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14 octobre 2013 1 14 /10 /octobre /2013 16:31

Par Julie Cadilhac - Bscnews.fr/ crédit photo © Didier Gonord /Auteur de bandes-dessinées depuis vingt ans, Pascal Rabaté est également scénariste et réalisateur de films. Son parcours? Après avoir étudié la gravure aux Beaux -Arts d'Angers, il se lance dans la bd et son travail évolue petit à petit, influencé prabate.jpgar les traits de mentors tels que Buzzelli, Bofa, Pellos et Alexis, dans la veine expressionniste. Auteur d'un grand nombre d'ouvrages, il adapte notamment en 1998 le roman de Tolstoï, Ibicus ,qui est un grand succès auprès du public et de la critique puis crée en 2006 les Petits Ruisseaux qu'il porte ensuite au cinéma en 2010 avec Daniel Prevost et Philippe Nahon. Récompensé de nombreuses  fois pour son travail dans le septième et le neuvième art, il a voulu en 2013 les mélanger dans un leporello "réversible" intitulé Fenêtres sur Rue. Un côté Matinées et un côté Soirées permettent aux lecteurs curieux d'observer deux facettes d'une même façade d' immeuble et d'y surprendre de bien étranges choses...Présenté comme une pièce sans paroles en dix tableaux et un décor, ce livre-accordéon fait ,l'air de rien , un clin d'œil aussi au théâtre : Lever de rideau sur Pascal Rabaté!

Comment est l'idée de Fenêtres sur rue?
D'abord ma rencontre avec Clotide Vu, directrice de collection chez Soleil de ces livres-accordéon. On avait déjà collaboré ensemble sur le livre Paroles de poilus dans lequel j'avais fait quelques pages ; je sortais de la création du film "Ni à vendre ni à louer" et j'avais envie de revenir un peu au livre avant  le tournage du prochain. Ça m'intéressait de bosser sur un format un peu différent et après deux jours de réflexion, j'ai eu l'idée de faire une suite de tableaux avec  d'un côté le jour, de l'autre la nuit....un peu le prolongement du thème du film "Ni à vendre ni à louer" qui faisait , non pas une autopsie du couple mais plutôt une analyse du couple à différents âges...Dans ce leporello on trouve un peu des clichés : du jeune couple où à la femme est enceinte jusqu'au couple dont l'histoire s'achève sur un meurtre et la séparation du couple âgé.

Le projet est donc parti de la forme du livre et non pas de la volonté de rendre hommage à un réalisateur précis...
C'est vrai que le film d'Hitchcock portait déjà cette thématique. Quand on regarde "Fenêtre sur cour", on voit quelqu'un qui est immobilisé , les jambes dans le plâtre, et qui commence à regarder derrière les fenêtres  la vie des gens à portée de cour...il y a les célibataires qui se rencontrent , un jeune couple tout juste marié , un couple plus âgé jusqu'à, en effet, ce couple avec l'acteur Raymond Burr qui joue l'homme excédé qui tue sa femme. J'avais adoré le film et je me suis dit que j'allais faire d'une pierre deux coups en rendant hommage à son réalisateur, un peu à Jacques Tati aussi. En effet Hitchcock était anglais et il tournait aux États-Unis : les architectures du film sont plus anglo-saxonnes qu'européennes et du coup, quand j'ai  commencé à réfléchir à mes façades , j'ai plutôt pensé à la maison de Mon oncle de Tati...Dans le film, il y a d'ailleurs une scène  où l'on fait le portrait d'un personnage par petits bouts: d'abord on voit au travers d'une fenêtre la tête puis le tronc etc...ce leporello était donc une façon de lier ces deux influences dans ma formation de narrateur ; Tati pour sa poésie, Hitchcock pour son intelligence de mise en scène et sa malice. Comme il y a un peu de policier aussi, J'ai pensé aussi à Simenon qui a été pendant longtemps une de mes  lectures de chevet :  je n'en ai pas lu tant que ça puisque j'en ai lu 200 et quelques et qu'il en à écrit 500! ( rires) . Simenon a une analyse de l'humain qui me plait beaucoup, une vision un peu désespérée et en même temps qui n'est pas cynique; il y a juste quelque chose de triste dans la vision des personnages qu'il décrit mais une vraie justesse dans le détail et les motivations . Voilà, ce livre, c'est un peu le produit tout ça. Après c'est vrai que la création tient autant de l'adaptation que de la volonté personnelle...d'ailleurs la vie n'est qu'adaptation. C'était donc à moi de trouver, à partir de ce format imposé , comment en faire un livre qui me ressemblait et qui permettait de raconter quelque chose qui me tenait à cœur.


C'est un livre qui donne l'occasion au lecteur d'avoir le premier rôle et d'être très actif...
Le but était de donner de la liberté au lecteur , une liberté d'interprétation puisqu'il y a beaucoup de hors-champ ( qu'est-ce qui se passe derrière les murs? ) . On n'a que des bouts d'histoire perçue quand les gens sont dans l'axe des fenêtres. Aussi il y a beaucoup de choses à se raconter; je pense d'ailleurs que l'art est plus une question qu'une affirmation. Ce livre me permettait aussi de changer le motif de lecture puisque le livre , par rapport au cinéma, à cet avantage que l'on peut revenir en arrière, on peut confronter les images ; je voulais laisser au lecteur le loisir de déchiffrer tous les indices que j'ai glissés derrière les fenêtres .

Dans le film d'Hitchcock, le fait d'observer l'intimité des gens joue des tours au personnage principal or  là il semble que le message soit plutôt le contraire: "regardez à votre fenêtre, soyez curieux des autres"...non?
C'est vrai que le bouquin a plutôt été conçu de façon assez ludique. Le photographe d'Hitchcock est immobilisé et il ne peut faire autrement. Le lecteur, lui, peut refermer le bouquin( rires) ...dans tous les sens. C'est pas du tout le même point de vue que celui qu'a installé Hitchcock. Ce leporello est un petit voyage avec un plan naturel qui est celui de la succession des images. Mais j'ai laissé beaucoup de choix et de possibilités différentes d'aborder le livre et chacun l'aborde comme il le veut!

Les histoires des personnages étaient déjà précises ou se sont construites au fur et à mesure de la confection?
Les histoires se sont construites au fur et à mesure de la réalisation du projet. C'est ce qui m'a amusé d'ailleurs! Par exemple, j'ai dessiné la  jeune femme enceinte qu'au bout de trois  mois parce que ce jeune couple me racontait une histoire et que je voulais marquer la différence avec les autres couples. Ce jeune couple qui se construit en faisait un enfant répondait en miroir à un autre couple avec un enfant plus âgé et qui avait des problèmes de fidélité réciproques.

On retrouve un pianiste, un couple amoureux, un meurtre ...présents dans Fenêtre sur cour. Pourquoi avoir gardé certains éléments  du film et pas d'autres?Comment s'est fait le choix?  Avez-vos choisi ceux qui éveillaient davantage vos fantasmes, votre imagination?
Le pianiste m'amusait assez parce que, du fait de son métier, il peut dormir le jour et travailler la nuit et emmerder celui qui est en dessous ( rires). Le jeune couple me faisait penser à la jeune fille que vient draguer Hulot dans" Mon oncle". Les deux ivrognes avec chiens ; il y a un qui vient plus de Hitchcock , l'autre de Tati. Le second m'a été inspiré par un personnage de "Mon oncle " qui est toujours en peignoir et qui est toujours ramené par son chien à la maison; je voulais donc que le premier soit donc plus anglo-saxon. Il y a aussi deux célibataires qui passent leur temps a regarder la télé; il y a une femme délaissée à l'étage qui va avec le pianiste de temps en temps ...j'ai essayé  de faire en sorte que tout fonctionne en paires.

Graphiquement parlant, on perçoit un important travail sur les couleurs et ses nuances: pour représenter  les divers moments de la journée et la variété des lumières, avez-vous fait un travail photographique  préalable?
Je n'ai pas travaillé du tout d'après photos; par contre, il m'est arrivé de me lever la nuit pour voir les éclairages, la luminosité à différentes heures, les ambiances générales. Quant aux images de jour, le matin, j'ai représenté  les ombres qui partaient sur la gauche et le soir , sur  la droite, ces heures où les ombres courent plus loin. Et puis on y voit aussi des heures où la lumière  zénithale fait qu'il n'y a pas d'ombres au sol. Si , pour ne pas reproduire la même image, j'ai voulu exprimer les changements d'heure , avec ce côté matinées et soirées, j'ai représenté aussi des changements de temps:  lorsque le linge vole, c'est une journée de tempête...la journée très pâle , c'est une journée avec brouillard... On voit un temps pluvieux également etc.

Cette bd fait un clin d'œil au cinéma et à la littérature , on l'a vu , mais également au théâtre...Est-ce parce que la vie des autres, au travers des fenêtres, acquiert un côté presque irréel et qu'on croit y voir une pièce qui se joue sous nos yeux? Y-a-t-il un clin d'œil aux décors en carton-pâte d'Hitchcock?
C'est un peu ça oui. En fait, au début, c'était un hommage au cinéma et à la littérature, en passant par Maigret etc...puis quand j'ai commencé à créer  ces tableaux, j'ai pensé à une scène de théâtre puisqu'on a un décor unique où les éclairages varient, avec les acteurs qui apparaissaient dans les différentes fenêtres. Mais au bout du compte, c'est surtout une bande -dessinée puisque ça reste un support papier avec des images et une narration qui s'effectue d'une image à une autre. C'est pour cela qu'à la fin, quand le rideau tombe, il y a un personnage qui arrive avec ses planches et c'est un personnage que l'on retrouvait dans les bds d'Alexis et de Gotlib où quand ils dessinaient une image qui pouvait passer à la censure, il y avait toujours ce petit personnage avec ses planches qui cachait la scène. Alexis a été une de mes influences pendant longtemps, au début quand je démarrais dans la bd; aussi  je voulais faire comme une espèce de boucle: la bande-dessinée qui parle de théâtre, de cinéma et de littérature va aussi parler de bande-dessinée.

Pour conclure, avez-vous d'autres projets en cours?
Je pense que je vais m'atteler à un projet de bouquin dans pas longtemps mais là je suis en post-production d'un tournage que j'ai fait en avril-mai; le montage est fini; on est sur le montage-son, la musique et l'étalonnage. Une fois que cela sera terminé, je vais avoir un tout petit peu de temps ( rires) avant la sortie du film et la promo que ça implique...et peut-être le tournage d'un prochain déjà sur les rails...

Ce film sur lequel vous travaillez est inspiré d'une de vos bds ?
Non, c'est un scénario original , même si ça  peut faire penser à un spin off, comme on dit dans le métier, parce qu'il y a un des personnages  qui existe en bd qui est celui du "petit rien tout neuf avec un ventre jaune". Mais  même si le personnage apparaît, le scénario a toujours été écrit  et conçu pour le cinéma. C'est mon troisième long métrage; le premier était une adaptation des Petits Ruisseaux, le deuxième était un film hommage au cinéma burlesque , un film sans dialogue,  et là je reviens à quelque chose de plus narratif.

Fenêtres sur rue
Éditions: Soleil
Collection: Noctambule
Auteur: Pascal Rabaté
Parution: Août 2013
Prix: 18,95€

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30 juin 2013 7 30 /06 /juin /2013 21:58

istin-ok.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr/ Jean-Luc Istin est auteur et directeur de collection. Chez Nucléa, il imagine Merlin dessiné par Eric Lambert et Aleph avec Dim-D. Il décide ensuite de travailler pour les éditions Soleil et commence alors une collaboration étroite avec Nicolas Jarry. Né dans le Morbihan et attaché à la culture bretonne, il est l'initiateur de la collection Soleil Celtic et a créé un collectif de contes bretons nommé Les Contes du Korrigan. Aujourd'hui, avec Nicolas Jarry, il travaille sur une série Elfes au concept enthousiasmant: 5 races, 5 scénaristes, 5 dessinateurs, 1 seul univers. Les deux premiers tomes sont déjà en vente en librairie et le troisième est annoncé pour août. Le Crystal des Elfes bleus, premier tome de la série, nous plonge immédiatement dans un monde fantastique en compagnie d'une elfe charismatique Lanawyn et de Turin, son compagnon d'enquête. Dès les premières planches, le lecteur est témoin du massacre collectif d'un peuple pacifique: qu'est-ce qui a provoqué l'extinction de la communauté entière d'Ennlya? La présence d'une dague yrlanaise est-elle suffisante pour accuser ce peuple dirigé par le détestable roi Rinn? Une guerre se prépare-t-elle? Une aventure riche en mystères qui nous a charmés et dont nous vous proposons de rencontrer le démiurge!


Avant de nous pencher sur votre nouvelle série Elfes, pourriez-vous nous parler des cinq collections dont vous êtes le directeur? L'univers celtique en est le point commun?


Et bien non. Ma première collection est Soleil Celtic. Le reste de  mes collections n’ont rien à voir avec elle. Secrets du vatican est une collection de thrillers ésotériques. 1800 est une collection rassemblant des récits se déroulant au 19ème siècle, souvent avec des personnages célèbres de cette époque. Serial Killer est une collection traitant des tueurs en série. Et Anticipation est une collection qui développe des sujets futuristes ou post apocalyptiques.Donc, comme vous pouvez le constater, Soleil celtic est à part.

 



Comment est née chez vous cet intérêt pour les légendes celtiques? Des histoires racontées par les grands-parents et parents? une adolescence de jeux de rôle?


Ni l’un, ni l’autre. Ma famille, pourtant Bretonne, n’a pas baigné dans cet esprit et donc, ne m’a rien transmis et je n’ai jamais joué à un jeu de rôle de ma vie. En revanche, cette culture m’a toujours attiré et donné envie d’en savoir plus. Je suis un fou de la Bretagne ! Un amant passionné de cette terre, belle, mystérieuse, authentique  et qui ne cesse de m’émerveiller. Ce que j’aide à développer dans Soleil Celtic montre la richesse culturelle de la Bretagne, une richesse qui ne demande qu’à être redécouverte.



 

Vient de paraître le premier tome d'une série de cinq titres intitulée Elfes: quelle a été la genèse de ce projet?


La genèse passe par un simple coup de fil avec Nicolas Jarry. Nicolas était bien plus motivé que je ne l’étais. A tel point que, dans les jours qui ont suivi notre conversation, il avait déterminé les races possibles et leur fonctionnement. Il a ensuite rédigé une première approche des mondes d’Arran. Puis, après maints échanges, avec le concours des autres auteurs, l’univers a fini par exister.



 

5 peuples, 5 récits, mais un seul univers….pourquoi avoir donc choisi que chaque tome soit imaginé par un illustrateur différent?


C’est le principe d’une série concept. C’est la seule manière que nous ayons trouvé pour que les lecteurs n’attendent pas 12 mois entre chaque tome. Je suis moi-même lecteur et je vous avoue que j’en ai assez d’attendre si longtemps pour découvrir la suite d’une histoire que j’ai aimée. La patience, ça va un peu.


Pour les néophytes, pourriez-vous expliquer quelles sont les spécificités des Elfes?elfes.png


Les elfes sont avant tout, des êtres immortels, liés à la nature. Des êtres spirituels affublés d’oreilles pointues. Dans notre univers,les Elfes sont les seconds enfants d'Arran venus au monde peu après les dragons et avant les hommes.
IL existe 5 races :

Elfes blancs ou Elfes célestes (ou Originels). 
Une des premières races à avoir colonisé le continent. Elle est à l'origine de la plus grande des civilisations. Ils maîtrisent les plus hautes arcanes magiques. Ils sont immortels. C'est une race qui vit détachée de toute réalité matérielle, surtout la caste supérieure. Ce sont également les maîtres des dragons. Ils ont quitté le continent et continue à vivre sur une île inaccessible aux non initiés (cette île à l'origine était celle des dragons, du temps où ils étaient nombreux et jeunes.). Leur nombre est en constant déclin. Ils n'ont plus d'enfant, comme si leur flamme immortelle s'éteignait progressivement (ça ne touche pas les autres races d'elfes, qui par contre perdent leur immortalité et vivent de moins en moins longtemps.. quelques centaines d'années tout de même). Certains hauts elfes pensent que c'est dû à la magie ténébreuse des Elfes noirs et cherchent un remède. On peut aussi s'étonner que les dragons et les hauts elfes souffrent du même mal. Les elfes blancs sont à l'origine de toutes les autres races Elfiques qui ont vu le jour lors du grand schisme. 


Les Elfes bleus
 Leur peau comme le présuppose le nom de leur race se teinte de bleu.Leurs clans sont séparés en 2 grandes maisons :


Ceux du Nodrënn : Il vivent dans des archipels glacées au nord d'Arran.


Ceux des mers du sud : Ce sont des navigateurs qui ont quitté l'île des elfes blancs pour échapper à la malédiction qui pesait sur eux (et avoir une descendance.). Ce sont aussi des mercenaires qui se vendent au plus offrant, mais qui répondent toujours présents si l'île qu'ils considèrent comme leur foyer est en danger.


Elfes sylvains ou elfes vert ou encore elfes des Forêts : 
Quand les elfes blanc ont quitté le continent, certains ont refusé de les suivre. Ils sont restés par devoir (envers certains lieux à protéger, envers certains traités...) ou simplement parce qu'ils ont petit à petit oublié la haute magie, pour une magie plus proche de la nature, plus instinctive, plus « druidique. » Ils ont également perdu une grande partie de leur savoir et sont devenus plus primitifs. Ils sont devenus de farouches combattant, craints et respectés. Ils estimaient qu'il devaient mourir là où ils étaient nés : ceux-là ont trouvé refuge dans les forêts.


Semi-elfes ou elfes Bâtards ou encore demi-sangs.
Certains elfes ont fricoté avec des hommes et leur descendance, bâtarde, survit dans le monde des hommes. Certains se regroupent en tribus. Beaucoup vivent de leur art ou de capacités spécifiques (don pour la magie, vision nocturne, clairvoyance, etc..) issues du mélange des gênes humains/elfes.
Certains ont même du sang d'autres races...


Les elfes noirs.
Les elfes noirs développent une forme de magie basée sur la nécromancie. Chaque recours à la magie utilise l’âme d’un mort et la brûle à jamais. Et à chaque recours, l’elfe devient plus noir encore.Les très vieux elfes noirs deviennent au fil du temps des monstres qui perdent tout semblant humanoïde et ne sortent plus guère de la citadelle. Ils ne représentent pas à proprement parler une race, puisqu’ils ne peuvent se reproduire. Par contre, au sein de chacune des autres races d’elfes naissent parfois des enfants qui vont devenir des noirs. A la naissance le bébé est identique mais il porte déjà les gènes. Dans un délai qui va de quelques semaines à quelques années, l’elfe noir se révèle. Sans que l’on sache alors comment il est au courant de ce changement, un elfe noir adulte apparaît à la porte et attend qu’on lui remette l’enfant. Celui-ci est emmené pour être élevé avec les autres elfes noirs, dans une sombre citadelle.



 

Les cinq scénarios évoquent des périodes qui se succèdent chronologiquement dans le temps ou bien elles vont s'entremêler?


Entremêlés, nous n’avons rien imposé à personne au niveau de la temporalité. Les elfes blancs par exemple se déroulent bien longtemps avant les autres tomes.



 

Turin, l'humain philosophe, ainsi que la belle Lanawyn vont être un fil conducteur dans les tomes suivants?

La fin du tome 1 porte à le croire….
Non, chaque album développe ses propres personnages principaux. En revanche, come je peux vous annoncer la mise en chantier d’une seconde saison, Lanawyn et Turin vont revenir dans une autre histoire développée par Kyko Duarte et moi-même.

 

 

Le peuple de Gal , celui des Yrlanais, n'est pas le même que celui de Turin…à quel peuple appartient Turin?


Je vais être honnête, je n’y ai pas réfléchi. Mince alors !  Il va falloir que je répare cette anomalie. Merci de l’avoir mise à jour ( sourire).



 

Quand on est scénariste de mondes aussi légendaires et fantastiques que celui de cette série, on a déjà des images en tête, on imagine! Comment travaillez-vous donc  avec les illustrateurs? Leur laissez-vous carte blanche quant aux couleurs, aux décors etc….? Auriez-vous des exemples de notes que vous envoyiez au dessinateur pour lui expliquer ce que vous attendez ?

C’est très compliqué. Je travaille de manière très différente avec chacun. Je m’adapte à la personnalité de l’artiste avec qui je partage l’album. S’ il a besoin d’accompagnement visuel, comme du storyboard, je le dessine. Si au contraire, il a besoin de s’exprimer par lui même et qu’il en a les capacités, alors, je le laisse faire.

 

Enfin…parce qu'on l'attend! -  quand paraîtra le tome 3?


Le tome 3 sort en Août.

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14 avril 2013 7 14 /04 /avril /2013 14:25

mangin.pngPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr / Valérie Mangin est scénariste de bande dessinée. Au cours de ses études d'histoire et d'histoire de l'art, elle réalise son intérêt pour le neuvième art et décide de s'y consacrer entièrement. Elle est notamment la scénariste d'une série de science-fiction chez Soleil nommée Le fléau des Dieux mais aussi de "Le dernier troyen", "le petit miracle " ou encore " UW1". Elle a également créé en 2006 avec Denis Bajram, son époux, les Editions Quadrant Solaire et en a été la directrice de collection jusqu'en 2008. Elle travaille aujourd'hui sur un triptyque édité chez Aire Libre, intitulé Abymes, qui joue sur le procédé de la mise en abyme en liant trois destins: celui de Balzac, de Clouzot et de Valérie Mangin elle-même. Une série enthousiasmante autant pour sa forme que pour son fond !

 

 Quel a été la genèse de ce triptyque?
L’idée d’Abymes est née un matin dans un festival BD, il y a quelques années. Je regardais la télévision pendant que Denis (Bajram, mon mari et auteur d’UW1) occupait la salle de bain. Les acteurs du film étaient si mauvais que j’avais l’impression que les personnages connaissaient le scénario à l’avance. Ça m’a donné envie d’écrire une BD dont les héros connaîtraient vraiment le scénario. J’en ai parlé à Denis. Il a enchaîné et tout est parti de là.

 

Pourquoi avoir choisi que chaque tome soit imaginé par un dessinateur différent? Il semble en effet que l'on retrouve de nombreux points communs graphiques…c'était une sorte d'exercice de style?
Oui, mais pas seulement. Je voulais vraiment des graphismes qui collent aux récits.Le dessin semi-réaliste de Griffo rend bien la truculence de Balzac et du début du XIXè siècle. Pour Clouzot, je voulais un graphisme plus sombre et plus sobre à la fois. L’après seconde guerre mondiale est une période difficile et Clouzot un personnage vraiment dramatique. Loïc Malnati a réussi à rendre les aspects  les plus noirs des deux.Quant au choix de Denis Bajram pour le tome 3, ce n’en était pas vraiment un : pour que la mise en abyme soit totale, il fallait que les auteurs et les personnages du dernier tome coïncident.

 

Henri-Georges Clouzot, Honoré de Balzac : pourquoi les avoir rapprochés au départ?
Je voulais mettre en scène un romancier et un cinéaste avant un auteur de BD. Évidemment, il fallait qu’ils aient de fortes personnalités qui se prêtent au genre de récits que je voulais faire.
Le choix de Balzac a été très rapide. C’est un de mes écrivains préférés et je savais qu’il avaittrilogie.png habité Bayeux comme Denis et moi, ce qui fournissait d’emblée un point d’accroche entre les albums. Clouzot n’a été choisi que beaucoup plus tard. J’ai longtemps hésité entre plusieurs réalisateurs. Mais José-Louis Bocquet, le directeur éditorial d’Aire Libre, m’a raconté qu’il était son filleul. Il avait même écrit un livre sur lui. C’était un signe. Quand j’ai su que Clouzot avait tourné près de chez nous, sur les plages normandes, j’ai compris que j’avais vraiment fait le bon choix.

 

Deux figures qui vous fascinent particulièrement, on suppose; quelle(s) oeuvre(s), en particulier, citeriez-vous de l'un et de l'autre?
C’est toujours difficile de choisir parmi des œuvres aussi intenses. Pour Balzac, je dirais la Peau de Chagrin car c’est un roman fantastique, mon genre de prédilection. Pour Clouzot, je choisirais le Corbeau pour son atmosphère incroyablement déstabilisante et sa virtuosité visuelle.


Il semble que la part de fantaisie biographique ait augmenté dans le second volume, on se trompe?
En fait, dans les deux cas, le contexte historique ainsi que les caractères des personnages sont directement inspirés de la réalité. Mais les récits eux-mêmes sont totalement inventés bien sûr. Ni Balzac ni Clouzot n’ont eu de destin aussi tragique.

 

Le procédé de la mise en abyme : une technique qui a du vous demander de nombreuses heures de réflexion pour l'élaboration de vos scénarii :le choix de ce procédé a précédé celui des "héros" de chaque volume?
Effectivement, le concept est venu avant le choix des héros.

 

Dans quelle mesure chacun des scénariiis  s'inspirent -t-il  de l'univers littéraire ou cinématographique de Balzac ou de Clouzot? Avez-vous travaillé en ce sens, c'est à dire presque écrit comme Balzac puis "filmé" comme Clouzot? Ou est-ce, dans les deux cas, du "Valérie Mangin"?
Disons que c’est du Valérie Mangin faisant du Balzac puis du Clouzot. On ne peut pas disparaître complètement derrière un autre auteur. Mais j’ai essayé de respecter l’esprit dans lequel ils travaillaient tous les deux. J’ai voulu leur donner des destinées dignes de celles de leurs personnages.

 

Capture-d-ecran-2013-04-13-a-11.36.10.pngUne anecdote vraie sur Balzac que vous avez mise en place?
Il s’appelait bien Honoré « Balzac » et non « de Balzac ». Il a ajouté la particule après la mort de son père. C’est bien un faux noble.  

 

Et une sur Clouzot?
Clouzot n’hésitait pas à malmener ses comédiens pour qu’ils satisfassent ses exigences de metteur en scène. Ainsi, Suzy Delair, actrice et compagne du réalisateur, raconte qu’il n’a pas hésité à la gifler sur le tournage de L’Assassin habite au 21, pour qu’elle pleure vraiment devant les caméras.

 

On suppose donc que dans le dernier volume vont vous arriver des mésaventures dignes d'un thriller fantastique... Allez-vous y manipuler tout votre entourage et la rédaction de Dupuis afin d'arriver à vos fins….un prix à Angoulême?
Est-ce qu’avoir un prix à Angoulême relève du thriller fantastique ? c’est une idée amusante. En tout cas, ce n’est pas mon objectif dans l’album, même si ce serait très flatteur dans la réalité, évidemment. Mais vous verrez, Denis (co-scénariste et dessinateur de l’album) et moi sommes allés vraiment beaucoup plus loin.

 

Abymes
Editions: Aire Libre
Scénarii: Valérie Mangin

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23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 18:23

delisle.pngGuy Delisle est un auteur de bande-dessinée d'origine québécoise qui vit aujourd'hui à Montpellier. L'an dernier, ses Chroniques de Jérusalem (qui relate l'année 2008-2009 passée en Israël aux côtés de son épouse expatriée de Médecins sans frontière) ont été récompensées par le Prix du Meilleur Album au Festival d'Angoulême. Après avoir publié plusieurs albums sur ses expériences à l'étranger et habitué des récits puisant dans son vécu,  il  vient de publier Le Guide du mauvais père : une série d'histoires courtes humoristiques sur la difficulté d'élever des enfants. Une façon de déculpabiliser les géniteurs et de rire de bon coeur de tous les ratés qu'ils ne manquent pas de commettre! Nous avons rencontré Guy Delisle lors du festival d’Angoulême alors que l'effervescence des amoureux de la bd bruissait sous toutes les bulles dressées pour l'occasion, que la pluie avait pris soin de balayer les efforts du matin pour être présentable, que l'enregistreur-audio ne s'allumait pas et qu'une suite de conséquences déstabilisantes ont failli faire péricliter l'interview…. mais que ne ferait-on pas pour vous lecteurs?!!


Dans votre parcours, le croquis a précédé la bd: l'envie d'ajouter des mots aux dessins est -elle née d'une impuissance du dessin seul pour exprimer certaines situations?
Ce sont deux travaux différents; quand je suis sur du croquis, je dessine librement. Dans le cas de mes Chroniques, j'avais déjà à l'esprit d'en faire une bande dessinée donc je prenais aussi des notes chez moi le soir. Je travaille toujours  à partir de mes notes pour élaborer mes bds.

Vous dites que vous êtes un fan de la bd franco-belge: qu'aimez- vous en particulier chez Morris et Goscinny par exemple?
Je me sens le descendant direct de la bd franco-belge; j'adore le trait de Morris, c'est vrai. Cela m'a influencé dans mon trait et plein d'autres choses que j'ai lues également mais le cinéma, les séries-télé , la littérature m'ont influencé aussi.


Lisiez- vous de la "bd témoignage" lorsque vous avez commencé à en faire?
Je lisais parfois les gens qui publiaient dans la maison d'éditions "L'Association"  et qui en faisaient un peu mais en histoires courtes mais je n'avais jamais lu Joe Sacco par exemple. Le seul exemple autobiographique qui était présent à mon esprit, c'était Gotlib que j'avais lu jeune. Et si! Il y avait Maus que je connaissais bien.


Comment expliqueriez - vous aujourd'hui ce succès du journal de bord dessiné - entre journal intime et reportage?
je crois que c'est global en fait. Depuis 15-20 ans, la bd est allée narrativement vers des sphères qu'elle n'abordait pas avant: L'autobiographie, la poésie aussi ( chez POL on en trouve par exemple).


Avec le Guide du Mauvais père, vous revenez à une bd aux thèmes plus légers : est - ce un besoin de respirer?
Oui, parce que j'avais fait un gros album avant et que je savais que j'aurai un gros projet après. Comme j'avais beaucoup de sollicitations cette année, je me suis dit que je n'allais faire que des histoires courtes. Je n'avais pas prévu celle- là en particulier mais les premières planches que j'ai mises sur mon blog ont eu de bons retours et du coup, je suis parti sur ce guide du mauvais père. L'éditeur m'a dit  qu'on pourrait peut être mettre ça sous forme de bouquin et ça s'est fait ainsi.


Est-ce aussi un moyen de conserver les réflexions précieuses de vos enfants?
Non. C'est  vrai que parfois ils ont des phrases très mignonnes et j'en avais commencé à en compiler une ou deux mais je ne suis pas allé au delà. C'est parti de quelque chose d'autobiographique mais en tricotant un peu dessus parce qu'évidemment, il y a beaucoup de fiction dedans.


C'est presque anti-pédagogique ...
Oui, c'est plein d'humour. C'est un ressort que j'utilise toujours , meme quand j'évoque des choses sérieuses.


Après le guide du mauvais père, allez-vous poursuivre votre chronique amusée des travers de la paternité ou pourrait-on découvrir Un Guide du mauvais fils ou du mauvais mari par exemple?
Il y aura un deuxième Guide du mauvais père. Je ne sais pas s'il y en aura plus et si je trouverais matière à inventer d'autres histoires.


Est-ce une question que vous vous posez souvent: suis-je un bon père?
Non, je me pose pas la question souvent; je ne me considère pas pire qu'un autre en fait. C'est vrai qu'on n'est pas toujours à la hauteur ; je suis moins patient que j'aimerais l'être mais après il y a le quotidien etc. qui fait qu'on fait comme on peut.


Ce titre, c'était une sorte de blague...
Oui voilà... Quand on est parents, on lit du Dolto etc.. Des guides pour gérer tout ça et du coup, c'est un peu venu de là.


Avez-vous imaginé un modèle de père idéal ?
Non , je n'ai pas érigé de modèle idéal. Ce sont les enfants qui nous apprennent à être père, à répondre à leurs besoins et à leurs sempiternels questionnements et exigences. C'est beaucoup eux qui nous montrent le chemin. Après, on n'est plus les mêmes pères que la generation d'avant, je suis très câlin avec mes enfants , par exemple, alors que la génération de mon père était globalement plus pudique. Je trouve ça bien que ça se soit ouvert de ce côté- là au niveau des pères. J'ai l'impression que je serai plus près de mon fils que la génération au-dessus de moi.


Quelles satisfactions avez- vous ressenti en écrivant ce guide-là?
En l'écrivant , c'était vraiment un exutoire. Je dessinais des choses qu'il ne faut surtout pas faire dans la vie. Dans Le Guide du mauvais père, je parle à ma fille comme si je m'adressais à une adulte par exemple et c'est assez amusant de casser le mythe; ça fait du bien de le faire sur le papier quand ça reste du domaine de la fiction.


Quelle est votre recette pour faire rire?
Le rire, ça dépend de tellement de choses, du rythme, du contexte…. Ce que je peux dire , c'est que j'ai particulièrement ri sur ces petites histoires....je me disais moi le premier:" il me semble que c'est drôle…."


Vous avez déjà rencontré des lecteurs de ce Guide : quel serait ou a été la réflexion idéale d'un de vos lecteurs?
J'ai eu beaucoup de retours de pères . Il y a une certaine complicité qui se fait avec les papas qui disent : "ah…moi aussi, j'ai oublié le sou sous l'oreiller! "


Enfin, si vous deviez imaginer un guide du mauvais auteur…qu'y trouverait -on?
Je ne sais pas si ça plairait à l'éditeur ça ! ( Rires).

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 18:15

birmant_julie-1-.jpgPar Julie Cadilhac -Bscnews.fr/ Avant d'être scénariste de bandes-dessinées, Julie Birmant a d'abord été metteur en scène à l'école de cinéma de Bruxelles, l'insas, et a notamment co-dirigé plusieurs numéros de la revue Alternatives Théâtrales. De retour en France ensuite, elle a fait des chroniques théâtre et des reportages dans "Carnet Nomade"pour France Culture, est devenue dramaturge pour quelques festivals de théâtre puis productrice de documentaires de création à France-Culture encore. Son premier scénario, Drôles de femmes, dessiné par Catherine Meurisse, raconte ses aventures au pays de femmes célèbres de caractère comme Amélie Nothomb, Anémone ou encore Yolande Moreau. Actuellement c'est  en compagnie de Clément Oubrerie qu'elle raconte en vignettes la jeunesse haute en couleurs du peintre Pablo Picasso. Une petite merveille à laquelle l'on a immédiatement succombé et dont on vous propose de rencontrer la plume sensible et brillante ....qui nous offre une parenthèse à Paname, au début du vingtième siècle,  tout à fait grisante!


Quelle a été la genèse de ce projet éditorial?
L'idée de départ était de retrouver le Montmartre des années 1900. C'est mon quartier. J'y suis née, je l'ai vu changer, d'aucuns diraient perdre son âme.Hé bien non, puisque des fantômes y planent aux heures bleues de l'aube, aux heures désertées par la neige ou les tempêtes. Parmi ces fantômes, j'ai rencontré celui de Fernande Olivier, nom qui sonne assez familier accolé à celui de Picasso, mais flou. Passant chaque matin devant la place du Bateau-Lavoir, j'ai voulu un jour en savoir plus, et j'ai dégotté les "Mémoires intimes" de cette femme. J'ai tout de suite été séduite par sa voix, celle qu'on percevait entre les lignes. Elle était authentique, fine, farfelue... Et soudain j'ai pressenti qu'elle avait dû jouer un rôle crucial dans la transformation de la peinture de son amant, le jeune Pablo Picasso fraîchement débarqué de Barcelone.
C'est alors que j'ai commencé mon enquête. Et j'ai plongé dans cette époque où Montmartre était encore agricole, peuplé de vaches, de maréchaux-ferrants, sur le versant nord, c'était une friche appelée le maquis... c'était une sorte de république libre aux portes de la ville où s'abritaient aussi une colonie de poètes et d'artistes métèques, parmi eux, la colonie espagnole avec en son centre, Picasso, le prodigieux.

 

Quels sont les règles pour éviter qu'une leçon d'histoire de l'art devienne ennuyeuse? Quels ont été les écueils que vous avez voulu éviter?
Ma narratrice est une femme. Une femme que tous ont aimé, qui a séduit les poètes et les grands peintres en devenir de l'époque. Il fallait réussir à montrer ce qui la rendait désirable, et ce n'était uniquement plastique — Fernande n'est pas une beauté classique. Et puis, avec Picasso, quand on est proche des sources, difficile d'être ennuyeux. Ce n'est que passion, rage de peindre et enthousiasmes poétiques, le tout cerné d'amis excentriques, profonds et subversifs.

 

On peut lire sur la quatrième de couverture du tome 2 " Qu'on se le dise, tout est vrai dans cette histoire!". A partir Capture-d-ecran-2013-03-18-a-17.59.36.pngde quels documents avez-vous travaillé pour sélectionner toutes ces anecdotes colorées et romanesques?
Mes documents sont nombreux. J'ai vite lu les biographies classiques, mais ceux que j'ai retenus, ce sont les témoignages, les poèmes de Max Jacob et d'Apollinaire, et puis les livres éclairants d'une autre compagne de Picasso, Françoise Gilot, qui disent beaucoup sur la façon étrange qu'avait le peintre d'aimer les femmes.

 

Combien de tomes sont prévus pour raconter la vie passionnante de cet artiste? Et peut-on connaître leur nom? Sont-ce les rencontres amicales ou amoureuses, selon vous, qui ont fait évoluer l'art de Picasso?
La série comptera 4 tomes. Picasso était une éponge, et il a eu la chance de rencontrer à cette époque des personnalités exceptionnelles qui l'ont nourri. Max Jacob (tome 1) l'a nourri au sens premier du terme, puisque le poète a travaillé pour entretenir son ami plongé dans sa Période Bleue dont aucun marchand ne voulait. Apollinaire (tome 2), ensuite, qui est son alter ego de la Période Rose, alors que tous deux sont des mal-aimés qui rêvent de gloire et de conquérir la femme désirée.Gertrude Stein est la troisième rencontre décisive de Picasso. En faisant son portrait, qui va lui valoir de sacrées suées, Picasso pose les bases de sa modernité. Elle apparait déjà dans le tome 2, Apollinaire.  Après avoir réussi à peindre son portrait, Picasso est de taille à rencontrer son seul grand rival, Henri Matisse. Leur rencontre a lieu dans le Pablo tome 3 à paraître le 26 avril. Elle augure entre les deux artistes surnommés parfois Pôle Nord et Pôle Sud une rivalité acharnée qui est autant une émulation qu'une compétition...Le quatrième tome clôturera la période Montmartroise de Picasso. Ce sera l'invention du cubisme, le triomphe inespéré de Picasso qui, de réprouvé, deviendra une star,  et...  la fin de son histoire d'amour avec Fernande. Elle était une aube nouvelle apparue dans la peinture en 1905, elle deviendra un visage décomposé en formes géométriques, pas mieux traité qu'un compotier. Triste ? Sans doute un peu, mais aussi formidable accumulateur d'énergie, et clownesque toujours, comme l'est l'étrange et inclassable banquet donné par Picasso chez lui en l'honneur du Douanier Rousseau.

 

Enfin, si vous deviez citer une anecdote liée à Picasso qui met en exergue l'idée que vous vous faîtes du personnage, laquelle serait-ce?
Picasso est changeant. Je l'aime mal-aimé, totalement hypnotisé par le clown Grock qui est en 1905 son modèle absolu : apparemment maladroit, en vérité un prodige d'adresse, champion de boxe, toréador occasionnel adulé et tombeur de ces dames.

pablo.png

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18 mars 2013 1 18 /03 /mars /2013 17:38

librairie1.pngPar Julie Cadilhac -Bscnews.fr/ Vous aimez vous abandonner avec délectation au creux des pages accueillantes d'auteurs narcissiques, égocentriques, allumés, décalés, inspirés, fantaisistes, polémiques, rêveurs…? L'odeur du livre tout juste imprimé, le bruit des pages tournées, le contact des nervures d'un dos, la vue d'un titre enlevé exalte votre enthousiasme? Pas de doute que vous laissez vadrouiller un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, vos oreilles du côté de La grande Librairie sur France 5 le jeudi ou le dimanche! Y sévit un crayon-trublion qui se complaît à croquer avec malice et intelligence l'actualité littéraire , complice de François Busnel, grand Manitou de la Question.  Jul commente par ses dessins les causeries plus ou moins de haute volée, les convergences et divergences d'opinions esthétiques, les explications pratiques et théoriques à propos du doux ( dur?) métier d'auteur. Jul est un croqueur d'instants génial ; Au coeur même de l'Ordre des Plumes émérites et des Chéri(e)s des Muses, là où tout se veut ordre et beauté, Jul distille un parfum de rébellion graphique, sème la dérision, désacralise pour mieux vanter…ben oui, tiens! et si le rire sauvait la littérature? Vous ne l'avez pas croisé à Angoulême? Grossière erreur de goût cher lecteur! Hic et nunc, l'occasion de réparer votre cruel manque d'orientation festivalesque ( quoi? qu'est-ce qu'il a mon néologisme?) , de vous laisser littéralement séduire par l'humour et la pertinence de l'auteur de La planète des sages, Silex and the City ou encore Le président de vos rêves et de vous précipiter dans les bras de la première librairie venue pour vous compromettre délicieusement avec Sa Grande Librairie!


Si vous pouviez concevoir l'émission idéale en outrepassant les contraintes temporelles et spatiales (ouvrons les tombes et les frontières si nécessaires!), quels invités rêveriez-vous ou auriez-vous rêvé de croquer à la Grande Librairie et…. à propos de quels ouvrages?
Mon point de vue de dessinateur n'est pas le même que mon point de vue de lecteur...  Mes "cibles" préférées sont les écrivains célèbres, médiocres et vaniteux... Mais il est vrai que pouvoir rencontrer des génies admirables serait aussi une chance : il faudrait panacher... Alors mettons (il en faut 4 par émission )  : Hitler pour "Mein Kampf", Mao pour "Le Petit Livre Rouge"... et Nicolas Bouvier (excellent iconographe en plus d'être un génie poétique), et Arthur Rimbaud qui foutrait le bordel sur le plateau !


Ecrire et être orateur, deux capacités qui ne vont pas toujours de pair, si? Quels auteurs vont ont surpris en ce sens?
C'est vrai que Modiano est la parfaite illustration de l'autisme médiatique et de la grandeur littéraire ! D'autres sont très mineurs voire ringards, mais excellents causeurs (les académiciens genre d'Ormesson ou de Obaldia par exemple...)... Alors les oiseaux rares ? James Ellroy, Umberto Eco, par exemple, ont été magnifiques...


François Busnuel explique dans la préface que votre présence au sein de l'émission allait dans le sens de "dissoudre l'esprit de sérieux"? Une sacrée responsabilité, non?! Quelle est votre recette?
Je travaille toujours dans un esprit satirique, dans la presse et en bande-dessinée : je n'ai aucun mal à transposer cette disposition naturelle à la critique et à l'humour en direct à la télévision. Et c'est vrai que cela fait tache bien souvent, dans le monde compassé et révérencieux des Lettres françaises. Mais quel plaisir de transgresser les convenances et de dégonfler les vanités, en étant payé pour ça et en plus en entendant rire les spectateurs (subtil et exquis plaisir narcissique pour le dessinateur !)


Dessiner à La Grande Librairie, c'est une façon de contribuer à la résistance de l'objet-livre? Êtes-vous soucieux en ce sens?Tiens, je n'y ai jamais pensé... En fait, non : publier un recueil de ces dessins, oui, ça c'est faire vivre le livre, les libraires, etc. En revanche, la télé reste un concurrent féroce au livre, même une émission littéraire : dans le tourbillon des existences modernes et chronométrées pour le travail et l'aliénation de la consommation, c'est toujours une heure de moins pour la lecture !


On a souvent l'impression que la littérature appartient à un cénacle parisien assez fermé,badinter.png une idée qui semble ne pas avoir lieu d'être en bd….votre collaboration avec François Busnuel est-elle une façon de combattre cet élitisme littéraire?
J'ai eu une formation ultra élitiste, ultra intello, ultra parisienne : le microcosme littéraire ne m'a donc jamais fait rêver, et je suis aux premières loges pour le tourner en dérision... Le pendant de cela, c'est que je n'ai jamais diabolisé ce milieu, j'ai toujours savouré ses bons côtés et ri de ses travers, sans en faire tout une affaire. Mais c'est vrai que j'aime exister à la marge : intello de service dans la bd, dynamiteur dans le monde des Lettres. Le luxe, c'est ça : être dedans ET dehors, et n'avoir à craindre personne dans le maillage du pouvoir et de l'influence. La bande-dessinée se prend certainement moins au sérieux, et c'est plutôt agréable... mais il y a aussi le monde du dessin de presse, de l'animation : chaque milieu et chaque profession a ses codes et ses coquetteries, de toute façon.


 Et pour quel bilan: arrivez-vous à attirer un public plus varié?
Je ne crois pas que mes dessins à La Grande Librairie attirent particulièrement le public de la bande-dessinée vers ce genre d'émission. En réalité, mes lecteurs sont plutôt des littéraires qui n'ouvrent pas trop de bd. En revanche, les spectateurs ne sont pas habitués à l'irrévérence envers les romanciers : je pense qu'il y a une jubilation particulière à voir profaner certains monuments un peu trop pompeux...


Vos dessins sont truffés de références littéraires classiques…Jul, un grand lecteur dès l'enfance?
A vrai dire, je n'ai jamais hiérarchisé mes lectures : j'ai lu très très (voire trop trop) tôt des classiques, en même temps que Gotlib, Franquin, Edika... J'ai souvent du mal à accréditer la distinction entre grande culture et culture populaire : vivre dans son époque, c'est mélanger l'héritage du passé et l'écume du présent, non ? Alors, oui, je suis un fervent lecteur, plutôt d'auteurs morts finalement (ils sont plus nombreux), et étrangers (ils sont plus étranges)... Et la notion de "référence" est fondamentale dans mon travail : l'humour de mes albums et de mes dessins repose souvent sur des décalages, des collisions, où tout ce qui constitue le réel a sa place. Flaubert, Michel Berger, Brice Hortefeux, Voltaire, Zadig et Voltaire, c'est ça la vie !

Si vous deviez citer une émission qui vous laissera un souvenir indélébile ( agréable ou désagréable), laquelle serait-ce et pourquoi ?
Je me suis tellement marré pendant l'émission où Brigitte Fontaine qui présentait un recueil de ses textes illustrés par Sempé est sortie des rails et s'est mise à arpenter en maugréant le plateau en tous sens parce qu'elle ne pouvait pas fumer et qu'elle craquait, tandis que François Busnel essayait tant bien que mal de gérer le chaos... Et puis les émission où Roberto Saviano arrivait avec huit gardes du corps, à cause des contrats mafieux sur sa tête, et qu'il plongeait son regard noir dans les yeux de Busnel. J'en ai encore des frissons.


Lors de ces émissions en direct, le stress est intense, j'imagine, puisque vous devez assurer un certain nombre de dessins quoi qu'il arrive…pour éviter la panne d'inspiration, vous vous préparez des dessins sous le coude? Vous est-il arrivé en 4 ans d'être "sec", "sans inspiration"?
C'est une crainte que j'ai à chaque fois, mais comme par miracle, le déclic finit toujours par avoir lieu... Ayant reçu les livres, ayant révisé l'itinéraire des invités, je suis assez préparé, et j'ai parfois des idées de gags en tête avant de démarrer...


C'est dans les bons pots qu'on fait les meilleures confitures, dit-on…est-ce avec les meilleurs livres que vous avez conçu les "meilleurs" dessins selon vous?
Les Classiques sont suffisamment riches pour être un inépuisable réservoir de dessins... mais les gros navets aussi ! En réalité, ça dépend beaucoup de ma forme du moment.


Une grande librairie avec des scénaristes et des dessinateurs consacrée à 9ème Art aurait-elle son public? Vous enthousiasmerait j'imagine?
Pas mal de dessinateurs sont déjà venus à la Grande Librairie : Moebius, Sfar, Bilal, Blain, Sempé, Tardi... Je n'aimerais pas cloisonner les genres : au contraire, voir assis côte à côte un romancier, un dessinateur et un historien, là ça devient intéressant.


L'humour et la littérature font-ils toujours bon ménage? Certains auteurs se sont-ils offusqués de vos dessins? Il semble en effet que si l'auteur de bds pratique beaucoup l'autodérision, l'auteur de romans pratique l'autosatisfaction ( sans faire de généralités).
Mis à part Alaa el Aswany, sans doute pour une question de traduction mal comprise, personne n'a jamais fait d'esclandre, mais c'est vrai que j'ai vu quelques sommités avaler des couleuvres grosses comme un Goncourt en s'efforçant de trouver un dessin drôle...


Quand on regarde vos dessins, une évidence s'impose comme un postulat inaltérable : pour comprendre vos clins d'oeil, il faut avoir en commun des trésors de références littéraires…Sans culture, on est isolé, on ne peut pas partager rire…malgré vous, vous évincez un peu ceux qui ne lisent pas..pourriez-vous imaginer de concevoir un ouvrage qui viendrait repêcher les nuls en lecture?
Lorsque j'ai publié La Planète des Sages, Encyclopédie mondiale des philosophes et des philosophies, j'avais en tête l'idée de transmettre énormément de savoir autour de la philo, sans jamais exclure de lecteurs, même lorsqu'il n'avait aucune référence en la matière... Ici, c'est différent : l'auteur est présent, on parle d'une oeuvre en particulier... Mais pourtant j'ai sélectionné dans ce recueil les dessins qui pouvaient généralement être compris par tous ou presque. C'est vrai que ma mère est un peu passée à côté des blagues sur "Hello Kitty" !


Quelles actualités pour Jul cette année 2013? Dans quelles émissions retrouvera-t-on vos dessins ? des parutions en projet? des dédicaces?
Je suis maintenant à la tête d'un projet pharaonique, mené dans la plus pure tradition dictatoriale : la deuxième saison de mon dessin animé "Silex and the City" pour ARTE. La diffusion est attendue pour septembre 2013, et j'espère pouvoir achever le tome 4 des aventures des Dotcom pour arriver en librairie au même moment... Sauf si le calendrier maya s'est trompé de 6 mois au sujet de la fin du monde...

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20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 16:57

guillaumebianco.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr/ "Réapprenons à nous ennuyer" nous dit Guillaume Bianco. Le secret de l'imagination galopante est là, au creux de ses heures paresseuses durant lesquelles l'esprit commence d'abord par trépigner d'impatience et souhaiter qu'arrive - enfin!- quelque chose…Oui, c'est là que naissent les plus épatantes histoires, les plus beaux voyages et tous ceux qui ont oublié de cultiver leur don de trouble-vue l'ignorent. Pour son troisième tome, Billy Brouillard, doté de ce "super-pouvoir", nous entraîne  dans une nouvelle épopée de son imaginaire, peuplée de sirènes dangereusement séduisantes et de baignades excitantes. Et on ne résiste pas!
Guillaume Bianco est auteur de bandes dessinées pour petits et grands enfants, un "Zoo-Encyclo-Anatomo-Myco-Botano-Paléonto-Poète" des grands chemins comme on aimerait en croiser plus souvent en littérature. Les opus de Billy Brouillard respirent l'espièglerie, l'intelligence et un goût aiguisé pour les surprises et  les sciences cabalistiques. Sur l'air du journal intime d'un môme singulier, en notes tantôt  fantaisistes tantôt savantes, chevauche l'Idée délicieuse qu'avec trois bouts de ficelle, un peu de papier et un stylo, on peut emporter à bord d'une trière enfantine une foule d'esprits lecteurs et les exposer au chant des sirènes…Guillaume Bianco est un magicien, on ne vous a pas dit?


L'automne est là, l'hiver menace: voilà qui devrait satisfaire Billy….et Guillaume?
J'aime particulièrement la fin du mois de septembre. J'habite en provence, l'été y est très chaud... Lorsque vient l'automne, les journées sont encore belles, les couleurs changent ,les nuits sont plus fraîches , plus agréables, plus propices aux rêves. On ressort nos pulls en laine lorsque s'en vient le soir, un bol de chocolat chaud en octobre, un feu de cheminée en novembre...Avec un bon livre pour compagnon.L'hiver n'est pas une menace... Juste une saison trop souvent décriée , mais qui peut être belle si l'on s'y adapte.


Pour la genèse du Chant des Sirènes, on vous imagine, riant comme un bossu, à faire la liste de toutes les histoires liées à la mer….on se trompe?
Je m'efforce de voir la vie d'un oeil rieur et ironique aussi souvent que je le peux. Cela n'est parfois pas très évident... Je crois énormément en la force du rire et de l'humour. C'est une force de vie, un point de vue salvateur. Les histoires et légendes liées à la mer sont foison.Je n'aurais pas assez de 100 anthologies de mille pages chacune pour les décrire toutes. Les fonds marins sont aussi mystérieux que les confins de l'espace sidéral, propices au fantasme, au rêve...


Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage….les plus beaux voyages sont les rêves, BillyBrouillard_MagLitteraire.jpgc'est la seule vérité de Guillaume?
La vérité est multiple. Propre à chacun d'entre nous. Je serais bien prétentieux de dire ce qu'est la vérité absolue. Je pense cependant que la  vie est un rêve.Lorsque l'on vient au monde , nous naissons dans une société fondée avant nous par d'autres, ayant rêvé cette société, ses codes, ses lois, vous me suivez? Deux choix s'offrent alors à nous : Rentrer dans ce rêve commun, suivre le troupeau , ou bien se créer son propre rêve, ses propres lois, tout en suivant le reste du "groupe", mais de loin.


Au fait, vos albums sont sponsorisés par Peter Pan et les enfants perdus?
Je n'ai jamais lu Barrie , mais compte  y remédier très bientôt.Vous auriez également pu faire le parallèle avec la petite Alice de Lewis Caroll...Le magicien d'Oz Etc...Loin de moi l'idée de comparer mes livres à ces chef d'oeuvre de la littérature anglaise et americaine , mais comme Peter et Alice , Billy refuse de grandir , et aime à se réfugier dans son propre monde, loin de celui des adultes.


Apparaît pourtant quelques vieillards moustachus et autres fantômes comme Georges Brassens, Albert Samain , Charles Baudelaire ou encore Dante…des compagnons de longue date ou des rencontres fortuites croisées lors de cet album en mer?
Je n'ai pas beaucoup côtoyé Baudelaire, mais je passe le plus clair de mon temps aux côtés de  tonton Georges et vagabonde dans ses chansons.Je peux vous dire qu'il n'a rien d'un vieillard moustachu, mais tout d'un gamin potache et frondeur... Je crois que Georges Brassens m'a beaucoup influencé. Je suis né avec. Le dimanche matin, je restai des heures devant le tourne -disque de mes parents à écouter sa grosse voix chaude  et rassurante qui roulait les "R"...Je ne comprenais pas toujours ses histoires, mais les mots étaient jolis ; et j'y percevais de la gravité et de la légèreté simultanément... Cela stimulait mon imaginaire.


Vous révélez de nombreuses recettes magiques dans cet album mais aussi celle du pouvoir de Trouble-vue….est-ce parce que Billy quitte l'édition après ce tome ou parce qu'il souhaite multiplier les camarades de jeu?
Un cycle se termine...Mais Billy reviendra dans un prochain tome...Pour une aventure plus... Comment dire..Enfin...Vous verrez... Dans le "Chant des sirènes" , j'ai  évoqué "la recette du don de trouble vue" pour tenter d'expliquer aux lecteurs que nous en possédons tous un.. Il suffit juste de s'écouter et de se faire confiance.. Un défaut peut devenir une qualité à condition de s'accepter , et pourquoi pas un "SUPER POUVOIR"...Tous les grands génies , les artistes , sont des marginaux "inadaptés" qui ont su assumer et exposer leur différence au monde, pour le faire avancer...Et pour s'y faire une petite place.


L'Odyssée est une source inépuisable d'inspiration…des exemples de réécriture ( littéraires, cinématographiques etc…) qui vous ont séduit?
J'aime beaucoup les films fantastiques pour lesquels Ray Harry Haussen réalisait les effets spéciaux en stop motion (animation image par image...) Ces films ont quelque chose d'indéfinissable et de magique qui m'ont bouleversé enfant... Et qui me poursuit encore aujourd'hui... J'avais d'ailleurs fait un post à ce sujet... (voir lien : http://guillaumebianco.blogspot.fr/2012/04/le-7eme-voyage-de-sinbad-le-marin_26.html)


Peut-on dire que l'Odyssée est une lecture passionnante mais que les enfants ne peuvent réellement apprécier qu'en grandissant? Découvrir Homère, petit, semble davantage possible dans une version réadaptée, non…?
Non. Je pense que l'Odyssée est accessible à tous , à condition d'avoir un bon guide, un parent intelligent qui sait vous accompagner, un professeur qui sait vous stimuler, vous intéresser. Le problème d'aujourd'hui est que tout va trop vite.L'oeil est attiré par des centaines de lumières , celles de notre télé , de notre ordinateur, de notre I PAd , I phone ...Dans les années 80 on s'ennuyait encore... Le temps ne semblait jamais finir... Il n'y avait rien à faire. Lorsqu'on avait la chance de vivre à la campagne, on commençait alors à se focaliser sur la racine d'un arbre , sur une grenouille dans un ruisseau , sur un petit caillou...On commençait alors à s'inventer une histoire... Juste pour ne pas mourir d'ennui.Les jours de pluie , rien à la télé (je rappelle aux plus jeunes que nous n' avions alors que 3 chaînes), pas de DVD...Rien...Juste des jeux de société...Des BD...Et des livres... Réapprenons à nous ennuyer...Alain Souchon disait , dans une interview récente : "Si je ne m'étais pas autant emmerder plus jeune, jamais je n'aurais pris une guitare pour me mettre à gratouiller..." Bon je m'égare. Quelle était votre question?


Billy Brouillard, c'est un livre davantage pour les petits grands enfants que pour les enfants? Qui sont vos lecteurs ?
Je ne sais pas vraiment, je suis surpris chaque fois un peu plus. Je pensais m'adresser aux "ados gothiques"...Puis j'ai croisé des enfants de 8 / 9 ans , filles et garçons qui s'identifiaient à Billy Brouillard. Des adultes , beaucoup de filles , et même des grands mères ... Les plus jeunes me disent souvent :"Ca fait peur mais c'est rigolo en même temps ", comme dans la vie...Je crois que Billy Brouillard est vraiment pour tout le monde...


Une anecdote d'une rencontre avec un lecteur de Billy?
Il y en a beaucoup. Souvent, de jeunes lecteurs viennent me voir pour me dire que comme Billy, ils ont été confrontés à la mort d'un proche... Comme Billy ils ont été confrontés à cette souffrance et à cette incompréhension. Ce sujet est lourd, et beaucoup de parents sont désemparés et ne savent comment l'aborder pour rassurer leurs enfants. Billy, grâce à son imaginaire , dédramatise la mort à sa manière. Nombreux sont ceux qui sont venus me dire en dédicace que ça leur avait fait du bien...


L'Odyssée est écrite en vers d'où l'envie d'invoquer au cours de ce périple des poètes  et cette dormeuse aquatique qui se berce de chansons?
Le fait que j'évoque des poètes n'a rien à voir avec la versification.Lorsque je cite quelqu'un( écrivain chanteur ou autre ,c'est juste que je ressens sa citation)... J'adhère à l'idée , au concept... Plutôt que de le paraphraser , je retranscris tel quel.Rien de plus.


 Hum…Léa, c'est Pénélope et Prune, c'est Calypso….? ou le contraire…? ou pas du tout? ou peu vous en chaut?
Pas du tout... Le seul parallèle que l'on peut voir , c'est le Cercle des Enfers de Dante , ou le Héros tente d'aller libérer sa belle.Mais je n'ai jamais eu le courage de tout lire...
Ma VRAIE référence concernant cet opus,  est un jeu video des eighties , "Ghost and Gobelins" , où un preux chevalier endossait  son armure pour partir en quête du démon qui avait enlevé sa princesse.... Ah ah! C'était génial!


Les pires sirènes sont les filles nous dit Billy….mais elles font des garçons des héros….non?  Le chant des sirènes est-il un artifice dangereux et trompeur ou une formidable "machine" révélatrice des héros? Tout le paradoxe masculin est-il là?
Il faudrait redéfinir le concept de Héros…Au sens grec du terme , il évoque une certaine dramaturgie. Je préfère le sens américain. Billy est plus un "super-héro"...Il a un super pouvoir et une cape magique : Son "tricot super capuche en laine de vermicolle!"
 
Après l'Odyssée, Billy Brouillard pourrait-il ensuite se lancer dans une guerre de Troie…. ou de Trois, c'est selon? ou dans la Genèse…?
Euh non...Cela sera tout autre...Surprise...


Les garçons naissent dans les choux, les filles naissent dans les roses et les histoires…?
Les histoires naissent dans  les coeurs des petits garçons et des petites filles. Ce qu'il y a de bien avec les livres , même avec les "livres d'images" ,c'est que le lecteur participe. L'auteur donne des éléments , des précisions, le lecteur fait le reste. Chacun a sa propre vision , son propre sentiment lorsqu'il lit une histoire. Lire stimule, développe le pouvoir de l'imaginaire, et peut susciter des vocations, donner envie de raconter des histoires, de créer des univers...


Avec des écailles et de beaux cheveux, la sirène est plus dangereuse encore que sous un aspect monstrueux et anthropophage?
Oui, car elle est attirante... Elle provoque la passion et l'attachement... Donc la souffrance. Son aspect anthropophage est métaphorique depuis l'antiquité. Elle ronge le coeur des hommes.


Le conte de la fille aux chats est né de l'observation paresseuse d'un compagnon d'appartement?
Non...Juste d'une envie de dessiner un gros chat et une petite fille. Je fonctionne beaucoup à l'envie...Et parfois , j'aime à me laisser porter par le dessin , et pratiquer l'écriture automatique...J'aime laisser parler le subconscient : la partie immergée et profonde de moi-même.


Vous qui semblez attiré (ou du moins amusé) par les sciences occultes, les croyances et les superstitions telles que chiromancie, astrologie etc….il est  au goût du jour d'évoquer les prédictions des Incas! Billy Brouillard revêtira-t-il ses peintures de guerre le 21/12?
Je prends très au sérieux les sciences dîtes occultes. Je pratique les tables tournantes , et les voyages astraux (décorporations) depuis de nombreuses années. J'ai longtemps eu pour projet de réaliser un ouvrage relatant différentes anecdotes...Un jour peut-être. Concernant la prophétie des Incas , je m'en moque ...Je trouve cette chose médiatisée à outrance. Billy Brouillard également.Il a déjà ses propres croyances.Elles lui suffisent. Nous arrivons à une période charnière...Le changement , La révolution , la "catastrophe "  (appelez ça comme vous voulez), sera économique...Notre monde va changer.Nous devrons , je crois , dans un futur proche subir des restrictions. Mais je me dis que ce n'est pas plus mal ainsi.Etre plus attentif à notre mode de vie , à l'autre , au consumérisme à outrance...Ca n'est pas une mauvaise chose.


Enfin, d'autres parutions d'actualité? d'autres projets?
Pas mal de choses en effet...Le deuxième coffret des comptines malfaisantes de Billy Brouillard en Avril...Le dernier tome de Eco avec Jérémie Almanza au mois de mai...(Le triptyque sera ainsi clos... Attention , âmes sensibles s'abstenir!) Ernest et Rebecca avec Antonello Dalena au mois de Juin , (avec la petite Rebecca qui retournera à l'école....) La suite de  Zizi Chauve souris avec Lewis Trondheim à la fin de l'été 2013... Et un nouveau Billy Brouillard pour l'automne ... Ouf...Du boulot en perspective...Mais surtout beaucoup d'amusement...Enfin si les dieux Incas me prêtent vie.


Série Billy Brouillard
Guillaume Bianco
Editions Soleil

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14 novembre 2012 3 14 /11 /novembre /2012 16:30

mortimer.pngPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr/ André Juillard est un auteur phare de la bande dessinée historique francophone. Il a donné vie notamment à la série "Les 7 vies de l'épervier" ,et sa suite "Plume aux vents", en compagnie de Patrick Cothias qui met en scène les destins croisés d'une famille auvergnate et des membres la famille royale au XVIIème siècle, à "Arno" avec Jacques Martin qui raconte les aventure d'un jeune musicien italien devenu un lord anglais très actif dans les milieux politiques de la jeune République française mais également à une série dont il sera l'auteur et le dessinateur intitulée "Le cahier bleu', une tragédie sentimentale qui eut elle aussi un grand succès. En 1996, il a reçu le Grand Prix de la Ville d'Angoulême qui consacrait son travail. Depuis 2000, il a repris avec Yves Sente la série policière "Blake et Mortimer", symbole mythique de la bande dessinée grand public de qualité. Après La Machination Voronov ( 2000), les deux tomes des "Sarcophages du 6ème continent" (2003 -La menace universelle/ 2004-Le duel des esprits) , Le Sanctuaire du Gondwana (2008), Les Sarcophages d'Açoka (2008), paraîtra mi-novembre Le Serment des Cinq Lords: on y retrouve Sir Francis Blake et son acolyte le professeur Philip Mortimer en Angleterre, mêlés à une affaire de vengeance bien sombre. La figure héroïque de Lawrence d'Arabie ,au coeur de cette intrigue, ressurgit de nombreuses années après sa mort pour rappeler à Sir Blake l'existence d'une société secrète. Un scénario vif et enlevé, des phylactères bavards à souhait, une colorisation singulière et expressionniste auxquels s'additionne à la perfection le trait réaliste et dynamique d'André Juillard. By Jove, si nous résumons bien, nous avons eu l'occasion de poser quelques questions à un grand Monsieur de la Bande Dessinée ( qui exposera à la Galerie Daniel Maghen( Paris) du 14 novembre au 01 déc. 2012)  et c'est avec beaucoup d'enthousiasme que nous vous livrons ici ses réponses.


Pouvez-vous nous raconter quand et comment, un jour, votre trait s'est associé à la série Blake et Mortimer?

Je ne pensais pas mon style compatible avec l'univers de la série. Et pourtant, déjà, on m'avait demandé de dessiner la suite des "trois formules du professeur Sato" dans les années 80. Jacobs vivait encore mais n'avait pas envie de faire ce travail. J'ai refusé, ne me sentant pas au niveau et faute d'appétence pour cette histoire qui ne se passait pas dans les années 50. Par la suite, j'ai réalisé une planche-hommage pour un numéro de Tintin qui m'a valu les félicitations du maître et plusieurs sérigraphies reprenant ces personnages pour "Archives Internationales", sans parler d'un petit bouquin illustré avec Didier Convard, "L'aventure immobile" (éd.Dargaud). J'ai tout de même été surpris lorsque Didier Christmanjuillard.png m'a proposé de reprendre la série à la suite de Ted Benoît. Cette fois, le scénario de Yves Sente me plaisait beaucoup, le style aussi, celui de la"Marque Jaune", la meilleure période de Jacobs, et le contexte : la guerre froide, les années 50. Alors j'ai accepté.


C'est le cinquième volet que vous écrivez avec Yves Sente...une anecdote à raconter à propos de cette collaboration?

Pour "Le serment des cinq lords", nous avons été à Oxford et à Londres pour faire des repérages. A Londres, la visite du "War Cabinet Museum", non loin de Scotland Yard, nous a enthousiasmés et donné l'idée d'un prochain épisode de Blake et Mortimer.


Etiez-vous un lecteur assidu de la série avant d'en devenir un auteur?
J'ai été, enfant, un lecteur passionné de cette série, que j'ai relue plus tard d'un oeil plus professionnel avec non moins d'intérêt, lorsque j'ai décidé d'être dessinateur de Bande Dessinée.


Qu'est-ce qui vous plaît particulièrement dans cette série?
La savante simplicité du trait, la mise en scène dynamique et surtout l'atmosphère "British" spécialement dans "La Marque Jaune". Sans oublier une mise en couleur très originale avec une gamme qui n'appartient qu'à lui et dont la modernité est évidente.


novembre.jpgUne question qu'on a du vous poser de nombreuses fois: pour lequel des personnages-phare avez-vous le plus de sympathie?
Des trois personnages, Olrik, ne l'oublions pas, est celui que j'aime le moins. C'est le problème des "méchants". Indestructibles, ils reviennent toujours pour empoisonner la vie de nos héros mais parfois de façon un peu "tirée par les cheveux" pour finir immanquablement par perdre la partie. Quant à Blake et Mortimer, impossible de préférer l'un ou l'autre. J'ai été très frustré de la quasi-absence de Blake dans "L.e sortilège de Gondwana" mais Yves Sente a refusé malgré mes suppliques de lui donner un rôle plus important ce qui aurait impliqué un bouleversement de son scénario. Il avait raison. L'histoire avant tout!


Si vous deviez citer un album d'Edgar P. Jacobs que vous trouvez particulièrement remarquable, lequel serait-ce?

Disons que j'apprécie moins "L'affaire du collier" et "Les trois formules du professeur Sato". Un petit faible tout de même pour "La Marque Jaune", le meilleur à mon goût pour ce qui est du style, et quelques séquences comme l'atmosphère du Centaur Club, de la bibliothèque du British Museum, et les docks dans le brouillard.


Et si vous deviez citer le nom d'un album imaginé par d'autres auteurs qui ont eu l'honneur ensuite de se mettre au service de ces 2 personnages, lequel serait-ce ? Et pourquoi?
J'ai beaucoup aimé "L'affaire Francis Blake" de Ted Benoît et Jean Van Hamme. Ted Benoît a parfaitement concilié son style personnel ,que je trouve remarquable, et celui de Jacobs pour faire un "Blake et Mortimer" dans l'esprit de la série. Je regrette beaucoup qu'il n'ait pas poursuivi.


Blake et Mortimer, entré dans l'histoire de la BD francophone, répond - on imagine- à des critères scénaristiques et graphiques très précis, attendus par ses fidèles lecteurs. Côté illustration, y en a t- il qui vous ont été imposés? d'autres dont vous vous êtes affranchi volontairement?

Il y a évidemment un cahier des charges quand on reprend une série. Le style, l'époque, les lieux, les personnages principaux et secondaires, la couleur doivent être "dans l'esprit". Yves et moi avons d'autant mieux accepté ces contraintes que l'intérêt dans ce projet ne résidait pas dans l'appropriation de la série pour la bouleverser, la "moderniser à outrance ", mais juste essayer de satisfaire les fans que nous sommes depuis toujours, les enfants qui rêvaient de retrouver dans un grenier l'épisode oublié, celui qui n'était pas sur la liste des ouvrages publiés au dos des albums des éditions du Lombard. Néammoins, j'ai un style un peu plus réaliste que celui de Jacobs et je n'ai pas essayé de le contraindre pas peur qu'il ne devienne superficiel.


Illustrer les aventures de Blake et Mortimer, c'est avant tout, selon vous, un exercice delords.png style? d'humilité? de rigueur?

Exercice de style, certainement, qui demande humilité et rigueur, ça tombe bien, c'est mon credo en toute circonstance. Mais aussi passion pour ce travail. On ne peut pas l'assumer 10h par jour, 6 à 7 jours par semaine pendant 13 ou 14 mois sans être porté par cette passion pour le dessin, la mise en scène d'un scénario, une série, une histoire. Sinon c'est le bagne!


Le serment des cinq lords s'inscrit dans la tradition des romans policiers britanniques...y en t-il un, en particulier, qui aurait influencé votre trait pour cet opus?
Adolescent; j'ai lu à peu près tous les Agatha Christie et autres Conan Doyle, aujourd'hui ce serait plutôt Elisabeth Georges ou des auteurs américains. Il m'en est resté un intérêt marqué pour la civilisation britannique traditionnelle d'autant plus que ma mère, professeur d'anglais, était très anglophile. Mon père, lui, gardait une dent contre la perfide Albion qui avait coulé la flotte française à Mers le Kébir. Mais ce ne sont pas les romans que j'ai lus qui m'ont fait dessinateur, c'est l'histoire de la peinture, des dessinateurs comme Ingres, Dürer, Holbein, Kokusai, des illustrateurs comme Rackham, Pyle, et bien évidemment de dessinateurs de bande dessinée, Hergé, Jacobs, Girand-Moebius etc...


Ce souci constant de mise en scène des vignettes, imaginées comme des prises de vue tout à fait comparables à celles de l'art cinématographique, vous est venu naturellement et correspondait déjà à votre esthétique ....ou a nécessité une adaptation?
La Bande Dessinée est d'une façon générale très influencée par le cinéma, je n'échappe pas à la règle.


Edgar P. Jacobs était un coloriste singulier...est-ce vous qui travaillez la couleur?

La couleur est le domaine de Madeleine de Mille qui avait réalisé celle des albums de Ted Benoît. Elle connaît très bien la série, donc il n'est pas nécessaire de lui donner beaucoup d'indications. Je me contente de quelques précisions : c'est l'aube, il neige...ou de délimiter certaines surfaces quand le dessin est très compliqué.


Avec quels outils réalisez-vous vos croquis et illustrations? Pour vos sujets et paysages, partez-vous de photos ou votre imagination suffit-elle?
Je travaille beaucoup au crayon, instrument que je vénère, parfois d'après mes propres photos, ou d'autres, parfois d'imagination. Je remplis ainsi des carnets de croquis choisis pour leur papier. Le papier, merveilleuse invention que je vénère tout autant.


Outre la sortie prochaine de ce tome 21 de Blake et Mortimer, d'autres parutions en cours ou publiées dernièrement....lesquelles?
Après un livre de nus, Alain Beaulet vient de publier un autre de portraits. Alain Beaulet est un éditeur d'ouvrages précieux, petits tirages, beaux papiers, avec lequel je travaille depuis longtemps et qui satisfait mon goût pour la bibliophilie qui était une des passions de mon père. Pour l'heure, je suis reparti avec enthousiasme dans la Bande Dessinée historique avec un nouvel épisode de la saga "Les 7 vies de l'épervier- Plume aux vents".

 

Découvrir le site de la galerie Daniel Maghen, et les travaux exposés d'André Juillard


Galerie Daniel Maghen - 01 42 84 37 39

47 Quai des Grands Augustins  - 75006 Paris

Transports en commun: Saint Michel - Notre Dame

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27 octobre 2012 6 27 /10 /octobre /2012 12:54

patagonie.JPGPar Julie Cadilhac- Bscnews.fr  / traduction Mar Bresson-Arregui ©Chloe Vollmer / Chère Patagonie est une fresque historique de 288 pages. On y découvre la Terre de Feu peuplée de vent, de silence et de fantômes amérindiens. Roman-fleuve, livre-monde, fidèle à la grande tradition littéraire sud-américaine, y respirent des indiens et des colons, des boutiquiers et un cinéaste allemand, des exilés, des campagnards et des urbains. Le scénario, né de l'imagination conjointe  d'Alejandro Aguado, Hernàan Gonzàlez et Horacio Altuna en compagnie de Jorge Gonzàlez, est d'une profonde richesse et humanité. Le dessinateur argentin Jorge Gonzàlez  ( que le BSCNEWS avait reçu pour son brillant Bandonéon en 2010) et ses co-équipiers de plume y évoquent les grands espaces de la Patagonie par l'intermédiaire d'un entrelacs de destins individuels : au fil des générations et des filiations plus ou moins heureuses, l'esprit brutal des pionniers se dissout dans des existences sans relief, le monde contemporain s'impose, le souffle des anciens s'essouffle, la singularité d'une terre trépasse. Certes, la lecture de cet ouvrage est exigeante car l'esprit du lecteur doit être capable d'enjamber les époques, de saisir les clins d'oeil historiques ( même si un glossaire en fin d'album est consigné),  de ne pas être surpris par les ellipses soudaines et de pouvoir recoller les morceaux de ces existences dérisoires ou romanesques.  Mais l'univers pictural de l'illustrateur est fascinant par ses ruptures de style, de rythme et de tonalité et chacune de ses vignettes, dont la mise en page est souvent  indisciplinée, est une toile vivante qui nous plonge  dans une épopée peu conformiste. Jorge Gonzàlez est un auteur profondément original dans les sujets et les formes qu'il s'approprie. Son travail est passionnant non seulement pour ses références historiques, son écriture réflexive et sa syntaxe élégante mais également pour sa qualité et sa singularité graphique. Nous sommes donc ravis de le recevoir ce mois-ci. Voici les explications qu'il nous a confiées depuis Barcelone.

 

Pour dessiner la Terre de Feu, on commence d'abord par aller s'y perdre je suppose?gonzalez.jpg Quels souvenirs sensoriels avez-vous ramenés à Barcelone de votre ( ou vos) périple(s)?
J’ai voyagé quelques fois dans le sud de la Patagonie, mais je ne suis jamais allé dans la Terre de Feu (désolé de vous décevoir), c’est en projet. Mes images proviennent de la télévision, du cinéma, de la photographie, mais aussi des récits. J’ai peut-être seulement voulu raconter une «atmosphère.


Et quels souvenirs humains? Une rencontre avec des Mapuches, des Telhueches? Une anecdote à raconter?
J’ai croisé beaucoup d’entre eux, mais je n’ai jamais pu faire la différence entre Mapuches et Tehuelches. Ils sont présents là-bas comme les autres habitants. Avec le temps et avec ma plus forte prise de conscience et de curiosité, je me suis rendu compte de nos différences à plusieurs niveaux. J’aurais aimé revenir à ces années-là et interroger ou me rapprocher de leur monde autrement. Grâce au vécu d’Alejandro Aguado (auteur du scénario du dernier chapitre) et de l’empathie que nous avons envers le thème des peuples originaires, je me suis à nouveau rapproché de cette partie de notre histoire et de notre géographie.

 

Cette Terre de Feu apparaît dans vos dessins comme une terre extrêmement sauvage, rugueuse -  plutôt inaccueillante d'ailleurs-  et peuplée d'êtres sombres et /ou persécutés….. une Terre aujourd'hui encore porteuse d'une Histoire qui pèse comme un couvercle?
Cette histoire est sous terre, gardée dans le corps de ceux qui la portent (je crois que c’est pareil dans toutes les cultures). Elle est portée en secret et ,d’une certaine façon, c’est le moyen que ces peuples ont trouvé pour la maintenir vivante. Elle bat toujours et trouve petit à petit sa place. Le fait qu’aujourd’hui on parle, à nouveau, des peuples originaires nous amène à réfléchir sur ce qui a pu se passer dans ces années-là, de la mémoire perdue de cette terre ou même reculer davantage dans le temps et analyser l’époque de la conquête espagnole.

 

Vous multipliez la variété des matières et des écritures, crayonnées, dessins plus aboutis, dessins type presse, bulles, textes blottis ça et là au creux des pages….ce côté " pot-pourri" fait partie intégrante de votre expression? Souhaitez-vous par ce biais surprendre sans cesse le lecteur, le forcer à rester actif dans sa lecture?
Il est probable que par moments la lecture puisse paraître exigeante bien que mon intention soit seulement celle de me permettre d’exprimer mes différentes facettes et capacités.

 

kkk.pngNe pas tout dire, ménager des ellipses, suggérer…c'est votre recette pour mêler ostensiblement  l'histoire des hommes et l'Histoire?
Je préfère que le lecteur organise ces espaces et les assemble à sa manière. J’aime lire des livres qui pensent à ce genre de structure et lorsque je trouve l’occasion de raconter quelque chose je ne peux pas le faire autrement.

 

Une terre de conquêtes a -t-elle des cicatrices que ne comprend que difficilement un Européen?
Il peut le comprendre, comme nous comprenons ,au fond, la plupart des choses que nous faisons, nous, les humains...mais comme s’il s’agissait d’un conte sans organes, sans expérience physique. Il est très difficile de s’éloigner de sa tête ou de sa culture si on ne se perd pas pendant des années dans un autre monde, un vécu qui vous pénètre comme une balle et qui en quelque sorte déstabilise votre conscience pour développer finalement une partie intime méconnue. L’expérience physique est plus intense et complexe que l’expérience intellectuelle,voilà la véritable aventure.

 

Au coeur de cette nature solitaire, vous racontez par touches non exhaustives les destins croisés de familles, d'individus…. pour replacer l'humain au centre du tableau?
L’atmosphère de la Patagonie a été, est et sera toujours là...et les gens la traversent progressivement. Je voulais raconter comment cet espace permanent et infini pénètre chacun de différentes façons. Pour certains,autant d’espace entraîne une prison,d’autres sont poussés à refaire leur vie,d’autres encore ne voient que  l’argent et la possession de terres, d’autres enfin ne sont que son complément et existent avec elle.


Chacun est porteur d'un caractère-type de la Patagonie? Les Indiens n'ont pas de premier rôle pourquoi?
Les Indiens n’ont pas de premier rôle, mais leur histoire circule toujours dans le livre. Ils font partie essentielle de la région. Ils étaient présents avant et les conquistadors les ont massacrés, les ont dépourvus de leur façon de vivre et de voir le monde. Cela se trouve au début du livre. Dans le déroulement de l’histoire, ils se perdent dans quelque chose qu’ils ne connaissent pas et on les oblige à s’adapter. De cette façon ils réussissent à survivre comme des «zombies», mais ils perdent le nord.  En ce qui concerne la fin de l'histoire, le personnage du boxeur essaye de se retrouver avec le monde de ses aïeux ,avec une certaine maladresse d’ailleurs, de même qu’Alejandro Aguado et son arrière-grand-père «cacique» Tehuelche y parviennent en quelque sorte en vivant un certain retour aux origines.

 

Plusieurs scénaristes pour cet ouvrage? des personnages littéraires inventés? Est-ce un clin d'oeil  voulu à la grande tradition littéraire sud-américaine?
J’aime partager mon travail avec des gens qui peuvent contribuer à faire un livre meilleur que celui que j’ai en tête. Leurs idées auxquelles je n’avais pas pensé au départ deviennent nécessaires et lors de nos nombreuses conversations, nous cherchons la meilleure façon de les associer. Alejandro Aguado et son histoire personnelle, Hernán González et son surréalisme, Horacio Altuna et sa touche politique des années 70.


Vous faîtes en effet dire à Alejandro que le Patagon ne s'exprime pas beaucoup dans laooo.png littérature et qu'on n'a sur la Patagonie que le regard des chroniqueurs des siècles passés ou celui des étrangers …..
C’est vrai. Nous avons la vision de l’étranger qui se balade dans ce qui est exotique, un premier regard typique que nous avons tous face à ce qui est différent. Cela ne manque pas d’intérêt, mais le regard autochtone est toujours sous terre. Quelques chroniqueurs et des personnalités plus sensibles de l’époque ont pu raconter ce qui se passait là-bas et le transcrire. Des spécialistes de leur langue, des historiens,des colons,etc.

 

Vous mêlez par touches subtiles l'Histoire de la Patagonie et celle de l'Argentine..le fruit d'un long travail de documentation? Pourriez-vous nous citer un fait historique notamment dont vous souhaitiez absolument parler dans ce roman graphique?
Je lis sur l'Histoire argentine depuis longtemps, mais il est vrai qu’il me fallait approfondir le thème de la Patagonie. J’ai commencé à trouver des livres incroyables et très particuliers comme par exemple «Memorias de un carrero patagónico»de Asencio Abeijón...les autres m’ont été envoyés par Alejandro Aguado et d’autres amis qui habitent dans le sud de l’Argentine.Au fur et à mesure que je travaillais le roman graphique, les livres que je lisais me poussaient à reprendre de nombreuses pages ou à changer le cours de l'histoire. Il n’y a pas un fait historique concret dont je veuille parler absolument, mais comment une région de mon pays se pervertit et devient plus complexe, perd un certain «naturel» et soudain se voit à l’intérieur d’intérêts économiques et politiques jamais imaginés.


En vous tournant vers les terres sud-américaines, souhaitez-vous également parler de moments historiques moins ressassés par les écrivains que ceux des grandes tragédies du XXe siècle?
L’Amérique du Sud est quelque chose à découvrir, à tous les points de vue.Quiconque qui voyage dans ce continent et qui ait l’envie de s’y perdre un peu, peut se rendre compte du mystère que ce continent renferme...et surtout cette sensation de «nouveau», que tout est à construire. Pour moi c’est un plaisir de plonger dans son histoire.

 

Souhaitez-vous surtout ouvrir le monde à une culture qui vous fascine et vous obsède (in?) explicablement?
C’est d’où je viens,c’est ma façon de m’expliquer, de continuer à maintenir mes références dans une culture qui vit d’autres questions. Il est impossible d’être quelqu’un d’autre,n’est-ce pas?


Vous évoquez deux communautés indiennes essentielles: les Mapuches et les Tehuelches. En quelques mots pour nos lecteurs, quelles différences et similarités?
Avant la Conquête du Désert,cette région était la zone de transition de deux communautés indiennes très différentes entre elles. L’une provenait de la Pampa et l’autre de la région andine du Pacifique: les Tehuelches et les Mapuches argentins et chiliens. Les Tehuelches vivaient entre le  fleuve Colorado et le canal de Magellan. Ils étaient  nomades,des chasseurs de guanacos et d’autruches. Leur vie était conditionnée par un environnement très hostile: des vents très forts,des hivers très froids et le manque d’eau,ce qui les empêchait de cultiver la terre.
Les Mapuches, étant un peuple sédentaire, avaient un niveau culturel supérieur. Ils étaient chasseurs et agriculteurs et avaient des connaissances sur les tissus et la poterie. À l’origine les Mapuches vivaient en territoire chilien. Au XVIII siècle, poussés par les envahisseurs espagnols, ils ont appris à monter à cheval et sont partis sur d’autres terres. C’est ainsi qu’ils sont rentrés en Patagonie argentine,ce qui a produit le début de l’agonie des Tehuelches. Ils ont occupé le nord de la Patagonie et le sud de la plaine de la Pampa,ils se sont mélangés aux Tehuelches et aux Pampas et ,étant  plus évolués au niveau culturel et beaucoup plus guerrier, ils ont imposé leurs coutumes et leur langue et ont fini par les soumettre. Cela, ajouté à l’extermination espagnole et l’introduction des traits culturels de l’homme blanc, a supposé la fin des Tehuelches. Aujourd’hui certains groupes sont les descendants des noyaux originaires, avec des leaders ou des caciques, d’autres se sont formés à partir de familles éparpillées et du métissage.


Dans l'épisode de 2002, vous évoquez de nombreux drames humains : les couplesutilisant la chirurgie esthétique pour ressembler à Angelina Jolie et Brad Pitt, l'homme qui s'ampute pour satisfaire à une pesée, une enfant qu'on accuse de faire manger une saucisse à un chien saucisse,, un illuminé qui déclame des discours sur le national-socialisme à des chèvres… le désir de montrer un monde qui débloque? de montrer du doigt une société qui n'arrive pas à combiner ses propres coutumes et celles apportées par le reste du monde?
L’énergie du livre va en crescendo,vers le délire,vers un surréalisme violent,comme si tout perdait son sens. Le Buenos Aires de 2001,celui du «corralito» bancaire ,où toute folie devenait possible,produit l’excuse de renvoyer les personnages du chapitre en Patagonie,l’un pour échapper à la police, l’autre, perdu dans tous les sens du terme, pour «se retrouver avec soi-même». Ils arrivent à une Patagonie qui a beaucoup changé depuis le début du livre.

 

Quelle est votre vision de la Patagonie contemporaine?
Sa géographie est infinie et j’aimerais la parcourir à nouveau avec plus de temps et avec ma famille. Me perdre dans cet espace et mieux profiter de ce cadeau. Il s’agit d’une région très étendue et avec très peu d’habitants, il lui reste encore beaucoup de choses à dire. En ce qui concerne les peuples originaires,le dialogue avec les gouvernements de l’Argentine et du Chili est beaucoup plus fluide en ce moment qu'auparavant. Il y a une certaine revendication, mais insuffisante, bien évidemment.

 

Enfin votre arrivée en fin d'aventure pour bavarder avec Alejandro est un clin d'oeil à vos lecteurs de Bandonéon? Une façon de leur donner quelques nouvelles?
C’est bien possible. J’ai répondu précédemment que j’aimais montrer plusieurs facettes de ma personnalité.

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2 juillet 2012 1 02 /07 /juillet /2012 19:02

end.jpgPar Julie Cadilhac - Bscnews.fr/ END : acronyme qui lie tragiquement la destinée de trois jeunes filles:  Elisabeth, Nora et Dorothea. Récit bouleversant d’adolescentes héritières d'un passé sombre.  Pour ce triptyque - dont vient de paraître fin mai le premier volet - Barbara Canepa s'est associée à Anna Merli. Ensemble, elles ont imaginé un univers aussi inquiétant qu'attirant, aux frontières de la vie et de la mort, dans lequel errent des êtres hybrides et écorchés vif :  une jeune femme aux mains bandées pour ne pas mettre en danger ceux qui la toucheraient, un chat aux pattes-queue de serpent, un crapaud - têtard et une chauve-souris aux pattes de poulet tâchent de cohabiter dans un mausolée d'architecture victorienne. Doit-on pleurer, trépigner, hurler ou rester taiseux au coeur de la solitude mélancolique qui enserre le lieu dans lequel semble condamnée à rester Elisabeth? Qu'attend-on d'elle? Est-elle une sorte de fantôme ? Pourquoi a t-elle échoué là , suite à sa mort? De quoi est-elle décédée si jeune, si fraîche, si belle? Et pourquoi a -t-on l'impression qu'elle n'est pas vraiment morte? Voilà une histoire qui sait ménager le suspense et suscite pour notre plus grand plaisir des interrogations multiples!  Un album génial qui rend hommage à la vie, par éclaboussures de notes lumineuses graphiques, alors que la mort règne en maître ! Un petit bijou graphique et poétique! Lors de notre lecture ont surgi ces mots d'Edmond Rostand: "C'est la nuit qu'il est beau de croire à la lumière". En effet, au coeur du désespoir, à l'ombre du deuil et des désillusions, End laisse toutefois entrer des volutes de lumière, éclaire les fenêtres d'halos rassurants et nous invite à croire en la vie jusque dans les soubresauts ultimes d'un rouge-gorge altruiste. Entretien avec deux jeunes femmes italiennes de grand talent qui nous éclairent sur leur création!


Allez, pour commencer, si Barbara présentait Anna et Anna présentait Barbara...
BARBARA : Anna est une amie. Et, pour moi, cela veut tout dire.
ANNA : Barbara est quelqu’un d’intelligent, de génial, de profond et de généreux. Et elle a aussi beaucoup d’autres qualités....


Monter un projet de bande dessinée toutes les deux , c'est quelque chose qui vous trottait dans la tête depuis longtemps?Vous aviez travaillé avant chez Disney ensemble?
BARBARA : Nous ne l'avons pas vraiment créé ensemble.J'avais ce projet à l'esprit déjà depuis de nombreuses années , bien avant de connaître Anna , mais je crois que j'avais peur de l'affronter seule. C'était quelque chose que j'avais besoin de dire aux autres et à moi-même et qui flottait , sans parole, dans les limbes de mon esprit. Je savais pourtant qu'un jour ou l'autre, le moment venu , il serait sorti des  tiroirs... C'est ce qui s'est produit le jour où j'ai vu des illustrations de "Tinker Bell" faîtes par Anna , lors d'un meeting Disney de cinq jours , dans l'un des nombreux hôtels de luxe où chaque année nous nous réunissions afin de parler des prochains projet de Disney. De cette rencontre fortuite est née END sous la forme que vous connaissez aujourd'hui , ainsi qu'une grande amitié entre Anna et chouette.jpgmoi-même.
ANNA : Nous n’avions jamais travaillé ensemble avant de faire End. Nous nous étions déjà rencontrées et saluées mais nous ne nous connaissions pas.


Si vous aviez un souvenir à raconter , lié à ce travail commun, lequel serait-ce?
BARBARA :  Les rires et les pleurs que nous avons partagés. Il s'agit vraiment d'un projet que nous avons ressenti et dont nous avons accouché ensemble. Un livre sincère, aussi bien sur le fond , sur sa véritable raison d'être, que sur la forme graphique. Le plus beau souvenir ? Anna et moi, perdues au coeur du cimetière de Gênes, toute une journée, à prendre des photos sous la pluie, à dessiner des tombes,  à chercher dans cette atmosphère unique, propre à un lieu merveilleux et si mélancolique qu'est Staglieno.
ANNA  : Les souvenirs sont nombreux. Je me souviens particulièrement de notre rencontre mais également  de la fin de cette collaboration une fois le premier tome imprimé. Quand nous avons commencé à parler du projet, nous ne savions pas grand chose l’une de l’autre. Mais il y a eu une curiosité réciproque pour mener à bien ce projet. Nous devions absolument apprendre à nous connaître. On ne peut bien connaître une personne qu’après avoir vécu ensemble des expériences. Cela tient de l'affection, de la confiance et de l’estime. Cette collaboration avec Barbara m’a permis de grandir et a considérablement renforcé le lien qui nous unit toutes les deux.

Un travail graphique à deux mains, comment cela s'organise ?
BARBARA : Grâce à la magie! Non, je plaisante.Avec beaucoup de patience, et de confiance réciproque. Il n'y a pas d'autres secrets... Anna et moi sommes toutes deux illustratrices et avons beaucoup de choses en commun graphiquement parlant. Il n'a donc pas été difficile de créer l'univers graphique de END ensemble.... Il y a des choses qui ont été faîtes à deux , et d'autres qui appartiennent à chacune d'entre nous.Mais nous ne dirons pas lesquelles. Pour nous,  END et le projet de deux artistes qui rassemble l'ensemble de nos expériences. Aucune illustration n'est le fruit du hasard , une fois par exemple , Anna a trouvé dans son jardin un rouge - gorge mort , elle m'en a envoyé une photo... C'était très beau, même en l'absence du battement chaud de son petit  coeur. Sa mort nous a toutes les deux beaucoup touchées. J'ai ainsi pensé à m'en servir pour une illustration qui fait aujourd'hui partie du livre et que vous trouverez à la fin... Cet animal a une véritable signification concernant l'histoire , porteur de nombreuses métaphores sur qui nous sommes et sur ce que nous deviendrons. Mais vous comprendrez tout cela  seulement en lisant l'histoire.
ANNA : Ce travail n’a pas été facile. Il a été à la fois laborieux, intense et très agréable. Cela demande une grande confiance et une connaissance réciproque. Lorsque je lis le scénario de Barbara pour le dessiner, il est nécessaire que je visualise et que je pense comme elle le ferait elle-même. Une fois que j’ai terminé, Barbara approuve ou corrige les dessins. C’est seulement après  que nous passons à la réalisation des vignettes définitives où elles sont, là encore,  enrichies de dessins et de couleurs.

Avec quelles matières avez vous travaillé et pourquoi?
BARBARA : Papier, encre de couleurs achetées chez des antiquaires (celles  d'époque restent les meilleures) , aquarelles, écolines, crayons, acryliques , et beaucoup beaucoup de photoshop... L'intervention de ce dernier outil est visible sur cette simple image , avant et après. Concernant les illustrations (de couvertures ou celles des animaux : Painter +photoshop).
548755_392143207471793_142897832396333_1480881_55143141_n.jpgANNA : Pour ma part, j’ai utilisé du papier, de l’aquarelle, des pinceaux, des penninis et des crayons. Barbara s’est servie d’aquarelles, d’ecoline et Photoshop. Nous avons souhaité marier le passé avec le présent. Car ce que nous savons aujourd’hui est le fruit du passé. L'histoire d'Elisabeth est ancrée et nous n’avons pas vu d’autre façon d’exprimer cette impression désuète. Avec les outils dont nous disposons de nos jours, nous parlons un langage accessible à tous.


Comment est née graphiquement Elisabeth Weatherley? Quelles ont été vos sources d'inspiration? Vous souvenez-vous d'un moment clé dans cette recherche ?BARBARA : Elle était dans ma tête. Il y a des choses qui ne pouvaient être autrement , comme par exemple , ses cheveux blancs. Une particularité propre à ma famille , du côté maternel, que l'on se passe de génération en génération. A 16 ans, nos cheveux deviennent tout blanc. Les miens le sont totalement, comme ceux de ma mère , et comme l'étaient ceux de ma grand-mère, dès son plus jeune âge. On appelle ça les  "femmes aux cheveux de Lune." Pour ce qui est du reste , Anna et moi avons fait beaucoup de recherches. Mais Elisabeth est arrivée très vite ! Il n'a pas été difficile de lui donner vie , au contraire! Lorsque nous l'avons "trouvé ", j'ai senti qu'il manquait quelque chose : je voulais , en fait  qu'elle ait une caractéristique forte sur le visage , afin de ne pas l'oublier facilement. C'est ainsi que j'ai ajouté cette rougeur autour de ces yeux , sur ses joues , afin que cela rappelle la couleur du sang , l'essence même de la vie.
ANNA : J’ai le souvenir d’avoir imaginé Elisabeth quelques heures seulement après ma rencontre avec Barbara. Aujourd’hui, c’est un personnage très éloigné de ma première idée. Barbara a choisi Elisabeth entre plusieurs propositions que je lui ai faites selon ses indications. Quand j’ai dessiné Elisabeth, je n’étais pas du tout certaine que celle-ci serait choisie. J’ai du me réapproprier Elisabeth pour la dessiner à nouveau. Par la suite, je me suis apesantie  pour la découvrir et la connaître. Notre inspiration est venue des fillettes de dessins animés que nous aimions à l’âge de 13 ans.


Une citation, en préambule, de Virginia Woolf " la vie est un rêve et c'est le réveil qui bab.pngnous tue" qui répond à votre propre vision de la vie?
BARBARA :  À la mienne, sûrement , oui.


Vous mettez en place une esthétique victorienne, romantique et sombre: quels sont vos mentors en la matière ?
BARBARA : Tous les grands peintres anglais romantiques comme W.Morris, J.W.Waterhouse  ou D.G.Rossetti , mais aussi les plus connus comme G.Klimt ou A.Mucha plus proches du symbolisme et de l'Art Nouveau. Cet dernier courant d'art, en particulier, m'a toujours inspiré , surtout dans l'architecture , car cet art prend son inspiration dans la nature elle-même , surtout concernant sa "grandeur" sur l'esprit et l'âme de l'homme et l'infini même de l'univers... Pour finir, j'aime beaucoup l'art flamand et ses peintres comme  Hieronymus Bosch, Jan van Eyck ou Arcimboldi (mon preferé pour sa folie).  Ils m'émerveillent depuis toujours et m'épouvantent à la fois, comme lorsqu'enfant l'on voit une chose pour la première fois en restant muet et un peu effrayé , mais tout de même curieux.

Chez vous-même, vous prisez les baldaquins, les décorations baroques ou est-ce le contraire?
BARBARA : Ma maison est un vrai musée contenant des choses étranges , à la façon des "cabinets de curiosités" . Je n'ai rien fait d'autre que de reproduire les choses que j'aime.


" C'est dans l'obscurité que la lumière est la plus belle " semble être le credo graphique de cet album...aimez-vous travailler avec les couleurs foncées, sombres?
BARBARA : Je travaille de nuit , lorsque le reste de la ville est endormie.C'est là, et seulement là que les idées me viennent , mon cerveau se colore alors d'un monde fantastique. J'aime l'obscurité , cela m'inspire... Si je vois le soleil et le ciel bleu , je n'ai qu'une envie, celle de sortir et de rejoindre mes amis pour discuter à la terrasse d'un café.

Le choix d'un filtre" vert" dans toutes les vignettes, c'est parce que vous vouliez une tonalité commune à l'ensemble? parce qu'il est important que règne une harmonie chromatique?  
BARBARA : Nous avions à coeur de garder cette patine antique tout au long du livre , un peu comme les vieilles illustrations de  la fin du 19eme siècle. Un choix obligatoire étant donné que nous aimons toutes les deux  les teintes vertes et bleues.
Par ailleurs, commercialement, je ne voulais pas me répéter par rapport à mon autre série , SKY DOLL, où en revanche règnent des couleurs fortes et acidulées. J'aime évoluer, changer, afin d' éviter de me répéter...
ANNA : Les tons vert-bleu sont récurrents dans End car ce sont les couleurs typiques des scupltures du cimetière Staglieno de Gênes et de ces monuments vieillis. C’est précisément à cette couleur à laquelle nous avons pensé en réalisant End. Pour nous, elle exprimait au mieux notre idée de l’essence d’une nature luxuriante et impitoyable telle qu'est la forêt. Les bois sont des endroits qui enferment les peurs de tout un chacun : la mort, la perte, l’abandon et la solitude qui se développent. En s’enfonçant dans la forêt ou dans le jardin d’Elisabeth, c'est le seul ton qui perce car nous n’aurions pas pu en utiliser d’autres..

L'héroïne principale détient un terrible pouvoir... cette faculté morbide, c'était pour donner plus de prix à la vie?
ANNA : Le pouvoir d’Elisabeth est celui en somme de chaque être vivant mais amplifié. Car chacun s’il le souhaite peut donner ou  supprimer ce pouvoir. Chez certains, il est inné. Le lierre étouffe pour sa propre survie mais ne décide pas de tuer. Tout comme une mère peut mourir en donnant naissance à son fils sans que cela soit pour autant un suicide. Chacun de nous peut choisir sa conduite et son comportement.  En somme, nous avons le même pouvoir qu’Elisabeth. il est donc facile de s’identifier à elle. Parfois, nous pouvons bénéficier de certains dons dont nous ne prenons pas conscience, que nous ne voulons pas ou qui nous a été imposé génétiquement. Nous n’avons pas choisi de naître et, pour la plupart d’entre nous, ne ferons pas le choix de mourir. Elisabeth a la charge de coordonner notre destin à tous. Alors imaginons un instant devoir etre à sa place et penser à la façon dont nous pourrions nous entendre.
BARBARA : Ne brisons pas le suspense, je vous laisse découvrir l'histoire !


Trois étranges créatures tiennent compagnie à Elisabeth... vous ont -elles tenu compagnie aussi durant tous ces mois de travail? Une en particulier ? En avez-vous définitivement adopté une ?
BARBARA : Il s'agit de tous les animaux que j'ai eus à mes côtés, ainsi que de leurs vrais noms. Pour qui s'en souvient, Napoléon était déjà dans W.I.T.C.H. (Disney), il y a de nombreuses années. Aujourd'hui il n'est plus mais c'était un chat tout noir vraiment unique et très timide. Concernant la chauve-souris, j'en avais également une lorsque j'étais petite... Elle avait pris ma chambre pour la sienne, pendant quelques mois. La nuit, elle sortait et le jour, elle dormait trois mètres juste au-dessus de ma tête. Elle était très belle , avec son museau de souris , elle aurait pu tenir dans une main d'enfant. Gênes , ma ville natale est infestée de chauves-souris.Il n'est donc pas rare d'en trouver dans sa maison. Les crapauds , Anna et moi en avons eu énormément, car nous avions alors  chacune des jardins. Aujourd’hui j’ai  un énorme batracien rose-marron qui adore mon grand-père et qui le suit lorsqu'il arrose les plantes à l'heure du crépuscule. Ce sont des animaux très importants pour le microcosme d'un petit jardin. Lorsque l'on est enfant et que l'on a eu la chance , comme moi , d'avoir grandi près d'une fontaine, on les voit arriver, évoluer,  se transformer avec le changement des saisons. Voir  les têtards  perdre leur queue pour les remplacer par des pattes , jusqu'à assister à leur transformation en petites grenouilles , c'est vraiment formidable pour un enfant. Croyez-moi...

Dessiner des animaux hybrides, c'est un plaisir accru pour un illustrateur, non?
BARBARA : Certainement ! Tout ce qui est pure création procure de véritables frissons de plaisir pour un artiste.
ANNA : C’est un plaisir étrange que d’imaginer d’être un chat qui, à la place des pattes, aurait des queues de serpent ou une chauve souris avec des pattes de poulet ou encore un crapaud avec un tempérament d’araignée. Imaginer comment il est possible de se déplacer sous ces apparences n’est pas inné. Et c’est aussi assez triste. Dans le fonds, ce sont des êtres avec des infirmités. Parfois c'est la mort qui a frôlé un être et lui a laissé un souvenir pour qu'il se souvienne qu'ils seront réunis à nouveau bientôt….


La couverture est superbe; elle interpelle le lecteur par son mystère . A-t-elle subi de nombreuses modifications avant d'arriver à sa version finale?
BARBARA : Nous l'avons pensée ainsi. L'idée flottait dans l'air...En revanche , la réalisation sur Painter m'a pris beaucoup de temps: quasiment un mois entier , même si je ne travaillais pas que sur ça, évidemment ! Mais j'espère que le résultat est concluant. Il y a tant de petites histoires au sein de cette illustration.C'est un microcosme, comme l'était ma maison pendant mon enfance. C’était mon royaume, et mes animaux étaient mes gardiens !

Cet album cherche-t-il à apprivoiser la mort ? À lui donner un visage plus doux ?
BARBARA :  Oui. À l'accepter avec plus de sérénité. Enfin, je l'espère.
ANNA : La jeunesse va souvent avec la beauté. Elisabeth est jeune…mais son pouvoir énorme qui vient à peine de s'infuser en elle, il ne s'est pas encore enraciné dans ses veines, il n'a pas encore pris le dessus dans son aspect terrible…Pour combien de temps devra - t-elle le gérer? Combien de temps en gardera - t-elle le contrôle?Pour toujours? Restera -t-elle belle ainsi pour l'éternité ou pas?

Combien de temps pour imaginer et finir ce premier tome ?
BARBARA : Entre le moment  où je l'ai imaginé et celui où il est sorti  sont passées sept années. Le temps effectif de réalisation est d'en fait deux ans. Il en faudra deux de plus pour pouvoir lire la suite. Mais dès l'année prochaine , il y aura une surprise pour Noël! Et entre temps , il y aura également SKY DOLL 4,  qui me prend beaucoup de temps depuis plusieurs mois déjà, avec Alessandro Barbucci en 2013... Nous espérions le sortir en 2012 mais nous n'y sommes pas parvenus. Patience, l'important pour nous est de bien le soigner afin de ne pas décevoir nos lecteurs. Anna et moi commenceront les études du Tome 2 de END dans quelques jours lorsqu'elle viendra me rendre visite ici , en France. Nous espérons ainsi avoir toutes les bases cet été afin d'illustrer cette prochaine aventure qui évoluera au sein d'un "doux manteau blanc"...Vous verrez!
ANNA : Oui, je languis l'heure où nous saurons comment va se poursuivre ce voyage! Il reste encore tant de choses à savoir! Chacun d'entre nous est comme un univers, toujours en expansion et il y a systématiquement un angle que nous n'avions pas vu et c'est une chance quand c'est quelqu'un comme Barbara qui nous le raconte….


L'écriture, enfin, est extrêmement poétique. Quels sont vos modèles en matière d'écriture scénaristique? Les mots donnent-ils naissance à des images ou ils naissent presque en même temps qu'elles?
BARBARA : Les écrivains anglais de la fin du 19ème et du début du XXème siècle, surtout ceux qui font du fantastique, en premier le grand Roald Dahl. Mes auteurs fetiches sont  : Isabel Allende, Luis Sepúlveda, Gabriel García Márquez ou Milan Kundera.  Dans la littérature contemporaine actuelle je lis souvent  - et avec plaisir -  Joe R.Lansdale, Chuck Palahniuk et Stefano Benni. Et pour finir, pour moi les mots et les sentiments naissent en premier et les images viennent après... Le contraire est impossible.

 

Titre: END
Auteures: Barbara Canepa et Anna Merli
Editions: Soleil
Collection: Métamorphose

Prix: 14,30€

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Published by Julie - dans Interviews BD
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