, des millions et des millions de déplacés, 9 millions dans un sens, 35 millions dans l'autre et aujourd'hui on est en face de deux états toujours en état de guerre, l'un hindou et l'autre musulman et ça s'est passé en même temps que la naissance de l'état d'Israël en 1948. De toutes façons , les solutions on les trouve. La preuve, toutes les guerres terminent un jour. C'est la règle même si c'est idiot de le dire parce que ça paraît banal. Alors c'est dommage pour les morts, surtout les derniers morts juste avant que le conflit se termine...mais c'est comme ça. J'ai oeuvré pour la paix au Proche-Orient, j'étais un de ceux qui étaient à l'origine des accords d' Oslo, avant l'assassinat de Yitzhak Rabin. C'est là où l'on peut parler de destin car  on ne peut pas contrôler. On ne pouvait pas prévoir qu'un fanatique juif tuerait Rabin comme on ne pouvait pas prévoir qu'un fanatique musulman assassinerait Anouar el-Sadate. Sadate vivant aujourd'hui, l'Egypte aurait été complètement différente. L'Histoire on ne l'écrit pas avec des si mais en la connaissant, ça nous rend un peu plus modeste dans nos prévisions et nos jugements. Mais, pour finir, oui, il y aura la paix entre les israëliens et les palestiniens...

Comment vit un homme, dont l'imaginaire est ancré dans un passé peuplé de caravanes, de temples à protéger et de
Arnaud Taeronmariages pieusement amoureux, au coeur d'un vingt et unième siècle qui oublie le passé, fait la course à la technologie sans cesse ?Comment percevez-vous cette surenchère de la technologie aujourd'hui?

Là aussi, ça va se réguler. On trouvera un équilibre entre cette course à la technologie - d'ailleurs on n'est qu'à mi-chemin puisque bientôt on rentrera dans les siècles de la nonotechnologie qui ouvrira l'ère de la microtechnologie où de petites puces nous permettront de  tout faire avec le même petit appareil, la voiture, mettre en route l'électricité, l'ascenseur, la cuisinière...on va donc aller dans le sens de la facilité, de la simplification de notre vie mais ça ne changera pas nos rêves. Moi, à l'époque où je n'avais pas assez d'argent pour m'acheter un appartement, je pensais acheter une oasis, planter une grande tente et voilà..

Nos rêves ne sont-ils pas conditionnés par notre environnement? Un enfant qui naît dans un monde technologique a-t-il les mêmes rêves que les générations précédentes?
Regardez l'écologie. Ces millions de jeunes écolos veulent le retour à la nature. Ils veulent  préserver ce qui était important il y a deux siècles mais ils ne veulent tout de même pas abandonner leurs mobiles et ils continuent d'envoyer leurs sms...

Pour conclure: s'il y a une matière à enseigner et à ne pas supprimer aujourd'hui à l'école, c'est bien l'histoire?

oui, l'Histoire et je dirais même qu'il faudrait introduire l'enseignement de l'Histoire des religions parce que, peut-être, cela faciliterait la compréhension de l'Autre.

Crédit- Illustrations:
Dessins Marek Halter et la colombe et Réflexions / Arnaud Taeron
Planches de BD: Steven Dupré - Jean-David Morvan - Ersel - Fédérique Voulyzé
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18 avril 2011 1 18 /04 /avril /2011 13:28
Catherine MajorInterview de Catherine Major pour son album Rose Sang / Photos Ashetodust et Francis Vernhet/ Propos recueillis par Julie Cadilhac-Bscnews.fr/

On peut lire dans votre biographie que vous êtes plongée dans la musique depuis l'âge de 4 ans: avez-vous pianoté dès cet âge-là? Avez-vous des parents musiciens?

Mes parents ne sont pas musiciens (quoi que ma mère ait fait 7 ans de piano classique dans son jeune âge) mais ce sont surtout des amoureux de la musique. Mon père a acheté un piano l'année de ma naissance et j'ai eu une attirance dès le premier jour où j'ai été assez grande pour pouvoir me tenir sur le banc...ce qui fait que mes parents m'ont confiée à un professeur de piano classique à 4 ans, très jeune donc, et j'ai commencé sérieusement à apprendre le piano classique, le solfège, la théorie musicale...
CatherineMajor-Scene1---Cre-udit-photo-Francis-Vernhet.jpgVous êtes titulaire d'un baccalauréat de piano classique....quels sont les compositeurs qui vous ont incité à devenir musicienne?
J'écoute tellement de choses. En classique j'adore Chopin, Rachmaninov, Bach... Mon compositeur fétiche est Egberto Gismonti (brésilien). Je suis devenue musicienne tellement jeune que je dirais que je n'ai pas vraiment eu d'incitations à le faire!!! Mais plutôt à aimer..

Vous avez composé de nombreuses musiques de films. Quels souvenirs, par exemple, gardez-vous de la composition de la bo de «Le Ring»?
J'ai composé les trames sonores de cinq films depuis le Ring, dont une que je viens tout juste de terminer avant de partir en France... Un long-métrage de Micheline Lanctôt, une grande dame chez nous... qui sortira à l'automne en salles. J'adore composer la musique de film. C'est une toute autre sensibilité et je trouve que ça complète bien la scène. Je ressors mes techniques classiques par moments. Comme pour le dernier, pour lequel j'ai écrit des partitions plutôt complexes pour cordes... C'est un bonheur de travailler sur image, d'être au service de celle-ci et surtout de se faire discrète, pour une fois, dans un rôle de compositeur qui n'est pas à l'avant-plan, physiquement parlant!

Au printemps arrivera donc sur les écrans "Pour l'amour de dieu" de Micheline Lanctôt. Vous parlez d'un piano
Rose sangdes années 50 et des cordes. Sont-ce des instruments qui vous ont été imposés et sinon pourquoi les avoir choisis?

Vous êtes au courant !!!??  Non, tout ne m'a pas été imposé mais j’ai proposé cela à Micheline après une écoute commune du film et elle était ravie de mon choix d'orientation. Ça marche très bien sur le film, après coup!

Vous avez composé ET écrit certains textes de votre album: les mots naissent-ils sur les notes ou sont-ils d'abord couchés dans un carnet?
Les notes naissent d'abord chez moi, tout le temps. Les textes viennent de plus en plus  cependant... Mais je reste une compositrice d'abord et c'est mon premier moteur.

Plusieurs auteurs ont participé aux  textes de votre dernier album. Leurs mots précèdent-ils vos portées musicales ou créez-vous ensemble?
Cela dépend, chaque cas est différent. Des fois on travaille dans les mêmes directions... d'autres fois le texte est quasi-final et je l'habille de musique. Parfois aussi la musique est toute prête et il ne reste plus qu'à écrire dessus... Mais c'est un autre genre d'exercice!!!! Lorsque c'est moi qui écris, c'est le troisième cas.

CatherineMajor-Scene2-Cre-udit-photo-Francis-Vernhet.jpgVotre album "Rose sang" est sorti en France fin janvier 2010. Vos auditeurs français apprécient-ils les mêmes choses dans votre musique que le public québécois?

Oui je crois. La seule différence pour l'instant c'est que tout est à faire ici... Disons que chez nous j'ai trois ans d'avance sur ici, voire plus... ce n’est donc pas évident de se retrouver en ''décalage" entre la France et le Québec, le pied dans un nouveau projet, l'autre dans un ancien... Mais tout de même, je ne cracherai jamais sur la chance que j'ai!


Un troisième album prévu pour cet hiver? Quels sont les thèmes que vous y abordez? Comment en décririez-vous l'univers général?
Pour l'instant je ne peux pas me prononcer à ce sujet car c'est trop embryonnaire encore... Surtout que je suis une fille qui croit beaucoup à la magie du moment et au feeling avec les musiciens.... à venir!!! 

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