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11 octobre 2013 5 11 /10 /octobre /2013 09:20

guerrero.jpgComédienne et metteuse en scène, Marion Guerrero dirige également la compagnie Tire pas la nappe avec  Marion Aubert. Originaire de Sète, elle a suivi sa formation au Conservatoire national d'art dramatique ( ENSAD) de Montpellier puis à l'Atelier Volant de Toulouse. Elle monte en octobre 2013 avec les élèves de l'ENSAD L'opéra de quat´ sous, une comédie en musique allemande de Bertolt Brecht et Kurt Weill. Créée en 1928, cette dernière raconte l'affrontement entre Mackie, un petit bourgeois du crime et Jonathan Peachum, un grand bourgeois de la truanderie à cause du mariage de Mackie avec Polly, la fille de Jonathan. Et les accords de malfaiteurs qui poursuivront les noces...Une pièce d'actualité de par sa critique virulente d'une société dont l'argent est le ciment. On retrouvera également Marion Guerrero  en février 2014 dans Le Lorenzaccio , une pièce inspirée de Une conspiration en 1537 de George Sand dans laquelle elle jouera et qu'elle co-mettra en scène avec Frédéric Borie. Rencontre avec une jeune femme au propos passionnant à découvrir absolument, si ce n'est déjà fait....
Une mise en scène décalée et pêchue qui joue avec la notion d'opéra et offre quelques prestations de chants aussi talentueuses qu'originales. On en ressort guilleret, entraîné par l'énergie communicative de cette jeune troupe enthousiaste. Foncez! 


 

Pourriez- vous d'abord nous expliquer votre parcours théâtral?


A 11 ans j'ai été touchée par la grâce. J'ai assisté à une représentation (forcément approximative) des élèves de mon collège et j'ai su que ma vie était là. Je voulais être comédienne, faire du théâtre et ce désir ne m'a plus quitté. J'ai fait tout un tas d'ateliers, j'étais boulimique. Puis je suis entrée en section A3 Théâtre au lycée Jean Monet de Montpellier. S'en sont suivis le Conservatoire (aujourd'hui Ecole Nationale Supérieure) alors dirigé par Ariel Garcia Valdes, à 16 ans en initiation et à 18 ans en section professionnelle, puis dans la foulée la première promotion de l'Atelier volant au TNT de Toulouse, alors dirigé par Jacques Nichet. C'est là que j'ai fait ma première mise en scène Petit(s) rien(s), Cabaret, à 22 ans.C'est dans ces deux écoles que j'ai rencontré les compagnes et compagnons de travail de ma vie. Au Conservatoire, j'ai rencontré Marion Aubert et Capucine Ducastelle avec qui j'ai fondé la Cie Tire Pas La Nappe, qui en est aujourd'hui à sa 17ème année d'existence. Et nous travaillons toujours ensemble! Nous avons monté une quinzaine de spectacles que nous avons joués un peu partout en France et à l'étranger. Nous sommes maintenant en résidence à la Comédie de St Etienne, nous intervenons également à l'école de la Comédie et avons des projets par milliers. Nous partons d'ailleurs dans une semaine à San Francisco, travailler avec les élèves d'ACT, l'école d'art dramatique de la ville. Au Conservatoire, j'ai aussi rencontré Richard Mitou, actuel directeur de cette maison, avec qui, par la suite, j'ai fait l'Atelier Volant. Je boucle, pour ainsi dire, une boucle en travaillant comme intervenante et en faisant partie du jury d'entrée de l'école qui m'a vu grandir. Je suis très reconnaissante à Ariel (et maintenant à Richard) de m'avoir fait confiance pour travailler avec les élèves depuis des années maintenant. C'est un travail extrêmement riche et important pour moi. C'est comme une bouffée d'air, un retour à la source de l'envie.



 

Qu'est-ce qui vous a donné envie de faire de la mise en scène? Avez-vous des mentors qui vous ont poussé à embrasser cette profession artistique?


Je ne sais pas exactement ce qui m'a donné envie, je sais que tout m'a toujours intéressé au théâtre, dans la confection du théâtre. Tous les postes. Celui de metteuse en scène permet de mettre son grain de sel un peu partout, de toucher à tout. J'aime faire des images, créer des mondes, résoudre des problèmes. J'ai en tout cas toujours aimé diriger mes camarades. J'adore ce rapport privilégié avec l'acteur. Je pense que le fait d'avoir rencontré Marion Aubert a été déterminant dans le "passage à l'acte". Elle a commencé à écrire, j'ai adoré ce qu'elle écrivait et j'ai tout de suite eu envie de le mettre en scène. C'est venu tout naturellement, avec l'insouciance de la jeunesse. Je ne peux pas dire que j'ai eu, à proprement parler, des mentors, même si j'ai, par exemple, adoré les spectacles de Claude Buschwald sur les textes de Novarina, Le repas et L'opérette imaginaire. J'avais alors 19 ans et ce qui est formidable c'est que j'ai, depuis, dirigé deux des acteurs que j'avais tant admirés à l'époque, Dominique Parent et Elisabeth Mazev. J'ai adoré La femme changée en renard de Didier Bezace, ou le Platonov de Lavaudant. J'ai quelques magnifiques souvenirs de théâtre, mais qui ne me destinaient pas plus à mettre en scène qu'à jouer... Ce qui est certain c'est qu'à un moment j'ai ressenti le besoin et l'urgence de "faire", de créer, de ne pas attendre que ça vienne des autres. Aujourd'hui je me rends compte que je suis souvent passionnée par des travaux transversaux, qui mêlent plusieurs arts. Ceux de Marthaler où le chant est omniprésent ou encore des spectacles de danse comme ceux de Pina Bausch ou plus récemment de Dave St Pierre ou Peeping Tom. On ne peut pas dire que ce soit de l'opérette ou de la danse ou du théâtre. C'est du spectacle et j'adore ça. Ce qui nous mène petit à petit (vous apprécierez la transition (sourire)) vers l'Opéra de quat'sous...



 

Est-ce votre première confrontation avec Bertolt Brecht? Comment qualifieriez-vous en quelques mots son esthétique et sa pensée?


Ce n'est pas tout à fait ma première confrontation avec Brecht, puisque j'ai joué dans Jean la chance mis en scène par Jean-Claude Fall, il y a quelques années. Mais en tant que metteuse en scène oui, c'est la première fois. L'esthétique de Brecht est, bien entendu, une esthétique, ou plus exactement une vision, qui a marqué l'histoire du théâtre. Il a mis son théâtre en opposition au théâtre bourgeois. Il a inventé le concept de distanciation. C'est-à-dire le fait de s'éloigner du réel et de "dénoncer" la représentation. Reproduire le réel mais avec un effet déformant, grossissant, grotesque. Le mot allemand que nous avons traduit par distanciation, signifie "effet d'étrangeté". D'une certaine manière ce procédé permet une participation plus active du public, le sollicite davantage en démontant le mécanisme de l'illusion. En réalité il n'a pas totalement inventé cette idée, bien des formes théâtrales utilisent ce procédé. Toutes les formes ancestrales du théâtre de masque par exemple. Mais disons qu'il l'a modernisé et conceptualisé au service de ses convictions. Les spectateurs sont encore parfois déconcertés par des spectacles qui brisent les codes de la représentation classique. Ca ne date pourtant pas d'hier! Ce que j'aime dans l'œuvre de Brecht, c'est que le ludique est au service de l'idée. Il démontre qu'on peut écrire et monter des farces et des opérettes qui parlent de notre condition d'être humain. Qui ne sont pas seulement là pour distraire, mais pour raconter nos bassesses et nos espoirs. Que le rire peut être subversif. Qu'il doit l'être. C'est aussi le travail que nous défendons avec la Cie Tire Pas La Nappe.



 

Pourquoi avoir choisi de monter L'opéra de quat´sous? Pour ses résonances contemporaines?


Je crains que cette pièce ne soit d'actualité très longtemps encore! Le pouvoir de l'argent, la misère, le mensonge, la corruption...
En fait, comme je vous l'ai dit, je suis intervenue plusieurs années avec plusieurs promotions à l'Ecole. Dès la première fois j'ai eu envie de travailler avec le chant, qui est pour ainsi dire ma seconde passion. Nous avions travaillé à partir d'improvisations et de quelques textes glanés dans Ma Solange, Comment t'écrire mon désastre... de Noëlle Renaude. Nous avions créé un spectacle, qui s'appelait Boucherie musicale, dans lequel j'incluais des chansons que les élèves travaillaient avec leur professeur de chant, Philippe Laboal. J'ai adoré cette expérience. Et depuis nous nous étions accordés, avec Ariel, pour que j'intervienne régulièrement sur ce même principe. J'ai monté Thé dansant, cette fois uniquement à partir d'improvisations écrites des étudiants et toujours des chansons qu'ils travaillaient avec Philippe. Pour Un Opéra de quat'sous Ariel m'a demandé de chercher un livret existant. Un "vrai" texte et les chansons qui vont avec. J'ai tout de suite pensé à Quat'sous. Cette pièce trimballe quelque chose de joyeux et de sulfureux qui m'a toujours plu. Et puis je n'ai pas pu m'empêcher de rajouter des chansons de toutes les époques...

 



Vous travaillez avec de jeunes comédiens de la promotion 2014 de l'ENSAD? Quelles  différences essentielles relevez-vous entre ce travail avec ces comédiens "apprenants" et des comédiens plus expérimentés?


La même différence que celle qui existe entre un professeur et un élève et deux collègues de travail, je suppose. C'est essentiellement une question de placement. Je suis censée leur apporter mon expérience, avoir une vision pédagogique du travail. Par exemple dans le cas présent, le fait que je veuille que tous se confrontent au chant. Que je m'intéresse à leur évolution, plus qu'au résultat. Même si le résultat m'intéresse énormément ! Mais tout ça est en réalité très poreux. Il arrive, quand on monte des spectacles avec des professionnels, d'engager des jeunes gens du même âge qu'eux. Je suis moi-même sortie de l'école à 21 ans, alors que certains y entrent à 26. L'expérience et la pratique du théâtre comptent bien sûr beaucoup, mais l'expérience de vie est aussi importante. En réalité il est très difficile de faire une séparation nette. Les acteurs sont déjà tout simplement très différents les uns des autres. Au sein même de l'école, les expériences de chacun sont parfois très disparates. Certains ont déjà joué dans des productions en dehors de l'école, d'autres sont complètement novices.  La particularité essentielle est peut-être qu'on est en face d'un groupe qui a une vie autonome. Ce n'est pas un groupe qu'on a formé pour l'occasion puis qui se disloque. Ils restent trois ans collés, à travailler ensemble. L'essentiel est d'instaurer un rapport de confiance et de leur faire découvrir mon univers. Chaque intervenant apporte son univers avec lui, ce qui permet aux étudiants de se positionner vis à vis de leurs parcours futurs. Je pense avoir conscience de ça par exemple. Avoir conscience aussi du fait que chacun doit apprendre à se connaître, à explorer son champ des possibles. Je crois que c'est tout simplement la position dans laquelle on est, de fait, qui modifie légèrement le rapport et pousse à travailler légèrement différemment.  
C'est aussi pour moi un endroit de grande liberté, où on peut tester des choses sans la pression d'une production professionnelle. Même si certains travaux, comme celui-là, le deviennent...



 

Vous avez ajouté à la partition de Kurt Weill des morceaux de pop rock français et anglais plus contemporains...n'est-ce pas?

Pas seulement de pop rock! Du Brassens, du Samson, du Nancy Sinatra, du Nougaro, du NTM ! Bon et puis du Kurt Weill quand même. J'ai des goûts musicaux assez éclectiques et j'aime bien faire cohabiter ces styles différents. il y a eu aussi le fait que c'était un travail d'élèves, et non pas de comédiens-chanteurs choisis pour l'occasion, il était impossible que la partition de Kurt Weill convienne à toutes les voix, et je tenais donc à ce que tous se confrontent à l'exercice du chant. Chacun d'entre eux m'a proposé plusieurs chansons en accord avec Philippe et nous avons choisi celle qui était en tout point la plus juste. Pour eux et pour la pièce. Et puis je trouve ça ludique de trouver des correspondances entre des chansons qui n'ont a priori aucun rapport avec la pièce et le texte de Brecht. Mettre certaines chansons dans la bouche de certains personnages apportent un éclairage nouveau.

Quel parti-pris avez-vous choisi pour monter cette pièce?
Déjà, donc, celui de rajouter des chansons plus "modernes" à la pièce. Et puis comme je trouve que les contraintes sont propices à la création, je me suis aussi donnée comme objectif de faire en sorte que chaque étudiant ait une partition équivalente à défendre (ce qui nous ramène une nouvelle fois à la question de la pédagogie). Ils sont 14 et il y a beau y avoir beaucoup de personnages dans la pièce, la plupart sont secondaires. J'ai voulu me servir de cette contrainte (que rencontre d'ailleurs chaque intervenant de l'école) non pas comme un frein mais comme un atout, et faire en sorte qu'elle m'aide à éclairer la pièce. J'ai donc dédoublé ou parfois triplé les rôles sur scène. 2 madame Peachum, 3 Polly, ou 2 couples de Polly/Mac se retrouvent sur scène simultanément et se partagent le texte. Ceci rajoute une monstruosité aux personnages et produit un effet de cauchemar qui éloigne la pièce du réalisme. Les choix de dédoublements (tel personnage est doublé en face de tel autre qui ne l'est pas) révèlent aussi les rapports entre les personnages et les personnages eux-mêmes. 



 

Un mot sur les décors et les  costumes?


De façon assez banale quand on monte Brecht, je voulais que les acteurs puissent se costumer sur scène. Non pas seulement pour "dénoncer" la représentation, comme ça a été fait maintes et maintes fois, mais pour cette histoire de personnages qui glissent de l'un à l'autre et se dédoublent. Installer dès le début le fait que l'acteur puisse passer d'un rôle à un autre, à vue, par la convention du costume. Du coup, il fallait trouver un ou deux éléments marquants à chacun des personnages, pour qu'ils soient immédiatement reconnaissables. Parce qu'il n'est bien sûr pas question pour moi de perdre le spectateur. Le décor a pour ainsi dire découlé de cette idée. Nous avons installé une sorte de forêt de vêtements suspendus au bout de cordes, qui encadre l'espace de jeu. Au fur à mesure que les acteurs endossent les costumes, les ficelles se dénudent et changent l'image.  On pourrait y voir une forêt de pendus ou ce qu'on appelait "la salle des pendus" dans les vestiaires des ouvriers des mines de charbon. Ces images m'ont toujours fascinée. Et puis Mac est censé être pendu à la fin de la pièce. C'est comme une menace qui rôde mine de rien. Pour les autres éléments de décor, le parti-pris est de donner des "vies" différentes aux objets. Qu'il y ait très peu d'éléments, mais qu'en les utilisant de manière différente, en les retournant simplement par exemple, l'image soit totalement modifiée. C'est un travail sur le symbole. Il suffit qu'un acteur trimballe un cadre en grillage devant lui pour qu'il soit en prison. Je trouve toujours ça magique de faire beaucoup avec peu. Ca fait travailler mon imaginaire et celui du spectateur. 



 

En février, vous jouerez  dans  Le Lorenzaccio de Georges Sand. Quel rôle incarnerez-vous dans cette pièce?


Je joue la mère de Lorenzaccio. Un rôle de composition donc! Et puis Frédéric Borie, co-metteur en scène et qui a conçu l'adaptation, a voulu ajouter en fin de spectacle un monologue écrit par Sarah Bernardt, qui parle de la dernière exécution à laquelle elle a assisté. C'est elle qui a créé le rôle de Lorenzaccio. Je joue donc Sarah Bernardt sortant de scène après une représentation de Lorenzaccio. Ce texte ambigu est une belle mise en abîme de la pièce.

Pourriez-vous nous dire quelles sont les principales différences entre le manuscrit de Georges Sand  intitulé " Une conspiration en 1537" et la pièce qu'a écrite Alfred de Musset à partir de ce manuscrit?
C'est un peu compliqué parce qu'au final, le montage est un mélange des deux pièces et il reste finalement assez peu du texte de Georges Sand. Il reste surtout la structure du texte, très court et plus brutal. Le squelette du montage s'appuie sur le déroulé de la pièce de Sand.C'est d'ailleurs sans doute la plus grande différence entre les deux textes. Le texte de Sand a inspiré celui de Musset. Elle a écrit un texte très court qui va droit au but. C'est presque un huis clos. Musset,quant à lui, a énormément étiré la pièce. Elle est même très longue. Il a développé la dimension politique, les tergiversations et les paradoxes du personnage de Lorenzaccio. Il a développé tous les personnages (à part les personnages féminins...) et a continué l'action après ce qui est l'événement final de la pièce de Sand : le meurtre du Duc. Frédéric Borie a choisi de travailler sur l'efficacité du texte coup de poing de Sand, avec la langue de Musset.



 

Les dates de représentation: 



- Du 9 au 11 octobre 2013 . L'opéra de quat´ sous - mise en scène: Marion Guerrero. Au Théâtre Jean Vilar - 34000  Montpellier 


- Les 9 et 10 janvier 2014: Saga des habitants de Moldavie . Au théâtre de Roanne ( 42300)
 

- Le 2 février 2014. Le Lorenzaccio  Co- mise en scène: Frédéric Borie/ Marion Guerrero- Au theatre Jacques Cœur, 34970 Lattes.

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23 juillet 2013 2 23 /07 /juillet /2013 14:32

ecoldedesfemmes.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr/ Crédit photos ( Portrait Christian Ganet / scène Michel Cavalca ) /Après avoir dirigé La Comédie,Centre dramatique national de Reims ,  de janvier 1991 à janvier 2002, Christian Schiaretti est devenu directeur du TNP de Villeurbanne où il a créé sa propre troupe d'acteurs permanents. En tant que metteur en scène, il a débuté au théâtre-école de Montreuil et a imaginé de nombreuses mises en scène pour l'opéra et surtout pour le théâtre - plusieurs ayant été créées pour le Festival d'Avignon même- ; il a côtoyé en direction Brecht, Minyana, Vitrac, Cervantès, Pirandello, Badiou, Corneille, Siméon etc. mais aussi  Molière! En 2007, il monte au TNP plusieurs des farces de ce dernier qu'il reprend en 2009. En partenariat avec les Tréteaux de France, il a imaginé pour le deuxième semestre de l'année 2013 une "Ecole des femmes" avec Robin Renucci dans le rôle d'Arnolphe. Le rencontrer a été l'occasion d'en connaître davantage sur l'oeuvre de Molière, de percevoir l'influence de la tradition de la farce française dans son écriture mais également d'échanger avec un metteur en scène et directeur de théâtre engagé dans sa volonté de faire un "théâtre populaire". Rencontre avec Christian Schiaretti qui," vraiment (…),en sait donc là-dessus plus que (nous) et à se faire (écouter)  n'a point de peine."



Comment est né ce projet de monter L'école des femmes?

C'est lié tout simplement au départ au travail que je fais avec Robin Renucci; Robin qui travaille aux Tréteaux de France et se donne pour mission de jouer dans des lieux et des communes où le théâtre ne va pas beaucoup. Nous unissons nos forces, celle du Théâtre National Populaire et Les tréteaux. J'étais au conservatoire dramatique avec Robin, je l'avais vu souvent travailler Arnolphe et l'Ecole des femmes quand nous étions plus jeunes. On fait partie d'une génération où les grands textes du répertoire classique étaient des repères et, dans la diffusion d'un théâtre populaire que nous soutenons, il est important d'entretenir un dialogue régulier avec les oeuvres du répertoire. Tout naturellement donc, avec notre histoire passée et notre mission, nous nous sommes tournés vers cette pièce. Lui , l'acteur à la notoriété que l'on sait et moi, le metteur en scène à la notoriété que l'on ne sait pas ( sourire), on met ensemble nos forces. Une autre raison, c'est que j'ai monté tout Molière jusqu'à l'Ecole des maris. Je connais très bien le Molière de la farce et de bien avoir travaillé ce répertoire me fait dire qu'il ne faut pas oublier que l'Ecole des femmes est avant tout une farce ; bien sûr que  c'est une grande comédie littéraire, que le verbe de Molière atteint une résolution optimale mais n'empêche que la farce continue à le travailler, qu'elle est présente et que c'est une comédie de tréteaux…donc on l'a montée aux tréteaux.




L’école des femmes ouvre la période des grandes comédies de cour, s’élevant à une dimension supérieure...


C'est ce qui est formidable chez Molière: il arrive à combiner l'élévation littéraire au niveau de la langue ( avec laquelle vont advenir par la suite L'avare, Le misanthrope, Tartuffe) mais au niveau de la structure intérieure, la farce française est extrêmement présente. En gros, Molière a deux périodes dans sa vie théâtrale : sa période de tournées dans les régions de France - où Lyon d'ailleurs occupe une place toute particulière car il y a stabilisé sa troupe pendant longtemps. On la connaît mal mais on sait qu'il avait un répertoire où il jouait d'autres oeuvres que les siennes mais aussi des tentatives littéraires très éparses : on y retrouve l'influence de la farce, de la comédie italienne, de Corneille etc...; il y a déjà des tentatives en vers et cette période va, dans le répertoire qu'on connaît, de La jalousie du barbouillé à L'école des maris qui est une sorte de répétition de l'Ecole des femmes. Et puis il y a la période de cour où il arrête la farce et crée des pièces plus littéraires qui sont en quelque sorte nettoyées d'expressions scatologiques et sexuelles (qui ne sont plus exprimées clairement)..pourtant, quand on écoute bien L'école des femmes, il y a des tas d' allusions salaces, de mots débridés et même très osés…la comédie littéraire, de façon plus masquée, garde cette énergie-là. Molière a donné à ses nouvelles oeuvres leurs lettres de noblesse littéraire mais sur le mode "farcesque" que l'on résumerait - de façon peut-être un peu simpliste - par l'arroseur arrosé. Le fonctionnement de la farce est toujours une affirmation qui contredit les évènements extérieurs : celui qui affirme est dupé par sa propre affirmation - Exemple:  j'arrose des plantes, il y a des trous dans le tuyau donc je m'arrose moi-même. On a un peu la même chose avec Arnolphe; dans l'Ecole des femmes, on a un homme qui cache une jeune fille chez lui et Horace qui rentre discrètement plusieurs fois dans sa maison.Nous avons gardé la teneur littéraire du texte avec le vers et pour la dimension théâtrale, on l'a montée comme une farce, ce qui est sans doute le plus proche de ce qui était monté à l'origine mais c'est surtout aussi que ça fait "agir" la situation. Il faut savoir qu’aujourd’hi, cette pièce est souvent montée comme un drame comique.



 

A l'époque de Molière avait surgi une querelle qui disait que L'école des femmes n'était schiaretti.jpgqu'une pâle répétition de l'Ecole des maris…Vous avez affirmé le contraire.

Oui. La première chose c'est que l'Ecole des maris est une pièce plutôt d'influence italienne; le nom du personnage, c'est Sganarelle, un archétype. Dans l'Ecole des femmes, on n'est pas du tout sur le même artifice ni le même personnage qui se nomme Arnolphe, M. de la Souche… et ça, c'est l'influence de la farce française, c'est à dire que le personnage a une identité sociale. Dans l'Ecole des maris, il n'y a pas eu de choix de la jeune femme, il y a eu un héritage qui a conduit Sganarelle à élever une pupille ce qui n'a rien à voir avec Arnolphe qui a choisi une jeune fille quand elle était petite (et dont il est tombé amoureux )et qu'il l’a achetée à sa mère; il y a donc un lien commercial au départ. Dons, d’un côté, un archétype, Sganarelle, et de l'autre, quelqu'un qui a une identité et vit comme un honnête bourgeois. L'arrière-plan de l'Ecole des maris est ,de plus, moins développé. On a une problématique sur l'éducation simple: d'un côté, Ariste qui , laissant Leonor libre de ses choix, se verra récompenser en l'épousant tandis que Sganarelle, avec une éducation répressive, sera délaissé d'Isabelle qui est déjà émancipée et prête à tricher….cela ne va pas plus loin que ça; les schémas sont très simples. Dans L’école des Femmes,  la grande différence est aussi qu'Arnolphe - qui a acheté cette jeune femme - a érigé en principe de s'élever au dessus de sa condition et de dominer sa femme, mais il a aussi de l'amour pour elle malgré ses caractéristiques clownesques…et enfin, c'est la jeune femme qui fait son éducation amoureuse: lorsqu’elle dit: "Et je n'y songeais pas lorsque se fit la chose", Agnès exprime ainsi cela en répondant à Arnolphe. Il est écrit dans le texte qu'il y a une émancipation culturelle et sexuelle qui n'est absolument inscrite dans l'Ecole des maris. L’école des femmes est une oeuvre supérieure, la qualité des vers est supérieure. Il y a même des références à la dramaturgie italienne….



 

Dans cette pièce, est  dit par Arnolphe que l'esprit rend les femmes infidèles et qu'il faut les élever dans l'ignorance mais, au final , les raisons du coeur balaient tout…est-ce là la leçon de Molière?


Oui, il y a ici l'expression d'un Molière libertin et émancipé…Il y a en brèche l'idée que les femmes préviennent l'ignorance et cette idée était déjà présente dans Les précieuses ridicules : ces jeunes femmes sont quand même envoyées au couvent par un père qui leur reproche d'avoir recours à la littérature!  L’idée n’est pas nouvelle : la littérature est une menace en soi puisqu’elle permet de garantir aux opprimés un triomphe sur ceux qui les oppressent, c'est valable pour les femmes à l’époque de Molière et, en d'autres temps, pour les prolétaires, aujourd'hui pour la jeunesse…de même que le commerce ambiant et acharné qui sévit de nos jours, encourage à ce que l’on consomme le plus possible par exemple aussi.
Il y a aussi quelque chose de très profond chez Molière, c'est l'inquiétude anthologique de l'homme.Chez Arnolphe bat l'expression d'une panique de la condition masculine. C'est à dire que la condition masculine ,devant le mystère du corps féminin et de l'être humain de façon générale, sécurise cette inquiétude par une maîtrise totale de l'autre , notamment par les voies de la frustration. Cette question-là rebondit parce que, si on est simplement dans une farce qui va démontrer qu'un gros monsieur salaud, un barbu, oppresse une jeune femme et que finalement , ben oui, c'est pas bien, c'est assez réducteur…si on voit au contraire un homme qui applique cela ,mais au nom d'une attitude qui lui est intrinsèquement lié, et qu'au fond cette inquiétude le rend plus enfant qu'il n'est, alors c'est là c'est intéressant…et puis il y a  aussi une émancipation d'Agnès qui passe par le corps; cette gamine a 13 ans donc son corps advient et survient; elle découvre les mystères organiques de son corps : il y a dans le texte  notamment des références aux règles, à la régulation du corps; elle évoque que ça la "chatouille" ..ça, c'est quelque chose de très actif dans la profondeur de l'oeuvre. Il y a tout le temps dans l’oeuvre du dramaturge une mélancolie d'homme ; sont présents ensemble l'inquiétude et l'amour. Dans l'Ecole des femmes, Arnolphe, qui a récupéré Agnès à l'âge de 4 ans, aurait comme projet de la garder enfant. Il est tombé amoureux d'une enfant et il a peur des femmes donc dès qu'Agnès devient une femme, sa propre paranoïa l'assiège... c’est un « sujet scandaleux» que Molière supportait lui-même puisqu'on suspectait Armande Béjart, son épouse, d'être sa fille. 



 

Au niveau de la direction des acteurs, vous avez opté pour un jeu de farce…avec des mimiques et des grimaces caractéristiques du genre?


Non. On a mis d'abord en place un dispositif très bête qui est de savoir si le public est là ou pas. L'acteur et son personnage sachant que le public est là , échangent avec le public…ça c'est le mécanisme, le principe de départ. Ensuite l’acteur peut adapter avec ce mécanisme-là un jeu plus marqué, caricatural, voire forcé, et on pourrait après aller jusqu'au masque - j'ai travaillé le masque. Là, en l'occurrence, on ne fait pas forcément des grosses mimiques. La farce n'est pas forcément la caricature: on a tendance à penser que la farce a à voir avec le tonneau, les tréteaux et les flatulences..pas du tout, c'est un genre littéraire avec ses codes ! Arnolphe, Horace et  même, parfois et de plus en plus, Agnès s'adressent régulièrement au public. Travailler en ayant conscience du public change toute la dynamique. Il y a trois principes dans cette pièce: le premier, c'est donc la projection au public. Le deuxième principe, c'est le tréteau: on est dessus, on monte dessus, on tape dessus…on est dans une énergie différente puisqu'on ne joue pas sur un tréteau comme sur un parquet. Le troisième principe, c'est le choix  d’un certain type de lumière : une lumière qui donne un relief particulier à chaque présence. Pour conclure, je dirai que pour élever ce genre littéraire de la farce, il faut un jeu farcesque sans être outrancier.



 

Cette pièce a été créée d'abord pour la route  et pour être jouée en plein air ....et une autre version sera ensuite imaginée pour des représentations en salle?


Non, il n'y a qu'une seule version de cette pièce qui sera jouée aussi bien en extérieur qu'en intérieur.



 

Y a-t-il des techniques particulières pour jouer en plein air? Choisissez-vous des acteurs formés pour jouer en extérieur?Jean Varela, directeur du Printemps des Comédiens et de Sortie Ouest, a expliqué , lors de la conférence de clôture du festival, que ce n'était pas forcément facile de trouver aujourd'hui des comédiens qui savent jouer en extérieur….


Je ne pense pas qu'il y ait de techniques particulières pour le plein air. Ce qu'on peut dire, c'est qu'il y a une perte du métier. Le métier s'est perdu parce que beaucoup d'acteurs voyagent du cinéma à la télé jusqu’au théâtre…et les techniques du cinéma ou de la télé ne demandent pas le même muscle; En plein air, il faut donc avoir des acteurs qui jouent beaucoup au théâtre pour qu'ils puissent tenir. Après, oui, il y a des techniques vocales pour le plein air mais parfois, il y a aussi des lieux extérieurs où l'acoustique est supérieure à celle d'une salle. Je ne comprends ce que veut dire «avoir une technique de plein air». Aujourd'hui je sais qu'en Avignon , certains mettent des micros pour qu'on les entende de partout; je trouve ça un peu dommageable. La technicité générale (vocale, syntaxique, de structure, de projection) de l'acteur a perdu…mais aussi bien en salle qu'en plein air, ça c'est sûr. 
J'ai fait de cette Ecole des Femmes un objet totalement autonome….ainsi, souvent il est difficile en plein air d'utiliser des projecteurs et de créer des lumières pour faire comme si on était en intérieur, et quand on le fait, l’effet est souvent pitoyable, donc moi j'ai viré tout ça et, j’ai choisi un procédé simple: la lumière est intégrée au dispositif très simple qui permet de voir de partout et tout le temps. Ainsi, on peut tout aussi bien jouer sous chapiteau que dans une cour d'école… ça, c'est l’un des objectifs de la mission des Tréteaux de France; j'ai donc créé un objet qui lui correspond. Le théâtre en plein air a ses limites qui sont au fond des limites physiques. Quand à l'époque, il y a avait des jauges de 3000 places et que Maria Casarès ou Gérard Philippe projetaient vers le public le texte, plusieurs choses jouaient : la qualité de l'acteur et son muscle mais également la qualité d'écoute des spectateurs. Ce qui est vrai des acteurs - c'est à dire la perte de leur muscle- qui, à l'époque, avaient des techniques qui permettaient d'avoir un organe qui projetait plus loin, est vrai aussi des oreilles des spectateurs. On ne perd pas sa voix sans perdre ses oreilles. Si l'on parle moins fort, on entend forcément aussi moins bien et la patience, la qualité d'écoute, la nuance y perdent. La langue a connu des états différents mais il n'y a qu'à regarder la différence entre les films dans des années 30 aux années 50 et ceux d’aujourd’hui:une des caractéristiques des films d'aujourd'hui, c'est qu'on parle très bas et qu'on articule peu: la consonne a perdu de sa valeur.

 



Jouent dans cette pièce un certain nombre d'acteurs permanents de la troupe du TNP : quels sont les enjeux et caractéristiques d'une troupe d'acteurs permanents?


Ils travaillent du matin au soir, tous les jours, avec un repos que j'aménage. Un acteur au TNP salue à peu près 110 fois dans l'année, c'est beaucoup par rapport à la situation actuelle des intermittents. On demande à ces acteurs une fidélité par rapport à une aventure et un engagement quotidien : cette troupe permanente a des capacités de répétition beaucoup plus rapides que d'autres et la possibilité d'avoir un répertoire que l'on reprend et qui a permis d'accroître considérablement la fréquentation du lieu. On connaît la Comédie Française qui a le même principe…vous savez, je suis parisien et je n’avais pas envie de vivre dans le microcosme parisien et je suis parti vivre en Champagne-Ardennes, j'y ai travaillé vingt ans puis je suis parti à Lyon, à Villeurbanne et j'y travaille depuis dix ans. Je ne suis pas allé travailler en région pour prendre de l'argent et pour produire des spectacles à Paris pour dire que j'ai du talent - là n’est pas ma question. Mon ambition, c'est de créer avec ue troupe et d'être avec les acteurs et l’on a un répertoire qu'on reprend régulièrement devant un public diversifié.



 

Quels ont été les premiers retours du public pour cette Ecole des femmes? La première était jouée à Brangues (38), c'est ça?


Un théâtre comme ça devant un public qui n'est pas un public de grosse diffusion théâtrale, qui est donc très généreux, avec un acteur, Robin Renucci-  dont on connait la notoriété et la présence théâtrale  - c'est forcément une immense fête, les gens sont heureux. Un chapiteau dans un champ avec l'Ecole des femmes jouée dedans, c’est l’occasion de retrouver le génie national de la langue avec un travail bien fait. Ce qui m'a beaucoup touché, c'est que le public en a eu une lecture intelligente : comme on ne va pas au gag pour faire passer la pilule  et qu'on ne présente donc pas ce texte en les méprisant, qu'on est à l'intérieur du comique littéraire de Molière, il y a comme résultat un rire intelligent, un rire qui réagit au texte. Un rire de jeunes et vieux mélangés, un rire collectif quoi. Oui, je crois que c'est un flambeau qui va éclairer pendant longtemps les ténèbres de l'avenir.



 

Pour terminer, vous parlez toujours d’éducation populaire. Quels sont les enjeux d'une "éducation populaire"? Faut-il rester accessible, ne pas oublier la notion de plaisir?


Il faut être honnête, c'est la première chose. Ne pas être malhonnête, ne pas se renier. Pour ma part, je n'ai pas de stratégie personnelle; je suis en mission. La deuxième chose, c'est que le théâtre populaire a toujours été l’équilibre très difficile entre, d'un côté, la main tendue et la générosité - qui obéissent à des principes de clarté et une volonté d'être compris, d'être entendu et d'être accessible - et le fait d'éviter un gouffre qui est celui du populisme - celui de l'envie de plaire à tout prix et d’avoir cette idée selon laquelle le "peuple" serait incapable de raffinement ; il  prouve très bien que c'est faux avec la nourriture, par exemple, ou avec le sport. Le sport a des «qualités littéraires» de raffinement: les gens y sont capables d'apprécier la beauté d'un geste, d'un mouvement ; Le raffinement est donc tout à fait accessible à l'énergie populaire et  en littérature ou au théâtre, on nous demande de mettre des nez rouges et de faire rire ; c'est un mépris des gens. Il faut donc, au théâtre, être soucieux de la clarté et de la compréhension et garder à l'esprit cet écueil à éviter - étant l'apanage du populisme - qui est ce mépris de la volonté d'élever les gens. D’un autre côté, il faut aussi être entendu par l'intellectuel , puisque le théâtre populaire souhaite le mélange; il faut donc rester intelligent et comptable de la complexité de la réalité : ne pas la réduire ou la résoudre dans le gouffre du pédantisme. Il faut marcher au milieu, sur le fil, en évitant les dangers de l'artillerie populiste - qui vous trouve trop intellectuel-  et de l'artillerie pédantiste - qui vous trouve trop simple. Il faut marcher sur ce fil : sur les pas de Jean Vilar, de Jacques Copeau et de la décentralisation....



 

LA TOURNÉE de L’école des Femmes  de Christian Schiaretti:



- Création les vendredi 5, samedi 6 et dimanche 7 juillet 2013 à Brangues (38)



- Lundi 22 et mardi 23 juillet 2013 à Béziers, Festival del Catet (34)



- Samedi 27, dimanche 28 et lundi 29 juillet 2013 à Surgères (17)



- Vendredi 4 et samedi 5 octobre 2013 à Chelles (77)



- Mercredi 9, jeudi 10, vendredi 11 et samedi 12 octobre 2013 à Villefranche-sur-Saône (69)



- Mardi 15 et mercredi 16 octobre 2013 à Mâcon (71)

- Vendredi 18 octobre 2013 au Creusot (71
)


- Mardi 22 et mercredi 23 octobre 2013 à Andrézieux-Bouthéon (42)

- Mardi 29 et mercredi 30 octobre 2013 à Meylan (38)

`

- Mardi 5 et mercredi 6 novembre 2013 à Val-de-Reuil (27)



- Samedi 9 et dimanche 10 novembre 2013 à Suresnes (92)



- Mercredi 13, jeudi 14, vendredi 15 et samedi 16 novembre 2013 à Nice (06)



- Mardi 19 novembre 2013 à Arcachon (33)



-Jeudi 21 novembre 2013 à Pessac (33)



-Samedi 23 novembre 2013 à Villeneuve-sur-Lot (47)



- Mardi 26 novembre 2013 à Miramas (13)



-Jeudi 28, vendredi 29 et samedi 30 novembre 2013 à Blagnac (31)



-Mardi 3 décembre 2013 à Bressuire (79)

-Jeudi 5 décembre 2013 à Aiffres (79)



-Samedi 7 décembre 2013 à Parthenay (79)

-Mardi 10 décembre 2013 à Nevers (58)



-Jeudi 12 et vendredi 13 décembre 2013 à Romans-sur-Isère (26)

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8 juillet 2013 1 08 /07 /juillet /2013 11:13

bellorini.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr / crédit photos-représentation: Marie Clauzade. Portrait: DR/ Jean Bellorini est un chef de troupe brillant : il a l'art de rassembler autour de lui de jeunes comédiens pétillants et et énergiques qui charment l'auditoire par leur bonhommie et leur communicative envie de jouer. Jusqu'au 16 juin 2013, dans le magique Bassin du domaine d'Ô ( Montpellier) s'est installée une fête foraine, riante de loupiotes, dont le coeur bat au rythme d'un vieux carrousel et d'auto-tamponneuses espiègles. Pendant une heure, les spectateurs flânent, tirent à la carabine sur des ballons  colorés, dévorent une crêpe au nutella et observent les étranges personnages qui déambulent au milieu d'eux. Là, une roue lumineuse actionnée par une vieille dame qui pédale sur un vélo, ici une batterie-cyclette, plus loin des hommes-bouée hilares…puis c'est l'heure des mots de  Ferenc Molnár : la discrète Julie ( Clara Mayer) , la naïve Marie ( Amandine Calsat), la jalouse Mme Muscat ( Delphine Cottu), le portier Balthazar ( Damien Vigouroux), le vaurien Liliom ( Julien Bouanich), la bougonne Mère Hollunder (Jacques Hadjaje) et l'infréquentable Dandy ( Marc Plas) font leur entrée. Ils nous racontent l'histoire tragique du bonimenteur Liliom que l'orgueil et les mauvaises fréquentations perdront  mais aussi l'histoire d'amour impossible entre deux êtres qui ont trop peur d'exposer leurs faiblesses en disant Je t'aime et préfèrent souffrir l'éternité plutôt que d'ôter leur carapace. Jean Bellorini a su investir le bassin d'Ô et donner à la pinède, aux vieilles pierres, à la passerelle - et même au ciel!- un rôle dans cette fable d'enfants des banlieues. A dos de caravane, les pieds dans le sable ou la tête dans les étoiles, le ton est juste, ni trop de larmes, ni trop de gaieté forcée, Julie et Liliom portent leur tragédie avec la force de leur jeunesse, en sont parfois étourdis, ripostent par des bravades touchantes et supportent avec courage ce que le destin leur a offert. On ressort charmé par cette équipe de joyeux drilles au ton juste. N'oublions pas d'évoquer les trublions farceurs ( Julien Cigana et Teddy Melis) qui vous font mourir de rire-  les détectives du ciel sont embauchés pour ça - et de saluer la jolie voix de Lidwine de Royer Dupré entrecoupée des didascalies de l'attirant Maître de cérémonie Hugo Sablic ! Jean Bellorini et toute sa troupe vous attendent pour célébrer ensemble la magie du théâtre et des mots!

Pourquoi avoir voulu monter Liliom?
C'est par un double hasard. Ferenc Molnár est d'abord un auteur que je connaissais depuis un moment et que j'ai découvert  d'abord au travers du film de Fritz Lang. Un dramaturge que j'ai fait travailler à l'Ecole Claude-Mathieu, il y a quelques années maintenant, avec des élèves et entre-temps ces élèves sont passés par des grandes écoles tandis que  d'autres ont participé à mes précédents spectacles ( Clara Mayer, par exemple, était notamment Gavroche dans Tempête sous un crâne et elle fat partie des très fidèles avec qui j'ai l'habitude de travailler). Monter Liliom au Domaine d'Ô pour le Printemps des Comédiens, c'était l'occasion de  reprendre ce texte avec des personnes un peu plus éloignées de moi puisque la compagnie a une grosse activité, plusieurs pièces encore en tournée ( Tempête sous un crâne, Paroles gelées), et qu'on va ensuite entreprendre  une création "La bonne âme du Se-Tchouan"de Brecht sur laquelle on commencera à travailler dès l'automne  ; donc on ne peut pas trop user tous nos acteurs!  Il y en a donc certains qui sont aussi dans Liliom et d'autres non. L'autre hasard, c'est notre rencontre il y a deux ans avec Jean Varela : il y a eu un vrai attachement , un grand charme du lieu et une reconnaissance dans la manière d'envisager le théâtre et la façon dont de monter un projet . Je lui ai ainsi parlé de Liliom de façon complètement naturelle, intuitivement et de mon envie de le monter dans le bassin, dans un cadre de fête foraine, et Jean Varela avait eu , je crois, déjà envie de le faire avec Dag Jeanneret et du coup cela s'est fait d'un commun accord.

C'est un projet qui vivre et mourra au Printemps des Comédiens…où il est envisagé de leCapture-d-ecran-2013-07-06-a-11.57.27.png faire tourner?
Il sera récréé dès la saison 2014/15 pour être joué notamment à l'Odéon puisque ce théâtre est partenaire de cette production au Printemps des Comédiens. Il sera recréé dans une version plus intérieure et il faudra qu'on essaie de garder la magie de l'extérieur et de transposer les étoiles dans un théâtre. Je suis assez content que ce Liliom existe dans cette version en plein air au Printemps des Comédiens et j'ai essayé d'utiliser au mieux le lieu, les arbres , le ciel , l'extérieur et… finalement le fait de ne pas le reprendre de suite en intérieur, d'avoir d'abord le Brecht à monter et la tournée avec Paroles gelées de Rabelais,nous laissera le temps d'estomper les souvenirs et ne pas ensuite être trop dans la frustration de ne pas avoir la même qualité de cadre ….et on sera content de le reprendre en intérieur.

Si vous deviez nous présenter Liliom en quelques mots, que diriez-vous?
C'est une fable dite par des gens qui ont du mal à parler et à communiquer, portée par une écriture très fine et très mystérieuse. J'avais envie de donner ce texte comme une légende et , du coup, que ce soit dans la communion entre l'imaginaire de l'acteur et celui du spectateur, qu'ensemble on rêve à cette légende….c'est à dire que les comédiens ne soient pas complètement dans l'incarnation et dans la situation ; il y aura tout ce qu'il faut pour rêver à la situation puisque la fête foraine sera réelle . On raconte la légende de Liliom et de la petite Julie, êtres dans le désarroi, un couple qui est dans la survie …jusqu'à basculer très facilement dans  l'avant-dernier tableau qui, lui, est complètement onirique - un peu à la manière de Méliès- durant lequel Liliom se retrouve dans le paradis, où il est jugé après s'être suicidé et on lui dit qu'il va retourner dans le monde des vivants juste une journée, 16 ans plus tard.

Avec Tempête sous un crâne et Paroles Gelées, vous avez monté des oeuvres littéraires sur un plateau. Avec Liliom, vous revenez au genre dramatique, cela modifie-t-il votre façon de mettre en scène ou pas du tout?
Cela provoque des changements évidemment. Je suis très content de revenir au théâtre, même si on ne se pose pas tout à fait les mêmes questions. Cela nous oblige à faire une transposition de nos vraies questions: toutes nos réflexions sur comment on raconte les choses, comment l'acteur donne le plus simplement et essentiellement les choses au spectateur pour qu'il les reçoive le plus purement possible….ce sont des questions que l'on se pose davantage avec des oeuvres dites narratives. Quand on travaillait avec des textes affirmés narratifs, on se demandait "comment faire avec cette matière du théâtre?" et avec Liliom, on s'est demandé comment en faire plus une histoire… et du coup, on laisse encore plus la place au spectateur de se faire son film quelque part. La place du spectateur est pour moi extrêmement importante au théâtre. J'ai l'impression qu'on ne doit pas tout nous imposer ; le théâtre doit être le lieu de la liberté de penser, du rêve et de l'imaginaire. Plus on nous impose des choses, moins on a de place pour les imaginer. Au cinéma, on a besoin de voir et au théâtre , on a simplement  besoin qu'on nous raconte pour pouvoir se faire nos propres images…


Comment qualifieriez-vous l'écriture de Ferenc Molnár par rapport à l'écriture fleuve et épique d'Hugo ou encore les flots tonitruants de Rabelais?
Liliom parle d'individus qui n'arrivent pas à communiquer. On trouve ainsi dans la traduction l'expression de cette difficulté d'échanger avec la présence de points de suspension notamment. La pensée est très fortement découpée et même avec des blancs. Les personnages,parce qu'ils ne savent pas comment dire, s'arrêtent puis reprennent…ce qui m'intéressait dans Hugo ou dans Rabelais, ce n'était pas forcément la dimension fleuve mais plutôt la dimension rythmique. Là, c'en est un autre , tout autant intéressante et forte. Il y a une nervosité très précise, quelque chose de déséquilibré et de très vif dans l'écriture de Molnár.

Votre compagnie Air de Lune poursuit une réflexion très personnelle sur le théâtre et vous affirmez que le théâtre doit être une fête, qu'il doit être poétique et avoir une mission éducatrice…lorsque vous montez une pièce, travaillez-vous ainsi dans l'idée de créer quelque chose d'à la fois intelligent et de divertissant mais qui ne soit pas purement un objet intellectuel?
Il faut qu'il y ait un équilibre entre les choses. Si ce n'est qu'intellectuel ou , pire encore peut-être sûrement, que divertissant, la pièce a peu de force finalement. L'intérêt au théâtre est de réunir et de fédérer des gens très différents, presque opposés..c'est le principe du métissage et la force du théâtre naît d'un présent où l'on est ensemble, différemment, pour recevoir les choses. Du coup, évidemment qu'il faut que ce soit  autant festif que joyeux et émotionnel. Dans l'acte même d'aller au théâtre, ça existe. La fête foraine est la métaphore de cela : on est dans un lieu joyeux, on y va pour s'amuser et finalement on vit des drames, la solitude… et c'est souvent au milieu de la scène qu'on se sent le plus seul….même si les personnages vivent leurs drames à la lisière de la fête foraine et pas au coeur même de celle-ci.

Après Liliom, vous poursuivrez donc avec le texte de Bertolt Brecht, la Bonne âme du Se-Tchouan…
Ce sera créé au Théâtre National de Toulouse et même si l'on est dans une autre dimension, je pense qu'il y aura des résonances avec Liliom. Je voulais vraiment penser Liliom dans cette version à part sous les étoiles pour que ces deux pièces se confondent pas trop d'ailleurs…. parce qu'il y a des éléments proches: la question de la difficulté de vivre notamment, même si Brecht s'attache plus à la quête d'identité . La bonne âme du se-tchouan est pour moi une histoire de schizophrénie où l'homme tente de rester ce qu'il est mais où il est obligé de devenir schizophrène s'il veut appartenir à notre monde d'aujourd'hui… ce que Liliom ne fera pas en se suicidant. Les personnages de Brecht, quant à eux, deviennent fous. En approfondissant le travail sur Liliom, je me dis que plus on assumera le côté primaire des personnages, plus l'acteur derrière ses archétypes pourra révéler la complexité et la dimension tragique de ces êtres. C'est vraiment important que l'on puisse lire le regard de l'acteur derrière le masque des personnages.  Ils ont tous un masque, sont tous fardés les personnages de Liliom et pour moi c'est un moyen de faire apparaître les yeux des acteurs plus forts derrière.



La programmation de la Cie Air de Lune

> LILIOM: 
Du 5 au 16 juin 2013 au Printemps des Comédiens ( Montpellier)

> PAROLES GELEES :
Le 12/06/2013 à Saint-Etienne
Opéra de Saint-Etienne

Du 07/03 au 25/04/2014 à Paris
Théâtre du Rond-Point
http://www.theatredurondpoint.fr/ - 01 44 95 98 21

Du 09 au 15/04/2014 à Nantes
Le Grand T
http://www.legrandt.fr/ - 02 51 88 25 25

Du 23 au 24/04/2014 à Annecy
Bonlieu - Scène nationale
http://www.bonlieu-annecy.com/ - 04 50 33 44 11

Le 12/05/2014 à Compiègne
Espace Jean Legendre - Théâtre de Compiègne
http://www.espacejeanlegendre.com/ - 03 44 92 76 76

Le 27/05/2014 à Belfort
Le Granit - Scène nationale, Belfort
http://www.theatregranit.com - 03 84 58 67 67

>  TEMPETE SOUS UN CRANE :
Du 28/04 au 24/05/2014 à Ivry-sur-Seine
Théâtre des Quartiers d'Ivry
http://www.theatre-quartiers-ivry.com/ - 01 46 72 37 43


> LA BONNE AME DU SE-TCHOUAN :
Du 09 au 19/10/2013 à Toulouse
Théâtre National de Toulouse
http://www.tnt-cite.com/ - 05 34 45 05 05

Du 07/11 au 15/12/2013 à Paris
Odéon-Théâtre de l'Europe - Ateliers Berthier
http://www.theatre-odeon.eu/fr - 01 44 85 40 00

Du 19 au 20/12/2013 à Valence
Comédie de Valence
http://www.comediedevalence.com/ - 04 75 78 41 70

Du 07 au 12/01/2014 à Châtenay-Malabry
Théâtre Firmin Gémier / La Piscine
http://www.theatrefirmingemier-lapiscine.fr/ - 01 41 87 20 84

Du 16 au 17/01/2014 à Compiègne
Espace Jean Legendre - Théâtre de Compiègne
http://www.espacejeanlegendre.com/ - 03 44 92 76 76

Du 23 au 24/01/2014 à Toulon
Théâtre Liberté
http://www.theatre-liberte.fr/ - 04 98 00 56 76

Du 29/01 au 01/02/2014 à Marseille
La Criée - Théâtre national de Marseille
http://www.espacejeanlegendre.com/ - 04 95 04 44 90

Du 06 au 07/02/2014 à Châteauroux
Equinoxe, Scène Nationale de Châteauroux
www.equinoxe-lagrandescene.com/ - 02 54 08 34 34

Du 13 au 15/02/2014 à Alès
Le Cratère
http://www.lecratere.fr/ - 04 66 52 52 64

Du 19/02 au 02/03/2014 à Lyon
Théatre de la Croix Rousse
http://www.croix-rousse.com - 04 72 07 49 49

Du 06 au 07/04/2014 à Tremblay en France
Théâtre Louis Aragon
http://www.theatrelouisaragon.fr - 01 49 63 70 58

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26 juin 2013 3 26 /06 /juin /2013 17:09

weber.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr / Crédit- photo: Kim Weber / Si l'on associe d'abord Jacques Weber au personnage de Cyrano de Bergerac, cadet au grand coeur et à la plume véloce, qu'il a joué plus de 300 fois et qui l'obsède encore aujourd'hui, l'acteur, réalisateur et scénariste français a aussi une histoire privilégiée avec Molière. A ses débuts, en 1970, alors qu'il a tout juste 21 ans, Marvel Cravenne l'engage pour Tartuffe et Jacques Weber le mettra lui-même en scène ensuite en 1994 et en 1995.  En 1973, il met en scène Les Fourberies de Scapin et son prologue. Il interprète également Don Juan en 1987 dans une mise en scène de Francis Huster et l'incarne à nouveau au cinéma en 1998. Il met en scène Le Misanthrope  en 1988 et en 1990 et joue Alceste pour la télévision en 1994. Enfin en 1991, dirigé par Jean-Luc Boutté, il joue dans l'Ecole des femmes. Depuis 2003, avec son épouse Christine Weber, ils ont conçu une lecture du Roman de Monsieur Molière de l'écrivain russe Mikhaïl Boulgakov. Connu pour mêler habilement le fantastique et le réel, cet auteur, aimant passionnément le théâtre, imagine en 1933 une biographie de Molière qui lui permet de dénoncer par procuration les rapports entre l'artiste et le pouvoir, la censure et le poids de l'étatisme. Victime du stalinisme, il voit en Molière un révolté qui lui ressemble. Jacques Weber lui prête sa voix et sa présence charismatique, le temps d'une parenthèse littéraire et théâtrale privilégiée. Nous sommes très honorés d'accueillir dans nos pages ce grand homme du théâtre français et vous laissons en compagnie d'un acteur qui ne manque pas de..panache!


Quels souvenirs gardez-vous de votre première rencontre avec le texte de Boulgakov?


J'étais ébloui parce que je connais très bien- non pas tous les livres mais - beaucoup de livres concernant Molière suite à mon parcours privilégié, puisque c'est un des auteurs que j'ai le plus travaillés dans ma vie et je trouvais que la plupart des biographies que j'avais lues étaient très intéressantes sur le plan de l'analyse et du commentaire mais je n'en voyais jamais beaucoup d'intéressantes sur le plan littéraire. Souvent c'était de l'ordre de l'idolâtrie, écrit par certains acteurs et je n'étais pas très touché. Boulgakov est non seulement un immense auteur, un des plus grands représentants de la littérature russe du vingtième siècle mais c'est aussi un homme de théâtre extrêmement important, un homme qui a été en combat avec l'auditoire et qui a entretenu une relation extrêmement ambigu avec Staline et c'est aussi pour cela qu'il écrira la biographie de Molière; pour contourner la censure et parler d'une façon extrêmement implicite du rapport entre l'artiste et le pouvoir.



 

En montant ce Roman de Monsieur Molière, on fait aussi monter un peu sur scène Mickaël Boulgakov? Avez-vous travaillé en ce sens, dans l'idée d'une incarnation double en quelque sorte?


Cette représentation, c'est une lecture vivante, et je l'espère par moments incarnée même si ce que je raconte c'est avant tout la vie de Molière ,avec évidemment les mots de Boulgakov, il n'est toutefois pas question pour moi d'interpréter Molière, ni  d'interpréter Boulgakov. Comme toute lecture, ce qui est important c'est de faire passer un texte, de faire passer l'urgence d'un créateur, sa fièvre, ses angoisses, ses moments de dépression et de gaieté , bref tout ce qu'a su merveilleusement indiquer Boulgakov à l'endroit de Molière.



 

Le canevas de cette représentation, mise en scène par votre épouse Christine Weber, se base sur le texte de Boulgakov et vous y avez inséré des digressions, c'est bien cela?


Ma femme a fait l'adaptation de ce texte parce que si j'avais du le lire en entier, ça aurait fait sept ou huit heures et il y a parfois , pour agrémenter ce texte, des extraits de pièces de Molière qui s'égrènent ça et là au gré de la lecture.

 



Ce spectacle est joué depuis 2003…y-a-t-il eu des évolutions notables au fur et à mesure des représentations?


Cela change évidemment un peu selon les lieux et les endroits mais le texte reste le même. Je lis sur de très grandes feuilles qui me permettent de me promener en récitant et de vivre ça de façon extrêmement vivante…et je ne suis pas assis à une table en train de lire le nez dans mes papiers.C'est tout à fait le contraire!



 

Vous aviez monté en 1973 un Jean-Baptiste Poquelin…


Tout à fait mais ça, c'était autre chose: c'était un prologue des Fourberies de Scapin qu'on avait travaillé mais qui n'avait rien à voir avec la vie de Molière.

 



Dans votre répertoire, parmi les œuvres de Molière, certaines semblent avoir dominé comme Tartuffe ou Le Misanthrope, pièces dites les plus nobles et les plus complexes du répertoire de Molière…sont-ce vos préférées?

J’ai joué aussi dans L'Ecole des femmes et puis le rôle d’Arnolphe, Don Juan aussi que j'ai mis en scène au cinéma et joué au théâtre. Vous savez, je n'ai pas de pièces ni même d'auteurs préférés mais Molière est en tous cas l'un des auteurs les plus importants pour moi et un de ceux que je connais le mieux car j'ai eu la chance de jouer tous ses grands rôles plus de 300 fois chacun et " on ne commence à bien jouer qu'après cinquante représentations". Comme j'ai eu la chance de les jouer longtemps, ce sont des personnages que je connais absolument et qui me donnent de ce fait envie de les connaître encore mieux, c'est à dire encore plus loin. Plus on joue des rôles, plus ils s'ouvrent et plus le travail est sans fin…c'est ça qui est passionnant!



 

Avez-vous joué des rôles dans des comédies de Molière plus légères?

Des comédies de Molière, j'en ai peu faites. Comme personnages de Molière, j'ai joué Don Juan, Alceste, Tartuffe et Arnolphe. Je vais sans doute jouer plus tard ou Dandin ou Harpagon mais pour l'instant je n'en ai pas joué d'autres…mais je ne demande que ça! C'est vrai que ce sont des grands premiers rôles et moi j'ai la chance de jouer des grands premiers rôles.



 

Qu'est-ce vous séduit en particulier dans le personnage de Molière? Son génie des situations, des caractères, son verbe?

Je crois que cela ne peut pas se départager comme cela; c'est un tout. Il y a cependant une thématique chez Molière qui m'est chère , c'est la nécessité du désordre. C'est un homme qui, très souvent, met en place un personnage central et qui désordonne le monde dans lequel il s'inscrit. Tartuffe désordonne les familles, Don Juan désordonne le monde, Alceste désordonne les classes sociales privilégiées, Scapin désordonne le peuple dans lequel il vit..Il y a toujours quelque chose de cet ordre-là, quelqu'un qui est posé là et qui, dans sa façon d'agir et d'être, remet en question les schémas classiques, auxquels nous sommes habitués. C'est dans ce sens que Molière écrit un théâtre extrêmement subversif et c'est cela que j'aime beaucoup.



 

Il y a en même temps un paradoxe chez Molière, qui est sans doute un paradoxe d'artiste, et même si à la fin de sa vie il a été "déchu", il se produisait à la cour et fréquentait la noblesse….


Oui, il participe à l'art de cour, à l'art précieux mais de tous temps cela a été comme ça (rires)…les plus grands subversifs ont commencé dans un premier temps comme des marginaux et ont ensuite été récupérés par les classes dominantes . Les classes dominantes ont besoin de récupérer leurs propres critiques et en même temps ils leur permettent d'exister aussi: il y a toujours cette ambiguité-là. Boulgakov en est l'un des plus grands témoins.



 

Si vous deviez citer une anecdote, un passage de la vie de Molière que vous dîtes sur le plateau, lequel serait-ce?

 
Ce qui est formidable de la part de Boulgakov, c'est qu'il garde son style qui part de choses assez concrètes et s'en va très vite dans le fantastique. Il a l'habileté de scruter de tout petits détails comme, par exemple, le fait que les gens croient que la maison de naissance de Molière était La maison aux singes et à partir de là, il se met à broder à partir de ce détail, avec beaucoup d'humour….de même qu'il nous apprend que le fameux Baron qu'a remplacé Molière était claveciniste….maître d'un clavecin censé marcher tout seul et donc il tournait dans toute la France et cet homme faisait toujours croire que le clavecin fonctionnait tout seul et un jour , il se produit devant le roi et le roi dit" mais ce n'est pas possible que ça marche tout seul! ouvrez cette machine!" et là il y avait un homme recroquevillé dedans et qui n'était autre que celui qui deviendra un acteur célèbre et remplacera Molière dans tous ses rôles et qui sera l'acteur Michel Baron. Voilà, ce sont des petites anecdotes qui m'ont amusé.

 

 

Cette année, vous avez participé à Le Prix Martin d'Eugène Labiche mis en scène par Peter Stein au Théâtre de l'Odéon? Quels souvenirs de cette expérience?


Cela a été un triomphe au Théâtre de l'Odéon. Ce fut pour moi une des très grandes rencontres de ma vie et depuis j'ai un regard différent sur mon métier. Peter Stein est un homme qui parle simplement, qui s'attache au concret des choses, aux faits et aux lois fondamentales de son métier et qui en a une connaissance très profonde et très poétique. Il a une façon de diriger qui lui est propre et qui est absolument géniale et qui n'est pas de l'esbroufe; c'est toujours très humain, très simple.



 

D'autres actualités?


Oui, à la rentrée, je vais jouer La dame de la mer d'Henrik Ibsen au Théâtre Montparnasse.



 

Les Mots en soie ont fait paraître un documentaire cette année intitulé "Cyrano, ma vie dans la sienne": de même que Cyrano est le rôle qui vous hante, pensez-vous que tous les grands acteurs ont un rôle qui les hante?


Je ne sais pas si tous les acteurs ont un rôle qui les hante mais je sais que Cyrano est important pour moi parce que je l'ai joué  plus de 300 fois et que c'est un évènement marquant de ma vie. Et ça a été un évènement tout court puisqu'il paraît que j'ai marqué le rôle donc tout cela fait que c’est un rôle qui m’a marqué pour toute ma vie. C'est vrai que j'y pense  d'une façon peut-être parfois immodérée mais bon je ne peux pas le nier. Je sais que Cyrano est un rôle que pas mal d'acteurs rêvent de jouer et j’ai eu de la chance de l’incarner...

 




« Le Roman de Monsieur de Molière » raconté par Jacques Weber


Le 15 juin 2013 à 21h30, Mise en scène de Christine Weber au Théâtre de Pézenas ( Hérault )

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31 mai 2013 5 31 /05 /mai /2013 17:19

bordet.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr / Pascale Bordet a commencé sa carrière de costumière de théâtre en 1982 aux ateliers de l'Opéra Garnier et au Théâtre du Trèfle. Elle travaille depuis comme indépendante, principalement pour le théâtre privé. Pour des pièces classiques ou contemporaines, elle a notamment "habillé" Michel Bouquet, Isabelle Carré, Cristiana Reali, Francis Huster, Michel Aumont, Sara Giraudeau ou encore Annie Duperey qui a rédigé la préface de son dernier Beau-Livre. Elle a été nominée depuis plus de dix fois aux Molières et a reçu deux fois le Molière de la meilleure créatrice de costumes en 1999 et en 2002. En 2000, elle a été également récompensée du prix Renaud-Barrault. Après avoir publié chez Actes Sud, La Magie du costume, est paru en janvier 2012 les Cahiers secrets d'une costumière de théâtre, une petite merveille qui enchantera tous les amoureux du théâtre. Pascale Bordet habille les comédiens tout en les dessinant. Son livre regorge de croquis attrayants et expressifs auxquels s'ajoutent des commentaires manuscrits, témoignages du travail en gestation. Avec la complicité des superbes photographies de Laurencine Lot, elle nous permet de pénétrer dans les coulisses de son métier aussi passionnant qu'exigeant et protège à sa manière cet artisanat théâtral et ce savoir-faire unique. Chapitre après chapitre, on jouit de son écriture espiègle et imagée  et l'on s'émerveille devant ses créations. Pascale Bordet , depuis l'armoire à rêves de ses parents artisans à ses dernières confections de costumes, confie ses secrets de création, citent des maximes de grandes personnalités du théâtre qui l'inspirent et nous détaillent ce qui fait la spécificité d'un costume de théâtre. Ce Beau-Livre est mené avec passion et pertinence :  il vit et , page après page, parce que Pascale Bordet est une magicienne tapie dans l'ombre, l'envie urgente de se rendre au théâtre nous saisit…d'ailleurs, il ne serait pas étonnant qu'en le fermant, vous ne soyez persuadé d'avoir entendu résonner des applaudissements….en tous cas, nous, on applaudit! Le costumier fait partie des métiers trop méconnus du théâtre. Officiant dans l’ombre, il participe pourtant, dès le début, au processus de création. Souvent, les comédiens attendent impatiemment le moment, dès les répétitions, où ils vont revêtir leur costume de scène pour affiner leur interprétation, pour mieux entrer dans la peau de leur personnage.Le témoignage de Pascale Bordet nous éclaire sur son approche. Après avoir commencé au Théâtre du Trèfle et aux ateliers de l’Opéra Garnier à Paris (1982-1986), elle travaille comme indépendante pendant plus de vingt ans, principalement pour le théâtre privé et, de temps à autre, pour la télévision ou la scène musicale. Depuis ses premières collaborations avec Jean-Paul Farré, elle ne cesse plus, habillant Michel Bouquet, Jacques Dufilho, Isabelle Carré ou Cristiana Reali, travaillant pour Georges Wilson, Jean-Claude Brialy, Georges Werler, Alain Sachs ou Stephan Meldegg, pour des pièces classiques ou contemporaines.

 

En lisant votre armoire à rêves, premier chapitre de vos carnets, on pense au "buffet" d'Arthur Rimbaud….on vous l'a déjà dit? En plus du goût du tissu, vous avez le goût du mot! Quelle a été la genèse de cet ouvrage?
Mon livre m’a été nécessaire, vital ; j’avais besoin d’expliquer mon métier, comment je le faisais et faire découvrir les coulisses où je passe ma vie. Il m’a fallu quatre années pour le construire.

 Si vous êtes douée avec une aiguille et un fil, vous ne l'êtes pas moins avec un crayon etCapture-d-ecran-2013-05-29-a-16.59.24.png l'aquarelle….où avez-vous appris à dessiner?
Je n’ai jamais pris de cours de dessin, mais j’ai toujours dessiné et peint depuis l’enfance, sur un coin de table.

Vous dites qu' " il faut commencer par apprendre les époques, historiques, toutes, l'histoire du costume et toute l'histoire, car tout est lié et a un sens culturel et politique". Un sacré travail en amont en plus de la lecture de la pièce et l'analyse de ses personnages…. Vous précisez cependant "qu'on n'échappe pas à sa propre époque, on revisite toujours le passé à travers le présent". Vous faites donc tout sauf un travail de reconstitution …parce que vous le jugez inintéressant au théâtre ou que cela ne vous intéresse pas personnellement?
Je ne fais pas un travail de reconstitution ; au théâtre il y est question de création pour moi, et je juge beaucoup moins intéressant le copier/coller ; même un simple dessin s’il est créatif vaut des milliers de mots et de photos.

De nombreuses citations s'invitent ça et là dans les pages de votre livre….le signe d'une amoureuse de la formule? de la réplique?
Bien sûr que j’aime les formules. Si vous deviez citer un costume qui vous a été particulièrement compliqué à concevoir?
Le costume le plus compliqué à concevoir, c’est celui que je fais en ce moment ; c’est-à-dire toujours celui que je cherche au présent. Une fois trouvé, je ne le trouve plus compliqué.

Et celui dont vous avez été le plus fière?
Le costume du Roi se meurt de Michel Bouquet est le costume dont je suis le plus fière parce qu’il me dit qu’il joue bien avec… et ça fait dix ans qu’il le joue. D’ailleurs tous les costumes du « Roi » je les ai faits à la main. Ils m’appartiennent mais je vais en faire don au théâtre

 En avez-vous gardé certains? Pour les mettre dans une armoire où vos enfants puis petits-enfants  pourraient fouiller?
Je ne veux rien posséder car ça brouille la création à venir : j’aime la page blanche et recommencer à chaque fois.

Avez-vous des matières de prédilection? et d'autres qui sont vos bêtes noires en confection?
Mes matières de prédilections sont avant tout anciennes, je me nourris de leur vie et à moi d’en faire toute une histoire ; je n’aime pas les matériaux chimiques modernes, flasques et sans vie.

Capture-d-ecran-2013-05-29-a-16.59.10.pngVous expliquez que le costume de théâtre commence par la chaussure, doit être facile à enfiler, doit avoir des colifichets qui font sens …recette après recette, on rencontre une dame qui a l'art de raconter des histoires et aurait pu être tentée , au théâtre, de les raconter autrement qu'au travers des tissus?
Je raconte des histoires avec des costumes ; je ne suis que costumière pas comédienne ; moi j’ai les tissus pour dire les mots, et je me cache derrière ; j’aime bien qu’on ne me voit pas, qu’on découvre les costumes porteurs de sens, et seulement, moi, bien après.
Si vous deviez citer une pièce dont les costumes vous ont convaincu que costumière de théâtre était votre vocation,  laquelle serait-ce?
En autres, c’est d’abord Le Roi se meurt dont les costumes m’ont convaincu que costumière de théâtre était bien ma vocation.

 Y a -t-il un personnage de théâtre dont vous aimeriez créer le costume…et qui ne s'est pour l'instant pas proposé à vous?


J’aimerais tout autant re-costumer Le Misanthrope mais cela ne s’est pas retrouvé.

Vous dîtes que dans chaque costume de théâtre, vous ajoutez un gri-gri pour rassurer le comédien….un secret entre vous et lui. La costumière est un peu la "maman" de la pièce? celle qui chouchoute et fait briller sur scène ses enfants parfois capricieux mais sur lesquels elle garde un oeil toujours prévenant?
La costumière est un peu « maman » à rassurer les comédiens mais aussi infirmière des âmes, psychanalyste, jardinière des humeurs, protectrice de ces « gentils animaux » que sont les acteurs !

Enfin, si vous deviez citer une phrase qui, selon vous, explique à la perfection votre métier, laquelle serait-ce?
Personnellement je ne porte que du blanc et je dis : je porte du blanc pour m’oublier et pour qu’on ne m’oublie pas !  C’est une des phrases qui expliquent bien mon métier.

> Le site de Pascale Bordet : www.pascalebordet.fr

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23 mai 2013 4 23 /05 /mai /2013 12:41

teste.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr / Crédit-photo: ©Abeele / Cyril Teste est metteur en scène et comédien. Après une formation en arts plastiques et des cours de théâtre à l'Ecole régionale d'acteurs de Cannes puis au conservatoire national supérieur d'art dramatique de Paris, il imagine avec le collectif MxM une forme de théâtre singulière qui mêle le théâtre à la vidéo et aux nouvelles technologies. Il présente en juin 2013 Nobody, adaptée librement de l'oeuvre "Sous la glace" du dramaturge contemporain Falk Richter. Une performance filmique axée sur le monde de l'entreprise dans laquelle les spectateurs assisteront à la fois au tournage et au film qui se déroulera en direct sous leurs yeux. Rencontre avec son réalisateur-metteur en scène.


Pourriez-vous d'abord nous présenter  votre collectif MxM?
Metteur en scène du Collectif MxM fondé en 2000 à Paris, notre démarche interroge un théâtre où l’interdisciplinarité est au centre du processus de création, explorant par là le potentiel des nouvelles technologies. Nous ne  négligeons pas pour autant l’importance des textes dans le travail, nous collaborons essentiellement avec des auteurs contemporains dans une volonté de traduire un monde en résonance directe avec son temps. Quelle poésie de l’ici et du maintenant ? Les outils contemporains que nous utilisons tels que la vidéo, les espaces augmentés et bien d’autres dispositifs interactifs, participent de cette tentative d’écrire une langue nouvelle, plus exactement une langue vivante.

On a pu lire que ce qui vous fascine c'est " la place de l'homme dans un monde où la surmodernité est devenue fin ultime"….qu'entendre par surmodernité?
La surmodernité  comme l'entend  Marc Augé -entre autres- à travers les non-lieux: espaces où il est difficile de s'inscrire à l'intérieur car ils ne sont que lieux de transit comme les aéroports, supermarchés, gares; espaces où il est difficile de laisser une trace, en réalité. Mais également une ère où le monde vient à nous mais nous n'avons plus besoin d'aller à lui , via internet, etc. La surmodernité liée à l'architecture et aux technologies d'aujourd'hui par exemple.


La surmodernité nécessiterait donc des surhommes?
Le surhomme est peut être celui qui passe au dessus de tout ça.

Vous pensez donc que la société est dans l'excès, dans sa quête effrénée de nouvelles technologies…. mais cette surmodernité, n'est-ce pas ,tout simplement, la "modernité" de notre époque? Est-elle un mal selon vous?
Je pense qu'il ne faut pas forcement la diaboliser. Elle peut en effet nous égarer dans notre relation au monde comme parfois nous éclairer . C'est un outil avant tout, mais l'addiction est présente. Je pense qu'il est important que nous restions conscients que notre propre temps est fondamental pour se construire et que vouloir être de son temps, c'est aussi vouloir le prendre.

Pour rendre cette idée sur un plateau, comment éviter de tomber dans du trop conceptuel? et rester dans du théâtre justement?
Je pense que l'écriture de Falk Richter traduit très bien cette incapacité que les hommes ont parfois à se détacher de leur système. En dehors c'est l'errance et donc la peur où la violence s'installe. C'est un sujet très commun aujourd'hui je pense ; en parler, c'est tenter de ne pas l'oublier à défaut de le dénoncer… mais tout être aujourd'hui est lié à ces question dîtes de stress, de performances, d'efficacités , de résultats: c'est une réalité concrète.

Comment s'est portée votre choix sur l'oeuvre de Falk Richter?
L'écriture de Falk Richter est en résonance avec son temps, elle oscille entre la poésie et le réalisme, entre l'espace mental et le choc physique. Je pense que Falk est un auteur de son temps qui, non sans humour et sans violence, observe une catégorie de gens en quête d'identité qui ne deviennent  pas esclaves du système ou des machines,  mais qui ,tout simplement ,l'ont bel et bien digéré. Ca me parle bcp car il ne suffit pas de dénoncer ces systèmes,  parfois simplement l'observer peut être aussi éclairant et ne pas s'en exclure me semble important aussi, car nous en faisons partie et ne sommes pas toujours plus intelligents que les autres.

Vous avez choisi de vous axer sur le monde de l'entreprise et montrer le pouvoir qu'elle exerce chaque jour sur les êtres qui la côtoient ; après des heures de travail sur le projet, quels constats en tirez-vous? Y'a -t-il une chance que l'homme en sorte indemne?
J'ai le sentiment que le sens des choses s'amenuisent de plus en plus, je ne peux pas vraiment prédire quoi que ce soit, mais je constate une souffrance, un assèchement liés à des systèmes qui effacent l'humain comme on efface des données informatiques;  les hiérarchies pyramidales s'essoufflent, en même temps que les employés qui les subissent,  l'auto-évaluation  "qu'est ce que ça veut dire?", on a de plus en plus de psys dans les entreprises… peut être qu'il est temps de comprendre que  les dommages collatéraux sont considérables, reste à  reconsidérer la place et la valeur humaine- et pas seulement dans les entreprises d'ailleurs! Donc oui, il y a des chances que l'homme garde des séquelles... mais en rien je ne vois dans ce constat de la fatalité. On continue à faire du théâtre n'est ce pas?

Cette pièce sera jouée In Situ, c'est à dire au coeur même des bureaux du Printemps des Comédiens : pour que le spectateur ressente davantage l'aspect documentaire et concret de votre travail, on suppose ?
Tout à fait, et pour être en phase avec une écriture cinématographique car il s'agit avant tout de réaliser en direct un film et donc de renforcer son réalisme. Du Cinéma vivant en quelque sorte.

Elle sera représentée à des heures fort tardives…pour des contraintes simplement techniques de qualité des projections?
Entre autres,  mais nous allons aussi explorer dans ce nouveau projet la question pour les spectateurs du cinéma en plein air. Car même si la performance se tourne dans les bureaux du Printemps des comédiens,  la projection se fera dehors, donc en effets les lumières seront déterminantes.

Le spectateur verra de l'extérieur le film joué à l'intérieur des bureaux….pour le soumettre une fois de plus face à son état passif de réceptacle de situations sur lesquelles il n'a pas de maîtrise? pour créer une distanciation?
La frontière qui sépare les spectateurs des acteurs sera l'écran et les vitres du bâtiment . Seule la fable les rassemblera dans un temps commun à tous.

Enfin, comment avez-vous travaillé avec les comédiens de la Promotion 2014 de la Maison Louis Jouvet? à partir d'improvisations, de débats sur les thèmes abordés par le dramaturge?
Je voudrais préciser une chose importante : c'est avant tout un laboratoire entre MxM et la Maison Louis Jouvet/ENSAD/Ecole Nationale Supérieure d'Art Dramatique de Montpellier dirigée par Richard Mitou avec les 14 comédiens de la Promotion 2014. S'y sont ajoutés, dans le cadre d'un stage de mise en situation professionnelle, 2 étudiants en Master de l'Université Paul Valéry III et 2 étudiants de 4e année de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux Arts. Ce projet ,en dehors de son contenu artistique,  questionne et développe d’autre part des réseaux d’écoles et d’institutions en regard des évolutions actuelles des arts de la scène. La mise en relation d’univers différents ( apportant chacun leurs qualités propres) contribue à la richesse des échanges qui s’instaurent, avec cette exigence et ce désir permanent d’interroger le croisement entre transmission, recherche et création.Ce  qui demande beaucoup de temps de préparation à tous les niveaux et donc, comme vous dites, qui passe par divers chemins pour trouver son écriture propre.

> Nobody
-Dimanche 9 juin 2013 à 22h30,  le 10,11, 12 juin à 0h30, et le 13 juin à 22h30 au Printemps des Comédiens (Domaine d'Ô- Montpellier)

-Rencontre le jeudi 13 juin 2013 à 19h avec Cyril Teste aux Micocouliers ( Printemps des Comédiens, Montpellier).

-Une conférence en présence de Falk Richter et de Cyril Teste aura lieu le 24 mai 2013 à 11h au Studio Bagouet du CCN ( Les Ursulines, boulevard Louis Blanc, Montpellier).

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18 mai 2013 6 18 /05 /mai /2013 13:07

jeanvarela.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr /  crédit photo DR - Dessin Arnaud Taeron/ Acteur, directeur de la programmation du théâtre Sortie Ouest à Béziers mais aussi des festivals Les Nuits de la Terrasse et Del Catet ( Nord de Béziers) et Le Printemps des comédiens ( Montpellier), Jean Varela est une figure incontournable du paysage culturel de la Région Languedoc-Roussillon. Son implication tant au coeur des villes que dans les villages les plus reculés et sa volonté ténue de faire découvrir au plus grand nombre des spectacles de qualité que ce soit en théâtre, cirque, musique classique ou encore en jazz, sont méritoires et en disent long sur sa générosité, sa détermination, sa passion et sa simplicité. Coup de projecteur donc sur ce brillant maître d'orchestre de nos soirées inspirées sous les étoiles héraultaises et rencontre avec un amoureux des belles lettres, qui manie le verbe avec finesse : un fédérateur de culture qui se bat, qui se bat, qui se bat… pour notre plus grand plaisir!

Genèse

Quel est votre premier souvenir de théâtre en tant que spectateur?
Cela dépend où je place le curseur (rires) . Je me souviens que le 14 juillet, il y avait un spectacle de théâtre sur la place de mon village; on allait en famille voir ce spectacle chaque année;c'était un rendez-vous! Ensuite mes véritables premiers souvenirs de spectateur, ce sont Les Tréteaux du Midi à Béziers avec Jacques Echantillon, avec notamment une très belle mise en scène de Faut pas payer de Dario Fo - je me demande même si ce n'était pas la création en France ! Je pourrais citer aussi les Fourberies de Scapin qui avait été mis en scène à la plage avec des costumes 1900 et puis, ah oui, un autre souvenir, une frustration cette fois: les Tréteaux du midi étaient venus jouer au collège de Murviels où j'étais élève, on était rentré dans la salle des conférences du village, aménagée pour l'occasion, et avant que ça commence, il y a eu une panne d'électricité et la pièce n'a jamais eu lieu! Après je pourrais citer aussi Le Bourgeois Gentilhomme de Jérôme Savary (toujours à Béziers) et un spectacle superbe sur 1914 qui se nommait Nouvelles au Front et que Jérôme Savary avait créé sous chapiteau.

Comment est née votre vocation pour le théâtre?
J'étais très timide alors au début on m'a forcé à faire du théâtre; mes parents m'ont inscrit à un atelier au collège puis j'ai continué dans une maison des jeunes de la culture, puis au lycée…après le conservatoire et puis voilà!

Comment êtes-vous devenu directeur de festival?
Quand j'étais au conservatoire, j'ai rencontré des gens comme Gabriel Monnet, Guy Vassal; j'ai fait l'acteur beaucoup chez Guy Vassal lors de festivals à Albi, Carcassonne, Aigues-Mortes et, avant même ma sortie de la section professionnelle du conservatoire, j'ai passé ma dernière année à monter une production et donc à aller de village en village pour la vendre. Le paysage et le maillage du territoire n'étaient pas du tout le même en 1987, l'école professionnelle était à ses débuts et la plupart des gens qui en sortaient partaient à Paris. J'ai eu la chance de rencontrer un réalisateur qui tournait beaucoup à l'époque pour la télé et qui était dans le jury ; il m'a embauché et j'ai tourné pour la télé et j'ai beaucoup travaillé de suite, au brésil notamment avec Irène Papas ; j'ai fait beaucoup de téléfilms mais j'ai décidé de rester ici. J'ai donc monté cette production,  rencontré des élus, parcouru la région pour monter une tournée. Ensuite, je me suis un peu implanté à Pézenas où, un an après, la compagnie a fait faillite. Et là, il y a le maire d'alors de la ville de Sigean, dans l'Aude, qui m'a proposé d'imaginer avec lui une politique culturelle. Je continuais à exercer mon métier de comédien et en parallèle j'ai commencé une réflexion sur ce que pouvait être une politique de création comme directeur de la culture, en compagnie déjà de Christian Pineau qui était éclairagiste, de Jacques Allaire, mais aussi de Jean-Marc Bourg que nous avions invité; puis on a créé une compagnie qui se nommait Abattoir:  on faisait un travail sur l'année en recevant des auteurs et nous avions même créé un temps fort qui s'appelait Théâtres, sur les écritures contemporaines où sont passés notamment Denis Lanoy, Julien Bouffier, Mathias BelAir… ça a duré dix ans à peu près ma présence là-bas. Puis il y a eu une séparation avec le maire, c'était en 1998, et dans la foulée, j'ai immédiatement proposé à la ville de Mèze de créer un festival, Paroles et Papilles, sur les problématiques de création contemporaine dans une ville à l'époque de 7 ou 8000 habitants;  on y déclinait l'idée du goût et on avait par exemple, à cette occasion, rejoué la cuisine amoureuse. A Mèze, ça a duré 5 ans puis j'ai eu ensuite à charge l'Itinéraire du théâtre et du cirque confié par l'Etat et la Région Languedoc Roussillon;  j'ai été candidat à la Cigalière et directeur trois ans de sa programmation puis il y a eu une rupture avec le maire de l'époque. Et après il y a eu Sortie Ouest…

Être à la tête d'une programmation culturelle semble nécessiter une forte dose de arnojeanvarela.jpgconvictions, lesquelles sont les vôtres? Vous faîtes-vous l'effet d'un berger qui amène ses brebis vers de verts pâturages?
Mes convictions? L'envie, d'abord et simplement, de faire partager le travail d'artistes dans lesquels je me retrouve. Je m'accorde avec les idées, pour une grande partie, de ce qui relève du service public et dans ce que disait Gabriel Monnet ou Michel Touraille aussi, ce dernier étant quelqu'un qui a beaucoup compté pour le théâtre à Montpellier : c'était mon professeur à l'école et il plaçait l'exigence artistique au coeur de l'action ; l'objectif était de faire partager cela par le plus grand nombre, avec l'idée que si l'on donne les clés aux spectateurs , si on lui donne les ouvertures, tout est possible ;  avec des hauts et des bas, évidemment, ce n'est pas linéaire, on peut se tromper. Ce métier-là, c'est aussi, comme le métier d'acteur, l'acceptation de l'erreur et de se tromper et c'est aussi faire partager cette notion au spectateur :  l'idée qu'il peut y avoir des choses réussies et moins réussies, des choses qui n'arrivent pas à maturité au moment de la création, qu'il y a un cheminement.

Dans ce rapport avec le public qui est une des facettes de votre métier, avez-vous une anecdote sur un moment de grâce, quelque chose qui serait resté dans votre mémoire?
Rien ne me vient précisément mais quand la représentation a été belle et que le public ressort avec une énergie, je la sens cette grande joie du public; et on est content, surtout quand l'objet est difficile et qu'on a réussi à amener des gens vers un objet ou un artiste qu'ils ne connaissaient pas et qu'ils en sortent remplis… et l'inverse est terrible aussi ; quand vous avez cru à un spectacle et que le public n'y a pas été sensible.

Et une victoire en tant que directeur artistique ?
Tous les projets à l'affiche sont des victoires. Chaque projet a une difficulté de calendrier, une difficulté technique, économique…chaque fois que l'on peut conclure avec un artiste que l'on a envie de faire venir, c'est une victoire. Par exemple, l'an dernier, la venue de James Thierrée a été une victoire car ça a été très compliqué; c'est un artiste difficile à approcher, techniquement on n'avait pas le lieu, toute la maison a travaillé pour trouver des solutions et construire ce chapiteau rouge…ouje pourrais citer cette année, le fait de faire venir Le Berliner Ensemble, il y a des acteurs du Burgtheater de Vienne et ce n’était pas évident de réussir à ce que les emplois du temps de tous permettent cette venue au Printemps.

Vous êtes à la tête de trois programmations : un parcours du combattant qui semble ne pas vous laisser beaucoup de minutes de liberté ; quand Jean Varela ne travaille pas, quel est son emploi du temps idéal?
Je ne fais rien (rires). Non, je plaisante..soit je cuisine, soit je suis dans les vignes avec mes amis Barral au Hameau de Lenthéric qui sont des vignerons de vin nature. J'ai une vie très simple en fait, monacale ( rires).

Avez-vous le temps de lire en dehors des lectures de dossiers de candidature de compagnies que l'on imagine en grand nombre sur votre bureau? Quel est le dernier livre que vous ayez lu?
Je lis en ce moment un bouquin très intéressant qu'un ami m'a offert: Pierre Loti, photographe. Je picore dans les livres, moi, je ne lis pas de romans. Par contre , je suis bibliophile; j'ai une passion pour les livres anciens.

De quelle(s) qualité(s) doit faire preuve selon vous un directeur de théâtre ou de festival?
Je ne sais pas, je suis acteur moi, après le reste...Je dirais qu’il faut essayer d'animer les équipes avec lesquelles on travaille, savoir embarquer tout le monde dans l'aventure. Je suis empirique, moi, je n'ai pas appris… j'apprends en marchant.

Le Printemps des Comédiens

L'édition 2013 accueille d’abord des "habitués" du domaine : Jean Bellorini et son Liliom, James Thierrée et Tabac Rouge….
Des habitués… on dira plutôt qu’il s’agit de "fidélités". En ce qui concerne Jean Bellorini, par exemple, il est venu jouer Tempête sous un crâne il y a deux ans  et on a eu envie de continuer ensemble et on s'est trouvé sur le texte Liliom de Molnar… Dag Jeaneret voulait le monter depuis longtemps et c'est un texte qui traîne en nous depuis longtemps alors quand Jean a dit qu'il voulait le monter, j'ai pensé tout de suite que c'était une très bonne idée, que ça pouvait ressembler à son théâtre et en même temps, ça le faisait revenir à un matériau-théâtre puisque Tempête sous un crâne (Victore Hugo) et Paroles gelées ( d'après Rabelais) étaient des matériaux littéraires. L'énergie nécessaire à monter Liliom semblait lui correspondre. Jean Bellorini investit le bassin qui est pour nous un lieu emblématique du domaine, où l'on va mettre en place une fête foraine (manèges, auto-tamponneuses, stands) et le spectacle va se nouer là. Le public  y sera accueilli une heure avant le lever du rideau pour faire la fête en fait…le spectateur sera installé sur un gradin face à la passerelle du bassin qui sera pensé un peu comme un périphérique sur lequel ces gens un peu en marge de la société se seront installés. Il y aura toujours ce sens de la troupe qui est une des marques du théâtre de Jean Bellorini et puis le verbe et la musique mêlés, puisqu'il y aura pianiste et harpiste au plateau. Et puis ce qui est intéressant également ,dans ce que nous essayons de faire au Printemps, c'est que ce spectacle est co-produit par l'Odéon et y sera ensuite repris dans la saison 14/15.

Un accent est mis sur la vidéo cette année…. l’insertion de cette technologie, de plus en plus présente dans le théâtre aujourd'hui, comment la percevez-vous?
Il peut y avoir du théâtre sans vidéo très beau et je pense que le Bellorini en est un exemple ou Richard II et le Berliner, qui sont des propositions très fortes. Après le théâtre l'a toujours fait, d'utiliser des technologies nouvelles; on dit que les grecs utilisaient la machinerie, qu'au théâtre on a utilisé le gaz et l'électricité très vite parce que ça donnait une autre perspective à la lanterne magiqu et que ce sont des évolutions qui ne sont pas nouvelles dans le théâtre; on dit aussi que Mazarin a fait venir des constructeurs de bateaux en France au XVIIème siècle pour construire des théâtres à échappement! Cette présence cetet année de la vidéo, ce n'est pas une volonté en amont : Yves Rouquette disait ainsi que sa mère, qui était épicière, quand elle préparait l'épicerie, la veille des foires à Camarès, "où tout l'univers descendait", elle préparait sa vitrine, elle disposait les fromages, les boîtes de conserve en pyramides et une fois qu'elle avait fini, elle faisait venir sa cousine et, comme Dieu le soir de la Création, elle regardait son oeuvre. Nous, c'est pareil; on ne pense pas avant "on va faire quelque chose avec de la vidéo"; on pense simplement à inviter des spectacles qu'on découvre, qui existent ou n'existent pas et puis quand on regarde ensuite, comme la mère d'Yves Rouquette, on se dit qu'il y a peut-être un fil et là, il y avait Kiss and Cry, la proposition Nobody de Cyril Teste, Orlando de Guy Cassiers qui nous a montré maintes fois combien il était un maitre quand à l'utilisation de la vidéo - sans que la vidéo soit un pléonasme au plateau mais au contraire une palette ( l'an dernier on l'a vu dans Rouge Décanté ou encore dans la création qu'il a donné dans la Cour d'Honneur sur l'histoire de Jeanne la pucelle et de Gilles de Ray) , et il y a, après l’arrivée du texte, avec Les Revenants de Thomas Ostermeier, qui pour donner de la profondeur, imagine des images vidéo pour représenter des paysages. A-Vous savez, lorsque Cyril Teste, qui fait quelque chose d'assez pointu, vous dit qu'il a adoré Kiss & Cry, c’est un de ces moments de grâce où vous avez l'impression que les choses ont l'air de se répondre et... quand dans le même temps, vous allez voir 300 el x 50 el x 30 el du collectif FC Bergman et que ce collectif composé de jeunes gens qui ont autour de 25 ans - et dont on comprend qu'ils sont liés par le texte et l'image beaucoup plus encore que nos générations - et qu'eux ne travaillent pas en studio miniature comme Kiss & Cry mais en studio grandeur nature, vous vous dites que là aussi le spectateur peut faire , s’il le veut, un parcours d'imaginaire entre ces deux spectacles.

Plusieurs pays également à l'honneur dans cette programmation: l'Allemagne, la Norvège, l'Australie…
En ce qui concerne l'Allemagne, nous avions invité en 2012 Thomas Ostermeier et la Schönbrunn ; au dernier moment ils n'ont pas pu venir en raison de l'indisponibilité d'un acteur qui, maintenant, est très pris au cinéma mais la relation était tissée. Lorsque j'ai donc su que Thomas Ostermeier montait, non pas avec la Schönbrunn mais avec des partenaires de longue date, le Théâtre Vidy-Lausanne, les Revenants, nous nous sommes portés partenaires du projet. Sur le Berliner Ensemble, j'étais allé voir le Richard II lorsqu'il était passé il y a quelques mois au TNP et j'avais trouvé le spectacle magnifique. Après moultes, moultes discussions, la venue du Berliner a pu se faire. Du coup s'est tressé un lien avec le théâtre allemand. Nous nous sommes rapprochés du Goethe Institut et il y aura donc une rencontre lors du festival à propos du théâtre allemand en France et le théâtre français en Allemagne ; Marie Lamachère, qui est une artiste qui travaille sur le territoire montpelliérain, avait monté Woyzeck, une des dernières pièces du romantisme allemand, que j'avais vue il y a deux ans et il me semblait intéressant de l'inviter au point où elle en est de son travail.. Là aussi les choses se sont tissées comme ça, comme l'épicière…on en revient toujours à cette épicière…( rires).

Quelles spécificités du théâtre allemand par rapport au théâtre français selon vous?
Je ne suis pas spécialiste du théâtre allemand ; il faudra demander à Joachim Umlauf, le directeur du Goethe Institut à Paris et à Nicole Colin , lauréate du prix parlementaire franco-allemand 2013 et Didier Plassard, professeur à l'université Paul-Valéry et auteur de Mise(s) en scène d'Allemagne(s) depuis 1968, lors de la rencontre qui aura lieu le 22 juin aux Micocouliers. Ce qu'il me semble, c'est que le théâtre allemand travaille avec les troupes - il y a des troupes dans chaque ville de moyenne et grande importance du territoire, les acteurs travaillent ensemble, ils ont un directeur - metteur en scène qui les dirige en permanence et ils ont - ce qui est moins le cas ici vu les méthodes de production - cette notion de répertoire, c'est à dire qu'ils créent chaque année un certain nombre de spectacles mais ils peuvent reprendre - puisqu'ils sont en troupe- des créations des années précédentes et ils ont des oeuvres au répertoire. Il y a très peu de troupes en France qui fonctionnent ainsi: il y a le Français, une troupe au TNP; il y avait aussi une troupe à Montpellier du temps de Jean-Claude Fall.

On connaît votre goût pour les pièces qui mettent en scène des oeuvres qui ne sont pas forcément du répertoire du théâtre et cette année on aura le plaisir de découvrir ainsi Orlando sur un texte de Virginia Woolf et mis en scène par Guy Cassiers…
Guy Cassiers sera au Printemps des comédiens l'an prochain encore…parce que nous allons coproduire son prochain Hamlet dont la création se fera en France. L'an dernier, cette découverte de Rouge Décanté a été un coup de coeur du public ; il y eu donc l'envie de tirer ce fil et de créer une fidélité avec cet artiste et sa façon de travailler. Orlando est une oeuvre littéraire extraordinaire; un hommage à la condition des femmes, un voyage dans le temps, un voyage initiatique et je suis allé voir des répétitions et nous nous sommes mis d'accord pour que le spectacle vienne ici. C'est un spectacle qui sera joué juste après nous à Avignon.

Et puis cette année il y a Cyrano mis en scène par Georges Lavaudant et incarné par Patrick Pineau…
Cyrano est une oeuvre considérable d'abord parce qu'elle travaille dans l'imaginaire collectif et elle rejoint en cela notre problématique du théâtre et de l'image car elle a intéressé très tôt les cinéastes;  elle a été - d'ailleurs comme Liliom ( et sa version de Fritz Lang en 1934) - adaptée très tôt au cinéma, en 1922…Pourquoi?  d’abord parce que ces deux oeuvres explosent les unités de temps et d'espace qui régissaient le théâtre; et Cyrano a été écrite presque en  concomitance avec l'invention du cinéma - 1895 pour l'invention du cinéma et Rostand écrit cette pièce en 1996/97. Ces dramaturges-là sont travaillés par cela; ils ont été les premiers hommes qui ont vu les images défiler, ce sont les hommes qui sont montés  les premiers dans le chemin de fer et il me semble qu'il y a quelque chose là-dedans qui travaille, qui fait avancer l'imaginaire. Edmond Rostand crée véritablement une oeuvre cinématographique. La présence de Cyrano s’explique aussi parce qu’il y a également la nécessité pour le Printemps des comédiens, qui est un festival rassembleur, de présenter des oeuvres rassembleuses... parce qu'elle sont à la fois dans notre imaginaire mais également car ces festivals ont une mission d'éducation populaire et qu’un jeune public adolescent peut découvrir , grâce à ce festival, des oeuvres marquantes comme Cyrano. Quand Georges Lavaudant a décidé de monter Cyrano et que Patrick Pineau, qui est un acteur que j’admire beaucoup parce qu'il est non seulement un de nos grands acteurs mais aussi un homme de troupe , de théâtre, qu’il dirige une compagnie et connaît les problématiques de la production et du plateau et de surcroît qu’il a la puissance de jouer les 1600 alexandrins de Cyrano, il y a eu beaucoup d'éléments qui poussaient à vouloir  que Cyrano vienne ici et c'est une oeuvre , en plus - et on revient à notre épicière ( rires)! -, qui a beaucoup marqué les relations franco-allemandes puisque lorsque Rostand l'écrit, la France n'a pas digéré la perte de l'Alsace et de la Lorraine et qu'il y a dans ce Cyrano une vision de l'esprit français, très chevaleresque; oui, c’est une pièce qui montre cet esprit un peu de coq, cet esprit amoureux, l'amour de la gastronomie, du verbe, des gascons…

Si vous deviez citer une réplique de Cyrano, laquelle serait-ce?
Bien des choses en somme!

Les Nuits de la Terrasse et Del Catet et Sortie Ouest

Quel est le point fort de ce festival?
C'est d'une part qu'il existe…puisqu'il est porté par une communauté de communes de 6000 à 7000 habitants qui a fait un choix politique considérable puisqu'elle investit sur ce festival 160 000 euros. Ces élus-là ont décidé de confier ce festival à une compagnie de théâtre, la Compagnie In Situ, parce que les élus savaient qu'elle allait développer un projet d'éducation populaire , de création et de service public. Ils n'ont pas fait le choix d'une vitrine ou d'un outil de communication ; ils nous ont confié ce projet il y a 12 ans, c'es t une spécificité à souligner parce que ce n'est pas forcément évident à porter pour les élus. On a fait un choix, ils nous ont suivi et ça dure …pour l'instant, en tous cas jusqu'en 2014. Le territoire visé est un territoire rurbain ou rural, puisqu'on est à la limite de l'agglo de Béziers , qui est en difficultés économiques mais dans lequel on a su créer une fidélité et une circulation  du public, d'un lieu à l'autre, d'une commune à une autre, renforcée par la création de Sortie Ouest. La volonté du département de créer Sortie Ouest dans l'ouest du département ,pour créer un pôle de création et de diffusion conséquent, fait que ces territoires alentours se sont trouvés renforcés , d’abord dans leur volonté politique d'action culturelle, et du coup nous avons créé avec Sortie Ouest, par la force du Conseil Général et la volonté de ces élus, une circulation du public qui existe, à l'année avec le Grand tour - la décentralisation de Sortie Ouest - et sur des moments plus évènementiels que sont les festivals. Tout ça est lié et tout ça se renforce…et si l’un de ces éléments venait à tomber, les autres s'en trouveraient diminuer. On laboure le territoire , jour après jour, et par Sortie Ouest, et par le Grand Tour, et par les actions pédagogiques, et par les festivals…pour que le service public puisse exister et de développer.

Quelques surprises dans la programmation des Nuits de la Terrasse et Del Catet cette année?
Le dimanche 21 juillet, le jour d'ouverture, on aura "Un dimanche avec le Quatuor Debussy" - qu'on trouvera d'ailleurs au Printemps des comédiens avec les circassiens d'Opus et ils interpréteront les quatuors de Chostakovitch -, que l'on accueillera dans la rue du Del Catet ; puis il y aura un concert-promenade à 19h près de la Chapelle Montalaurou autour de "Mozart et son maître Haydn", puis à 21h45 pour la fameuse transcription, découverte il y a peu, à la Bibliothèque de Milan je crois, du Requiem de Mozart pour quatuors à cordes qui est somptueuse. Ensuite sont programmées deux représentations de l'école des femmes mis en scène par Christian Schiaretti, une production du Théâtre populaire et des Tréteaux de France avec Robin Renucci qui jouera Arnolphe ; le cirque V.O.S.T avec sa nouvelle création, que l'on avait accueilli l'an dernier avec Epicycles dans le cadre du Grand Tour de Sortie Ouest;  ils viennent avec BOO, une installation d'un village de bambous sur lequel se déploient les acrobates; il y aura aussi un spectacle à Saint-Nazaire et une nuit du théâtre, avec L'homme qui rit de Victor Hugo, un Duras mis en lecture, le banquet de la Sainte-Cécile et la Tentation d'exister avec Christian Maz.

Les Programmations

> Le Printemps des Comédiens : Du 4 au 30 juin 2013 : le site pour découvrir la programmation complète - www.printempsdescomediens.com

> Les Nuits de la Terrasse et Del Catet : du 21 au 27 juillet, 13ème édition de ce festival itinérant et pluridisciplinaire au nord de Béziers! Au programme de cette édition :  Musique Quatuor Debussy, Hiromi-The Trio Project, Roberto Fonseca, Théâtre : L’Ecole des Femmes, L’Homme qui rit, La Tentation d’exister, Livret de Famille et côté  cirque : BOO/ CirkVOST.

> Théâtre Sortie Ouest : Le site!  www.sortieouest.fr

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16 mai 2013 4 16 /05 /mai /2013 20:23

lavaudant.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr / crédit- photo: Artcomart / Acteur, dramaturge et metteur en scène, Georges Lavaudant a été également co-directeur du Centre Dramatique National des Alpes en 1976,  directeur de la Maison de la Culture de Grenoble en 1981, codirecteur du TNP de Villeurbanne en 1986; il est nommé ensuite directeur de l'Odéon-Théâtre de l'Europe en 1996 et le restera pendant onze ans. Certaines de ses mises en scène ont vu le jour à la Comédie Française, à l'opéra de Paris, ceux de Lyon et de Montpellier et même au delà des frontières. En novembre 2007, il crée sa compagnie LG Théâtre et dernièrement on a pu voir son Misanthrope de Molière, son Ajax ou encore Une tempête d'après La Tempête et Le songe d'une nuit d'été de William Shakespeare. Pour ce printemps 2013, il a choisi de monter Cyrano de Bergerac d'Edmond Rostand, un choix aiguillé par l'envie de trouver une pièce fédératrice et chevaleresque qui convienne aux cieux étoilés. "Ne pas monter bien haut, peut-être, mais tout seul!", s'exclame Cyrano, figure théâtrale française au coeur tendre et à l'épée vaillante, qui nous est infiniment sympathique pour son idéalisme chevillée au corps, son sens du devoir et de l'honneur, son verbe poétique et romantique. Edmond Rostand a conçu une comédie héroïque sertie de scènes mémorables; beaucoup sont inscrites dans l'imaginaire collectif si bien qu'on dit parfois que Cyrano incarne "l'esprit français" . Les fulgurants Patrick Pineau et Frédéric Borie seront Cyrano et Christian dans la mise en scène imaginée par Georges Lavaudant: la promesse d'un feu d'artifice théâtral tant les deux acteurs sont réputés pour la générosité et l'énergie de leur jeu et le metteur en scène pour l'originalité de ses créations et la pertinence de sa direction d'acteurs. Aussi nous sommes enchantés de vous offrir en touffe, sans les mettre en bouquets, tous les  mots du chef d'orchestre de ces heures tremblantes d'émotion, frénétiques et fulminantes, que nous attendons avec impatience!

Quelle a été la genèse de ce projet? Monter Cyrano, une des pièces emblématiques du théâtre français, était-ce un rêve de metteur en scène que vous souhaitiez concrétiser depuis longtemps?
Pour moi, non, pas du tout. Quand j'ai démarré le théâtre, ce n'est pas du tout le type de pièces vers lequel je souhaitais aller un jour; cette création est vraiment une surprise pour moi et elle a deux origines : on fait la création au Théâtre de Fourvières, en plein air, avec lequel maintenant on a une collaboration régulière et où l'on  a joué plusieurs spectacles ; il y a deux ans j'y avais mis en scène La Tempête et le Songe d'une nuit d'été et lorsqu'on réfléchit à chaque fois aux lieux de plein air, pendant une période "de vacances" on va dire, on pense toujours à quelque chose d'un peu festif et qui ait une grande générosité. On avait donc parlé de plusieurs pièces possibles et celle-là est d'un coup, en quelque sorte , sortie du chapeau. Le second point auquel on est obligé forcément de penser lorsqu'on veut mettre en scène Cyrano, c'est à l'acteur qui va jouer le rôle, qui est un rôle écrasant, et il faut donc un acteur avec lequel on se sente parfaitement bien et là, j'ai eu la chance d'avoir Patrick Pineau avec lequel j'ai souvent collaboré dans des spectacles tragiques comme La Mort de Danton ou dans des spectacles plus légers - il a joué les rôles principaux dans Le Fil à la patte de Feydeau ou dans Le chapeau de paille d'Italie de Labiche. J'ai pensé que c'était l'acteur qui me fallait pour incarner mon Cyrano.

Côté distribution donc, qui avez-vous choisi pour incarner Roxane, le pendant féminin Capture-d-ecran-2013-05-16-a-17.27.35.pngde Cyrano?
On a fait un grand pari ; on s'est décidé à prendre une très jeune fille, Marie Kauffman, qui sort du Conservatoire de Paris; on a auditionné beaucoup de jeunes filles parce qu'on voulait qu'il y ait ce contraste avec un homme un peu plus mature et une Roxane qui ait une fraîcheur;  avec évidemment une difficulté qui se pose -  et à laquelle il faudra trouver des solutions - puisqu'au cinquième acte elle a 15 ans de plus. Depuis le début des répétitions, je sens que c'est le bon choix que je souhaitais faire.
 
Et pour les autres rôles?
Ce sont beaucoup d'amis, un peu la garde rapprochée de gens avec qui j'ai plus ou moins travaillés : il y a par exemple Frédéric Borie que vous connaissez et qui est de Montpellier , qui a été au Conservatoire avec Ariel Garcia Valdès et qui jouait Saint-Just dans la Mort de Danton.

C'est une pièce relativement difficile à jouer par son grand nombre de personnages, sa longueur, un rôle titre de plus de 1600 vers, des décors qui changent d'un acte à un autre, une scène de bataille à représenter, des scènes intimistes qui s'enchaînent avec de grandes réunions collectives… dans une telle comédie héroïque, le metteur en scène lui aussi ne cesse de relever des défis, non?
Oui, effectivement, vous avez raison de le dire. Evidemment, comme nous sommes dans une version plein air, il est très difficile de faire cinq décors différents de par la pluie, que sais-je le vent…et puis ce n'est pas l'intérêt; on ne va pas faire du décor naturaliste dans un espace de plein air qui a ses propres caractéristiques . On est donc parti sur quelque chose de très sobre dans lequel ce sont les costumes qui expriment le baroque, la fantaisie et l'historicité ; oui, ce sont les costumes,  qui ne deviennent non pas le décor mais qui enchantent la pièce. L'espace lui-même est simple; il n'y a qu'un élément de décor.

Il y a le balcon tout de même…?
Il y a le balcon, oui, peut-être pas Le mais Un balcon que vous découvrirez. On n'a pas évité l'idée de la hauteur , de la distance entre Roxane et Cyrano.. et Christian qui parlent dessous.

Vous avez conçu une mise en scène dans une facture complètement classique ou vous y avez inséré des libertés musicales , des  détails anachroniques ?
Je n'ai jamais la volonté d'être historique ; il y a toujours des fantaisies. Cette pièce, ce n'est pas Racine ou Victor Hugo…c'est un peu la fin du vers et de l'alexandrin, il y a quelques vers de mirliton dans la pièce elle-même et on sent que Rostand est un jeune homme  quand il écrit cette pièce et donc il faut garder cet enthousiasme un peu foufou et parfois même un peu confus... il faut ainsi  que la mise en scène, la musique, les déplacements aient quand même une fantaisie. C'est une très belle pièce avec des moments déchirants, absolument tragiques et profonds mais il faut lui garder aussi sa fantaisie.


Capture-d-ecran-2013-05-16-a-17.27.27.pngCyrano est un personnage terriblement attachant, d'où son succès certainement. Pour quelle(s)raison(s) vous séduit-il vous particulièrement?
C'est pour ce qu'il dit lui-même à un moment, ce que l'on fait un peu dans l'art: ce côté un peu Don Quichotte qui fait que même si l'on se bat contre des moulins à vent, même si l'on se bat et l'on sait qu'on va perdre, on continue de se battre... Ce n'est pas Sisyphe, non, mais il y a dans l'art toujours un élément qui fait qu'on sait qu'on y arrivera jamais… Ainsi quand un ingénieur  construit un pont, il sait que son pont va fonctionner et tenir… En art, ce n'est pas que ça ne va pas forcément fonctionner mais ce sera toujours illusoire; la perfection n'existe pas en art et c'est peut-être pour ça que c'est important que ce soit dans nos vies. L'art est peut-être, d'un certain côté, une école de l'échec. Chez Cyrano, je crois que ce qui me séduit, c'est ce personnage qui est conscient qu'il ne réussira pas et qui déploie des trésors d'énergie, de sensibilité, d'invention tout en sachant que peut-être à la fin il ne restera rien. Comme on dit au théâtre, quand c'est fini, il n'y  a plus rien... ce n'est pas même comme le cinéma  comme la peinture, il ne reste rien.

J'ai  pu lire dans une présentation de Daniel Loayza ( qui s'occupe de la dramaturgie dans cette création) que vous étiez " sensible aux identités qui se bâtissent en doutant d'elles-mêmes, poussées avant par leur fêlure"? Dans cette pièce, outre Cyrano, Christian aussi a une fêlure, non?
Roxane et De Guiche aussi. Dans cette pièce, il y a trois amoureux d'une jeune femme qui finit par découvrir que sa vie , qu'elle avait cru construite et solide, était bâtie sur des sables mouvants. Il y a donc quatre personnages qui, à la fin, se retrouvent dans une terrible déception et une illusion par rapport à ce qu'ils avaient cru construire. Ce n'est pas une pièce triste ou moralisante mais il y a cette idée ténue que ce que l'on croit parfois n'est pas aussi solide qu'on l'imagine.

Cette pièce enchaîne les scènes emblématiques ( la tirade du nez, la joute verbale entre Cyrano et Christian, la scène du balcon, la déclaration ratée de Christian, la mort de Christian au front, la mort de Cyrano…)…un challenge pour un metteur en scène? Avez-vous essayé de rompre avec l' imagerie nationale et collective, véhiculée notamment par le cinéma ou l'école?
Nous sommes tous imprégnés par cette imagerie collective; le premier mois, on a vu des films , on a lu et cette pièce, on l'a parfois étudié en classe ; d'ailleurs, si vous dîtes Cyrano dans la rue, tout le monde vous en dira quelque chose, son nez etc…on est vraiment devant un challenge mais en même temps, il y a deux solutions: soit on reproduit à l'identique ce qui a existé , soit on met beaucoup plus les pieds au mur, on tente de déconstruire, on fait les choses de manière tellement différente qu'on perd peut-être aussi la saveur… donc moi j'ai l'impression de m'être tenu au milieu du gué ; ce n'est pas du tout un non-choix mais plutôt une volonté d'assumer les moments de bravoure dans une forme de modernité, grâce à l'acteur qui interprète le rôle-titre. Encore une fois, je crois que tout est vraiment lié à l'acteur qui interprète Cyrano; la tirade des nez, en pure mise en scène , elle n'a pas de difficulté particulière, par contre l'acteur qui est en train de la dire, lui, il est devant un Himalaya à chaque fois.  

Dans cette pièce, il y a des moments de réunions collectives avec les précieuses ou les cadets de Gascogne… comment les avez-vous montrés?
Nous sommes plutôt dans une version "réduite"; il y avait la volonté que l'on ne soit pas cinquante personnes sur scène de façon excessive; on voulait se tenir très proches des protagonistes principaux et ne pas les noyer dans le grand spectacle : il n'y a pas trente cadets, il n'y a aucune précieuse, pas de chevaux ni de carrosses . C'est plutôt une version concentrée, haletante, nerveuse  et qui est centrée sur les principaux personnages. Ce qui ne veut pas du tout dire que Lignière, Montfleury, Lise et toutes les bonnes soeurs qui sont autour, par exemple, n'ont pas d'importance et d'intérêt mais on a choisi de faire une version resserrée.

Cyrano et ses rodomontades a tout d'un personnage-type de la Commedia dell'arte, c'est un Capitan, un Scaramouche… avez-vous travaillé aussi en ce sens avec Patrick Pineau?
Je ne l'ai fait pas dans les codes mais Patrick Pineau qui sort du Conservatoire de Paris a fait l'Ecole des Masques avec Gonzalez et il connait ça par coeur ; mais je n'ai pas voulu qu'à un moment ça apparaisse comme une chose identifiable. La fameuse scène célèbre du troisième acte avec De Guiche, où Cyrano affirme tomber de la lune, est effectivement purement une scène de Commedia dell'arte mais on a plutôt essayé de la traiter avec sérieux, même elle demeure une scène qui peut être comique. Le mot d'ordre, c'était de rester poétique avant tout car il y a une saveur du langage, une convention langagière dans cette pièce - et en particulier dans la "scène de l'homme de la lune", qu'il ne faut pas perdre non plus. Il ne faut pas que le côté Commedia dell'arte, le côté farce un peu lourde, oblitère ou altère l'invention langagière.

Se joue actuellement un autre Cyrano incarné par Philippe Torreton, l'avez-vous vu?
Je ne l'ai pas vu parce qu'ils n'ont pas encore joué sur Paris. Ils sont actuellement en tournée en France. Ce ne sera joué que la saison prochaine au Théâtre de l'Odéon à Paris. Je pense que c'est une version intéressante parce que, même si elle ne prend pas complètement la pièce à contre-pied,  elle essaie de l'amener dans un autre imaginaire et je trouve que c'est courageux, ça a du panache voilà!


Cyrano est la figure du "trop", de l'excès…il semble incarner en quelque sorte le statut du comédien et peut-être est-ce pour cela qu'il résonne de façon aussi juste sur les planches?
De toutes les métaphores, on pense d'abord à celle-là. Il y a un petit côté "théâtre dans le théâtre"; Cyrano est la figure de l'acteur: il  joue plusieurs fois des rôles, il est un double... mais il y a aussi le côté Faust dans cette pièce: ce pacte fort et très dangereux qu'il a noué avec Christian . Il y a des moments qu'il ne faut pas oublier dans Cyrano où il y a une cruauté et une ambiguité qu'il ne faut pas nier; ce n'est pas que le pur panache et la pure représentation théâtrale ; il y a du danger qui est évident puisque l'un meurt, l'autre se retire au couvent et un deuxième meurt encore. Ce pacte ne produit que du malheur là où il ne devait produire qu'un bonheur immense. Cyrano et Christian ont mis en place ce pacte: " Toi, du charme physique et vainqueur, prête m'en: et faisons à nous deux un héros de roman!"; ils ont fabriqué  ce personnage de théâtre, et Rostand dit " roman" dans le sens où le personnage de roman serait l'expression de la quintessence de l'intelligence et de la beauté et c'est un pacte impossible à réaliser sur la durée. Le noeud de la pièce est d'ailleurs là, à l'instant même où Cyrano, par excès ou imagination, noue ce pacte avec Christian et c'est à partir de là que tout va capoter on pourrait dire...

Une réplique de la pièce qui vous parait emblématique de la pièce pour conclure ?
Au cinquième acte, Cyrano dit "Que dites-vous?….C'est inutile?…Je le sais! Mais on ne se bat pas dans l'espoir du succès! Non!, non, c'est bien plus beau lorsque c'est inutile!" . C'est ce que l'on semble faire tous les jours dans le domaine artistique , on a conscience que tout cela est vain et futile , dérisoire mais on prend ça totalement au sérieux. C'est comme des enfants qui jouent et il n'y a rien de plus sérieux que des enfants qui jouent…Cela, c'est en même temps notre destin et notre malheur et aussi notre absolu plaisir .

Distribution
Patrick Pineau : Cyrano
Marie Kauffmann : Roxane
Frédéric Borie  : Christian
Gilles Arbona : De Guiche
François Caron : Le Bret
Olivier Cruveiller : Ragueneau
Astrid Bas : La duègne, Mère Marguerite
Anne See : Lise, la comédienne, Soeur Marthe
Jean-Michel Cannone : Montfleury, un mousquetaire, Le Capucin
Laurent Manzoni : Le facheux, Carbon de Castel Jaloux
Alexandre Zeff : Valvert, un poète, un mousquetaire
David Bursztein : La voix, le mousquetaire à moustache
Loïc-Emmanuel Deneuvy  : Un marquis, un apprenti, un poète, un mousquetaire
Julien Testard : Un marquis, un apprenti, un poète, un mousquetaire
Maxime Dambrin : Lignière
Bernard Vergne : Bellerose, un mousquetaire, Bertrandou
Marina Boudra : Une servante, une apprentie, Soeur Claire


Tournée 2013/2014
Du 4 au 12 juin aux Nuits de Fourvières. Lyon
Du 15 au 17 juin au Printemps des comédiens. Montpellier
Du 4 au 22 octobre à la MC 93. Bobigny
Du 26 au 31 Octobre  au Piccolo Milan  
Du 7 au 16 Novembre à Nantes
Du 19 au 20 Novembre à Forbach
Du 27 au 30 Novembre à Chalon / Saone
Du 4 au 15 décembre à Sceaux
Du 17 au 20 décembre à Senart
Du 9 au 11 janvier à Perpignan
Du 15 au 18 janvier à Marseille
Du 22 au 24 janvier à Amiens
31 janvier 1er Fevrier à Draguignan
Du 6 au 9 février à Sortie Ouest (Béziers)
Du 12 au 14 février à Mulhouse

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23 avril 2013 2 23 /04 /avril /2013 11:00

ribbes.pngPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr / crédit photo Giovanni Cittadini Cesi - Dessin Arnaud Taeron/ Théâtre sans animaux est devenu un classique. Etudié aujourd'hui même dans les lycées, ce recueil de huit saynètes absurdes de Jean-Michel Ribes enchante par l'excentricité de ses situations et de ses personnage et la légèreté spirituelle de ses mots.   Nageant dans cette prose fluide et espiègle comme une carpe bienheureuse, voilà un texte qui réconcilie non seulement avec le théâtre - après avoir subi l'enfer des tragédies classiques interminables - mais également avec le port de la perruque, le prénom Bob, les accessoires un tantinet encombrants et les goélands. En compagnie de Caroline Arrouas, Annie Gregorio, Philippe Magnan, Christian Pereira et Marcel Philippot, dans une mise en scène flambant neuve, ces comédies  proposent aux spectateurs un moment de théâtre fort divertissant. Au pays du non-sens, une invitation peut-être à distiller davantage de fantaisie dans nos vies aux rouages bien huilés. Rencontre avec l'auteur et le metteur en scène de cette cocasserie dramatique, également cinéaste et directeur du Théâtre du Rond-Point depuis 2002. Récompensé du Prix des Jeunes Auteurs SACD en 1975 , du Prix de l'Humour Noir vingt ans plus tard, du Molière du meilleur auteur francophone , du Prix Plaisir du Théâtre et du Grand Prix de l'Académie Française pour l'ensemble de son oeuvre en 2001, Chevalier de la Légion d'Honneur et Officier des Arts et des Lettres depuis 2010, nous sommes très heureux d'accueillir dans nos pages l'artiste auquel  l'on ne vous forcera pas beaucoup à dire "bravo"!

Dans la préface de Pièces Détachées, une de vos publications, Roland Topor écrit que " vous avez le pouvoir de destruction d'un revolver automatique chargé dans la main d'un tireur d'élite", que vous ciblez posément et ne ratez pas votre cible, rendant ainsi hommage au fin observateur de la nature humaine que vous êtes ; vous définiriez-vous de même?
Non, c'est mon ami Topor qui avait des formules un peu excessives. J'essaie d'abord d'être moi-même la première cible , de me désennuyer et de me sortir d'une réalité un peu étouffante pour essayer de trouver une issue de secours. Alors évidemment, ce qui m'amuse souvent, ce sont les choses qui dysfonctionnent et qui sont absurdes dans le monde qui nous entoure. Est-ce une façon de tirer dessus, je ne sais pas, c'est en tous cas une façon d'en rire.

Théâtre sans Animaux a été créé en 2001 : pourquoi l'avoir remonté sur les planches plusribbesarnoo.png de dix ans après?Pour plusieurs raisons; d'abord parce que c'est un spectacle qui s'est joué énormément ( dans plus de 14 pays) , qui s'est envolé partout et qui est même dans les programmes des baccalauréats; et, surtout aussi, parce que beaucoup de gens me demandaient de le reprendre. J'avais donc envie de le remonter mais aussi de voir si ce texte pouvait résister à un grand plateau. J'ai donc fait une mise en scène tout à fait neuve puisqu'au théâtre Tristan Bernard, là où le spectacle avait été créé, le plateau était beaucoup plus petit qu'au Théâtre du Rond-Point. C’était aussi une manière de me mettre à l'épreuve...

Vous avez gardé certains interprètes qui étaient déjà présents en 2001, Annie Gregorio, Christian Pereira et Philippe Magnan et vous y avez ajouté deux nouveaux acteurs ; pour quelles raisons avez-vous choisi ces comédiens?
J'ai demandé d'abord à tous les créateurs ; certains étaient disponibles , d'autres pas. J'ai donc engagé deux autres acteurs qui semblaient tout à fait convenir à l'univers - pas si facile que ça à interpréter -  de Théâtre sans Animaux.

Vous avez pu dire que ces saynètes sont "une modeste contribution à l'art du sursaut et à tous ceux qui luttent contre l'enfermement et la mesure" : comment écrit-on de telles pièces? Notez-vous sur des carnets des phrases que vous entendez ici et ailleurs avant d'en constituer une intrigue ?
Non, je ne m'inspire pas du tout de la réalité; je ne regarde pas les journaux en me disant "Tiens, il y a un bon sujet". Je ne prends pas non plus des notes en regardant les gens dans la rue….Non, tout d'un coup, ça me vient, j'écris, ça m'amuse et je suis des personnages. C'est un peu comme un nuage, inconsciemment ça se remplit puis ça pleut. Ce n'est jamais une volonté directe, ni pour donner des leçons , ni pour établir un sens précis ou pour faire une caricature. Ce sont des choses qui m'emportent moi dans une espèce d'amusement et comme je suis un être humain, je me dis que ça en amusera sûrement d'autres.

Cette notion du sursaut, comment avez-vous choisi de la mettre en scène?
Le sursaut n'est pas dans la mise en scène; il est dans l'écriture, c'est à dire sortir des chemins ronronnants, casser les habitudes et les conventions, surprendre avec des comportements inhabituels et surtout que l'on ne ne reste pas dans une trame psychologique enfermante . C'est quelque chose qui sursaute, qui casse, qui emmène dans des territoires inconnus. Oui, le sursaut, c'est cela : sortir de l'habitude et du prévisible. La psychologie , c'est quand même la chose la plus prévisible du monde.

Dans ces huit saynètes, l'absurde prend diverses formes ( ce sont tantôt les caractères, la situation, le langage qui sont absurdes) , est-ce le travail conscient d'un dramaturge qui maîtrise les ressorts comiques classiques?
Non, cela me vient naturellement et je ne fais jamais les choses consciemment. C'est pour cela que cela m'amuse. Picasso disait : "si l'on sait exactement ce que l'on va faire, à quoi bon le faire?". Après il se trouve qu'ensuite il y a un sens et une construction mais c'est quelque chose qui vous dépasse.

theatresansanimaux.pngParmi ces huit pièces, il y a une qui se détache un peu des autres, c'est celle qui se nomme Tragédie, car elle ne semble pas si absurde que cela et on envisage même qu'elle puisse être une situation réelle déjà vécue…
Là c'est simplement l'écriture qui part d'une toute petite chose , le fait de dire "bravo" et qui arrive à la destruction d'un couple. C'est un détail, un petit bouchon et puis d'un coup l'eau passe et ça devient un torrent. C'était aussi une façon de rendre hommage aux gens qui sont venus au théâtre, que l'on oublie parfois.

Quel sens pour ce titre : Théâtre sans Animaux?
J'aime que chacun se raconte sa propre histoire. J'aime beaucoup la phrase de Marcel Duchamp qui dit que "l'oeuvre est faite par celui qui la regarde".

Si vous deviez citer un dramaturge absurde comme modèle, lequel serait-ce?
C'est vrai que - très "immodestement"d'ailleurs - je me sens plus près de gens comme Dubillard, Ionesco ou Beckett que comme Brecht.

Vous êtes l'auteur de deux manifestes intitulés Le rire de résistance : vous qui semblez priser ce rire vindicatif mais salvateur, quels noms citeriez-vous en particulier?
Ces deux encyclopédies réunissent tous ces gens qui nous ont sauvé du sérieux, du formatage et de la dictature des pensées lourdes. Il sont nombreux puisque cela va de Diogène à Charlie Hebdo! Il y a Rabelais, Voltaire , Alphonse Allais, Alfred Jarry, Queneau…tous ces gens qui nous apporté de l'oxygène et nous ont sorti de la pesanteur des certitudes et des gens qui savent.
 
Avez-vous actuellement de nouveaux projets d'écriture?
J'écris actuellement pour un film qui va se jouer bientôt ,je l'espère, autour des Brèves de Comptoirs , qui évoque l'univers des bistrots ,seul lieu de solitude où les gens viennent parler. Et après j'écrirai sans doute une nouvelle pièce, une comédie musicale . J'ai actuellement un livre qui va sortir le 18 avril qui se nomme "Les mots que j'aime et quelques autres".

Pourriez-nous en dire davantage?
C'est une série de mots dont la signification que j'en fais n'est pas probablement celle qu'en fait le commun des mortels. C'est plutôt drôle et insolite.


Et c'est à la fois drôle et poétique aussi on suppose?
Pour moi l'humour est synonyme de poésie car s 'il n'y a pas de poésie, il n'y a pas d'humour. Cela s'appelle alors de la ricanerie et cela ne m'intéresse pas.
 

Prochaines date de représentations de Théâtre sans Animaux :
17 avril - 20 avril 2013 - Odyssud, Blagnac (31)
27 avril 2013 - Le Prisme, Elancourt (78)

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5 avril 2013 5 05 /04 /avril /2013 17:36

voyageur-copie-1.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr / Crédit-photo: DR / Le Voyageur sans bagage est une des quatre Pièces noires de Jean Anouilh. S'inspirant d'un fait réel, l'histoire d'un soldat amnésique, Octave Monjoin ( connu sous le nom d'Anthelme Mangin), le dramaturge a imaginé le personnage de Gaston/Jacques Renaud. Réclamé par plusieurs familles dont la famille Renaud, alors qu'il est employé comme jardinier dans un asile, une douloureuse quête identitaire s'impose à ce dernier. Est-il le personnage violent et sans scrupule qu'on lui décrit? Peut-il renier son passé et sa famille ? Alain Fromager et Gwendoline Hamon, entourés d'une distribution de qualité, réunissant 11 comédiens au parcours remarqué, ont choisi de monter cette oeuvre majeure qui donne autant à rire qu'à grincer des dents. Une pièce chorale à découvrir . Rencontre avec Frédéric Diefenthal incarnant l'amnésique Gaston, et Catherine Jacob, dans le rôle de la duchesse Dupont-Dufort,qui ont expliqué leur adhésion à cette aventure théâtrale et la vision qu'ils avaient de leur personnage et de la pièce.


Frédéric Diefenthal interprète Gaston

Quel a été le déclencheur de votre participation à cette aventure théâtrale?
C'est un rôle qui m'avait déjà été confié par Nicole Anouilh il y a à peu près 12 ans. Un projet déjà en gestation depuis longtemps et j'ai voulu attendre le bon moment pour le jouer, pour me sentir capable d'endosser le rôle. Ensuite c'est une première rencontre concrète sur scène avec Anouilh; je l'avais déjà travaillé un peu lorsque je suivais les cours de théâtre mais là c'est enfin une vraie confrontation. C'est une pièce qui, de plus, me correspond et me renvoie à des questionnements personnels sur l'identité, le non-dit. Cet homme qui devient témoin de ce qu'il était 18 ans auparavant et d'une vie dont il ne se souvient pas, j'essaie de me mettre à sa place et de me demander comment je réagirais: d'ailleurs, quand on est en remise en question, c'est exactement ce même processus qui se met en marche. Enfin, il y a l'écriture d'Anouilh qui est géniale : il mêle à la fois la tragédie et la légèreté en insérant des personnages qui sont, finalement, en dehors de la situation, qui ont une vision plus pragmatique et qui sont souvent plus "terriens"comme les domestiques par exemple.


Si vous deviez qualifier le personnage de Gaston en deux adjectifs, lesquels serait-ce?
Factuel et ayant une sensibilité à fleur de peau.


Si on vous avait demandé de jouer un autre rôle dans la pièce, lequel auriez-vous choisi?
J'aurais joué le rôle de la duchesse ; une duchesse travestie parce que grandiloquente et pittoresque, un personnage haut en couleurs qui ne fait pas de quartiers, qui tranche dans le lard direct et qui est très drôle….Et je ne plaisante pas quand j'affirme cela!


Et si deviez côtoyer un autre auteur de théâtre sur les planches ensuite, lequel vousCapture d’écran 2013-04-04 à 19.23.47 attirerait?
Un auteur contemporain avant tout pour jouer des choses qui évoquent une problématique actuelle. Jouer une comédie sera mon prochain projet. J'aime bien alterner. Quant à des auteurs non contemporains auxquels je m'attaquerais le jour où je me sentirais suffisamment à la hauteur ? il y aurait Shakespeare, Pirandello, Giraudoux, Bernard Shaw…


On peut vous voir aussi dans des longs métrages cinématographiques ou des téléfilms: qu'est-ce qui vous séduit tout particulièrement avec les planches?
Ma vocation, c'est d'être un acteur "tout terrain". Je travaille pareillement pour le théâtre,la télévision ou encore le cinéma. Après , la scène est quelque chose d'essentiel parce que c'est pour moi un des endroits où l'on explore le mieux son métier d'acteur. L'acteur est seul au théâtre ,face au public, même s'il est aidé par le metteur en scène en amont et par la troupe durant la pièce. Le cinéma est un sport d'équipe pour le coup ; si vous ne vous démerdez pas trop mal, que vous avez une bonne photogénie et un jeu qui va bien, il suffit de rencontrer le beau rôle, le grand réalisateur avec de bons chefs opérateurs et de bons chefs techniciens et là vous êtes sûr de décrocher un césar…ou un oscar! Je ne dénigre pas la chose, je ne dis pas non plus qu'il ne faut pas avoir de talent pour faire du cinéma. Mais s'il y a une chose que j'ai souvent remarqué chez les acteurs, comme c'est le cas avec Jean-Louis Trintignant qui ne tourne quasiment plus au cinéma , ils continuent de côtoyer la scène. Je crois à cette énergie-là, la scène c'est le contact direct avec le public.


Il y a la mise en danger également, qui est stimulante, je suppose…il y a une sorte d'adrénaline…
Oui, il y en a une effectivement et cette dernière n'existe pas au cinéma. Le cinéma, c'est un truc rigolo à faire. Je comparerais cela à des musiciens qui ne feraient que du studio et pas de concert. En concert, c'est qu'il y a l'adrénaline.


Quels ont été les retours des premières rencontres du Voyageur sans bagage avec le public justement?
Très bons. On a crée à Orléans et on a enchaîné dix représentations là-bas. On a eu un très bon accueil; c'était complet. Il y a eu un bouche à oreille qui a fonctionné. On améliore de jour en jour parce qu'on vient vraiment de la commencer cette aventure. Il y a eu de belles rencontres et une belle écoute. En même temps, c'est une belle pièce donc elle ne nous a pas attendus pour faire ses preuves. Il y a une mise en scène très fraîche qui ne tombe jamais dans l'ostentatoire ou dans la démonstration de force; c'est un travail sobre qui n'était pas forcément facile à faire puisque les deux metteurs en scène auraient pu se laisser tenter par des effets plus artificiels et, en outre, ils ont réuni une belle troupe. Ils ont insufflé à la fois une belle énergie au spectacle et leur passion d'acteurs puisqu'ils sont acteurs eux-mêmes.


Catherine Jacob interprète La Duchesse Dupont-Dufort


Comment a démarré pour vous cette aventure du Voyageur sans bagage?
J'ai rencontré Gwendoline Hamon qui m'a proposé le projet. J'ai donc lu la pièce ,compris le sujet et la nature de l'aventure que l'on me proposait. C'est une pièce à plusieurs niveaux, qui a plusieurs fils rouges et il n'y a pas que le personnage que j'interprète qui m'a séduite mais également les interrogations que pose le personnage de Gaston/Jacques.


Si vous deviez donner deux adjectifs pour qualifier cette duchesse, lesquels utiliseriez-vous? Comment l'avez-vous imaginée?
Ce n'est pas moi qui veux l'interpréter; c'est déjà écrit et très précis dans la pièce d'Anouilh. L'interprétation ne peut pas être multiple en réalité. Anouilh est un dramaturge qui écrit une trame extrêmement serrée et le choix des mots, des intentions et les repères cachés dans le texte sont incroyables! Pour revenir à la Duchesse, c'est quelqu'un d'extrêmement motivée et généreuse mais... à côté de la plaque.


Habituée également des plateaux de cinéma, que vous apporte tout particulièrement le théâtre?
C'est un autre métier. Au théâtre, on joue entre nous déjà sur scène mais quand on est un peu plus à l'aise, un peu plus rodé, on joue également avec le public et c'est cela le grand enjeu du théâtre. Même si le public écoute et ne réagit pas forcément dès le début, l'intérêt, c'est cette prise de risque et cette grande terreur qui s'appelle le trac, cette chose extrêmement angoissante mais stimulante. Sur un plateau de cinéma, on est vingt, trente ou quarante alors qu'au théâtre, c'est un saut dans le vide et l'intérêt est là.


Aviez-vous eu l'occasion de voir d'autres versions de cette pièce?
Non pas du tout. Je sais que cela a été fait pour la télévision récemment mais c'était autre chose forcément.


Cette pièce a-t-elle suscité chez vous certains questionnements sur l'identité, le choix, le poids du passé?
Evidemment cette pièce a résonné en moi et c'est nécessaire pour que cela résonne aussi chez le spectateur. Cela fait écho comme une réverbération. Forcément, tout le monde se pose la question de savoir ce que l'on ferait dans ce cas-là; aurait-on envie d'accepter son passé, de reprendre les choses à la base, referait-on le même parcours? Aurait-on envie de reprendre les choses avec la vraie conscience d'un choix possible puisque c'est ce qui arrive à Gaston qui a le choix de dire oui ou non?


Vous avez dit que c'était une pièce à trois niveaux: pourriez-vous nous préciser cette définition?
C'est une pièce à trois niveaux en effet. Il y a le personnage principal que joue Frédéric Diefenthal, amnésique,qui est dans une recherche qu'on lui impose. Le personnage de la Duchesse lui propose ainsi de rencontrer des gens en lien avec son passé. Et toute la pièce est construite sur la question des retrouvailles avec une famille qui est probablement sa vraie famille. Les personnages de la mère, du frère, de la belle-soeur sont plutôt émotionnels et  psychologiques aussi Anouilh, ensuite, souhaitait insérer une "respiration" donc il a ajouté trois personnages: la Duchesse, la soubrette et le maître d'hôtel qui sont complètement décalés, qui sont là aussi pour être un clin d'oeil de convention théâtral (donc il y a un sur-jeu obligatoire). Dans le cas de la soubrette et du maître d'hôtel, ils sont dans le registre de la fantaisie puisque ils incarnent le recul, l'oeil extérieur par rapport à l'intrigue tandis que la duchesse fonce dans le tas; c'est une dynamo, la duchesse. Elle fait du caritatif à usage interne. Elle donne le petit ressort comique.


La Duchesse est donc une sorte de respiration dans la pièce?
C'est un de ses niveaux d’interprétation. En effet, au début, la pièce commence par l'explication de la situation et c'est la duchesse qui  prend en charge cela mais en même temps, elle-même est au 15ème degré. C'est cela qui pousse la difficulté dans ce personnage puisqu'il faut à la fois qu’ellle pose les bases de ce que va être la pièce et en même temps qu’elle amène une petite astuce, une petite dérision.


LE VOYAGEUR SANS BAGAGE  -Tournée  2012 - 2013

 Mardi 19 mars -Théâtre le Forum - FREJUS
Vendredi 22 mars - Théâtre de Propriano -PROPRIANO

Samedi 23 mars- Centre cultural communal - PORTO VECCHIO

Mardi 26 mars - Théâtre Charles Dullin - LE GRAND QUEVILLY

Les 27 et 28 mars - Théâtre André Malraux - RUEIL-MALMAISON

Mardi 9 avril - Théâtre Jacques Coeur -LATTES (34)

Jeudi 11 avril - Théâtre de l'Olivier - 13800 ISTRES

Vendredi 12 avril - Théâtres en Dracénie - DRAGUIGNAN

Lundi 22 Avril 2013 - La Salle,  41 B1340 - OTTIGNIES- BELGIQUE

Mardi 23 avril - Théâtre municipal -BOULOGNE SUR MER

Jeudi 25 Avril 2013 -THEATRE ODEON - MARSEILLE

Samedi 27 avril - Palais de l'Europe -MENTON

Samedi 25 mai - Théâtre municipal- GRENOBLE

Lundi 27 Mai 2013 -THEATRE DE LA VILLE DE BERNE -CH3000 - BERNE- SUISSE

Mardi 28 Mai 2013 -THEATRE DE VEVEY - CH1800 VEVEY -SUISSE

Jeudi 30 mai- Théâtre des Hauts de Seine - PUTEAUX

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