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6 juillet 2013 6 06 /07 /juillet /2013 15:10

asley.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr / crédit photo  Antoine Monégier du Sorbier/ Ashley Wood est un illustrateur, dessinateur, auteur de comics et de romans graphiques australien . Connu surtout pour ses couvertures de comics et de jeux vidéos, il a travaillé notamment sur le personnage de "Judge Dredd" puis sur "Doom", "Ghostrider 2099 A.D" et bien d'autres…il a  reçu de nombreux prix comme le Spectrum Award, le Communication Art Award et a même été nommé aux Eisner Awards. Il a su imposer son style, proche de l'impressionnisme, dans divers domaines ( animation, para bd, objets 3D) et devenir un des acteurs incontournables de la scène alternative de la bande dessinée. En 2004, avec son épouse TP Louise, il crée 7174 PTY LTD, uns structure de production qui conçoit et diffuse des produits pour l'industrie de comics, du film , des jouets et jeux vidéos à l'échelle mondiale. En 2008, il fonde ThreeA, une société basée à Hong-Kong qui développe des produits imaginés par lui-même. Rencontre avec un pinceau brillamment atypique!

Si vous deviez définir votre travail en deux mots, lesquels choisiriez-vous?
 Impressionnisme adroit.

Comment était-vous "tombé" dans la peinture?
J'avais envie d'avoir "en mains" ce que je faisais sur un ordinateur, et j'ai décidé de mettre de côté photoshop et d'apprendre moi-même à peindre. Une autre force motrice, en ce qui me concerne, était de faire de l'art qui atteignait la même qualité en chair et en os que celle de  la page imprimée; ce n'est souvent pas le cas en art et je trouvais cela irritant. Je dois ajouter que, pour moi, les ordinateurs permettent de créer avec un filet de sécurité: tout peut être créé avec assez de temps, alors qu'avec de la peinture, une erreur et la peinture peut être ruinée, ou au moins changée de manière irréversible … j'aime l'idée que les peintres peuvent avoir  affaire avec une effrayante tragédie à chaque coup de pinceau!

Si vous deviez citer des mentors en peinture ou illustration, lesquels seraient-ce?Capture-d-ecran-2013-07-05-a-18.14.38.png
Klimt pour sa conception innée, Degas pour son élégance et Warhol pour son esprit!

Le choix  d'une patte graphique impressionniste, en bande-dessinée et dans les jeux-vidéos, pour les sujets que vous choisissez semble assez atypique ; est-ce le cas? Ou faites-vous parti d'une vague d'illustrateurs contemporains qui choisissent justement de donner un autre visage aux comics?
C'est juste ce que je suis, je peux bien sûr changer de style pour différentes occasions et besoins, mais le style impressionniste, c'est mon état naturel , celui dans lequel je me sens le plus à l'aise. Que puis-je dire, j'aurais été très heureux de vivre à Paris à la fin du 19ème siècle! Je ne fais partie d'aucune vague, je suis à peu près seul sur mon chemin et plutôt heureux de cela!

Question idiote - mais on la pose quand même : quand on dessine pour des jeux vidéos , on aime les jeux vidéos?
J'aime créer, j'aime faire des choses, et les jeux vidéo sont un moyen d'expression sympa, qui est vraiment connecté avec son public. J'aime les jeux vidéos comme un vieil ami, nous ne bavardons pas ensemble pendant des mois, mais quand nous le faisons c'est comme si nous n'avions jamais arrêté.

Vos sujets de prédilection, alliant armes et paysages de désolation futuristes, sont choisies pour des raisons esthétiques ou idéologiques ?
Mon sujet de prédilection, ce sont les maisons. Je cherche toujours le moyen de peindre des figures dans des situations intéressantes : les sujets de la guerre et le sexe sont universels et touchants. Pourquoi perdre du temps à peindre des sujets de moindre intérêt!

Vos toiles ont un "souffle historique" malgré leurs sujets souvent imaginaires, non?
Tout à fait, c'est quelque chose que j'ai toujours essayé de faire : j'ai toujours aimé le poids historique que portent les peintures plus anciennes . Une profondeur et une résonance... et j'y ajoute une touche contemporaine.

Le choix de vos palettes aux couleurs plutôt chaudes est influencé par votre continent d'origine? Vous avez le droit de vous moquer mais l'Australie, en fantasme, évoque des couleurs chaudes et des paysages baignés de sable et de zones désertiques….
Eh bien, mes palettes changent en fait! Dans le passé, elles étaient chaudes, mais maintenant elles ont refroidi et ont pris résidence dans une demeure plus grise. Je ne peux pas dire que le paysage australien a beaucoup joué dans mes peintures pour l'instant, mais la culture australienne y a joué certainement!

De nombreux travaux d'Ashley Wood ont été exposés du 15 mai au 1 juin 2013 à la Galerie Daniel Maghen. Certaines de ses toiles sont encore présentes à la galerie et sur le site:  www.danielmaghen.com

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1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 15:25

Capture-d-ecran-2013-07-01-a-15.07.12.pngTout petit, Manchu rêvait de devenir pilote de chasse ou astronaute….puis il s'est lancé dans le dessin d'animation. Après avoir participé à la réalisation des vaisseaux et décors des dessins animés de "Il était une fois….l'Espace" et "Ulysse  31", il illustre un grand nombre de volumes de "La Grande Anthologie de la science-fiction" puis travaille pour plusieurs éditeurs ( Atalante, Delcourt, Bragelonne), devenant un illustrateur français incontournable de la science-fiction.  En 2001, on lui décerne quatre prix : Le Prix  coup de coeur Bobo Morane , le Grand Prix de l'Imaginaire, le Prix Ozone du meilleur illustrateur et le Grand Prix Visions du Futur. En 2002, il publie "Science(Fiction)", puis en 2010 "Starship(s)", deux artbooks. Du 6 au 22 juin 2013, la galerie Daniel Maghen (Paris) propose une exposition rétrospective de ses oeuvres. Embarquement immédiat pour un voyage coloré dans le ciel ou sur la terre ! Pas de doute que vous croirez entendre vrombir les moteurs, pschittttttter les fusées et frémir les étoiles lors de votre balade au milieu de ses toiles…Manchu a l'art de faire apparaître sous vos yeux des scènes fantastiques qui semblent appartenir à l'Histoire et nous donnent l'impression enthousiasmante d'être le témoin privilégié d'une heure exceptionnelle à mi-chemin entre un passé fantasmé, le rêve et le futur.

Vous êtes un des acteurs majeurs du mouvement de "hard science-fiction" : pourriez-vous nous définir les spécificités  de ce mouvement? Quelles différences doit-on faire avec la science-fiction?
La "hard" science est la branche/le mouvement de la SF où l'histoire exploite la technologie, les dernières avancées/connaissances scientifiques. La science a une part importante dans le récit. La SF regroupe tous les genres d'histoire psychologiques, humanistes, politiques, scientifiques, etc.

 Avant de vous lancer dans le dessin d'animation, vous rêviez de devenir pilote de chasse ou astronaute…qu'est-ce qui vous a fait dévier de votre premier souhait de carrière?
Clairement les maths, j'étais bon en maths, mais pour devenir pilote ou astronaute, il faut être excellent.

Vous avez à votre actif plus de 500 couvertures de livres  : êtes-vous totalement libre pour Capture-d-ecran-2013-07-01-a-15.06.30.pngdessiner une couverture? les éditeurs ou les auteurs imposent-ils des éléments?
Les éditeurs ne m'imposent pas en général d'éléments, par contre, je fais souvent plusieurs rough pour la couverture. C'est l'éditeur et moi qui discutons du visuel définitif. Pour les couvertures d'albums BD chez Série B, j'apporte ma touche personnelle mais c'est Fred Blanchard *qui apporte l'idée de départ et la composition.

 Dans vos couvertures, choisissez-vous plutôt de représenter un moment de la narration ou vos couvertures sont-elles un synthèse d'éléments que l'on trouve dans le récit?
Les deux options sont valables et c'est en fonction du récit.

 Votre pseudonyme s'inspire d'un personnage : le docteur Fu-Manchu, pourquoi ce choix? Pouvez-vous nous parler un peu de ce personnage?
C'est un surnom qu'on m'avait donné à l'école de dessin où j'ai étudié 4 ans, l'école Brassart car j'étais fan de la série de films sur le Docteur Fu-Manchu avec Boris Karloff, tirée des romans de Sax Rohmer.

 Quelles sont vos mentors en matière de science-fiction? et en illustration?
 Pour la Science-Fiction : Arthur C. Clarcke, Asimov, G. Benford, Ian Banks, Gérard Klein, Jack mcDevitt, Larry Niven, David Brin. Et en illustration : R. MrCall, C. Foss, J. Harris, J. Berkey, W. Hartmann... et je vais en oublier.

 Sur quels supports, avec quels outils et matières travaillez-vous?
Traditionnel : papier, huile, acrylique, pinceau, brosse...


Chacune de vos illustrations nécessite un travail documentaire préalable? Pourriez-vous nous parler d'un des derniers dessins qui vous a demandé un travail spécifique de recherche?
 Toutes les couvertures demandent un travail de recherche. S'il s'agit d'un roman décrivant l'exploration humaine de Mars, il faut tenir compte des designs créés par les agences spatiales et en augmenter légèrement le coté SF. Si le roman est beaucoup plus éloigné dans le futur, l'imagination prend le dessus mais je regarde toujours toutes sortes de designs technologiques. Il y a aussi les paysages extraterrestres où je pars souvent de paysages terriens. Pour les extra-terrestres eux-mêmes, là c'est plus compliqué ( sourire). Il y a la description de l'auteur. D'une manière générale c'est très difficile de sortir de la représentation anthropomorphique...

manchu.jpg Qu'est-ce qui vous passionne dans la science-fiction? la possibilité d'imaginer l'inconnu ? les potentialités de la science?….?
La description de nouvelles sociétés (Ian Banks avec la Culture), nouvelles technologies, description de planètes extra-terrestres, les futurs possibles d'une manière générale...

Vous travaillez souvent pour des revues scientifiques : quel sujet , dernièrement, a particulièrement éveillé votre curiosité?
Je ne travaille pratiquement plus avec les revues scientifiques pour une question de temps, les délais sont trop courts. Les sujets pour lesquels je suis curieux : l'astronomie, l'astrophysique, la physique, l'astronautique, j'essaie de me tenir informé des dernières avancées dans ces domaines (pour la physique, ça devient très compliqué (rires) ).

Enfin, pourriez-vous nous raconter la genèse de l'illustration que nous avions choisie pour couverture, Jour J #10",  et celle du château de Lord Valentin?  
 Pour "Le chateau de Lord Valentin", c'est le processus classique, lecture du roman, roughs de différentes choses qui m'ont inspiré pendant la lecture. Là, la montagne gigantesque qui se trouve sur cette planète et le personnage du jongleur. Pour "Jour J #10", il faudrait poser la question à Fred Blanchard* (sourire). Fred me propose une esquisse noir et blanc, on discute de la mise en couleurs (ambiance à donner) et je passe à l'exécution, toujours sous sa supervision car au départ, c'est son idée. C'est plutôt un travail d'exécution et ce n'était pas désagréable.

*Fred Blanchard : éditeur externe aux éditions Delcourt, à l'origine et toujours en charge du label Série B
Manchu
Exposition à la Galerie Daniel Maghen
47 quai des Grands Augustins
75006 Paris
 www.danielmaghen.com

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21 mai 2013 2 21 /05 /mai /2013 18:26

donjuan.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr / La galerie Daniel Maghen a accueilli Paul et Gaëtan Brizzi, du mercredi 24 avril au samedi 11 mai 2013. Ces deux frères jumeaux, détenteurs du prestigieux Prix de Rome, ont notamment dirigé et réalisé pour Disney des séquences du «Bossu de Notre-Dame  et de « Tarzan » mais également  la  séquence « l’Oiseau de Feu » sur la composition de Stravinski dans « Fantasia 2000 ». Dans cette exposition unique nommée Opéra, au travers de passages clés de 12 grands opéras (« Carmen », « Macbeth », « La Traviata », « l’Anneau du Nibelung », etc.) , les deux illustrateurs ont exprimé leur passion pour la musique. Leurs illustrations ont été réalisées au crayon de cire,  dans de grands formats et reproduites dans un catalogue édité par les éditions Daniel Maghen. Chacune des oeuvres créées a été conçue à quatre mains, depuis le choix de l’œuvre jusqu’à la réalisation technique. Paul et Gaëtan Brizzi ont répondu à nos questions, chacun de leur côté et sans prendre connaissance des réponses de l'autre ; l'occasion de découvrir deux artistes passionnés et spontanés dont l'univers gainé d'élégance et de lyrisme nous a conquis!

Cette exposition met en lumière votre passion pour la musique et plus particulièrement pour l'opéra…vous souvenez-vous du premier opéra que vous ayez vu? Quels souvenirs en avez-vous gardé?
Gaetan Brizzi: Je crois que c'était la flûte enchantée et je me souviens avoir été envouté par la musique et déçu par la mise en scène.
Paul Brizzi:  Mon premier opéra était une récompense pour mes efforts en anglais offerte par mon professeur. J'avais 13 ans et "La Force du destin" de Verdi a été ma première expérience à l'opéra Garnier de Paris!

Qu'aimez-vous particulièrement dans l'opéra?
GB: Le sens de la démesure et le lyrisme des grands arias et ,bien entendu, la fougue proprebrizzi.jpg à Verdi ou Rossini.
PB:  L'aspect visionnaire  et lyrique des thèmes. La puissance vocale liée à la musique symphonique me transporte.

Si vous deviez définir en deux adjectifs ce genre musical vocal, que diriez-vous?
GB: Fantastique, Puissant
PB: Visionnaire et lyrique

D'ailleurs, quel est votre opéra "préféré"? Et pour quelles raisons?
GB: La Traviata, à cause de ses envolées ébouriffantes et de sa désespérance pathétique.
PB: "Mac Beth" pour la raison que j'évoque précédemment. Verdi est sans doute le compositeur qui me touche le plus. Ses montées graduelles dans les crescendi sont particulièrement émouvantes. Les choeurs sont formidables.

Vous avez dessiné des passages-clé de douze grands opéras pour cette exposition: ce sont des oeuvres à quatre mains. Pourriez-vous nous expliquer à quelles étapes intervient chacun d'entre vous?
GB : Etape 1: choix du moment à illustrer en fonction de sa célébrité d'une part et d'un contexte narratif porteur d"éléments spectaculaires d'autre part.Etape 2: Nous préparons tous les deux diverses esquisses autour desquelles nous débattons pour trouver le consensus sur celle qui servira de modèle au dessin final.Etape 3: l'exécution du dessin original; j'exécute le décor, Paul les personnages.
PB: Nous avons l'habitude de partager le travail de la façon suivante: après s'être mis d'accord sur la composition graphique, Gaetan exécute le décor et je me charge des personnages. Si, par exemple, les éléments décors sont majoritaires dans la composition du dessin préparatoire, Gaëtan va élaborer le dessin définitif en prenant soin de préserver les parties occupées par les personnages. Une fois sa partie terminée, je dessine les personnages. Et vice et versa si les "acteurs" prennent la plus grande partie de la composition.

…Pourriez-vous prendre peut-être l'exemple d'un travail précis?
GB : Par exemple, pour le dessin de l'apparition de La reine de la nuit devant Tamino dans "La flûte enchantée". Paul a placé ses personnages dans la feuille en se basant sur la composition choisie dans l'esquisse.  De mon côté, en prenant soin de protéger le travail soigné de Paul sur les personnages, je viens installer mon décor tout autour. Eventuellement Paul revient parfois sur la lumière et le contraste de ses personnages pour s'assurer qu'ils s'intègrent encore mieux au décor.
PB: Par exemple, sur la scène des "fugitifs" dans La Tosca", Gaetan a été principalement l'artiste puisque je n'ai eu qu'à exécuter les deux personnages qui occupent une place réduite dans le décor où domine Le Chateau Saint Ange de Rome. Par contre, en ce qui concerne la composition de Wotan et des Walkyries, on peut dire que j'en ai été le principal responsable!

Vos illustrations sont réalisées au crayon de cire : pourquoi le choix de ce médium?
GB: La qualité des noirs que ces crayons offrent nous donnent entière satisfaction et de plus, grâce à un lustrage final délicat,  ils deviennent encore plus profonds.
PB:  C'est un médium auquel nous sommes fidèles depuis de nombreuses années. Nos crayons de prédilection!

.…quels en sont les spécificités, les atouts et peut-être les difficultés techniques?
GB: La mine  grasse permet une grande variété de nuances. Par contre ils s'usent très vite car nous les taillons constamment pour garder une mine très très affutée afin de nous donner le plus de précision possible. Pour un seul dessin, s'il est assez dense, nous en consommons plusieurs dizaines.
PB:  Ces crayons nous permettent d'obtenir des noirs profonds et denses et une gamme de gris très large. La cire qui rentre dans la composition de ces crayons leur confère un brillant satiné après un " délicat" lustrage. En outre, contrairement à la mine de plomb, ils ne sont pas volatiles.

Vous n'avez réalisé que des illustrations "monochromes", jouant ainsi sur les jeux d'ombre et de lumière….est-ce parce que cela représentait au mieux, selon vous, l'essence sacrée et solennelle de l'opéra?GB: C'est une belle explication que je récupère au passage mais c'est aussi pour prolonger la tradition des grands dessinateurs du passé comme Dürer, Doré,Daumier, Rops etc...pour qui la lumière se traduit mieux dans la monochromie que par l'emploi de la couleur, opinion que nous partageons.
PB: Oui, le monochromatisme nous oblige à ne considérer que l'éclairage de la scène. Nous composons nos scènes de la même manière que des réalisateurs cinématographiques. Profondeur, lumière, et surtout clarté du message et de l'intention.

Vos décors sont spectaculaires…pour le plaisir d'aller plus loin sur le papier que ce que la réalité d'une scène ne pourrait produire?
GB: EXACTEMENT! Vous avez tout compris.
PB:  Nous sommes aussi réalisateurs de films d'animation et avons l'habitude d'essayer d'aller au delà de la réalité des éléments concrets et limités qu'offre une scène de théâtre ou un plateau de cinéma. C'est la force du peintre, puisqu'il n'y a pas de limite à l'imagination.

Enfin, avez-vous dessiné ces oeuvres en musique? Vous êtes-vous laissé inspirer  par Mozart , Wagner, Bizet ou encore Verdi?La musique a -t-elle, tout autant que l'histoire racontée, influencé votre trait?
GB: j'aimerais dire oui car c'est une belle idée mais par honnêteté,  je dirais que l'influence d'oeuvres immortelles donc familières était déjà  dans notre espace spirituel.
PB: Etant donné l'aspect visionnaire de nos recherches, c'e sont  principalement les livrets qui ont inspiré nos choix. Ceci dit, notre éducation musicale restait en filigrane: Wagner, Mozart, Verdi étaient incontournables!


► Certaines de ces oeuvres sont encore en vente à la Galerie Daniel Maghen (75006 Paris)  et sur son site

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24 avril 2013 3 24 /04 /avril /2013 11:17

biancaneve.pngNée à Pesaro en Italie et y résidant toujours aujourd'hui, Elena Cermaria est une artiste autodidacte. Depuis toute petite, elle joue avec les couleurs et les formes et a trouvé dans la peinture une façon d'exprimer la complexité de sa réalité intérieure. Depuis 2009, elle a participé à plusieurs expositions collectives en Italie et à l'étranger ( Détroit et Pasadena). En 2012, elle a réalisé sa première exposition en solo à la XXS Galerie de Palerme. Certains de ses travaux ont été publiés dans des magazines d'art comme Arte-In, L'Urlo, Inside Art et The Artist's magazine. Aujourd'hui, en plus d'être illustratrice et créatrice de couvertures pour divers éditeurs, elle travaille avec la Dorothy Circus Galerie à Rome. Rencontre avec Elena Cermaria dont le caractère naturaliste, la sensualité troublante et la technique du clair-obscur des toiles nous a irrésistiblement attirés...

Si vous deviez.... vous définir en deux adjectifs?
Intuitive et nocturne.

....citer deux sources d'inspiration de votre travail?
J'ai toujours adoré les contes de fée et la mythologie d'une part, et la peinture de l'autre. En iconographie, j'aime ceux qui sont capables de représenter l'homme dans sa complexité et ses paradoxes.

Deux peintres que vous aimez beaucoup?
J'aime les peintres préraphaélites, tout comme les grands maitres du passé : Caravage,cermaria.png Mantegna et ainsi de suite. J'aime les jeux d'ombres et de lumières, l'impression de contraste et la beauté comme source d'inspiration et désir d'expression.

...et deux oeuvres picturales en particulier?
Les oeuvres de Caravage et les Nymphes de Dante Gabriele Rossetti.

.....résumer en deux phrases vos premiers pas dans la peinture?
Autant que je m'en souvienne, j'ai toujours aimé dessiner. Pour moi, c'était un moyen d'échapper au monde qui m'entourait et dans lequel je me sentais étrangère. C'était un moyen d'expression que je n'ai utilisé qu'à des fins personnelles pendant très longtemps. Il y a dix ans, je suis sortie de ma coquille grâce à l'aide patiente de mon mari Andrea.

Comment concevez-vous une toile?
Habituellement, je visualise une image mentale de ce que je veux exprimer. Tant que je ne trouve pas la solution dans mon esprit, je ne commence pas à dessiner. C'est l'étape la plus importante : la planification du travail. Je ne suis pas à l'aise avec le croquis , je commence directement la plupart du temps le travail avec la couleur sur la toile.


Quels outils, matières, supports utilisez-vous?
Je travaille habituellement avec de la peinture à l'huile mais aussi  avec la gouache ou la peinture acrylique. Pour les travaux sur papier ( ceux que je préfère) , j'utilise souvent pour mélanger différents types de couleurs des crayons, l'acrylique, le pastel. J'aime essayer différents procédés à  chaque fois.

Travaillez-vous à partir de modèles qui posent pour vous des heures durant, de photographies?
Je me sers généralement de mon imagination, qui est la pièce maîtresse, mais aussi d'images. J'aime la photographie de mode contemporaine et je collabore souvent avec de nombreux photographes.

elenacermaria.pngVos toiles sont très réalistes, naturalistes pourrait-on dire, non?
Le corps est, pour moi, le temple de l'âme, et, pour cette raison il est la partie essentielle de ma recherche artistique. Je voudrais parler de l'âme via la forme et la substance du corps. La technique est importante, mais le vrai point est le message derrière.

Il y a quelque chose de sombre et d'extrêmement romantique dans vos toiles….
OUI, j'ai toujours eu une espèce d'âme sombre, si on peut dire. Eros et Thanatos sont les deux pôles importants dans ma vie et dans mon travail .. Je suis attirée, peut-être par nature, par la décadence et les  situations étranges qui brillent par leur sombre beauté esthétique . J'aime le réalisme des martyrs de la Renaissance  et l'extase des Saints qui sont si bien représentés dans les oeuvres du passé ..

Pouvez-nous nous parler de la genèse de "L'isola dei liombruni" par exemple?
Le projet a été réalisé en collaboration avec l'auteur du livre, Giovanni de Feo: il m'a demandé de faire quelques peintures et illustrations des personnages du livre. C'était un travail très intéressant, où j'ai "donné un visage et un corps" à son imagination. Je travaille souvent aussi comme artiste de couverture et illustratrice pour divers éditeurs (Fazi, Joker Editore et d'autres). Récemment, j'ai dessiné la couverture du livre "True Love Story" d'Auster Willow  aux Etats-Unis.


Comment choisissez-vous les thèmes de vos tableaux?
L'inspiration vient de tout: une pensée, une chanson, un texte.  Normalement, j'essaie de représenter des humeurs ou des situations. Donc, mon travail est toujours symbolique d'une certaine façon. Je représente mon intériorité.

Où peut-on découvrir en vrai vos toiles? des expositions prévues?
Actuellement, je collabore avec la Dorothy Circus Gallery à Rome, où je vais avoir une exposition personnelle en Décembre 2013. Certains de mes travaux sont en ce moment exposés à la Flower et Pepper Gallery à Pasadena (Californie). En mai, je participerai à l'émission "Seven" à Lecce, organisée par Robero Ronca, et à Milan avec "LOVERISTI", une émission organisée par Mauro Tropeano.


Découvrir plus d’oeuvres d’Elena Cermaria ICI

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3 avril 2013 3 03 /04 /avril /2013 18:38

doigt.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr/  / Crédits photo Michel Lunardelli & Vladimir Koncar / Marion Peck est née à Manille, la capitale des Philippines, alors que sa famille était en train d'accomplir un tour du monde, et a ensuite usé ses culottes courtes à Seattle ; après avoir reçu son diplôme de l'Ecole de Design de Rhode Island et avoir suivi différents enseignements à New-York et à Rome, elle s'est installée à Eagle Rock en Californie où elle partage aujourd'hui un atelier avec son époux, Mark Ryden. Attirés par ses toiles surréalistes dans lesquelles se mêlent un parfum d'étrangeté et de nostalgie désuète, nous  souhaitions rencontrer le peintre des créatures - souvent naïves et angéliques - qui peuplent des mondes aux couleurs pastels et hallucinés dans lesquels on irait bien se promener…


Si vous deviez, d'abord, vous définir avec deux adjectifs; lesquels utiliseriez- vous et pourquoi?
C'est une question difficile! Je suppose que je dirais : " je suis vieille et que je suis jeune, je suis traditionaliste et je suis une rebelle, je suis intello et je suis inculte". Mais cela fait six adjectifs, n'est-ce pas? Je fais mes peintures à l'ancienne, mais je ne suis en aucun cas une personne avec un esprit conservateur.


Marion Peck a-t-elle des mentors?
Mon mentor principal est mon mari, Mark Ryden. Pour une féministe comme moi cela pourrait être quelque chose d'embarrassant à admettre, mais je me sens à l'aise avec cette idée. Tout d'abord, mon mari possède une technique de peinture qui est absolument extraordinaire. Toute personne qui, comme moi, a envie  de partir en quête de l'art perdu de la peinture aimerait apprendre de lui, et j'ai eu la chance incroyable d'être en mesure de le faire. Nous avons un excellent échange créatif. Nous travaillons dans le même bâtiment, et nous avons ce que nous appelons un "no bullshit studio." Nous avons tous deux l'habitude de toujours nous dire exactement ce que nous pensons.


On trouve dans votre galerie de très nombreux portraits  au charme désuet des vieilles cartes postales : pourquoi?
Oui, je me suis souvent inspirée de vieux portrait photographiques. Il y a quelque chosemarionpeck.jpg d'étonnant dans la contemplation du visage de quelqu'un qui est mort depuis longtemps. Aux premiers temps de la photographie, il y avait d'ailleurs une continuité avec le milieu précédent qui était utilisée pour les portraits, la peinture. Les photos d'époque existent dans une sphère à la fois intéressante et aux frontières floues entre le monde ancien et le moderne, c'est un "lieu" que je trouve inspirant.


Comment naît une de vos toiles?
Mes peintures proviennent d'un lieu que je ne contrôle pas. Je laisse l'inspiration de me contrôler, c'est plus ainsi que cela fonctionne. Les idées viennent très soudainement à des moments différents. Certaines persistent, d'autres disparaissent. Les plus fortes persistent, et ce sont celles que je peins.


Quels outils et matières utilisez-vous?
J 'esquisse de façon très rapide et ainsi je peux aller directement à la peinture, généralement de l'huile sur toile. Mes peintures m'occupent un temps très long. Je dis souvent que ce que j'ai n'est pas un style de peinture, c'est une compulsion. J'aimerais être capable de peindre de façon plus rapide et plus souple. Je me bats avec la toile tout le temps. Mais le désir de la rendre parfaite est trop fort en moi.


Un bestiaire important occupe vos toiles : des animaux qui peuplent souvent l'imaginaire enfantin….un aspect que vous revendiquez?
Je suis très intéressée par le monde des «innocents», essentiellement des animaux et des enfants. Quand on regarde l'une de ces figures sentimentales, on baisse la garde car  on fait appel à notre instinct de "gentillesse", un fort instinct humain fondamental(ce que le génie artistique du capitalisme, c'est-à-dire la publicité, a toujours compris et mis à profit.) Cela m'intéresse de montrer un endroit au cœur tendre, un bel endroit, mais auquel j'apporte toujours une dose d'ironie, d'étrangeté, et peut-être la tristesse, pour éviter de tomber dans un marécage molasse de mélasse sucrée.


En effet, de nombreuses de vos images cultivent paradoxalement naïveté et étrangeté. D'autres sont des mélanges de culture, d'époque et invitent à entrer dans un monde imaginaire et singulier. Certaines semblent des caricatures: souhaitez-vous que vos toiles fassent réagir leurs lecteurs?
J'espère  une réaction aux multiples couches de mes lecteurs. Bien que les éléments de l'ironie et de la caricature soient présents, le but du travail n'est pas une critique de la société. Plutôt que de pousser le spectateur à avoir les pensées de certains, j'espère  le séduire , pour lui permettre de profiter de la vue. Mon art est consacré à la déesse Vénus, et je suis intéressée par la beauté, l'imagination et le plaisir, mais encore une fois, il y a toujours un élément d'étrangeté ou de détachement qui est présent, mes toiles ne sont pas un abandon total à la seule beauté.


Lamland est le reflet d'un paradis perdu?
Oui, on peut dire cela. Je pensais à un endroit dont je rêve depuis l'enfance, un lieu où aucun mal ne vient toucher une créature. Oui, un paradis.


Que doit contenir une toile pour attirer votre oeil?
C'est difficile à dire. J'aime de très nombreux genres de peinture, et mes humeurs changent de telle sorte que, certains jours, c'est une chose qui m'attire, d'autres jours, une autre. C'est la magie d'une oeuvre d'art, c'est toujours un peu différent à chaque fois.


Où aura-t-on l'occasion de découvrir vos travaux prochainement?
J'ai bientôt une exposition à Los Angeles à la  Richard Heller Gallery; le vernissage se fera le 30 Mars, ce qui est très proche, alors je ferais mieux d'aller peindre maintenant!

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 17:42

vrankic.pngPar Julie Cadilhac -Bscnews.fr/ Crédit- photo : Vladimir Koncar / Davor Vrankic est un artiste croate, né à Osijek, qui vit et travaille entre Paris et New-York. Son médium de prédilection? une mine de plomb avec laquelle il aime à imaginer des images de toutes tailles en ne travaillant à partir d'aucun modèle. Utilisant la surexposition, le flou, le grand angle et d'autres techniques visuelles, il crée des univers étonnants qui donnent souvent une impression de "chaos". Davor explique dans sa biographie internautique que "son intention est de créer une sorte d'image virtuelle, en utilisant toutes les expériences visuelles, qu'il a assimilé de la peinture classique, de la bande dessinée, du cinéma, de clips vidéo et de la photographie.  Il associe le cadre de l'image du cinéma et les distorsions de la lentille de la caméra à la peinture flamande." Ayant contribué à des expositions personnelles ou de groupe à Paris, New-York, Amsterdam, Bruxelles, Los-Angeles, Londres (ou encore en Hongrie, en Croatie, en Italie) et fait l'objet d'articles dans de nombreuses parutions ( pour le New-York Times, Libération, Artension et d'autres supports français et étrangers), nous souhaitions aussi mettre à l'honneur son univers singulier, peuplé d'êtres chimériques et souvent inquiétants, qui se développe au sein d'un graphisme ultraréaliste. Promenez votre oeil au creux des nombreux visuels dispatchés dans son interview : vous y verrez combien l'utilisation des petits traits dans le dessin permet à l'artiste de pousser sa technique, proche du photoréalisme, et de donner davantage l'impression de "réel" à ces images étourdissantes de sens.


Vous avez suivi les cours de l'Ecole des Beaux-Arts de Sarajevo puis ceux de l'Ecole de Zagreb et enfin ceux de la Faculté d'Arts Plastiques de Paris VIII : quels enseignements y avez- vous appris qui , aujourd'hui, vous servent quotidiennement dans votre art?

A l' Ecole des Beaux - Arts de Sarajevo j'ai suivi des cours de facture très classique: dessins de nature morte et le nu. C'était une pratique qu'à l'époque je ne trouvais pas très intéressante mais aujourd'hui, avec le recul, je la vois comme une expérience très utile. En troisième et quatrième année, je suis passé à L'école de Beaux Arts de Zagreb où l'enseignement était complètement différent; très minimaliste et conceptuel. A ce moment là, j'ai commencé une série de grands dessins au plume qui étaient construits uniquement avec des lignes verticales et horizontales, géométriques et minimalistes. Cette expérience géométrique m'a beaucoup aidé pour comprendre l'importance de la composition et de l'organisation de l'espace. En arrivent à Paris, les deux expériences précédentes se sont fusionnées; on peut dire ,d'une certaine manière, que sur cette construction géométrique j'ai rajouté les figures. L'enseignement à Paris VIII a été presque exclusivement théorique et conceptuel. A cette époque, j'avais déjà commencé à utiliser la technique de la mine de plomb sur papier et l'enseignement que j'ai suivi à Paris m'a permis d'approfondir mes réflexions là-dessus. On peut dire que chacune de ses  expériences a été très enrichissante pour ma démarche artistique.


On songe à Rabelais quand on regarde vos images, vous l'a-t-on déjà dit?peintre.png
Oui, je me souviens que dès mes premières expositions en France les gens se référaient souvent à Rabelais, ainsi qu'à Bruegal et  Bosch. Mais paradoxalement, mes influences à l'époque étaient complètement diffèrentes concernant la littérature et la peinture classique. Cette notion de démesure et de délire venaient plutôt des formes subculturelles qui étaient mes premières influences.


Sur votre site, on découvre plusieurs séries de toiles : pourriez-vous nous expliquer par exemple la genèse de "Painters &Co?

De temps en temps, j'aime bien me lancer dans une série de dessins de petit format comme c'est le cas avec la série Painters & Co ( 50 x 32,5 cm); c'est une formidable exercice du style et aussi un terrain d'expérimentation. Sur un petit format, je me sens beaucoup plus libre de rechercher des nouvelles choses qui, plus tard, peuvent être appliquées sur les grands formats.  Vu que dans l'inconscient  général le peintre représente le cliché de l'artiste, je voulais jouer avec cet archétype d'artiste qui semble contaminé par son psychisme , en le traitant de manière drôle, ironique et cruelle en même temps.


Celle de Highnoon également?      
High Noon est une série de dessins de très grands formats dans lequel ,en même temps, le spectateur est dominé par le personnage du dessin et en même temps le personnage dessiné est traité comme s'il était dominé, comme s'il était sous le regard de quelqu'un. J'ai pris le titre High Noon en voulant faire allusion à un règlement du compte ( le film High Noon en français Le train sifflera trois fois) mais, contrairement au film où existait un véritable adversaire, dans le dessin on ne sait pas si le personnage sera confronté avec quelqu'un où s'il est seulement confronté avec lui-même, comme si le véritable danger se trouvait dans son propre intérieur. Ça peut être une métaphore d'un homme emprisonné par son propre enivrement.


ppp.pngSi vous deviez citer des mentors en arts plastiques, quels noms surgiraient?
     
Vingt ans avant, c'était beaucoup plus facile de mentionner les noms des artistes qui ont influencé mon travail! Ce qui me touche aujourd'hui, ce sont des oeuvres individuelles réalisées par des artistes très différents, très souvent des artistes que je ne connais pas. En réfléchissant rétrospectivement, mes premiers influences visuelles viennent du monde subculturel des années soixante-dix, quatre-vingt: de la BD, du dessin animé, du cinéma. A l'époque, je lisais toutes sortes de BD mais avec le temps, l'intérêt pour le dessin est devenu le pôle plus important dans le choix de la lecture; j'admirais le Prince Vaillant de Hal Foster, Flash Gordon de Alex Raymond, autant que Richard Corben, Jacovitti, Jean Giraud. Vers dix-sept ans j'ai commencé à feuilleter des livres d'art et c'est à partir de ce moment -là que je découvert les tableaux de Géricault, Le Radeau de la Méduse et les grandes compositions de David. Plus tard, quand je me suis installé à Paris, j'allais souvent au Louvre juste pour voir un de ces tableaux. J'admirais les peintres espagnols: Velasquez, Goya et particulièrement Ribera. Chez les peintres Flamands, c'étaient Hugo Van Der Goes avec sa minutie et son hyperréalisme décalé flamands mais aussi pour la psychologie profonde et mystique de ses personnages. J'aimais beaucoup le fraîcheur et l'élégance du dessin de Hockney et les visages de Chuck Close avec leur présence troublante. Francis Bacon (avec son traitement de l'espace et la figure humaine) et Louise Bourgeois, les artistes qui transcendent leurs histoires personnelles en créant les oeuvres emblématiques d'une époque. Parmi les auteurs de plus jeune génération, il y a Tom Friedman et Sara Sze pour leur processus creatif alchimique qui consiste à transformer des matières et des objets quotidiens en constellations magiques. Ces deux artistes abordent le problème des espaces et des matières - qui traduisent le caractère complexe de notre temps - sans employer un discours socio-politique.


Dans The Anatomy Lesson, Vous avez travaillé sur l'espace et sur les perspectives dans le but d'aspirer le lecteur dans le dessin…concrètement, comment mettez-vous cet effet en place?

A partir de The Anatomy Lesson, j'ai commencé à appliquer l'effet de grand angle, des perspectives avec raccourci très radical. Avant, les compositions étaient construites de manière assez classique, le changement est venu très intuitivement. Ce n'est que plus tard que j'ai réalisé que la notion de l'espace était l'élément le plus important qui manquait à mon travail. Au début , la construction de l'espace était basée sur deux points de fuite. Après, dans certaines grandes compositions,  j'ai mélangé plusieurs points de fuite en créant un effet proche d'explosion spatiale. Mais je n'ai pas appliqué la loi de la perspective à la lettre, j'ai mélangé divers effets de manière très intuitive  pour créer ma propre logique de l'espace.  

Vos images mettent en scène des personnages et des situations grotesques… une façon d'ôter le masque du monde et d'en montrer son vrai visage?
Peut être imagine-t-on le monde moins grotesque qu'il ne l'est vraiment. Je ne sais pas si j'essaie d'ôter la masque du monde ou si j'essaie plutôt d'ôter les lunettes qui nous transforment la véritable image de nous-mêmes.


Vos images fourmillent de détails…êtes-vous un angoissé de la page blanche?
Le détail est plutôt la manière de s'approcher au plus près du sujet, de le matérialiser, de lui donner la vie. Je commence le dessin souvent sans esquisse, sans utiliser la documentation photographique. Alors, la surprise pour moi est plus grande quand l'inconnu devient à la fin une évidence presque hyperréaliste. L'utilisation de détails me permet de donner cette présence troublante aux sujet s que je réalise.


Pas de couleur parce que le monde que vous peignez est déjà "haut en couleur" ?
Quand j'ai essayé d'utiliser la couleur dans la peinture j'étais préoccupé par d'autres problématiques picturales. L'intérêt qui en est resurgi a été totalement diffèrent des problématiques que j'ai traitées avec le crayon en noir et blanc. Le résultat de ma peinture était très basé sur des matières proches de la peinture de Bonnard, Karel Appel, Soutine, Jean Dubuffet. Parfois j'ai mélangé les couleurs avec d'autres matières; du plâtre,  des tissus. Le caractère du graphite me convient mieux. La douceur et le velouté du graphite introduit le spectateur plus facilement au sujet.


Quels outils et matières utilisez-vous?
J'utilise toujours la même mine de Pentel 2B, 09 mm; j'aime bien dire 2B or not 2B. J'utilise également diffèrentes sortes de papier; Da Vinci, Arches, Canson que j'achète en grands rouleaux vu qu'en général,  j'aime bien surtout dessiner les grands formats. Dans cette démarche, j'aime bien l'idée d'exploitations d'un outil minimal pour créer des oeuvres monumentales proches de la peinture.


La question de la perspective est essentielle dans votre univers pictural: vous voulez inciter le spectateur à modifier son regard sur le monde? ou vous aimez  simplement déformer la réalité?
Je pense qu'une oeuvre doit traduire le sentiment principal d'une époque. Elle ne le traduit pas en abordant tout simplement des thèmes socio-politiques. A mon avis, l'esprit de notre époque se manifeste dans la construction de l'espace de mon image. Cet espace qui se propulse vers le spectateur peut être symboliquement "la fuite en avant" très caractéristique de notre temps. Un mélange de plusieurs perspectives créent un sentiment étrange; en même temps, on peut apercevoir les plus petits détails dans le dessin, mais l'image d'ensemble nous échappe. L'espace de l'image est dans un mouvement perpétuel.


Vos personnages cultivent l'étrange et le monstrueux….pourquoi?
Un des caractéristiques les plus importantes d'une oeuvre d'art est sûrement sa capacité à surprendre le spectateur, à bousculer sa perception et ses habitudes.
J'espère secrètement que c'est le cas avec mes dessins et que ça se traduit par un sentiment d'étrangeté dont on me parle souvent .


On finit par se demander si toutes ces images ne sortent pas directement de cauchemars où les visages s'étirent, deviennent des grimaces, les êtres se métamorphosent, se gigantisent ou rapetissent…on se trompe?
Certainement qu'une partie des images proviennent de mes propres obsessions. Le problème dans l'art survient quand l'oeuvre devient trop renfermée sur elle- même. Elle doit transcender toutes les frustrations et les élever au niveau d'un symbole universel. D'autre part, mes personnages subissent aussi la pression d'un espace en expansion, qui les transforment, les compriment ou les propulsent violemment vers l'extérieur de l'image. Ce sont les personnage étirés entre le passé dont ils n'arrivent pas à se détacher et le futur avec lequel ils vivent depuis dejà longtemps.


Enfin, dans quelles parutions peut-on retrouver votre travail de dessinateur? Avez-vous des expositions en France ou à l'étranger en perspective dans les mois à venir?
En ce moment j'expose quatre dessins de grand format à la Halle Saint Pierre dans le cadre de l'exposition de groupe HEY! Moderne Art & Pop Culture qui sera ouverte jusqu'au 23 août 2013. Pour le 7 mars,  je prépare l'exposition individuelle In the house, there were two of us à la galerie ALFA à Paris. Dans le Salon de dessin contemporain Drawing Now 2013, je vais exposer un dessin-installation interchangeable intitulé Home variations. Il s'agit de dessins de format 200 cm x200 cm où chaque dessin est constitué de 12 modules (dessin 50 x 65cm) et il sera possible d'appliquer un module d'un grand dessin à l'autre.


Le site de Davor Vrankic

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18 février 2013 1 18 /02 /février /2013 17:48

belle.pngOriginaire de Londres et vivant aujourd'hui à Toronto, Ray Caesar est un artiste aussi attirant que mystérieux. Son univers est peuplé d'êtres délicats et fragiles et d'objets qui ne le sont pas moins. Chacune de ses illustrations vous accueille dans un monde au charme suranné, où les apparences douces et apaisantes semblent cacher, comme dans les contes terrifiants, des vérités inquiétantes. Prendre le thé en compagnie d'un gentilhomme-loup, laisser son âme s'envoler au vent, se noyer dans le sol moiré de sa chambre, devenir une femme tentaculaire : autant de mises en scène étranges dont Ray Caesar nous invite à être le spectateur médusé. Une rencontre verbalisée fort intéressante pour un être qui est souvent fâché avec les mots et préfère s'exprimer en dessins…..


De votre enfance à Londres puis à Toronto, quels souvenirs avez-vous gardé?
J'ai vécu une enfance très étrange et il m'a fallu de nombreuses années de thérapie pour comprendre ce qui s'est passé à l'époque. Je me rappelle d'une vie très simple mais dangereuse et merveilleuse au début des années 60 au Sud de Londres. Tout ce que je sais est  que mon psychisme ou mon " moi" s'est fragmenté comme pour survivre. Des parts de moi sont restées submergées et sont restées cachées et d'autres parts se sont présentées pour protéger ce que j'avais enterré de la même façon qu'un chien protège un os.  Le déménagement à Toronto en 1967 a été surprenant et m'a semblé un voyage dans le futur. J'étais alors encore un enfant sauvage, sale et fripé et j'ai voulu quitter notre appartement une nuit et grimper sur le toit du 20ème étage de notre immeuble…..debout au sommet du toit à trois heures du matin, en regardant au travers du peu de fenêtres qui restaient allumées j'ai vu un monde étonnant. J'ai commencé alors à m'habiller en fille, à porter des couteaux et à jouer avec le feu…je suis devenu quelque chose de contaminé et d'un petit peu plus dangereux…je suis un peu surpris de ce que j'ai fait jusqu'à présent mais j'ai tendance à ne pas trop remettre les choses en question. Je trouve parfois de meilleures utilisations à cette nature en créant des images par exemple.


Diriez-vous que certains éléments constitutifs de votre enfance ont conditionné votre art?
Tout à fait! À bien des égards mon travail est une transmission d'images de ma vie. J'ai grandi dans une famille très difficile dans laquelle les mots étaient des choses très dangereuses. Les images ne sont pas seulement devenues ma façon de communiquer avec les autres mais aussi une manière de dissocier les parties fragmentées de mon "moi". J'ai été en thérapie pendant de nombreuses années pour un trouble dissociatif de l'identité et je peux rationaliser les choses seulement en parlant d'elles et en laissant les autres m'aider avec ce processus de langage rationnel. J'ai aussi travaillé dans un hôpital pour enfants pendant dix-sept ans dans un département photographie : les documents de maltraitance des enfants, la reconstruction chirurgicale et ces années m'ont aidé à formaliser les difficultés de ma propre enfance dans un langage visuel et une armature structurée pour moi pour faire évoluer mes émotions et sentiments. L'art - ou tout simplement les images - est devenu ma façon de placer des éléments sur une page afin que je puisse rationaliser ce qui est en moi.


Dans votre biographie, on lit que vous êtes un chien….?mantis.jpg
Je suis né en 1958 dans l'année du chien et mon enfance a été , à bien des égards, la vie d'un chien. Quand je vois un chien, je vois un noble créature qui ne sait rien du mensonge et ne sait pas comment cacher ses émotions et vit pour faire plaisir à ses compagnons. Il vous défendra avec sa propre vie et prendra une raclée de son propriétaire cruel comme aucune autre créature sur terre et en quelque sorte continuera toujours à l'aimer. Les chiens sont le sel de la terre, ils sont vraiment "Earth"; des  créatures qui en savent plus sur la vie que toute autre créature que je connaisse. Je ne peux pas penser à une autre créature avec laquelle vous puissiez jouer et frotter le ventre et l'instant d'après, elle se retourne et donne sa vie pour défendre ce qu'elle aime. Les chiens dorment,jouent, aiment, se battent et ils essaient avec une telle persévérance de plaire que cela brise votre coeur . Je pense qu'ils ont un côté sombre aussi et sont des créatures de la lune. Ils sont de purs chasseurs parfaits et  l'amour câlin  d'un chiot peut se transformer en crocs de loup hargneux en un instant. Ils peuvent faire tomber des proies beaucoup plus fortes qu'eux et ne jamais prendre le chemin facile. Ils sont comme des fragments d'une grande créature. Leur existence est une vie d'épreuves et ils acceptent cela sans aucune arrière-pensée. J'aime ce contraste. Ce que j'aime à propos des chiens est de savoir comment ils m'influencent dans ma tentative d'être un être humain. Ils sont plus humains que les humains... plus humain que nous ne pourrions jamais l'être. Oui…je les aime.


Avec quels outils et matières travaillez-vous? Pourquoi ce choix?J'ai travaillé avec de nombreux matériaux et méthodes et continue à utiliser encore de nombreux médiums traditionnels, mais mon dernier travail fini a été créé en utilisant un logiciel 3D  appelé Maya avec lequel je crée et modélise des figures mouvantes dans des environnements virtuels. Je les enveloppe dans des images de ma propre peau et de la peau de ma femme et ressens ainsi à quel niveau profond je leur donne vie. Je cache des objets à l'intérieur d'autres objets , tels que des lettres et des médaillons à l'intérieur des tiroirs et des armoires et donc, même si j'éteins l'ordinateur, je continue à me satisfaire de l'idée qu'ils sont encore cachés à l'intérieur de ces armoires dans une probabilité mathématique. Je ne suis pas satisfait avec le travail sur deux dimensions de l'image plane , je ressens un profond besoin de créer un petit monde dans un autre monde. Pour faire un endroit où tout ne peut pas être considéré à première vue. En réalité, ce monde commence d'abord dans mon esprit et l'environnement virtuel est simplement une expression de ce que je vois d'abord dans ma tête et sens dans mon cœur. J'ai tendance à tout simplement penser à mon médium comme à de l'encre sur du papier, et j'aime l'encre ... ce médium a tendance à tacher comme le sang et a une permanence particulière.


Dans Tea with me and he, on découvre une rencontre aussi singulière que merveilleuse…est-ce la clé de votre travail? Vos peintures cherchent-elles à emporter dans un monde où les codes établis sont bouleversés?
Tea with me and him est vraiment une histoire personnelle avec mon père qui était ce que les thérapeutes appellent un "psychopathe"….mais il était aussi mon père. Il avait à la fois une déformation de l'esprit et du corps. Prendre le thé avec lui aurait pu être une chose très dangereuse et désagréable. Il a lutté pour être un être humain, mais nous savions tous les deux qu'il ne pouvait prétendre être une personne et nous avons eu à nous mettre d'accord sur cela à la fin. À bien des égards, c'était comme avoir un loup pour un père. Je ne pense pas que je suis en train de bouleverser quoi que ce soit, mais je dessine de cette façon pour expliquer en images mon monde aux autres et donner un sens à mon monde à moi-même. Pour comprendre que la vie avec les gens que nous aimons peut parfois être «désagréable», mais ils font toujours partie de notre vie et parfois il faut juste prendre le temps de comprendre la différence mystérieuse qui est en chacun de nous. Je ne peux pas trouver les mots pour expliquer ma vie avec cet homme donc j'ai fait une image et j'espère que je communique quelque chose que les mots ne peuvent pas expliquer. À certains égards, cette image est le reflet d'une histoire pour enfants qui m'est arrivé à moi étant enfant. C'est mon histoire de gosse.


Il y a par ailleurs dans de nombreux dessins une présence très forte d'une sensualité provocatrice….
Je trouve la vie sensuelle et pleine d'émerveillement et il y a une puissance dans laquelle réside une part fragmentée de moi-même. Je le sens sur un plan intuitif et sensuel. Une saveur ou une odeur comme un parfum avec des ingrédients discutables. Je tiens à vous porter tout près de moi et avez-vous senti l'odeur qui persiste dans ma vie comme l'odeur d'une meute de loups .. ? c'est un parfum huileux dangereux, mais également doux, gentil , sensuel et terrible ... Sentez son plein d'amour, de soins , de tendresse, de sexualité et de tabous. Son sang, ses larmes, son bonheur, sa joie et son énergie pure. Son mystère, mais ce dernier est aisé à voir. C'est l'histoire de la vie humaine chaque fois. Nous sommes une espèce étrange et évocatrice et nous devons faire très attention à nous-mêmes ou nous pourrions consommer ce que nous sommes dans la brève flamme vacillante du temps. Je ne pourrai jamais vraiment être en mesure de communiquer ces choses dans les images mais je veux essayer. C'est comme hurler à la lune.


Vos visages au teint presque translucide, c'est l'expression d'un idéal esthétique?
C'est la manière dont j'ai été enfant , la façon dont je me vois à l'intérieur et les choses qui semblent vivre et hanter ce que je suis dans mon subconscient. Je fais des images des âmes ou des esprits et tout ce que je suis en train de faire est de construire  une place pour eux ... une sorte de monde de douceur à leur facture qu'ils font avec moi. Je pense en termes d'archétypes et à l'enfant endommagé, l'enfant divin en chacun et chacune d'entre nous. Ces visages sont des symboles de la croissance spirituelle et de cette innocence qui existe toujours au fond de nous. Je veux que ces visages chassent loin d'eux cette innocence avec passion ... pour faire un monde où ils peuvent être ensemble à nouveau.


Ou….est-ce une autre marque du "monstrueux" que l'on retrouve dans d'autres détails de vos dessins?
Je crois qu'il y a un ange et un démon en chacun de nous. Notre travail consiste à écouter l'ange dans une main et prendre le démon effrayant dans l'autre main et de marcher le long de la plage. Même en tant qu'espèce, nous devons faire face à l'ange et au démon en nous ... nous pouvons commettre des atrocités que nulle autre créature ne peut même pas imaginer, mais on peut aussi s'élever au-dessus de tout le mal dans ce monde comme un phare de lumière. L'astuce est de garder les mains jointes, parce que nous devons le faire ensemble.


Diriez-vous que vous êtes nostalgique d'une époque où les femmes portaient corsets, bas jarretelles et autres accessoires gracieux?
Je portais de telles choses quand j'étais enfant et que je sentais mon esprit se disloquer. Gaines et des vêtements serrées me donnaient l'impression qu'ils étaient maintenus ensemble et qu'ils maintenaient les parties fracturées de moi-même serrées et les empêchaient de se défaire. J'étais mince et grand et avait de longues jambes à 12 ans. Quand j'étais habillé ainsi, je semblais plus vieux et ressemblais à une hôtesse de l'air avec un gant de baseball dans une main, un rouge à lèvres dans l'autre et un couteau dans la jarretière. Je ne pense pas que c'était quelque chose de sexuel, mais je comprenais la puissance sexuelle de ce "costume" .. son impact visuel. Je l'ai vu comme un moyen d'échapper au monde que je ne pouvais pas gérer. J'ai fabriqué un échappatoire dans mon esprit, mais en fin de compte, c'est devenu une évasion dans ma tête plutôt que dans le monde réel. Je me souviens de me regarder dans un miroir encadré de bois orné et je me souviens d'avoir pensé combien je voulais désespérément faire une image de ce que je voyais dans le reflet de ce monde virtuel où tout était juste.


On aurait envie de qualifier votre esthétique de "gothique, libertine et fantastique"…dans le choix de ses sujets et de ses ambiances…..
J'aime le mot «libertin» mais mon monde n'est pas très fantastique  selon moi ... c'est juste mon petit monde. J'essaie très fort de décrire quelque chose de ce monde ... il a assurément une atmosphère particulière, mais c'est tellement difficile de mettre en mots et je n'ai aucune idée de si vous et moi ressentons la même "atmosphère". Je suis très frustré avec les mots et parfois, je suis très en colère avec eux quand je ne peux pas décrire un sentiment ou une émotion. Les images me calment et les mondes dans les mondes sont des images qui s'animent et c'est la seule façon avec laquelle je peux décrire des sentiments.


Si vous deviez citer un peintre ou une oeuvre picturale qui vous fascine particulièrement, laquelle serait-ce et pourquoi?
Je citerai trois artistes : Watteau, Boucher et Fragonard….il y en a beaucoup d'autres mais j'adore l'univers qu'ils nous ont laissé. Je sens qu'ils ont laissé une porte de leur âme et cette porte a toujours été un refuge pour moi. Je leur dois une dette pour m'avoir montré  le chemin dans ma propre âme.


Vous travailliez de nombreuses peintures  en 3D : une technique qui  veut donner davantage de réalité à vos sujets pour qu'on les imagine déjà en train de sortir de l'image…?
Je suis en un sens un peu prédateur. Je tiens à vous attirer dans mon site et je le fais en faisant semblant très gentiment d'être une proie. "Je ne veux pas te manger ... mais cela a traversé mon esprit!". Mes sujets sortent légèrement du cadre que je dessine mais je veux vous amener en douceur dans ce monde ... mon monde. Il est plein de délices sucrés et merveilleux pour rassasier le cœur lourd, mais c'est aussi un peu dangereux pour ceux qui voudraient faire du mal ou de ne pas être gentil. Pour les gentils et les doux, c'est un petit coin de paradis.


Vous cultivez l'intemporel dans vos dessins…un pied de nez au temps qui passe?
Le passé est gravé dans la pierre mais a définitivement cessé d'exister. L'avenir n'est pas écrit et est plein de probabilités et de possibilités. L'instant éternel singulier est ce que nous vivons vraiment. Et si certains sont morts il y a des millénaires, ils vivent quand même des moments dans le temps discordant et hors contexte .... tout simplement parce que l'univers choisit de ne pas oublier tous les moments qui  ont existé. Et si nous en avons vraiment la volonté et la liberté , l'univers bienveillant  peut nous laisser donner à ces moments une forme d'éternité ...  toutes les choses sont possibles et toutes les choses peuvent même être éventuellement être probables. Aucune créature vivante n'a jamais connu la mort car c'est une impossibilité absolue ... nous ne faisons l'expérience de la mort que dans notre continuité à vivre après la mort des autres . Si nous ne pouvons pas expérimenter la mort alors je ne pense pas que la mort existe, car c'est une chose impossible à vivre. Je ne veux pas être désagréable  et me moquer du Temps ... mais le "Temps" est un peu un bâtard et cette brimade, il l'a mérité!


Enfin,quelles sont vos prochaines expositions? Où pourra-t-on découvrir , dans le monde, votre travail?
Je vais avoir une exposition rétrospective à Culver City LA, USA, en Avril à la Corey Helford Gallery et j'exposerai mon travail en Allemagne avec la Spacejunk Gallery; puis  à la Gallery House à Toronto au Canada et ensuite j'aurai mon show annuel  à  East Hamptons, New York, US.

 

Le site de Ray Caesar


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24 janvier 2013 4 24 /01 /janvier /2013 13:39

singe.pngPar Julie Cadilhac -Bscnews.fr/ Travis Louie est né dans le Queens à New-York. Après le lycée, il suit les cours du Pratt Institute de Brooklyn où il obtient un diplôme en design de communication, avec l'intention de poursuivre une carrière d'illustrateur freelance. Le travail n'est pas aussi gratifiant que ce qu'il avait imaginé. Après quelques années en freelance, il crée un ensemble de peintures et commence à les montrer dans des galeries d'art locales.  Encouragé par des retours positifs, il poursuit activement son travail d'illustration et a depuis exposé à Los Angeles, San Francisco, New York, Atlanta mais également à Berlin ou à la Dorothy Circus Gallery de Rome. Ses portraits d'animaux ou créatures anthropomorphes sont fascinants et semblent sortis tout droit d'une vieille malle découverte dans un grenier. Imitant le style des premières photographies du XIXème siècle, ses oeuvres cultivent cette touche surannée mais si rare et précieuse des clichés solennels d'antan où l'on prenait la pose avec une tenue endimanchée. Chacun de ces êtres fantastiques a d'ailleurs un passé, une histoire que leur créateur démiurge prend le temps d'inventer pour leur donner davantage de "vérité historique". Ces monstres de foire, habillés et coiffés comme à l'époque victorienne, sont très inspirés de l'atmosphère et de l'éclairage propre aux films noirs des années 50 et de l'expressionnisme allemand et si leurs cornes, dents pointues, difformités ont tout pour nous effrayer, leur rondeur bonhomme, leur côté poilu nounours, leur sourire leur confèrent quelque chose d'extrêmement bienveillant tout de même. Dans les toiles de Travis Louie, l'étrangeté flirte avec l'élégance, l'humour avec la gravité et devant ces caractères si singuliers, on pourrait être tenté de redéfinir le mot "humanité". Rencontre avec un peintre aussi talentueux que sympathique!   

 

D'où vous est né le goût du dessin?
Mon désir de dessiner remonte dans ma mémoire à ma plus tendre enfance. Lorsque qu'on regardait une émission de télévision, je me souviens d'essayer de dessiner ce qui était sur l'écran. J'ai gâché pas mal de papier mais mes parents m'encourageaient à dessiner quand même. Je me souviens que mon professeur de maternelle m'avait demandé (j'étais alors âgé de 5 ans) de dessiner quelque chose avec des crayons. J'avais essayé de dessiner ce que j'avais vu la veille lors du journal télévisé car ça me fascinait. J'ai dessiné des images d'une audience du sénat. Quand j'ai dit à mon professeur ce que j'avais tenté de dessiner, elle a demandé un rendez-vous avec mes parents pour voir si quelque chose n'allait pas à la maison. Apparemment, le programme sur l'écran était à propos de la liste noire d'Hollywood et  de la chambre des représentants sur les activités anti-américaines. C'était le 25e anniversaire des neuf jours d'audiences qui ont eu lieu en 1947. Même si je ne comprenais pas ce qui se passait sur l'écran, j'étais curieux parce qu'il y avait beaucoup d'acteurs de ces films que regardait mon grand-père assis dans le public. Je pense que le professeur pensait que j'étais un peu fou.

 

Tout petit déjà, vous regardiez des films d'horreur…parce que vous adoriez avoir peur? Quel film en particulier vous a séduit à cet âge-là?
Quand j'avais environ 7 ans, des films d'horreur et de science-fiction étaient diffusés chaque semaine sur les chaînes de télévision locales. Je pense que le plus effrayant film que j'ai vu fut un film réalisé pour la télévision appelé Dont' Be Afraid Of The Dark (1973) mettant en vedette Kim Darby et Jim Hutton. Il a été récemment rejoué dans une version théâtrale produite et co-écrite par Guillermo Del Toro et mettant en vedette Katie Holmes et Guy Pearce. Je me souviens d'avoir été traumatisé par la version originale et vérifier tous les rideaux et regarder sous mon lit pendant des semaines! Je suppose que je pensais que la «vraie» vie était un peu ennuyeuse et je préférais avoir peur.

 

L'extraordinaire semble constituer l'essence même de votre inspiration : le reflet d'untravis.png peintre particulièrement fantasque?
J'ai toujours été attiré par les peintures dont je ne pouvais pas immédiatement comprendre comment elles avaient été faites. Enfant, la peinture était un mystère pour moi et le mystère de fabrication des belles images que je voyais devaient être résolues dans mon esprit. En grandissant, j'ai appris à apprécier plus que les simples  aspects techniques de ces œuvres;  je trouve qu'il y avait une grâce merveilleuse dans la façon dont elles coulaient. . . dans la façon dont elles ont été «conçues».

 

On peut lire dans votre biographie que votre art a surtout été influencé par les lumières et l'atmosphère de l'Expressionnisme Allemand et des films noirs….comment s'est produite la rencontre avec ces deux influences?
J'ai regardé beaucoup d'émissions de télévision publiques et la programmation de ces chaînes était davantage centrée sur les Arts et l'éducation. Il m'est arrivé aussi de suivre une chaîne de films muets et sur cette chaîne, on diffusait  Metropolis (1927) réalisé par Fritz Lang. Ce film a déclenché mon intérêt pour ces films. J'ai fait la connexion des années plus tard, quand j'ai vu Citizen Kane (1941) réalisé par Orson Welles. J'ai commencé à remarquer que beaucoup de scènes de coups de feu étaient semblables à des images que j'avais vues dans Metropolis. Citizen Kane, à mon avis, est dans une catégorie à lui tout seul, mais on l'a intégré dans la définition du  Film Noir car il possède l'essence du style visuel du cinéma noir. Par extension, le Film Noir  est le parent pauvre du cinéma Expressionniste Allemand dans le sens où beaucoup de créateurs de l'industrie cinématographique allemande qui ont quitté l'Europe avant la Seconde Guerre mondiale ont travaillé ensuite sur les films noirs dans les années 1940 jusqu'aux années 1950. Je ne dessine pas à partir des thèmes de ce style de cinéma, mais j'admire cette esthétique .

 

Si vous deviez citer un film noir à voir absolument, lequel serait-ce?
Pour l'atmosphère, je recommanderais Out Of The Past (1947) réalisé par Jacques Tourneur et The Phantom Lady(1944) réalisé par Robert Siodmak. Pour la méchanceté pure du cinéma noir, je recommande Kiss Me Deadly (1955) réalisé par Robert Aldrich et Touch Of Evil (1959) réalisé par Orson Welles. Il y a beaucoup de films de ce genre, mais ce sont ceux qui se démarquent dans mon esprit aujourd'hui.

 

Regarder vos toiles donne le même plaisir que celui de découvrir au fond d'un coffre de vieilles photographies du passé…est-ce cette émotion que vous cherchez à faire ressentir?

Oui, l'intention originale pour cette série de peintures était de donner la sensation qu'elles sont des objets ou des images trouvés à partir d'un passé mystérieux qui a pu exister. J'ai choisi de représenter les photographies anciennes comme un tableau pour ancrer les tableaux à une réalité possible. Souvent, les gens me demandent si je dessine des gens que j'ai connus autrefois ou des personnes sorties directement de mon imagination.  C'est les deux à la fois, mais le chemin le plus grand est fait par mon imagination.

 

S'y mêle la surprise exquise d'y découvrir des visages et corps hybrides…une sorte de famille originale que l'on aurait vraiment aimé connaître….
Je n'ai jamais eu de vieilles photographies de ma famille et je pense que je voulais juste créer mes propres anciens parents.

 

Collectionnez-vous ce genre de photographies d'ailleurs? Êtes-vous quelqu'un de nostalgique?
Je suis un collectionneur de photographies datant du 19ème siècle en effet. J'ai des milliers de photos dans ma collection. Elles m'apportent étrangement une sorte d'apaisement et j'essaie d'imaginer comment ces gens vivaient. J'ai toujours été attiré par l'histoire et ces collections de souvenirs d'autres gens me rappelle que nous pouvons tout aussi facilement être oubliés.Je veux laisser un héritage pour les autres qui sera entretenu par cette collection.

 

Peut-on parler de caricature et de physiognomonie dans votre travail?
La caricature. . . J'ai été un fan d'artistes comme Thomas Nast et Honoré Daumier pendant de nombreuses années. Ils ont eu tout à fait une influence sur moi en ce qui concerne la caricature. Leur influence se manifeste dans la conception de certains des personnages de mes tableaux. J'aime aussi Heinrich Kley et Jean Ignace Isidore Gérard Grandville alias JJ Grandville et ses personnages anthropomorphes. La raison pour laquelle je fais mes personnages non-humains la plupart du temps est que  je peux aborder des sujets comme le racisme ou la question des classes sociales sans être spécifique. Je suis toujours intéressé par les "outsider", c'est à dire les gens qui sont persécutés à tort pour être différent. Mes personnages ont tendance à être juste des êtres exceptionnels qui essaient de vivre leur vie comme tout le monde. Malgré leurs différences évidentes visibles pour les gens normaux, je tiens à leur donner une sorte d'humanité et de dignité.

 

Quelles matières et outils utilisez-vous pour rendre ce côté "portrait victorien"?
Les outils que j'utilise sont de fins pinceaux kolinsky sable-hair , du graphite et de la peinture acrylique. Mes surfaces de peinture sont des planches ou des panneaux lisses.

 

On imagine un peintre doté de beaucoup d'humour et qui pratique la dérision, on se trompe?
J'essaie d'avoir le sens de l'humour dans mes tableaux. Je pense que je peux créer un tableau narratif qui soit aussi amusant.

 

Vous dessinez essentiellement des portraits : si vous deviez citer un portrait célèbre dont vous admirez le trait et le style, lequel serait-ce?
J'admire la tradition des portraits en peinture et j'ai étudié les portraits faits par des artistes comme Hans Holbein et Ingres.

 

Vos toiles nous soufflent-elles à l'oeil que derrière le monstrueux guette l'humanité , que le monstre est un homme comme les autres…?
J'essaie de donner à mes personnages l'humanité qui les fait paraître plus dimensionnel et qui donne au spectateur quelque chose à quoi ils puissent se raccrocher. Je pense que la qualité humaine que je donne à ces  personnages " monstrueux" les fait grandir dans une réalité qui fait sens. J'invente un passé pour chaque personnage que je peins. Je fais des recherches et trouve ce qui convient le mieux au personnage. Cela leur donne aussi une sorte d'humanité.

 

Ce côté loufoque, délirant est une manière de faire tomber les masques? peut-on dire que vous représentez l'être tel qu'il est vraiment?
L'absurdité de personnages qui ont des métiers et essaient de vivre leur quotidien en étant des monstres est une bonne façon pour moi de représenter certaines vérités qui existent dans notre monde sans les évoquer plus directement. Je laisse sur la toile et dans le texte de petits indices sur le genre de personnages dont je me moque.

 

Dernièrement, votre pinceau semble avoir évolué et l'on voit des personnages humains à part entière que vous accompagnez d'un compagnon étrange? D'où vient cette évolution?
Les travaux plus récents que j'ai conçus avec les personnages humains et les créatures est en lien avec  un secret de la Victorian Pet Society  qui a un spectacle pour animaux de compagnie tous les deux ans dans un lieu tenu secret. La série sera publiée dans un livre qui sortira plus tard cette année.

 

Vous avez déjà exposé votre travail en Europe… notamment à Rome et à Berlin. Une exposition à Paris, un jour, pourrait-elle se voir concrétiser?
Je fais actuellement partie d'une exposition qui se déroulera à Paris du 25/01 au  23/08 2013 à la Halle Saint Pierre ( Paris), intitulée : HEY! modern art & pop culture / Part II.

 

Le site de Travis Louie ICI

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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 17:16

lacombe.pngPropos recueillis  par Julie Cadilhac /Photo: Alyz/ Les fêtes de fin d'année donnent l'occasion merveilleuse de s'entourer de ceux que l'on aime. Nous n'avons donc pas pu résister à l’envie de convier le génial Benjamin Lacombe. Au menu des réjouissances? Des confidences  sur ses deux derniers livres - qui viennent de paraître juste à temps pour que vous puissiez les glisser sous le sapin !  - à savoir le second tome de Notre-Dame de Paris et Singing Christmas ; des mises en bouche appétissantes annonçant les trois surprises éditoriales en préparation, des réflexions perspicaces et enjouées sur son travail d'illustrateur jeunesse et de scénariste et dessinateur de bd et - cerise sur la bûche ! - de nombreuses images délicieuses illustrant son propos ! Plaisir de partager avec vous cette nouvelle rencontre à l'Atelier et de vous laisser en compagnie du trait délicat et sublime de Benjamin Lacombe... une interview à déguster! 

 

La parution du deuxième tome illustré de Notre-Dame de Victor Hugo pour clôturer l'année 2012 sur une note désespérément romantique…quel est le summum du romantisme pour Benjamin Lacombe?
Notre-Dame donne quand même un bon départ. On a aujourd'hui une idée fausse du romantisme un peu désuète, un peu mièvre, gentillette…alors que le romantisme, c'est l'amour passionné, total, qui peut entraîner jusqu'à la mort et c'est ce qui se passe pour chacun des trois personnages dans ce roman. Le romantisme, c'est aussi pour moi une vision de la vie poussée à son extrême. C'est une vision désespérée mais avec panache; ce n'est pas la mélancolie qui est un désespoir passif. Le romantisme, c'est quand même d'aller de l'avant aussi. Hugo disait que c'est le coeur qui bat.

 

Si vous deviez citer un passage que vous affectionnez particulièrement ?
Je suis très touché par Quasimodo. Je suis ému par le moment où il essaie de comprendre ce qui se passe - parce qu'il est sourd- lorsqu'il est accusé; il est comme dans un nuage, il ne comprend pas ce qu'il se passe; on fait de grands gestes autour de lui mais il ne peut pas entendre ce que disent l'avocat et le juge. C'est un moment terrible où il devient presque un enfant ; tout s'emballe et il est impuissant. J'aime aussi la fin du roman lorsque Quasimodo s'allonge près d'Esmeralda et l'idée de ces os , ensuite, qu'on ne peut plus séparer.

 

Quel personnage avez-vous particulièrement aimé dessiner?
Pour le coup, Esmeralda. C'était un peu un rêve de la dessiner, c'est la sensualité incarnée. Je me suis inspirée d'une amie butterfly.png, Nathalie, qui est très belle, que j'avais envie de dessiner depuis longtemps, et qui ressemble beaucoup au personnage que j'ai dessiné. J'aime dans Esmeralda le côté femme fatale qui ne le fait pas exprès comme Jessica Rabbit qui dit " Oh, ce n'est pas de ma faute, on m'a dessinée comme ça". Il y a dans Esmeralda une pureté originelle et dessiner ce paradoxe de la sensualité et de la pureté est très intéressant. Elle est attachante; ce n'est pas la femme détestable, la beauté infernale , pas comme une Bardot qui, je pense, quand elle était jeune, était tellement belle que les femmes devaient avoir du mal à la supporter. Esmeralda a un côté sauvageonne, les cheveux au vent. Elle est fuyante, comme une étoile filante. C'est un personnage assez insaisissable. Même au niveau des proportions, cela a représenté des petits défis techniques pour moi: je lui ai fait des lèvres charnues alors que je dessine souvent des lèvres fines , je lui ai fait un regard charbonneux, des plus grands yeux , un peu en amande.

 

Quelle autre histoire d'amour seriez-vous tenté d'illustrer?
Il y en a une en projet. Je vais faire une Madame Butterfly, encore une histoire triste mais, bon sang, ce sont les plus belles, je n'y peux rien! ( rires). Il était temps que je la fasse parce que je traînais autour du sujet depuis longtemps. J'en avais fait une dans le Pop up  et Les amants papillons, c'est un peu le bébé de Madame Butterfly et là, j'attaque l'oeuvre! Je viens de sortir de chez Albin Michel et j'ai eu le livre en blanc en mains et si on arrive au bout, l'objet va être très beau. J'ai envie de faire un livre objet, presque comme un livre d'art. C'est une longue histoire qui sera mise dans le rayon jeunesse mais qui touchera davantage les pré-ados, les ados et les adultes. Ce sera impossible de le lire avant 10,12 ans. J'ai envie de me faire plaisir sur cette histoire: un livre très pictural où je pousse mes images au maximum et où je me donne le temps de les faire. C'est pour cela qu'aucun livre ne sortira en jeunesse avant le printemps. J'en conçois seulement un autre qui sortira un ou deux mois avant ,avec Sébastien Pérez,et dont je vais garder le secret pour l'instant.

 

Une fin d'année également sous l'égide du jazz avec un album jeunesse accompagné de la voix d'Olivia Ruiz….quelle a la genèse de ce projet?On avait travaillé précédemment avec Olivia sur la Mélodie des tuyaux. L'expérience avait été chouette. L'an dernier, à la suite d'un texto que je lui avais envoyé pour son anniversaire, elle m'a dit " ce serait sympa qu'on retravaille ensemble". On est parti dans l'idée de mélanger davantage cette fois nos univers : le texte, on l'a écrit ensemble, je me suis chargé des images et elle de la musique. C'est ,pour le coup, un vrai livre jeunesse : un conte philosophique de Noël mais sans Père Noël et sans renne. Un livre sur l'amour des livres, de la musique et sur l'amitié. Il y a plein de sous-histoires dans l'histoire: c'est celle d'un ermite qui va apprendre l'amour de lire à un enfant et lui redonner le goût de lire - surtout qu'à cet âge les enfants se disent souvent que lire c'est pour les nuls et les binoclards. Grâce à l'univers de ce Bernard qui vit autour de ses affiches anciennes et de cette musique d'esthète - le jazz - le vieil homme arrive à intéresser l'enfant. C'est un échange, un partage intergénérationnel entre l'enfant et le vieil homme qui ne vivait plus et qui va réapprendre à vivre au contact de l'enfant….ça m'intéressait dans l'idée qu'il n'y a rien qui intéresse plus un enfant que quelque chose qui ne lui est pas destiné. Le jazz n'est pas du tout une musique qui est destiné aux enfants a priori. Après ce n'est pas un livre destiné qu'aux enfants-  enfin je l'espère - et la musique,vraiment géniale, reprend des standards de jazz.

 

esmeralda.pngEcoutiez-vous déjà du jazz auparavant?
J'aime le jazz. Le titre est d'ailleurs un clin d'oeil à un album que j'aime beaucoup d'Ella Fitzgerald : Swinging Christmas. Il y a un autre clin d'oeil au jazz, c'est Billie Holiday puisque deux des images de la chanteuse de l'histoire rappellent deux images emblématiques de Billie Holiday. Ce personnage ressemble un peu à Olivia Ruiz et je lui ai mis une fleur dans les cheveux qui est "le truc" de Billie Holiday. J'ai fait plein de clins d'oeil rétro dans cet album : l'objet livre a exactement la forme d'un vinyle et à l'intérieur, le disque, on l'a fait comme un vinyle avec les petites rainures…pour que le livre ressemble vraiment à un vinyle, on n'a d'ailleurs pas mis de gouttière; c'est un petit effet subtil, délicat mais techniquement, il faut savoir que ça a été super difficile à faire! Ce n'est pas l'effet le plus spectaculaire, pas de découpes laser, de paillettes etc (rires) mais c'est un petit effet qui met dans une ambiance. L'idée , c'est de faire démarrer le cd en même temps que tu lis, de l'écouter comme une bande originale. Le temps d'écoute est à peu près égal au temps de lecture, pour être dans une bulle musicale.

 

Des projets de films d'animation?
Joker. C'est trop loin encore pour en parler!

 

Vous êtes aussi sur un projet de bande-dessinée actuellement à propos du personnage de Léonard de Vinci, c'est ça?
Je suis en train de travailler sur une bd qui sortira cette année 2013, au printemps, conçu avec Paul Echegoyen . J'ai fait le scénario et le storyboard; Paul démarre les planches et fait les esquives de décors; moi, ensuite, je reprends  et je fais les personnages, je mets la couleur. Ce sera  donc une bd autour du personnage très méconnu qui se nomme Léonard de Vinci ( rires)…. et de son amour avec Salai qui signifie "mon petit diable": un surnom que le peintre avait donné à ce garçon qui était apparu pour voler dans son atelier à l'âge de 10 ans. Ce garçon qui était assez hallucinant de beauté, ce petit voyou des rues, Léonard de Vinci l'a pris sous son aile. Il était très talentueux mais avec un poil dans la main monstrueux. Il y a cependant beaucoup d'oeuvres qu'on a attribuées à De Vinci mais qui furent de la main de Salai. C'est un personnage oublié de l'histoire, un bad boy pas très apprécié à l'atelier parce qu'il était la faiblesse de Léonard donc il faisait sa diva à l'atelier, il était capricieux. N'empêche qu'il est resté avec De Vinci pendant trente ans et par le prisme de cette histoire d'amour, on voir un Léonard plus intime. J'ai lu beaucoup autour de ça et c'était très intéressant car c'est très loin de l'image d'Epinal qu'on a. On le voit souvent comme un vieux barbu, vieux savant fou, alors que De Vinci était comme cela les cinq dernières années de sa vie ! Quand on lit ses contemporains, c'était vraiment le plus bel homme sur terre, le Brad Pitt de l'époque…mais aussi c'était un être très singulier: il était végétarien; il arrivait dans les marchés, achetait les animaux destinés à être consommés et les libérait devant les yeux ébahis des gens de l'époque qui ne comprenaient pas. Peintre, pour lui, c'était une activité secondaire. Il était architecte, il créait des armes, des fêtes avec marionnettes, des feux d'artifice etc…j'adore travailler sur ce personnage car c'est un des artistes qui m'a le plus influencé.

 

C'est une bd biographique avec une part d'interprétation subjective…
C'est ça. Léonard était assez pudique et quand on lit ses carnets, de choses personnelles il y a rien. Même le jour où sa mère est morte, on le comprend aux achats faits par rapport à la sépulture. On est donc obligé de faire plein de recoupements pour arriver à comprendre le personnage.

 

Une anecdote ou deux de plus (pour le plaisir) au sujet du peintre ?
C'était une personnalité : il n'y avait que lui pour oser dire d'un nu de Michel- Ange : " ce nu, c'est un sac de noix". Et c'est vrai que, concrètement, quand on voit  Michel- Ange exacerber tous les os et les muscles, on se dit que ça ressemblait presque aux nervures d'une noix… mais qui aurait osé dire ça? De Vinci avait un esprit hallucinant : il t'explique la perspective atmosphérique , son existence; il parle de particules alors qu'à cette époque, le terme d'atome n'existait pas!  Il t'explique qu'il y a des gouttes d'eau, que plus t'es loin, plus il y a de gouttes d'eau; que le loin fait dévier le bleu et que c'est pour ça que plus c'est loin, plus c'est chaud, plus c'est bleu. Léonard de Vinci est un personnage et une vision…mais après, j'ai été obligé d'interpréter, comme le ferait tout historien. J'ai travaillé beaucoup avec les gens du Louvre qui me donnent de la documentation et qui vont participer à l'édition du livre pour la collection Noctambules de Soleil. C'est plus que la biographie de De Vinci, c'est une vision d'auteur qui se centre sur son histoire d'amour …qui résonne de façon très moderne au moment où l'on parle du mariage gay . En effet, l'histoire finit mal pour Salai: tout le monde a été contre cette histoire d'amour et Salai n'a pas hérité de ce dont il aurait du hériter. De Vinci emporte à Clos Lucé trois peintures: La Vierge au rocher, la Joconde et le Saint-Jean Baptiste (portrait de Salai): les seules qu'il gardera et retouchera jusqu'à sa mort. L'homme était ambidextre : il avait une main pour peindre et une main pour dessiner. Sa main de peinture était tremblante donc il ne retouchait les peintures qu'avec sa main de dessin à la fin mais, vu son génie, ce ne devait pas êtrelys.jpg un problème ( rires). Si on regarde bien ces trois peintures, les visages se ressemblent beaucoup et donc pour moi, c'est le moment où il a perdu son amour et il le recherche dans les peintures…ça, c'est mon interprétation. Son carnet est très cartésien; ce n'est pas un carnet intime mais de recherche ; il y note ses commandes, ses stocks…c'est parfois même un peu ennuyeux mais j'y ai appris aussi beaucoup, et même pour mon travail d'illustrateur.

 

Est-ce que vous avez des mentors dans le genre de la la bd?
J'ai commencé par la bd. C'est une passion; c'est un art qui est en constante mouvance. Je pourrais citer d'abord Will Eisner. Dans le traité, la bd sur Léonard de Vinci ressemblera plus à la bd muette "là où vont nos pères" de Shaun Tan, une bd sur l'exil superbe. C'est beaucoup le cinéma aussi qui t'influence pour la bande dessinée.

 

Quelles sont les principales difficultés du genre pour vous?
La narration est un art difficile; je demande conseil à des auteurs amis de bd, je leur montre les pages, j'avance à pas feutrés. Mais la chose la plus difficile, ce n'est pas forcément la narration car même dans les albums, elle existe, même si elle est plus elliptique et que tu décomposes moins les mouvements. Non, ce qui est difficile, c'est la géographie de la planche et les DIALOGUES. Je réécris plusieurs fois les dialogues, je les rature, reprends, rature. Pour que ça fasse naturel et que toutes les informations passent soit par le dialogue, soit par le dessin et que ce ne soit pas trop téléphoné du genre " tu as compris ce que je veux dire là" (rires). Il faut que ça donne une impression de naturel et en même temps, là, on se situe à une autre époque,je suis donc obligé de respecter un certain langage mais il ne faut pas que ce soit trop pompeux! J'espère donc que la soupe sera bonne…en tous cas, elle ne manque pas d'ingrédients!

 

Vous travaillez aussi sur le catalogue Mémories qui sera publié par les éditions Daniel Maghen…
C'est un catalogue qui a pris beaucoup de retard et qui devrait sortir début janvier: ça a pris du temps car je n'ai pas arrêté de rajouter et j'avoue que j'ai très peur de le lâcher dans la nature parce que c'est un livre très personnel où je compile des souvenirs et des choses liées à mon enfance, des "traumatismes" aussi; j'ai du expliquer les oeuvres que j'avais exposées pour Mémories. Il y a eu deux reportages: un ( avant l'expo)  et l'autre d' Alyz ( pendant l'expo). Dans ce livre, tout est fait à la main, cousu à la main etc…il n'y en aura que 300. On a fait des tirés à part que j'ai réendossés, c'est à dire que j'ai repeint des petits éléments pour chacun. C'est un livre à part. Pour moi, avec Memories, la boucle est bouclée. C'est presque un artbook puisque ça reprend tout ce que j'ai fait en éditions et j'y ai ajouté d'autres images en correspondance. C'est uniquement disponible chez Daniel Maghen; c'est complètement hors-circuit. Je suis très content qu'il existe. Après cette expo et ce livre, puisque j'y mets les images matrices de mon travail, je vais pouvoir me dire en quelque sorte "allez hop, on passe à un nouveau chapitre".

 

Que peut-on souhaiter à Benjamin Lacombe pour 2013?
Beaucoup de temps. L'année passée a été très difficile donc là, j'espère que cette année sera plus sereine. Les trois projets de cette année me tiennent vraiment à coeur et j'ai envie d'avoir le temps et le plaisir de m'y consacrer. La bd, ça fait deux ans et demi qu'elle a démarré. Madame Butterfly, ça fait trois ans que je veux le faire et le projet top secret avec Sébastien, ça fait trois ans aussi qu'on veut le faire. D'ailleurs, même le  carnet intime de Marie-Antoinette que je devais faire, un livre hybride avec des parties de bd, des caricatures, des gazettes, des lettres, j'ai reporté sa parution à l'an prochain pour me laisser du temps.

 

Qu'est-ce qui guide votre choix de projets?
Je ne veux surtout pas faire des livres de plus. J'ai un grand respect des lecteurs et j'ai envie qu'ils n'aient pas une impression de facilité de ma part. J'ai envie qu'ils soient surpris. La bd, les gens ne s'y attendent pas parce que je n'en ai pas fait depuis longtemps. Le livre avec Sébastien va vous surprendre à la fois dans le sujet et dans la fabrication. Dans Madame Butterfly, je veux me donner l'opportunité de faire des images à mon maximum et je vous dirai simplement qu'il y a quelque chose de gigantesque dans le format. C'est à chaque fois un pari. J'ai toujours le besoin de me mettre dans un challenge; je pars avec l'idée que je ne sais pas si je serai capable de le faire. J'ai fait déjà 26  livres et c'est difficile de continuer à surprendre ; ce serait plus facile pour moi de mettre mes charentaises et de me dire  "ah tiens, je vais faire une suite…" ou "tiens, je vais faire un truc exactement calibré dans le même style ou je vais continuer, par exemple, à faire des découpes laser -que j'ai été le premier à utiliser et j'en suis très fier!-  et décliner cette technique qui marche en ce moment".

 

Enfin, sous le sapin, à part vos livres incontournables (rires), qu'offririez-vous cette année?
Alors en bd , je citerai d'abord Le grand mort de Vincent Mallier ( Vents d'ouest), le dessin est magnifique et l'histoire de Loisel avec Djian prend un tournant qui m'a beaucoup surpris, même si je ne suis pas très branché héroic fantasy normalement . Ensuite, j'ai été fasciné par Jim Curious de Matthias Picard; d'ailleurs j'avais aussi aimé sa bd Jeanine qui parle d'une vieille prostituée qui choisit de raconter sa vie dans un livre, persuadée que ça sera un bestseller. Jim Curious  est un bouquin extraordinaire parce qu'y est résolu le problème de la 3D en noir et blanc…- enfin ! - et c'est beau. Il faut l'avoir! En livres jeunesse, j'ai adoré Promesse d'Ana Juan. En beaux-livres, il y a deux livres chez Citadelles et Mazenot qui coûtent une fortune mais qui sont fabuleux : Les Mille et une nuits et Le dix-huitième siècle libertin de Marivaux à Sade. Pour une bourse un peu moins remplie, chez Taschen , ils ont sorti dans la collection Très Grands Formats, un livre très complet sur Klimt. En albums musique? l'album de remix de Björk, Bastards me plaît beaucoup….c'est une artiste qui surprend toujours.

 

Le blog de Benjamin Lacombe  
benjaminlacombe.hautetfort.com

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29 décembre 2012 6 29 /12 /décembre /2012 16:14

didier.pngPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr / Didier Graffet est illustrateur et dessinateur. Il a reçu en 2002 le prix Art&Fact  et le prix du public Visions du Futur et, en 2003, le Grand Prix de l'Imaginaire pour ses illustrations de 20000 lieues sous les mers de Jules Verne aux Editions Gründ.  Son style médiéval-fantastique explore la mythologie nordique et celte mais vous trouverez aussi des toiles représentant le Bossu dans Notre-Dame, le Titanic, Pékin ou encore Paris. Ses illustrations sont d'une beauté rare : son talent associe en effet une précision du trait digne d'un orfèvre, une palette de couleurs sublime, des sujets enthousiasmants. Jusqu'au vertige, l'oeil peut se promener dans ses toiles qui abondent de détails, de plans et la présence redondante de bateaux à voile et à vapeur ou de trains suscitent des picotements délicieux d'envie de partir en voyage. Chaque dessin est une porte vers un nouveau monde dans lequel passé et présent se fondent pour offrir un feu d'artifice esthétique.  Du 5 au décembre 2012 au 12 janvier 2013 , il expose à la galerie Daniel Maghen une série de peintures réalisées sur le thème du fantastique XIXème siècle intitulée "De vapeur et d'acier";  ne ratez pas le rendez-vous : 47 Quai des Grands Augustins à Paris!


Quel goût a eu votre enfance ? salé? doux? rêveur? déjà inspiré?
J’ai eu une enfance relativement heureuse, une famille attachée aux valeurs importantes, au goût du travail et l’écoute des autres. Mes racines  sont terriennes, les gens y ont des valeurs simples, mais vraies. Par delà  le côté dur à la tâche, une certaine poésie s’en dégage, une idée des chose simples qui suffisent au bonheur. Une enfance bien ancrée dans la terre, mais où le rêve est toujours présent.


Vos racines normandes vous ont-elles naturellement dirigé vers un univers pictural empreint de légendes et de voyages en mer?
Il est vrai que le paysage du Pays d’Auge m’a influencé énormément dès mon plus jeune âge. Des collines vertes vallonnées, des petits sentiers qui descendent vers une rivière, avec des frondaisons en forme d’arches de noisetiers pliés, des souches aux formes tortueuses, le son de quelque oiseau apeuré qui s’envole. C’est un sentiment qui peut paraître naïf, mais la poésie est là, on se sent comme le découvreur de contrées lointaines, surtout lorsque l’on est enfant. Un paysage digne de la terre du milieu de Tolkien. A ce propos, j’ai eu l’occasion de me rendre dans le Devon , dans le village ou habite Alan Lee (un illustrateur important du Seigneur des Anneaux), j’ai ressenti la même chose, cette proximité avec l’environnement ;  je sais ,sans le connaître personnellement ,ce qu’il éprouve face à ces paysages .Cet émerveillement se retrouve dans son travail.  Et puis il y a la Bretagne Nord et Sud, Les Côtes d’Armor et le Morbihan, qui m’ont offert des sensations différentes. Le Nord avec les rochers fabuleux aux formes fantastiques, leurs grottes et les landes qui les relient, avec leur odeur de fougère ; le Sud, moins tourmenté, au paysage plus calme mais tout aussi propice à la contemplation, avec toujours la ligne d’horizon dessinée par l’océan.graffet.jpg


Qu'est-ce qui vous séduit particulièrement dans les mythes nordiques et celtiques?
Il y a dans les mythes et la mythologie un aspect profondément humain car écrit par les hommes. On y découvre beaucoup d’interrogations humaines, et une sorte de réponse selon les civilisations. Ces réponses se recoupent souvent, des thèmes semblables y sont abordés… Dans les mythes Nordiques et Celtiques, l’homme est étroitement lié à son environnement, assez rude, c’est ce qui me plaît. Quand on voit ces paysages, comme en Ecosse, on comprend comment et pourquoi sont nées de telles légendes.


Y avait-il un grand-père, un oncle... pour exalter le petit garçon par des récits enthousiasmants? ou un ancêtre pêcheur?
Il y a eu dans ma famille des deux côtés de mes parents des personnes assez extravagantes, notamment un oncle qui était marin et qui était mélomane. Il était toujours fauché mais se débrouillait toujours pour aller à l’opéra ;  malheureusement je n’ai pas eu la chance de le connaître. Il avait aussi fabriqué tout un réseau ferroviaire dans son garage, le tout entièrement réalisé par lui même. Un de mes deux grands-pères m’a énormément marqué, mais il a disparu trop tôt. Un autre de mes oncles était facteur de Uilleann pipe (une sorte de cornemuse) et était très connu dans ce milieu : il s’appelait Alain Froment. Ma mère m’a donné le goût de la peinture et du dessin, elle-même est peintre en décors. Au final, je crois que chacun d’eux m’a laissé un petit quelque chose. C’est aussi bénéfique et important pour moi de le savoir, cela m’inscrit dans une certaine continuité.


La mer et ses bateaux ballottés vous séduisent …pour le potentiel d'aventure qu'ils représentent ?
Oui, la promesse du voyage, d’aventure, et aussi parce qu’un navire c’est beau.
 
Quelle est la partie d'un bateau qui vous fascine le plus?
Les voiles sans doute…


La beauté et le danger inextricablement liés, est-ce le secret de votre peinture?
 Oui, cela va de pair avec les couleurs employées. Plus sombres pour suggérer le danger et le mystère, plus lumineuses pour apporter une sorte d’espoir dans ce milieu oppressant,  une fenêtre ouverte sur quelque chose d’autre. L’un ne va pas sans l’autre, à moi de doser ces deux aspects pour raconter l’histoire.
J’aime les contre-jours, même s’il y a peu de lumière, elle garde toute sa force et souligne parfois encore mieux ce qui est au premier plan. Une image doit rester mystérieuse, je ne fais que donner des pistes, à la personne qui la regarde de l’interpréter…
 
Capture-d-ecran-2012-12-15-a-10.59.18.pngQuel auteur et/ou peintre vous ont d'abord donné le goût de la fantasy?
Il y en a beaucoup ! j’aime les peintres « classiques », Vermer, Klimt, Turner, et bien d’autres …Il y a une dimension fantastique par l’ambiance de leur toile. Lorsque j’étais ado, j’aimais Frazetta, Sanjulian entre autres. J’ai été énormément influencé par Druillet, j’aime son côté artiste touche à tout, dessin, peinture, mobilier. J’ai eu la chance de pouvoir lui dire combien son travail m’avait fasciné.


Quels sont les ingrédients indispensables d'un dessin de fantasy selon vous?
Qu’il ne montre pas tout et fasse la part belle au mystère et au rêve, qu’il stimule l’imagination de chacun.
Qu’il y ait toujours dans l’image une fenêtre ouverte sur un potentiel autre monde, que l’image ne soit pas « arrêtée », définitive, mais qu’elle ouvre d’autres possibles. Mon travail, outre son aspect technique, est surtout d’interpeller, de laisser au « spectateur » sa propre interprétation, qu’il y retrouve des sensations ou des éléments très personnels. Le mystère n’est jamais loin, il suffit  de peu de chose pour rendre l’ordinaire extraordinaire, c’est le regard  que l’on porte dessus qui compte. A moi de le suggérer dans mes images. Je pars toujours de mon vécu et de mon ressenti, car je crois que c’est la bonne solution, ce côté très personnel et inconscient. Rien ne me fait plus plaisir que lorsque quelqu’un me dit que mes images sont différentes, qu’elles le touchent, mais qu’il ne sait pas pourquoi !


Ce goût pour la tempête et les ciels obscurcis, est-ce parce qu'il nécessite une palette de couleurs qui vous convient à la perfection? parce qu'on n’imagine pas l'héroïsme sous le soleil?
J’ai toujours aimé regarder les ciels, je les prends en photo souvent, ça me fascine. Ils sont à mon sens le reflet de nos personnalités. Pourquoi je n’en sais rien, peut-être ce côté démesuré qui nous surplombe, cette lumière quasi divine par moments, je ne suis pas mystique, mais c’est beau ! J’ai vu une expo Turner à l’âge de neuf ans au Grand Palais, ça m’a terriblement impressionné… J’aime les ciels de tempête pour leur aspect mystérieux, incontrôlable, et surtout leur lumière en contre-jour. Le paysage et le ciel sont des acteurs à part entière de l’image. L’idée est d’aller dans le sens de l’histoire, que tous les éléments qui la composent soient cohérents les uns par rapport aux autres, chaque détail a son importance, et le ciel en fait partie. Imaginez Conan le Barbare combattant sous un ciel bleu, on ne serait pas vraiment dans l’ambiance !… alors je suis un grand tourmenté !


Peintre du voyage, êtes-vous vous-même un grand voyageur? Capture-d-ecran-2012-12-15-a-10.59.57.png
J’aime voyager, j’ai la chance d’avoir pu le faire grâce à mon travail, aux Etats-Unis, en Angleterre, mais ma destination favorite est sans aucun doute l’Ecosse… comme par hasard les ciels y sont magnifiques, et le mystère toujours présent !


Quel serait votre plus beau voyage?
Ca fait des années que je ne suis pas retourné en Ecosse. J’aimerais y retourner avec toute ma famille, mes enfants, pour qu’ils ressentent ce que j’aime tant.


Vous avez illustré de nombreux textes de Jules Verne : si vous deviez citer un passage qui vous fascine particulièrement , lequel serait-ce?
Un passage extrait de 20 000 Lieues sous les mers, le moment ou le Nautilus passe au dessus des ruines du Temple d’Hercule en méditerranée. Une anecdote assez troublante me fait particulièrement aimer ce passage. J’avais décidé de représenter les célèbres colonnes de ce temple, lorsqu’à la radio, à ma grande surprise, une émission en parlait. Drôle de coïncidence. Ce qui n’est pas dans le texte, mais ce que j’ai entendu c’est « Nihil Ultra », « Rien au delà » une inscription qui devait être gravée sur ces colonnes… J’ai donc ajouté cette maxime à l’illustration.


Et si vous nous racontiez votre rencontre avec l'auteur de 20 000 lieues sous les mers…
Elle s’est faite par le cinéma, avec 20 000 lieues sous les mers de Disney. Je suis allé le voir avec ma grand-mère vers l’âge de 10 ans, ça m’avait impressionné. C’est, comme beaucoup, mon roman préféré de Jules Verne. J’avais toujours l’envie de l’illustrer, je l’ai soumis aux Editions Gründ qui étaient enthousiastes.
J’aurais aimé rencontrer Jules Verne, sans doute parlerions-nous de voyages imaginés,  de mondes inexplorés et des techniques scientifiques qui permettent à l’homme de réaliser ses rêves. C’était une autre époque, où la science promettait de belles découvertes.


Qu'est-ce que vous aimez particulièrement dans son écriture?
Plus le fond que la forme, ce mélange d’enthousiasme et de foi en l’avenir, ce qui nous manque cruellement aujourd’hui…


Des bateaux, des pirates, des explorateurs etc…êtes-vous nostalgique d'une époque où le temps roulait moins vite et se conformait à celui des flots marins?
Oui, je suis effectivement nostalgique d’une époque que j’ai à peine connue, où l’on prenait le temps pour faire les choses sans précipitation , où l’on prenait le temps de regarder ce qui nous entoure. Il n’y a rien de pire qu’un samedi dans un grand magasin, ou de crouler sous une avalanche de mails…


Quels sont vos projets d'édition en 2013?
Outre les couvertures d’Héroïc Fantasy, un livre regroupant les peintures de ma prochaine exposition  et d’autres images sur ce thème.


Enfin, vous exposez à la galerie Daniel Maghen ce mois-ci : que pourra-t-on y découvrir?
Vous pourrez y voir des peintures que je voulais réaliser depuis longtemps, sur des thèmes Fantastique XIX e, ce que l’on nomme aujourd’hui « Steampunk ». Des grandes cités où se côtoient machines à vapeur en tous genres, aériennes, terriennes, des mondes inexplorés, propres à la littérature du XIX ème siècle. Lorsque l’on imaginait encore un avenir où se côtoient sciences, découvertes et humanisme. L’esprit de Jules Verne n’est jamais loin de mon univers…

Le site de la galerie Daniel Maghen

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Décalée par Julie

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